mercredi 24 mars 2021

Il était deux fois, de Franck Thilliez

 

Petit conseil avant d'entamer la lecture de ce nouveau chef d'oeuvre du Maître Thilliez: procurez-vous de toute urgence Le manuscrit inachevé, si vous ne l'avez pas sous la main, dévorez-le, ou relisez-le, et gardez-le bien au chaud à côté de vous lorsque vous lirez Il était deux fois, car les deux histoires sont liées. Je ne vous en dis pas plus, sinon qu'on assiste une fois de plus à un nouveau tour de force du "meilleur d'entre nous", pour reprendre cette formule consacrée. Oui un tour de force, un coup de maître, qui démontre à quel point Franck Thilliez est un esprit brillant, un génie du thriller en trompe-l’œil, bref le plus grand auteur français en activité. Bon moi je suis persuadé de cela depuis très longtemps, mais Il était deux fois devrait définitivement convaincre ceux d'entre vous qui étaient encore sceptiques sur le sujet. 

Car c'est du très haut niveau, ici on joue dans la cour des grands, des très grands. Il était deux fois est un thriller sanglant, morbide, terrifiant, noir comme le cauchemar. C'est un long chant funèbre sur un monde de démence et sang. Un puzzle diabolique, machiavélique, et surtout complexe. L'auteur laisse encore une fois libre cours à son imagination débordante. Son inventivité vertigineuse. Sa formidable énergie créatrice. Tout est ici subtilement et efficacement contrôlé. Il était deux fois est une mécanique de précision parfaitement huilée qui renverse tout sur son passage.

Je vous résume simplement le début de l'histoire. Avril 2008,  dans la vallée encaissée de l'Arve, département de la Haute-Savoie: le lieutenant Gabriel Moscato se rend à l'hôtel de la Falaise afin de récupérer la liste des clients qui étaient présents aux alentours de la date de la disparition de sa fille, Julie. Celle-ci n'a plus donné signe de vie depuis plus d'un mois. Alors Moscato cherche sa fille, jour et nuit, jusqu'à l'épuisement. Le lieutenant finit par prendre une chambre et par s'endormir. Avant d'être brusquement réveillé en pleine nuit par un bruit sourd. Moscato sort de la chambre et s'aperçoit qu'il pleut des oiseaux morts. Il retourne dans sa chambre, qu'il a du mal à reconnaître, se rendort, et se réveille... en novembre 2020. En une nuit, le lieutenant semble avoir fait un saut dans le temps de plus de douze ans. 

Pourtant, au début, on a vraiment l'impression que Moscato débarque d'un autre siècle, façon Les Visiteurs. On n'est pas loin de la vérité, car en 2008, les smartphones n'existaient pas encore, les GPS n'étaient pas aussi performants. En outre, les modèles de voitures ont énormément évolué, et le coût global de la vie a malheureusement explosé. Mais Moscato s'adaptera vite à tout cet environnement. Ainsi, Thilliez fait très bien ressortir la dépendance grandissante des humains aux nouvelles technologies. L'auteur nous montre qu'en seulement douze ans le monde a considérablement changé.

Tout cela vous met l'eau à la bouche ? Et croyez-moi sur parole, ce n'est rien à côté de ce qui vous attend dans ce roman à suspense horrifique. Cardiaques s'abstenir, car chaque chapitre contient son lot de révélations et de surprises. Je vous mets au défi de poser ce thriller tordu avant d'en avoir lu la dernière page. Un Franck Thilliez au sommet de son art nous embarque dans une enquête ardue, éprouvante, et à hauts risques pour les deux flics qui la conduisent. Gabriel Moscato et Paul Lacroix, deux bombes humaines au service de la vérité, jusqu'à la folie. Au final une histoire stupéfiante, terrifiante, mettant en scène des personnages hors normes. Un thriller hors normes écrit par un auteur hors normes. Et cette fois-ci, on peut le dire: le manuscrit n'est plus inachevé !

Franck Thilliez, Il était deux fois, Fleuvenoir, 510 pages, sorti en France en 2020. 

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mardi 16 mars 2021

La disparition d'Adèle Bedeau, de Graeme Macrae Burnet

 

Un écrivain fantasque, facétieux, que ce Graeme Macrae Burnet. Qui prend un malin plaisir à jouer avec ses lecteurs. Par exemple, en leur faisant croire qu'il n'est pas le véritable auteur de ce roman policier digne des meilleurs Georges Simenon. En effet, La disparition d'Adèle Bedeau serait en réalité l'oeuvre d'un certain Raymond Brunet. Et vous auriez donc entre vos mains une nouvelle édition établie par Graeme Macrae Burnet et Julie Sibony, la traductrice. Ensuite, vous liriez une préface de Graeme Macrae Burnet qui dresse la biographie complète de Raymond Brunet. Le destin tragique d'un écrivain raté qui finit par se suicider à l'âge de 38 ans en se jetant sous un train. Brunet, anagramme d'un certain ... Burnet, c'est bon vous avez compris l'astuce ? Un écrivain facétieux, ce Burnet, je vous le dis ! 

Mais également, et surtout, un écrivain surdoué, qui possède un talent certain pour échafauder une intrigue intelligente, camper des personnages psychologiquement très fouillés, et créer toute une atmosphère. La disparition d'Adèle Bedeau frappe par sa maîtrise du rythme et des atmosphères, la finesse de son œil et l'élégance de son écriture, limpide, posée. 

On est loin du thriller commercial, calibré, truffé de rebondissements tirés par les cheveux. Même si l'auteur sait captiver ses lecteurs, en instaurant subtilement une tension dramatique à son récit, car plus d'une fois, je me suis retenu de sauter des pages afin de connaître la suite des événements. 

La disparition d'Adèle Bedeau repose beaucoup sur ses deux personnages principaux, Manfred Baumann et Georges Gorski. L'action se déroule dans les années 70, l'auteur ne donne pas de date précise, ce qui donne l'impression que ce roman se situe un peu hors du temps. Car le plus important est ailleurs: le lieu, ou plutôt les lieux, et les personnages. 

Manfred Baumann est directeur dans une banque de Saint-Louis, une ville alsacienne frontalière avec la Suisse et l'Allemagne. Manfred mène une vie terne, monotone, réglée comme du papier à musique. Un homme seul, très seul, pas de femme, pas d'enfant, pas d'amis. Ses seuls "amis" sont les clients réguliers et le personnel du restaurant de la Cloche. Manfred y passe ses soirées à boire et à reluquer la jeune serveuse, Adèle Bedeau, qui, un beau jour, disparaît sans laisser de traces. 

Entre alors en scène Georges Gorski, le flic, chargé d'enquêter sur cette disparition jugée inquiétante. Et très vite, Gorski va s'intéresser de près à Manfred Baumann. Et on se rend vite compte que les deux hommes, finalement, se ressemblent beaucoup, c'est fait exprès, bien évidemment. En apparence, pourtant, Gorski n'est pas seul, il a une femme et une fille, mais son couple bat de l'aile depuis longtemps, et souvent le policier s'arrête pour boire dans un bistro obscur de la ville avant de rentrer chez lui. Pas pressé de rejoindre son foyer, et surtout hanté par une vieille affaire de meurtre irrésolue.

Deux personnages singuliers, solitaires, englués dans une ville de province aux nuances de gris. Effectivement, après avoir lu ce roman, vous n'aurez pas vraiment envie d'aller visiter Saint-Louis. Par contre, je vous recommande vivement de le lire ce roman, mélange subtil de polar d'enquête et de roman noir psychologique. Un livre à la fois surprenant et intelligent, et un auteur faisant preuve d'une finesse psychologique hors du commun. 

Graeme Macrae Burnet, La disparition d'Adèle Bedeau, 10/18, 310 pages, traduit de l'anglais (Ecosse) par Julie Sibony, sorti en 2014 (Ecosse) 2018 (France)

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Auteur français
Première parution France: 2018
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Petite ville isolée, crimes atroces, événements surnaturels
Ce que j'ai aimé: Un récit de terreur épique et violent qui fait vraiment peur. Le suspense et les rebondissements incessants. L'atmosphère de huis clos qui règne tout au long du récit.


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Auteur américain
Première parution France: 2017
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Deep South, ferme isolée, gangsters
Ce que j'ai aimé: Cette amitié improbable entre un fermier solitaire et une jeune prostituée poursuivie par un gangster redoutable et un maire corrompu. Le style d'écriture très visuel de l'auteur qui nous raconte son Deep South. 



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Auteur canadien francophone
Première parution France: 2018
Genre principal: Historique
Mots clés: Canada, racisme envers les Indiens mi'gmaq, saumon
Ce que j'ai aimé: La construction atypique du roman, sorte de récit à plusieurs voix. L'hommage vibrant aux Indiens mi'gmaq. Le message politique et écologique.
















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Auteur français
Première parution France: 2018
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Paris de nos jours, meurtres sauvages, disparitions, mafia corse
Ce que j'ai aimé: La puissance sauvage que dégage ce récit obsessionnel. L'intrigue complexe, taillée au couteau. Une atmosphère sombre à la James Ellroy. 
















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Auteur française
Première parution France: 2018
Genre principal: Suspense
Mots clés: Enfant perturbé, meurtres en série, mère-courage
Ce que j'ai aimé: Cet équilibre parfait entre roman noir engagé et suspense implacable. Le style incisif et musclé de l'auteure, au service d'un récit d'une exceptionnelle fluidité. 
















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Auteure française
Première parution France: 2019
Genre principal: Décalé
Mots clés: Mafia grenobloise, humour noir
Ce que j'ai aimé: Ce mélange réussi de satire décapante et de roman noir impitoyable. L'écriture pleine d'énergie et de vitalité.
















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Auteure américaine
Première parution France: 2019
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Forêt de Skookum, neige, disparition d'enfant, enquête
Ce que j'ai aimé: Ce mélange singulier de beauté et de noirceur. Les personnages du livre. Le final haletant. L'écriture pleine d'empathie de l'auteure. 
















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Auteur français
Première parution France: 2018
Genre principal: Suspense
Mots clés: Serial killer, fraternités étudiantes
Ce que j'ai aimé: Une intrigue riche en suspense et en rebondissements. Les thèmes et univers abordés qui sortent de l'ordinaire. Le style d'écriture incisif. 




 











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Auteur slovaque
Première parution France: 2019
Genre principal: Thriller politique
Mots clés: Slovaquie post-soviétique, corruption généralisée
Ce que j'ai aimé: L'originalité à tous les niveaux, écriture, intrigues, atmosphère. La noirceur d'un réalisme terrifiant. 
















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Auteur anglais
Première parution France: 2016
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Monde du football, enquête
Ce que j'ai aimé: Un portrait au vitriol du foot business. L'enquête palpitante menée par un personnage très attachant. L'humour irrévérencieux de l'auteur.
















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Auteur américain
Première parution France: 2017
Genre principal: Suspense
Mots clés: Los Angeles de nos jours, meurtres, enquête
Ce que j'ai aimé: Une intrigue très bien ficelée et riche en suspense et en rebondissements. La dynamique du duo Alex Delaware/Milo Sturgis.
















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Auteur français
Première parution France: 2018
Genre principal: Historique
Mots clés: Amérique des sixties, FBI, Black Panthers Party
Ce que j'ai aimé: La puissance viscérale que dégage ce récit épique et violent, noir comme le cauchemar. La restitution fidèle et sans concession de toute une époque. Les personnages. 




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Auteur français
Première parution France: 2018
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Alaska, Canada, survie, course-poursuite
Ce que j'ai aimé: Un style d'écriture d'une précision et d'une richesse hors normes, qui apporte du caractère et de la densité à ce récit âpre et sans concession. Le réalisme pur et dur de l'intrigue. 


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Auteur français
Première parution France: 2018
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Petite ville de l'Eure, roman noir, perversions, vengeance
Ce que j'ai aimé: Un mélange très épicé de roman ultra-noir et de suspense sanglant. L'intrigue taillée au couteau. Le rythme hallucinant de ce récit riche en émotions fortes. Le style cru et incisif de l'auteur. 


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Auteure espagnole
Première parution France: 2020
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Pays basque espagnol, serial killer, drame familial
Ce que j'ai aimé: Du suspense et des rebondissements incessants. Un style percutant, des dialogues incisifs, des personnages inoubliables. Une immersion totale et érudite dans le folklore basque. Un récit chargé d'émotion et d'atmosphère. 


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Auteur français
Première parution France: 2017
Genre principal: Thriller politique
Mots clés: Camp de migrants de Calais, terrorisme islamiste, tragédies humaines
Ce que j'ai aimé: Un récit à la fois effrayant et beau. Un constat réaliste de la situation dressé par un auteur qui adopte un ton toujours juste, sans tomber ni dans la caricature ni dans la facilité. Une intrigue prenante, saisissante d'émotion. 


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Auteur français
Première parution France: 2020
Genre principal: Roman noir
Mots clés: France d'aujourd'hui, critique sociale
Ce que j'ai aimé: Le réalisme et la sobriété de ce récit captivant, qui prend à la gorge, tant il semble vrai. L'observation de la société française actuelle. 



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Auteur français
Première parution France: 2018
Genre principal: Suspense
Mots clés: Milieu des jeux télévisés, psychopathe
Ce que j'ai aimé: Un portrait au vitriol du paysage audiovisuel français. L'intrigue diabolique, machiavélique. 



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Auteur australien
Première parution France: 2019
Genre principal: Suspense
Mots clés: Melbourne, Kentucky, quête identitaire, secte religieuse
Ce que j'ai aimé: Une histoire stupéfiante mais crédible. La construction remarquable de l'intrigue, qui alterne entre passé et présent. 



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Auteur écossais
Première parution France: 2018
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Années 70, ville alsacienne, solitude, cold case
Ce que j'ai aimé: Une atmosphère particulière, envoûtante, fascinante. La construction subtile et totalement maîtrisée du récit. L'intelligence et le réalisme de cette histoire, véritable tragédie humaine.



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mercredi 10 mars 2021

Le mystère Sammy Went, de Christian White

 

Imaginez un instant que vous êtes une jeune femme australienne de trente ans. Vous vous appelez Kimberley Leamy, vous êtes enseignante en photographie, vous vivez à Melbourne, seule. Votre beau-père s'appelle Dean, votre petite sœur s'appelle Amy. Votre mère Carol est décédée brutalement d'un cancer. Vous êtes en train de faire une pause, entre deux cours, à la cafétéria, tranquille. Un inconnu vous demande s'il peut s'asseoir à votre table. Une rencontre qui va bouleverser votre vie. Ou plus précisément votre identité, votre véritable identité. Car en réalité, vous vous appelez Sammy Went. Une petite fille de deux ans, qui a disparu presque trente ans plus tôt, et à des milliers de kilomètres de Melbourne. Au fin fond du Kentucky, USA !


1990, Manson, Kentucky, USA, Sammy Went, deux ans, fille de Jack et Molly Went. 2018, Melbourne, Australie, Kimberley Leamy, trente ans, fille de Dean et Carol Leamy. Une seule et même personne. Comment est-ce possible ? Et bien, vous le saurez en lisant cette incroyable histoire, racontée de manière magistrale par Christian White. Pour son premier roman, cet auteur australien a placé la barre très haut. Le mystère Sammy Went séduira tous les amateurs de romans à suspense. C'est un fast and furious book qu'on dévore d'une traite. Un livre à grand spectacle riche en suspense et en rebondissements. Un véritable page-turner à l'américaine, palpitant, dans la lignée des meilleurs Harlan Coben, Lisa Gardner, Linwood Barclay ...

Certes, l'auteur ne lésine pas sur le romanesque, et laisse ici libre cours à son imagination débordante. Mais sans pour autant tomber dans la caricature. L'histoire tient la route, ce n'est pas tiré par les cheveux. Sur la forme, le style d'écriture est simple, limpide, au service d'une intrigue remarquablement construite, qui entrecroise habilement le passé et le présent, et qui dévoile petit à petit ses secrets. Tout est ici subtilement et efficacement contrôlé. Au final, un premier roman totalement réussi, une histoire stupéfiante mettant en scène des personnages crédibles. J'ai beaucoup aimé ! 

Christian White, Le mystère Sammy Went, Folio, 390 pages, traduit de l'anglais (Australie) par Simone Davy, sorti en 2018 (Australie) 2019 (France)

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jeudi 4 mars 2021

Le croque-mort enfonce le clou, de Tim Cockey

 

Vous avez envie de vous plonger dans la lecture de cet excellent polar, grand bien vous fasse. Un conseil: ne prenez pas connaissance de la quatrième de couverture, qui contient des erreurs. Premièrement, la courte critique du Nouvel Observateur risque de vous entraîner dans une fausse perception de l'ambiance qui règne dans ce roman: "De plus en plus drôle, de plus en plus loufoque... à mourir de rire." Le croque-mort enfonce le clou n'est pas un polar déjanté à la Nadine Monfils, Tim Dorsey, ou Carl Hiaasen. Certes l'humour est présent, on peut franchement rigoler à la lecture de certains passages. Mais clairement, on est bien dans le domaine du vrai polar d'enquête. Le bon vieux Whodunit au sens très classique du terme. Une nouvelle enquête menée par Hitchcock Sewell, le croque-mort le plus attachant de la littérature policière. 

Deuxièmement, il y a une erreur dans le résumé de l'histoire que je dois donc vous retranscrire: "Sisco Fontaine est accusé de meurtre, mais il ne fait pas de doute pour Hitchcock Sewell qu'il est innocent. Le croque-mort le plus sexy de Baltimore n'a plus qu'une idée en tête: démasquer le coupable. Mais lorsque sa vieille amie Julia décède brusquement, la situation prend une toute autre tournure..." 

Ce n'est pas Julia, l'ex-femme d'Hitchcock, qui meurt, mais Peggy McNamara. Une vieille connaissance d'Hitchcock qui finissait ses jours dans une maison de retraite. Et la pauvre Mme McNamara décède brusquement. Trop brusquement pour notre croque-mort préféré qui décide de s'intéresser de près à cette maison de retraite !

Bien évidemment, l'attraction principale de ce polar très bien ficelé, c'est son personnage principal, Hitchcock Sewell, officiellement croque-mort, officieusement un redoutable enquêteur, capable de résoudre les énigmes les plus complexes. Avec d'un côté son humour décapant, de l'autre sa mélancolie en partie due à la nature sinistre de son métier, mais aussi sa conception intéressante de la vie qu'il nous livre avec un naturel attachant, c'est une figure particulièrement réussie et inoubliable dans la galerie pourtant bien fournie des personnages de détectives du polar américain.

Je recommande toute la série des Hitchcock Sewell, c'est toujours bien écrit dans un style alerte, plein d'énergie et de vitalité, et surtout pétri d'humanité. Les personnages de Tim Cockey ont une grande qualité, ils sont tellement vrais qu'on a l'impression qu'ils s'apprêtent à sortir de la page. Mais si vous ne deviez en lire qu'un, ce serait Le croque-mort enfonce le clou, pour moi le meilleur roman de Tim Cockey. L'auteur nous offre une intrigue à la fois complexe et crédible, et surtout très bien ficelée. Tout est ici subtilement et efficacement contrôlé. Du grand art. Un polar culte, d'une qualité supérieure à la normale !

Tim Cockey, Le croque-mort enfonce le clou, Points, 404 pages, trduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claire Breton, sorti en 2004 (Etats-Unis) 2006 (France)

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lundi 22 février 2021

Derrière la lumière, de Cyrille Legendre

 

"Badi lui tapota le bras. 
- Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas aussi cinglé que j'en ai l'air. Je ne suis pas non plus un psychopathe qui vous veut du mal, conclut-il dans un grand éclat de rire. 
Daniel ne s'inquiétait pas. Du moins pas pour lui."
Oui parce que contrairement à Badi, Daniel n'a pas du tout l'air cinglé, lui, mais c'est bien un psychopathe de la pire espèce. Pourtant, si vous lui demandez son avis, il vous répondra que non, il n'est pas un psychopathe. Daniel vous répondra qu'il tue par nécessité, par pragmatisme. Avec un objectif bien en tête: ne plus jamais, au grand jamais, retourner dans l'ombre, derrière la lumière. Daniel veut y rester dans la lumière, à n'importe quel prix, et le prix sera très élevé, surtout pour ses ennemis !

Car Daniel vient de loin, de très loin, il n'était pas destiné à devenir l'un des animateurs les plus populaires du Paysage Audiovisuel Français, le PAF. Daniel est réservé, taciturne, voire même carrément asocial. La société le considère d'ailleurs comme un handicapé. Mais ce personnage insolite, déroutant, possède une mémoire et une culture phénoménales. Des atouts qui vont lui permettre de devenir un candidat hors normes dans un jeu télévisé populaire. Daniel restera le champion pendant des semaines et des semaines. Une célébrité inattendue. Et Daniel aime ça, la célébrité, Daniel adore ça, alors pas question de retourner dans l'anonymat. Tous les coups sont permis, la fin justifie complètement les moyens. Et vous allez voir que, dans ce roman, cette dernière expression prend tout son sens !

Derrière la lumière est à ce jour le roman le plus noir, le plus cynique, le plus cruel de cet auteur français talentueux qu'est Cyrille Legendre. Celui-ci dresse, à travers l'histoire immorale de Daniel, un portrait au vitriol du PAF. Cyrille Legendre dévoile les coulisses souvent peu reluisantes du monde des jeux télévisés. Bon, au début du roman, il est bien évidemment stipulé que toute ressemblance avec des personnages ayant existé ne peut être que le fruit d'une coïncidence fortuite. Certes, l'auteur ne donne pas de vrais noms, mais, à mon humble avis, certains animateurs décrits dans ce polar se reconnaîtraient facilement, et cela ne leur ferait pas plaisir, bien au contraire !

Au final, un mélange corrosif, féroce de roman noir et de suspense psychologique. Une alliance réussie entre polar et critique acerbe du milieu impitoyable, implacable de la télévision. L'envers du décor revisité à la sauve Cyrille Legendre !

Cyrille Legendre, Derrière la lumière, Editions du Masque, 401 pages, sorti en France en 2018. 

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jeudi 11 février 2021

Nous ne t'oublierons jamais, de Cyrille Legendre

 

Nous ne t'oublierons jamais est la suite de Quitte ou double, dont je vous conseille de lire la critique dans ce blog. Je vous recommande donc fortement de lire Quitte ou double avant de passer à Nous ne t'oublierons jamais. Je vous rassure, l'auteur donne quand même suffisamment d'explications sur les événements survenus dans Quitte ou double qui ont un lien direct avec ce qu'il se passe dans cette suite très réussie. Le français Cyrille Legendre monte clairement en puissance avec ce polar haletant, et très bien ficelé. Un véritable page-turner. Impossible d'interrompre votre lecture, tant l'auteur excelle à ménager le suspense et à multiplier les rebondissements improbables. En outre, c'est bien écrit dans un style simple, alerte, percutant, au service d'un récit fluide et sans temps mort. Cyrille Legendre gagne vraiment à être connu.

Avec Quitte ou double, l'auteur dressait un portrait au vitriol du foot-business et nous faisait découvrir le Turkménistan, une véritable dictature orwellienne, coincée entre les deux géants russe et iranien. Dans Nous ne t'oublierons jamais, l'intrigue tourne autour des milieux extrémistes en France et au Royaume-Uni. Dans le même temps, un couple diabolique assassine sauvagement, dans différents pays, des clients de prostituées. Matt Berger, le personnage fétiche de Cyrille Legendre, n'est pas au bout de ses peines. 

Au final, un polar d'une redoutable efficacité, riche en émotions fortes. L'auteur confirme tout son talent pour échafauder des intrigues machiavéliques et camper des personnages forts. J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce polar mené avec une dextérité hors du commun !

Cyrille Legendre, Nous ne t'oublierons jamais, Editions du Masque, 380 pages, sorti en France en 2015.

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