mardi 15 août 2017

CAPTIFS

KEVIN BROOKS

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Traduit de l'anglais par Marie Hermet
Editions 10/18
Poche 287 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2013 (Angleterre)
2016 (France)
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Un huit-clos noir comme le cauchemar. Terrifiant!


"Je ne me sentais pas trop mal, mais je n'étais pas assez en forme pour faire grand-chose. Pas assez en forme pour expliquer au gros banlieusard qu'il avait été emprisonné dans un bunker souterrain par un homme inconnu aux intentions inconnues, qu'il n'y avait absolument aucune issue, rien à faire, aucune intimité, aucune vie, aucun espoir, aucun ... RIEN. Que nous pouvions très bien tous rester là des années...
Nous pouvons rester là des années.
Non, je ne me sentais pas la force de lui expliquer tout ça."

Le décor est planté: un adolescent qui vivait dans la rue après avoir quitté le domicile parental, une petite fille, un drogué, un vieil homme borgne et en fin de vie, un homme d'affaire obèse et alcoolique, et une jeune femme qui se demande bien pourquoi elle atterri dans cet endroit terrifiant. Et un psychopathe, qui les surveille, à l'aide de micros et de caméras fixés au plafond. Et qui les tue à petit feu. Implacable, impitoyable. Captifs est le journal intime de Linus, l'adolescent, qui nous raconte sa vie et celle des autres, à l'intérieur du Bunker. De ce fait, le style d'écriture est économe, concis, dépouillé, et reflète l'évolution psychologique de l'adolescent, qui perd de plus en plus pied au fil des jours qui passent dans ce lieu abominable. D'ailleurs le titre anglais de ce roman éprouvant est The Bunker Diary: le journal du Bunker. 

A sa sortie, Captifs a fait l'objet de nombreuses critiques suscitées par son nihilisme absolu. En effet, je préfère vous prévenir tout de suite: ne cherchez pas d'explications à ce livre, il n'y en a pas. Ne reste que la cruauté humaine, le pire du pire. Si vous avez actuellement le moral dans les chaussettes, surtout n'ouvrez pas ce roman noir, très noir. Plus qu'un livre, une expérience troublante, éprouvante, choquante, un chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Une plongée dans l'horreur à l'état pur, racontée avec les mots d'un adolescent sensible, qui ne veut pas perdre espoir, du moins au début. Captifs appartient à ces romans qui privilégient la dureté des rapports humains et les atmosphères très sombres et qui, se faisant, se distinguent des purs romans criminels. Et il faut avoir l'estomac bien accroché pour lire cette histoire affreuse au final cauchemardesque, et controversé. Préparez-vous bien, car pendant quelques heures, vous aurez vraiment l'impression d'y être dans ce bunker, aux côtés de Linus. J'ai dévoré ce livre de bout en bout, totalement embarqué dans cette histoire prenante, haletante, racontée par un auteur talentueux qui sait captiver son public. Mais je peux comprendre que ce livre choc divise l'opinion, parce que la noirceur qui s'en dégage est totalement sans espoir. Bon moi je vais de ce pas m'acheter un Nadine Monfils histoire de garder mon moral au beau fixe!  

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vendredi 11 août 2017

IL NE FAUT PAS PARLER DANS L'ASCENSEUR

MARTIN MICHAUD

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Auteur canadien francophone
Editions Kennes
Poche 400 pages
Première publication:
2010 (Canada)
2015 (France)
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La première enquête de Victor Lessard!


"Des gamins qui passaient par là le virent et ne purent s'empêcher de pouffer de rire. Il brandit le poing dans leur direction.
- Mes petits tabarnacs!
Il glissa la clé dans la serrure, ouvrit la porte de son appartement et vit le tas de linge sale sur son divan.
Il avait complètement oublié le lavage!" Vous l'avez compris, l'action de ce whodunit se déroule au Quebec, et plus précisément à Montréal, LA ville de Martin Michaud. Et, pour notre plus grand plaisir, le récit de la première enquête du sergent-détective Lessard est donc ponctué de "quebecismes". Rassurez-vous, cela ne nuit en rien à la compréhension du récit. On comprend très bien la signification de chaque mot. Et cela apporte une touche d'originalité dans ce polar finalement assez classique au niveau de son intrigue.

"Diaboliquement efficace", dixit Franck Thilliez, notre plus grand auteur français de thrillers, qui a critique de manière positive ce polar d'enquête qui met en scène pour la première fois LE personnage fétiche de Martin Michaud: Victor Lessard, un homme en pleine crise familiale, alcoolique, qui tente de se reconstruire en exerçant son métier de flic avec passion et engagement. Un personnage très attachant, pétri d'humanité, à la fois déterminé et fragile. Et qui travaille en équipe. L'union fait la force, et de la force, le sergent-détective va en avoir bien besoin pour résoudre une enquête complexe. Au menu: un directeur d'hôpital assassiné en plein jour dans son bureau; Une jeune femme renversée par une voiture; Cette même voiture retrouvée un peu plus tard, avec à l'intérieur de son coffre, le cadavre d'un homme assassiné. 

Avec ce premier roman, qui inaugure une série policière assez prometteuse, Martin Michaud démontre un grand talent pour échafauder des scénarios diablement efficaces et camper des personnages crédibles. Des personnages tellement vrais qu'on a l'impression qu'ils vont sortir du livre à tout moment. J'ai bien aimé également le personnage de Simone Fortin, la jeune femme renversée par la voiture, et qui va, de ce fait, vivre une expérience aux frontières du réel. Sur la forme, le style d'écriture est très limpide, et alerte, fluide. L'auteur montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit à la construction impeccable. Une mécanique de précision parfaitement huilée.  Une réussite!

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SASHA

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jeudi 10 août 2017

POLARS CULTES DE 1 à 25

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LEIGHTON GAGE Le sang de la coupe 

Auteur américain
Première parution France: 2014
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Brésil, kidnapping 
Ce que j'ai aimé: Le portrait à la fois réaliste et attachant du Brésil dressé par l'auteur, les dialogues enlevés


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CRAIG HOLDEN Les quatre coins de la nuit

Auteur américain
Première parution France: 2000
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Petite ville du Midwest dans les années 90, disparitions, enquête
Ce que j'ai aimé: Une atmosphère crépusculaire qui vous prend à la gorge dès les premières pages, le style d'écriture puissant de l'auteur, l'intrigue bouleversante


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DON WINSLOW La griffe du chien

Auteur américain
Première parution France: 2007
Genre principal: Thriller politique
Mots clés : Cartels de la drogue, CIA
Ce que j'ai aimé: Un récit puissant, épique et violent, au final époustouflant


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JOHN HARVEY Coeurs solitaires

Auteur anglais
Première parution France: 1993
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Serial killer, Angleterre des années Thatcher
Ce que j'ai aimé: L'écriture pétrie d'humanité de l'auteur, le personnage de l'inspecteur Resnick


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ARNALDUR INDRIDASON La femme en vert

Auteur islandais
Première parution France: 2006
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Islande, drame familial
Ce que j'ai aimé: la puissance et le fort contenu émotionnel du récit, les dialogues


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JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ La ligne noire

Auteur français
Première parution France: 2004
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Serial killer, Malaisie
Ce que j'ai aimé: Le portrait terrifiant du tueur en série, l'ultime rebondissement


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FRÉDÉRIC LENOIR VIOLETTE CABÉSOS La promesse de l'ange 

Auteurs français
Première parution France: 2004
Genre principal: Historique
Mots clés: Mont-Saint-Michel, ésotérisme
Ce que j'ai aimé: L'atmosphère mystérieuse, l'énigme à résoudre, les personnages


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MARK HASKELL SMITH Défoncé

Auteur américain
Première parution France: 2013
Genre principal: Décalé
Mots clés: De nos jours, business du cannabis, critique sociale
Ce que j'ai aimé: L'écriture limpide de l'auteur, l'humour noir


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JOHN HART L'enfant perdu

Auteur américain
Première parution France: 2010
Genre principal: Suspense
Mots clés: Petite ville de la Côte Est américaine, disparitions
Ce que j'aimé: L'intrigue pleine de suspense et de rebondissements, la puissance sauvage et émotionnelle dégagée par le récit


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PAUL COLIZE Back up

Auteur belge 
Première parution France: 2012
Genre principal: Thriller politique
Mots clés: Histoire du Rock revisitée, complot
Ce que j'ai aimé: le style d'écriture plein d'audace de l'auteur, l'intrigue captivante


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JAKE HINKSON L'enfer de Church Street

Auteur américain 
Première parution France: 2015
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Amérique profonde, communauté religieuse
Ce que j'ai aimé: Le style incisif, vif de l'auteur, l'atmosphère viciée d'une petite ville de l'Amérique profonde, la complexité du personage principal


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JOËL DICKER La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert

Auteur suisse
Première parution France: 2012
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Côte Est américaine, crime non élucidé, métier d'écrivain
Ce que j'ai aimé: Le style limpide de l'auteur, la réflexion sur le métier d'écrivain, l'intrigue pleine de rebondissements


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JAMES ELLROY Le Dahlia noir

Auteur américain 
Première parution France: 1988
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Los Angeles années 50, crime non résolu
Ce que j'ai aimé: La puissance de l'intrigue qui vous prend à la gorge, la description du Los Angeles des années 50, le final inoubliable


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OLIVIER BARDE-CABUÇON Casanova et la femme sans visage

Auteur français
Première parution France: 2012
Genre principal: Historique
Mots clés: 1757 Royaume de France, enquête, fausse magie, alchimie
Ce que j'ai aimé: Une plongée saisissante dans un siècle tourmenté à l'aube de la révolution française, les personnages fouillés, le style d'écriture alerte et élégant de l'auteur



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EUGENE IZZI Chicago en flammes

Auteur américain
Première parution France: 1999
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Vengeance, tensions raciales
Ce que j'ai aimé: le style d'écriture sauvage de l'auteur, les cent dernières pages du livre


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GILLIAN FLYNN Les lieux sombres

Auteure américaine
Première parution France: 2009
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Campagne du Midwest, massacre familial
Ce que j'ai aimé: La puissance narrative de l'auteure, les personnages, le dénouement final


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VAL MCDERMID Au lieu d'exécution 

Auteure écossaise
Première parution France: 2000
Genre principal: Suspense
Mots clés: Village britannique, disparition
Ce que j'ai aimé: Le style d'écriture musclé de l'auteure, l'intrigue pleine de rebondissements subtils


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LYNDA LA PLANTE Coup de froid

Auteure anglaise
Première parution France: 1996
Genre principal: Suspense
Mots clés: Los Angeles années 90, alcoolisme, serial killer
Ce que j'ai aimé: L'évolution psychologique de Lorraine page, l'intrigue taillée au couteau


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R.J. ELLORY Les anges de New York

Auteur anglais
Première parution France: 2012
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Police de New York, serial killer
Ce que j'ai aimé: Le personnage principal, l'intrigue haletante, le style d'écriture limpide et puissant de l'auteur


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PIERRE LEMAITRE Alex

Auteur français
Première parution France: 2011
Genre principal: Suspense
Mots clés: Séquestration, manipulation
Ce que j'ai aimé: Le style d'écriture de l'auteur, l'intrigue machiavélique


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NEWTON THORNBURG Fin de fiesta à Santa Barbara

Auteur américain
Première parution France: 1976
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Amérique dans les années 70 après le Vietnam, crime sanglant
Ce que j'ai aimé: les cent dernières pages du livre d'une intensite dramatique hors du commun, les deux personnages principaux


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DOUGLAS KENNEDY Piège nuptial

Auteur américain
Première parution France: 2008 
Genre principal: Décalé
Mots clés: Bush australien, séquestration
Ce que j'ai aimé: Le style d'écriture de l'auteur, le côté tordu, dingue de cette histoire

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JOHN RIDLEY Ici commence l'enfer

Auteur américain
Première parution France: 1998
Genre principal: Décalé
Mots clés: Désert américain, humour noir
Ce que j'ai aimé: l'intrigue tordue, échevelée, pleine de coups fourrés, le lieu apocalyptique du roman

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DONATO CARRISI Le Chuchoteur


Auteur italien
Première parution France: 2010
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Pays indéterminé, serial killer, enquête
Ce que j'ai aimé: L'atmosphère singulière du roman, l'intrigue machiavélique

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MAUD TABACHNIK La mémoire du bourreau

Auteure française
Première parution France: 2001
Genre principal: Historique
Mots clés: Camps nazis, vengeance
Ce que j'ai aimé: Le contenu émotionnel du récit, l'écriture limpide de l'auteure

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mardi 1 août 2017

SEULES LES BÊTES

COLIN NIEL

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Auteur français
Editions du Rouergue
Grand format
215 pages
Sélection Guide polar Pietro
Première publication France:
2017
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Un puzzle machiavélique !


"Comme quand t'es gamin et que tu te dis que le causse c'est le plus bel endroit du monde sans voir ce futur qui se prépare, sans savoir que plus tard ces steppes sans fin tu pourras plus les regarder sans avoir envie de chialer. Et en moi j'ai senti revenir les noeuds de la solitude. Alors pour me donner du courage, j'ai bu deux verres de gentiane."

Le causse, un plateau désertique situé dans le Massif central français, en pleine diagonale du vide. Evelyne Ducat, femme d'un riche notable local, n'est jamais revenue de sa randonnée dans cette terre sauvage et isolée. Le mystère de sa disparition reste entier. Cinq personnes racontent, l'une après l'autre, leur propre version de l'histoire. Cinq récits, cinq perceptions de la réalité, cinq destins qui s'enchevêtrent parfois pour le meilleur, souvent pour le pire: Alice, l'assistante sociale, qui soutient les agriculteurs de la région ; Joseph, agriculteur du plateau du causse, et amant d'Alice ; Maribé, une jeune femme instable, qui est venue vivre dans ce coin perdu pour suivre sa maîtresse du moment, qui n'est autre qu'Evelyne Ducat ; Armand, un jeune africain qui vit à des milliers de kilomètres du causse ; Et Michel, le mari de l'assistante sociale. Tous acteurs et victimes d'un drame si terriblement humain, si tragiquement absurde. Cinq pièces d'un même puzzle machiavélique, voire même maléfique.

Auteur confirmé, Colin Niel signe, avec Seules les bêtes, un roman noir comme le cauchemar, remarquablement construit, et totalement abouti. Un véritable échiquier du mal que les hommes et les femmes s'infligent entre eux. L'intrigue, complexe et subtile, prend d'ailleurs une tournure totalement inattendue à partir du quatrième récit. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de l'auteur qui brouille les pistes, rattache des faits entre eux, et crée des passerelles entre les cinq récits. La narration à la première personne, qui s'applique à chaque récit, permet de comprendre la psychologie et les motivations profondes des cinq protagonistes de cette terrible histoire. C'est bluffant. En outre, Colin Niel dresse un portrait réaliste du monde rural, avec ses contraintes économiques, sociales, et climatiques. De nombreux agriculteurs rencontrent des difficultés économiques, associées parfois à l'isolement et à la solitude. Ce qui peut entraîner de terribles conséquences, dont certaines sont décrites dans ce roman noir. Enfin, le style d'écriture de l'auteur est très dynamique, très limpide, avec une volonté de coller à la réalité sociale et linguistique de chaque personnage. Par exemple, le récit d'Armand, le jeune africain, est truffé d'expressions argotiques locales. Bref, un roman noir saisissant, puissant, orchestré de main de maître. 

Dans le même genre sur ce blog:
Ubac, Elisa Vix
Un vent de cendres, Sandrine Collette



mercredi 26 juillet 2017

L'ENFANT INVISIBLE

CORNELIA READ

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury
Editions Babel
Poche 520 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2010 (Etats-Unis)
2011 (France)
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Humour décapant et noirceur sans espoir!


"- Personne n'a pris la défense de ce gamin tant qu'il était en vie. Il faut que quelqu'un le fasse maintenant.
- Je sais.
- Tiens bon.
- Promis.
- Simplement, évite de nous faire tous tuer, d'accord?
- je ferai de mon mieux.
- On ne t'en demande pas plus.
- Oui.
- Tu as fini de dégueuler?
- J'espère.
- Alors brosse-toi les dents. Et reviens te coucher." 

Cet extrait est, pour moi, vraiment représentatif de l'atmosphère qui règne dans ce roman noir, tant dans sa forme que dans son contenu: beaucoup de dialogues incisifs, d'échanges entre les personnages du livre; Un humour féroce, irrévérencieux, cynique ; Mais une sensibilité, une empathie viscérale envers les problèmes qui peuvent toucher l'humain. Un cri du coeur déchirant contre la barbarie, et l'injustice qui règnent en ce bas monde. Dans L'enfant invisible, on retrouve bien sûr le personnage fétiche de Cornelia Read, la pétillante et désarmante Madeline Dare, qui vient de s'installer à New York avec son mari Dean. Le couple partage un petit appartement avec  une amie, Sue, et Pagan, la soeur cadette de Madeline. Une atmosphère digne d'un épisode de Friends. C'est le côté sympa, léger du roman. 

Mais la dure réalité reprend vite le dessus. Nous sommes au début des années 90, les fortes tensions communautaires et raciales menacent l'équilibre du pays, héritage du reaganisme qui a creusé les inégalités sociales et accentué la pauvreté. Le taux de criminalité atteint des niveaux records, notamment à New York. La drogue dure est présente dans toutes les strates sociales, dans tous les quartiers. D'ailleurs Madeline et sa tribu ne sont pas en reste, bien au contraire! Dans ce contexte tendu, Madeline va découvrir par hasard le cadavre abandonné d'un enfant noir de trois ans. Une plongée abyssale dans la maltraitance infantile. 

Ce que j'ai aimé dans ce roman finalement très noir, malgré son aspect parfois décalé, c'est que l'auteure nous fait passer par tous les stades de l'émotion humaine: joie, rire, colère, tristesse, stupeur, indignation. Même si la colère et l'indignation finissent par prendre le dessus sur tout le reste. Les cent dernières pages du livre sont éprouvantes, Cornelia Read nous obligeant à regarder en face l'intolérable. Sur la forme, le style d'écriture de l'auteure est assez singulier. Un mélange de simplicité et de sophistication, entre humour parfois très cru, et histoires truffées de références culturelles. Mais une écriture pleine d'énergie et de vitalité. Mélange de comédie grinçante anticonformiste et de roman noir social, tour à tour hilarant et d'une noirceur sans espoir, L'enfant invisible est le roman le plus abouti, le plus puissant de Cornelia Read. 

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lundi 24 juillet 2017

RETOUR À LA NUIT

ÉRIC MANEVAL

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Auteur français
Editions 10/18
Poche 140 pages
Première publication France:
2009
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Un court roman noir d'une grande intensité dramatique!


"J'étais donc là, en slip, ébahi par cette puissance. Je me plaçai une une dizaine de mètres en amont. A un mètre cinquante, un amas de rochers affleurait. Je m'aspergeai la nuque et le torse et pénétrai dans l'eau sombre." Antoine, 8 ans, a bien failli ne jamais en ressortir vivant de cette eau sombre. Assommé par un tronc d'arbre qui le percute de plein fouet, Antoine se réveille dans un fourgon, bien vivant, en compagnie d'un homme étrange, très étrange. L'inconnu lui pose des questions troublantes, tout en le soignant. Car Antoine a de nombreuses coupures sur tout le ventre. L'enfant s'évanouit à nouveau, pour se réveiller dans un hôpital, marqué à vie par cette expérience, et ne se doutant pas que l'homme qui lui a sauvé la vie est un redoutable tueur en série. Non ça, il le saura vingt-cinq ans plus tard, alors qu'il est devenu veilleur de nuit dans un foyer pour jeunes, près de Limoges. Je n'en dis pas plus, je vous laisse le soin de découvrir ce court récit poignant.


C'est bien simple, j'ai tout aimé dans ce roman noir qui aborde avec justesse et humilité les blessures et les traumatismes de l'enfance. L'auteur ne donne aucune leçon, il met en scène une histoire crédible qui illustre avec sobriété son propos.  J'ai lu ce livre d'une traite, sans m'arrêter, complètement captivé par l'histoire. Et je regrette que le récit soit si court, j'avais envie que ça continue. Je suis arrivé à la fin du récit sans m'en rendre compte. Une fin que je qualifierai d'intelligente. Certaines questions restent sans réponses. Cela peut paraître frustrant, mais je trouve que c'est totalement cohérent par rapport au récit. Cela colle à l'intention de l'auteur qui privilégie la complexité des rapports humains à l'intrigue criminelle. Car ce n'est pas un hasard si Antoine devient veilleur de nuit dans un foyer pour enfants traumatisés...


Sur la forme, le récit est très bien construit, et très bien écrit. Un style simple, concis, économe, mais qui sonne juste. Des dialogues crédibles, des personnages plus vrais que nature, une atmosphère envoûtante et troublante. Je regrette que la fin arrive trop vite, je pense que ce roman aurait pu être plus long. Au final, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman noir rural poignant. Une agréable surprise! 


Dans le même genre sur ce blog:
S.A.S.H.A, Martin Michaud



mercredi 19 juillet 2017

KABOUL EXPRESS

CÉDRIC BANNEL

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Auteur français
Editions Robert Laffont
Grand format
336 pages
Première publication France:
2017
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Une traque haletante!


"La France mène contre Daech une guerre discrète, certes, mais une vraie guerre, dans laquelle tous les coups sont permis" Nicole Laguna, directrice du Service de recherche de la Direction générale de la sécurité intérieure, et Oussama Kandar, le chef de la brigade criminelle de Kaboul, ne diront pas le contraire. Il faut dire que notre duo de choc a du pain sur la planche: éviter un attentat de grande ampleur sur le sol français, en menant une chasse à l'homme internationale, de l'Afghanistan jusqu'à Paris. Enfin, plutôt une chasse à l'adolescent: Zwak, un afghan de 17 ans, surdoué, recruté par Daech pour semer la terreur en France. Avec un plan machiavélique tout droit sorti de l'imagination de l'adolescent au QI de 160. 

Après le spectaculaire Baad, Cédric Bannel signe un thriller politique d'une redoutable efficacité, un furieux page turner épique et violent, plein d'action, de suspense, et de rebondissements. Un récit fluide, sans temps mort, mené avec une dextérité hors du commun. Une intrigue charpentée, crédible, qui colle à la réalité, et qui s'appuie donc sur de solides connaissances. En effet, Kaboul Express est une plongée saisissante dans les rouages des services secrets français, et dans les méandres de Daech, cette menace terroriste multiforme tellement difficile à appréhender et donc à combattre. On le ressent vraiment dans ce thriller.

Et puis bien sûr, Cédric Bannel continue de nous décrire "son" Afghanistan, sous plusieurs angles: économique, politique, sociologique, mais également géographique. Avec notamment un passage du livre hallucinant, lorsque Kandar doit traverser le désert de la mort: "Le désert abrite des vipères à cornes dont le venin peut tuer un homme adulte en moins d'une heure, des scorpions noirs et jaunes - ces derniers sont les plus redoutables - , ainsi que des crabes des sables, effrayants, et des tarentules dont la morsure est si douloureuse qu'elle est réputée rendre fou." Car finalement l'essentiel de l'action se déroule dans ce pays multiforme que l'auteur connaît très bien. Un vécu qui transparaît dans son récit, nous faisant découvrir un autre Afghanistan. Au final, un très bon thriller politique qui traite d'un sujet malheureusement brulant d'actualité: le terrorisme international. Mais aussi une radiographie très intéressante de l'Afghanistan. Dépaysement garanti!

Du même auteur sur ce blog:
Baad

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Un monde sous surveillance, Peter Temple