mercredi 29 juin 2016

ODESSA BEACH

BOB LEUCI

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Annie Hamel
Editions Rivages
Poche 368 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1985 (Etats-Unis)
1994 (France)
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Une bonne histoire de flics et de gangsters

L'immense Bob Leuci est mort en octobre dernier, et laisse derrière lui trois chefs d'oeuvre de la littérature policière américaine: L'indic, Captain Butterfly, et Odessa Beach, que je viens de terminer. Une histoire puissante de flics et de gangsters dans le New York crépusculaire des années 80. Une fiction terrifiante que l'auteur nourrit d'une réalité qu'il a côtoyée de très près. En effet, Bob Leuci a longtemps été inspecteur dans un service d'élite qui s'occupait du trafic de drogue. Un long vécu qui lui a permis ensuite de pouvoir raconter des histoires plus vraies que nature. Mais Bob Leuci est également un écrivain de talent, qui sait captiver son lecteur, camper des personnages forts, et échafauder des scénarios percutants et diablement efficaces. Le style d'écriture est cru, frontal, économe, et alerte. L'auteur raconte ses histoires criminelles comme un type qui entre dans un bar et défonce la porte à coups de battes de baseball.

Odessa Beach raconte l'ascension d'un gangster russe émigré à New York. Cette histoire à la Scarface permet à l'auteur de rendre compte de la mutation du quartier juif de Brooklynn, surnommée Odessa Beach après la vague d'immigration soviétique. Ce que j'ai aimé, c'est que l'auteur ne verse jamais dans le cliché, ou dans le manichéisme. Bob Leuci dresse un constat cru et sans concesssion d'un monde impitoyable, où l'argent est roi. Enfin, ce roman très noir séduit par le portrait d'Alex Simon, le double littéraire de l'auteur: un flic habité par son métier, qui porte un regard lucide et désenchanté sur un environnement complexe, où la frontière entre le bien et le mal est de plus en plus floue, qu'on soit du côté des policiers ou du côté des mafieux. La fin - Gagner de l'argent, et survivre - justifie tous les moyens: magouilles, chantages, trahisons, meurtres, deal avec le FBI. Tout ça n'est qu'un jeu dangereux ... et truqué bien sûr! 

Odessa Beach est donc une histoire effrayante, tragique, mettant en scène des personnages plus vrais que nature. Un véritable chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Le portrait sans concession d'une grande ville américaine gangrenée par la drogue, la misère et la violence. Certaines scènes du livre atteignent des sommets d'intensité dramatique. Petit extrait, histoire de vous metttre dans l'ambiance: " - Un jour, ils vont venir pour vous. Peu importe ce qu'ils ont promis, peu importe ce qu'ils ont dit, au bout du compte ils s'allieront et ils viendront pour vous. Ils se retournent les uns contre les autres, ils se mentent, ils se trahissent les uns les autres, alors vous, ils n'auront aucun scrupule à vous tuer."

Du même auteur sur ce blog:
Captain Butterfly

Dans le même genre sur ce blog:
Sous la menace, Reggie Nadelson
Le ventre de New York, Thomas Kelly

jeudi 23 juin 2016

L'INCONNUE DU BAR

JONATHAN KELLERMAN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Frédéric Grellier
Editions Points
Poche 408 pages
Première publication:
Etats-Unis (2011)
France (2014)
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Pour les fans uniquement!


L'inconnue du bar est la 26ème enquête du duo Delaware/Sturgis, la 16ème en ce qui me concerne. Si, tout comme moi, vous êtes un fan de cette série policière, allez-y les yeux fermés, régalez-vous, vous ne serez pas déçus. En effet, ce nouvel opus réunit tous les ingrédients qui font le succès de cette série depuis maintenant plus de trente ans: un meurtre inexpliqué, et le duo de choc constitué du psychologue Alex Delaware et de l'inspecteur Milo Sturgis, qui mène l'enquête sur la base d'interrogatoires minutieux. Beaucoup de dialogues, de psychologie, de déductions, et de recoupements qui vont permetttre à nos deux limiers de résoudre le(s) crime(s), et de démasquer le(s) coupable(s). Sherlock Holmes et Docteur Watson version californienne. Oui, le théâtre des opérations est toujours le même: Los Angeles, la ville du crime. Nos deux compères se connaissent par coeur, la mécanique est parfaitement huilée, rien ne peut résister à leurs méthodes d'investigation infaillibles.

Par contre, pour toi lecteur qui n'a pas encore lu un whodunit de Jonathan Kellerman, je te conseille vivement de passer ton chemin. Si tu veux découvrir cette série policière, je te conseille plutôt de commencer par les opus suivants: Chair et sang, Comédies en tout genre, ou encore Les tricheurs, qui précède d'ailleurs L'inconnue du bar. Cette 26ème enquête n'est donc pas le meilleur cru de l'auteur: le thème central - les sites de rencontres sur Internet- est classique, et l'intrigue sent quand même un peu le réchauffé. 

Mais voilà, quand on est accroc, on est accroc, c'est donc difficile pour moi d'être objectif avec Kellerman. Je prends toujours autant de plaisir à lire ses whodunits. C'est bien écrit, c'est bien fichu, même si ça ne casse pas toujours des briques côté intrigue. Kellerman est un dialoguiste de talent, et montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit: sens du détail et du suspense, indices savamment distillés, et beaucoup d'humour. Dans cet opus, l'auteur égratigne de manière très cynique l'amour sur le net, et a imaginé une parodie de site, où des "papas gâteaux" peuvent rencontrer des "petites chéries". Sauf que l'une des petites chéries en question est sauvagement assassinée.... Au final, pas le meilleur roman de l'auteur, mais un polar de gare sympa, et sans prise de tête.

Du même auteur sur ce blog:
Les tricheurs ; Billy Straight ; Chair et sang

Dans le même genre sur ce blog:
Shooters, Terrill Lankford

samedi 18 juin 2016

BALLET D'OMBRES À BALBOA

JACK TROLLEY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Stéphane Carn
Editions Rivages
Grand format 300 pages
Existe aussi en version poche
Première publication:
1994 (Etats-Unis)
2001 (France)
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Atmosphère, atmosphère quand tu nous tiens!


Loin de moi l'idée de faire de la réclame pour tel ou tel éditeur, ce blog est totalement indépendant. Mais la collection Rivages thriller (grands formats) et la collection Rivages noir (livres de poche) sont parmi les plus complètes en matière de polar américain. François Guérif, le directeur de ces deux collections, peut être fier de ce qu'il a fait, et de ce qu'il continue à faire. On y trouve des auteurs connus tels que James Ellroy, Dennis Lehane, et James Lee Burke, des auteurs un peu moins connus mais très bons comme William Bayer, Craig Holden, ou encore Mark Haskell Smith. Et des étoiles montantes comme Emily St-John Mandell ou Sean Doolittle. Et moi qui suis fan des polars d'atmosphère américains des années 80-90, je suis servi, car ces collections regorgent de véritables pépites, de chefs d'oeuvre à dévorer d'urgence: Il faut tuer Suki Flood de Robert Leininger, Ici commence l'enfer de John Ridley, ou Captain Butterfly de Bob Leuci. Enfin, on y trouve des "one-shots" écrits par des auteurs peu connus, des polars d'atmosphère très ancrés culture US, dont l'action se déroule dans un microcosme précis, souvent un comté (Orange dans Le Rideau orange de John Shannon,) une ville ( Chicago dans Le point limite de John Wessel) ou même un quartier, comme Balboa (ville de San Diego, Californie du sud) dans Ballet d'ombres à Balboa, pur polar d'atmosphère américain des années 90.

Jack Trolley nous ouvre donc une minuscule fenêtre spatio-temporelle, qui permet de plonger dans le San Diego des années 90. Le sergent Donahoo, personnage principal du roman auquel vous vous attacherez immédiatement, reçoit une lettre anonyme qu'il décide de prendre très au sérieux. L'expéditeur du message menace de faire sauter l'aéroport de la ville. Pourquoi? Parce que cet aéoport est situé juste à côté de Balboa Park, quartier autrefois prospère de la ville. Mais de plus en plus déserté à cause du bruit insupportable des avions qui le survolent en permanence. Si l'aéroport n'est pas déplacé dans les six mois, le terroriste promet un véritable carnage. Donahoo doit donc s'activer pour démasquer ce mystérieux corbeau. Pour ce faire, il va devoir s'immerger dans un quartier en pleine mutation, peuplé de personnages plus ou moins sympathiques!

Ballet d'ombres à Balboa commence donc comme un whodunit de facture classique, mais très vite, sort des sentiers battus, et devient un mélange de polar humoristique et de roman noir urbain. Un polar de quartier pétri d'humanité où les destins s'enchevêtrent pour le meilleur et pour le pire. Un livre plus centré sur les comportement humains que sur l'enquête policière. En outre, Jack Trolley sait raconter une histoire, et son écriture est pleine de vitalité. Ballet d'ombres à Balboa n'est donc pas un fast and furious page turner plein de rebondissements improbables. Non, c'est plutôt un polar d'atmosphère s'appuyant sur des personnages attachants et plus vrais que nature. Un polar intelligent qui retranscrit parfaitement les mutations sociales et urbaines pouvant survenir dans une ville américaine. Un livre atypique  qui se savoure tranquillement, sans se presser.

Dans le même genre sur ce blog:
Le Rideau orange, John Shannon
Le point limite, John Wessel

lundi 13 juin 2016

SAVAGES

DON WINSLOW

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Freddy Michalski
Le Livre de Poche
408 pages
Première publication:
2010 (Etats-Unis)
2011 (France)
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Une bombe textuelle survitaminée!


"Chon avait toujours su qu'il existait deux mondes distincts: les sauvages. Et les moins sauvages. Le sauvage est le monde du pur pouvoir primitif, survie des mieux adaptés, cartels de la drogue et brigades de la mort, dictateurs et hommes de main, attaques terroristes, guerres des gangs, haines tribales, assassinats en masse, viols en masse. le moins sauvage est le monde du pur pouvoir civilisé, gouvernements et armées, multinationales et banques, choc et effroi en écrasant l'adversaire par une puissance de feu très supérieure, mort-venue-du-ciel, génocide, viol économique en masse. Et Chon sait que... c'est le même monde". Voilà qui donne le ton du livre, mélange hallucinant de polar décalé et de roman noir. Tour à tour drôle, triste, violent, cynique, tendre. Avec à la baguette un auteur survolté qui déménage.

Savages est donc une histoire de gangsters, version Californie Peace and Love. Enfin.. le Peace and Love, c'est au début de l'histoire seulement. Au début, tout va bien pour Ben, Chon et O (O est une fille!): Nos trois compères se la coulent douce sous le soleil. Ben et Chon sont comme deux frères. Ils partagent la même herbe et la même copine, en l'occurence O. Et surtout, ils produident et vendent la meilleure herbe de toute la Californie. Une success story à l'américaine, qui va prendre fin, quand un cartel mexicain décide de s'approprier l'herbe. Un deal à sens unique: vous travaillez pour nous, ou vous êtes morts. Histoire d'aider un peu plus Ben et Chon dans leur choix, le cartel kidnappe O. La guerre est déclarée. Et là c'est sauve-qui-peut. Le roman devient alors un chant funébre sur un monde de démence et de sang, jusqu'au final, noir comme le cauchemar. 

Savages est un livre à grand spectacle, une bombe textuelle survitaminée menée à un rythme d'enfer: des chapitres courts, qui ne laissent aucun répit au lecteur,  des dialogues à la fois laconiques et truculents, un style d'écriture branché, économe, cru, brut de décoffrage. Mais une histoire franchement noire malgré son côté déjanté. Et un auteur qui porte un regard acéré, voire désabusé sur son époque. En effet, Don Winslow ne nourrit plus aucune illusion sur l'espèce humaine en générale, et l'Amérique en particulier.

Du même auteur sur ce blog:
La griffe du chien

Dans le même genre sur ce blog:
Défoncé, Mark Haskell Smith

mercredi 8 juin 2016

MARYLIN X

PHILIP LE ROY

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Auteur français
Editions le cherche midi
Grand format 272 pages
Première publication France:
2016
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Un palpitant roman noir historique



Je suis un grand fan de Philip Le Roy, j'aime beaucoup son style d'écriture, sa façon de raconter une histoire, son univers très riche. Alors je me suis dépêché de me procurer son nouveau roman, sorti le mois dernier en librairie. Cette fois-ci l'auteur s'attaque à l'un des plus grands mythes des temps modernes: Marylin Monroe. Un pari osé pour l'auteur, qui signe un roman noir historique de tout premier ordre.

2012: un couple de français traverse l'Amérique en voiture, et finit par se perdre au milieu des terres ancestrales des Navajos. Nos deux aventuriers se retrouvent devant une maison incendiée, et découvrent à l'intérieur les restes d'un cadavre, ainsi que des carnets partiellement brûlés. Le couple se met à lire le journal intime d'une personne ayant côtoyé de très près une certaine ... Marylin Monroe. Et encore plus dingue, ce journal révèle que la star serait toujours en vie cinquante ans après sa mort officielle en 1962. Marylin aurait mis en scène son suicide afin de quitter le monde impitoyable des puissants de son époque.

S'appuyant sur un fond documentaire très solide, Philip Le Roy brosse un roman noir historique érudit, et surtout bluffant de bout en bout. A travers la vie tragique de Marylin Monroe, l'auteur nous dévoile tout un pan peu glorieux de l'histoire américaine sous l'ère Kennedy. Ce n'est pas l'histoire enseignée dans les livres scolaires. Non, la réalité de l'époque était beaucoup, beaucoup plus sombre! Certaines scènes du livre sont à la limite du supportable, notamment le viol de Marylin Monroe au célèbre Cal Neva Lodge, qui appartennait à l'époque à un certain Frank Sinatra.

Enfin, l'intrigue pleine de suspense et de rebondissements est un prétexte pour rendre un vibrant hommage à Marylin Monroe, une jeune femme trop gentille pour pouvoir survivre dans un monde de vautours. Marylin tel un papillon fragile qui se brûle les ailes au contact des puissants de l'époque. Par puissants, comprenez des politiciens, des mafieux, et des vedettes du showbiz. Philip Le Roy fait très bien ressortir ce qui a pu pousser la star à mettre fin à ses jours. Ou à fuir vers les terres des Navajos, afin d'y retrouver une certaine pureté. Philip Le Roy, passionné par les indiens d'Amérique, nous donne envie de croire à cette résurrection de Marylin, qui méritait certainement d'avoir une seconde vie pleine de bonheur. Un thriller à la fois tendre et violent, dur et émouvant.

Du même auteur sur ce blog:
Pour adultes seulement

Dans le même genre sur ce blog:
Vie et mort de Miss Faithfull

lundi 30 mai 2016

ICI COMMENCE L'ENFER

JOHN RIDLEY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Pêcheux
Editions Rivages
Poche 240 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1997 (Etats-Unis) 1998 (France)
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Un polar torride. Très torride!


"Et soudain, il comprit. C'était si évident qu'il aurait dû piger plus tôt: il était en enfer. C'était la seule explication possible. Sa bagnole qui tombe en rade à cet endroit précis... cette cinglée de Grace... son mari, encore plus cinglé... les motards... la vieille Mexicaine au fusil de chasse... les billets déchirés...et la chaleur... cette chaleur implacable. Tout ça, c'était trop dingue... beaucoup trop dingue pour une seule journée. Et il n'était encore que midi. C'était l'enfer évidemment."

L'enfer en question, c'est Sierra, un bled paumé en plein milieu du désert américain. Peuplé de personnages plus dingues les uns que les autres. Pour John, l'enfer commence au moment où sa voiture tombe en panne à l'entrée de Sierra. Comme quoi le destin d'un homme peut basculer sur un simple détail, en l'occurrence une durite de voiture pétée pour le pauvre John, qui va se retrouver embarqué dans une histoire de fous. Que voulez-vous, certaines personnes attirent les ennuis, et ce looser de John en fait partie.

Vous connaissez peut-être le film, beaucoup moins le livre. En effet, Oliver Stone s'est inspiré de ce petit bijou d'humour noir pour réaliser U Turn, avec Sean Penn, dans le rôle de John, Jennifer Lopez, dans le rôle de Grace, la femme fatale, et Nick Nolte, dans le rôle de Jake, le mari cinglé. Personnellement, je préfère le livre, que j'ai lu après avoir vu le film. John Ridley signe un polar d'atmosphère teigneux, fébrile, une histoire puissante au rythme échevelé. L'écriture est rapide et fluide, le style économe et incisif. Tous les ingrédients du très bon polar qu'on ne lâche pas sont réunis: des dialogues enlevés, de l'action, du suspense, des rebondissements tordus, un final corral et un humour bien noir. L'atmosphère est étouffante, on a vraiment l'impression que John est coincé dans ce bled, et qu'il n'arrivera pas à en sortir. On souffre avec lui, on se met à sa place, on aimerait qu'il quitte cet enfer sur terre, mais John ne prend jamais les bonnes décisions, quand ce n'est pas le mauvais sort qui s'abat sur lui. Alors Il vaut mieux en rire!

Au final, Ici commence l'enfer est un mélange totalement réussi de roman noir et de comédie grinçante, c'est un pulp survitaminé, mené à un train d'enfer. Un vrai régal de lecture. Enorme!

Dans le même genre sur ce blog:

jeudi 26 mai 2016

LES ASSASSINS

R.J. ELLORY

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Traduit de l'anglais par Clément Baude
Editions Sonatine
Grand format 570 pages
Première publication:
2009 (Royaume-Uni)
2015 (France)
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Un serial killer thriller à la sauce Ellory


Depuis longtemps, le serial killer fascine les gens et bien sûr de nombreux écrivains de romans policiers: Shane Stevens, Thomas Harris, Maxime Chattam, Donato Carrisi et ... R.J. Ellory. Avec en toile de fond, la question de l'origine du mal, de ce que les êtres humains sont capables de s'infliger entre eux. Cette dernière phrase revient souvent dans Les assassins, magistral thriller qui raconte la traque, vous l'aurez compris, d'un redoutable tueur en série. Un polar sanglant, nerveux, et prenant du début à la fin. 

" Le Commémorateur avait anéanti toute possibilité d'une vie normale, et Irving lui en voulait. Un inconnu avait heurté de plein fouet son monde, et sous les décombres, Irving attendait avec hâte que l'auteur de ce désastre montre son visage." Le commémorateur est le surnom donné au tueur en série qui sème la terreur dans les rues de New York, en rééditant des crimes commis par d'anciens tueurs en série. Un imitateur fou qui rend ainsi hommage à ses prédecesseurs. Irving, c'est le pauvre flic chargé de l'enquête. Un personnage tourmenté, désabusé, mais également intègre et déterminé. Un flic solitaire à la Serpico, un type de personnage qu'affectionne tout particulièrement R.J. Ellory. Les assassins est donc une plongée abyssale dans les ténèbres de l'âme humaine. C'est un chant funèbre sur une société de démence et de sang. C'est aussi une enquête époustouflante, pleine de suspense et de rebondissements.

Comme d'habitude, Ellory montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit, s'appuyant sur une solide connaissance des méthodes d'investigation policières. L'auteur nous retranscrit parfaitement les enjeux d'une telle chasse à l'homme, et les nombreux obstacles qui vont se dresser sur la route d'Irving: le manque de moyens, les relations houleuses avec ses supérieurs, les conflits avec les médias, les pistes avortées... C'est passionnant et instructif. Certaines scènes atteignent des sommets d'intensité dramatique. Les assassins est donc un grand Ellory, un excellent cru, avec un final puissant et inoubliable. 

Du même auteur sur ce blog:
Les anonymes ; Les Anges de New York ; Mauvaise étoile ; Les neuf cercles

Dans le même genre sur ce blog:
Le chuchoteur, Donato Carrisi
Jeu d'ombres, Ivan Zinberg



jeudi 19 mai 2016

PUZZLE

FRANCK THILLIEZ

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Auteur français
Editions Pocket 
480 pages
Première publication France:
2013
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Franck Thilliez au sommet de son art


Cela n'engage que moi, mais je trouve que Franck Thilliez donne la pleine mesure de son talent quand il produit des "one-shots", plutôt que quand il se consacre à sa série scientifique Sharko/Hennebelle. Le syndrome E, Gataca, ou Atomka ne sont pas de mauvais thrillers, loin de là! mais j'ai largement préféré La forêt des ombres, Vertige (mon préféré) et présentement ... Puzzle, un thriller hors norme, mêlant psychiatrie, neuroscience, et univers des jeux de rôles. Je n'en dis pas plus concernant l'intrigue, qui tourne autour d'un jeu secret appelé Paranoïa. 

Puzzle est une mécanique de précision parfaitement huilée, un thriller sanglant totalement abouti, un formidable jeu de pistes, plein de suspense et de rebondissements. Si je devais donner un équivalent cinématographique, je citerais Identity, Memento, Cube, et Shutter island. Ce dernier pour le rebondissement final tout aussi inattendu, et l'atmosphère glaçante, puisque l'action de Puzzle se déroule dans un hôpital psychiatrique abandonné. Frissons garantis, ne lisez pas seul(e) ce livre la nuit, dans une maison qui grince, sinon c'est la crise cardiaque assurée! 

Le récit est parfaitement construit, tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part d'un auteur inspiré. Le style d'écriture est efficace, percutant, et limpide, comme toujours chez Franck Thilliez. J'ai adoré! Pourvu que l'auteur s'éloigne de temps en temps de sa série scientifique pour nous régaler avec des thrillers bien tordus comme Puzzle. Mais je n'ai pas encore lu Angor et Pandemia, peut-être ces deux opus me feront-ils changer d'avis sur le duo de choc Sharko/Hennebelle.

Du même auteur sur ce blog:
Vertige

Dans le même genre sur ce blog:
Criminal loft, Armelle Carbonel
Shutter island, Dennis Lehane
Thérapie, Sebastian Fitzek

jeudi 12 mai 2016

LES INFÂMES

JAX MILLER

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claire-Marie Clévy
Editions Ombres noires
Grand format 352 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2015
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Noir majuscule


Avertissement! Vous qui entrez dans Les infâmes, laissez toute espérance, et attendez-vous à vivre une expérience éprouvante. Ici, on est dans le domaine du roman très très noir. Un récit à plusieurs voix épique et violent, des destins qui s'enchevêtrent parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Des personnages inoubliables, avec en première ligne l'héroïne de ce roman, ou plutôt l'anti-héroïne: Freedom Oliver, alias Nessa Delaney. 

"C'est une mère blessée. Une femme qui ne reculera devant rien pour retrouver les enfants qu'elle n'a jamais connus, une femme qui a tout sacrifié, au risque d'endurer des souffrances que Mattley ne peut même pas envisager." Les infâmes est avant tout l'histoire de cette femme brisée par un cruel destin, qui va traverser le grand nulle part américain d'ouest en est, pour retrouver sa fille biologique, qui a disparu de son foyer d'adoption. Foyer qui s'avère être une secte religieuse, dirigée par un pasteur aux croyances très radicales. Le récit à la première personne du singulier permet au lecteur de sonder en profondeur la personnalité de Freedom, et de ressentir ses émotions face aux événements. Ce qui donne au récit une grande intensité dramatique, contribuant au succès de ce roman hors norme. 

Premier roman très prometteur d'une auteure surdouée, Les infâmes séduit donc par le portrait chargé d'émotions d'une femme blessée, un peu dans la lignée de la Marianne de Karine Giébel dans Meurtres pour rédemption, ou de la Libby de Gillian Flynn dans Les lieux sombres. Ce roman noir séduit aussi par l'écriture viscérale, et brut de décoffrage de Jax Miller. Un style à fleur de peau, qui sert un récit sombre et nerveux. Certaines scènes sont très dures, accrochez-vous! Enfin, les cinquante dernières pages du roman atteignent parfois des sommets en terme de suspense et d'intensité dramatique. Et le final "corral" est noir comme le cauchemar. Un roman frontal à plus d'un titre!

Dans le même genre sur ce blog:

lundi 9 mai 2016

MABOUL KITCHEN

NADINE MONFILS

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Auteure belge
Pocket 224 pages
Première publication France:
2015
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Longue vie à Nadine Monfils


" Plus que le pognon dont elle n'avait jamais été l'esclave, Cornemuse aimait foutre la pagaille. S'éclater était son but principal et l'avait toujours été. Au cours de sa vie tumultueuse, elle avait vogué entre la pauvreté et la richesse, prouvant que bien mal acquis profite souvent. Mais elle était capable de tout plaquer pour rester libre. Ni Dieu ni maître, comme Carmen Cru. Et pas de morale non plus. Enfin, elle avait la sienne. Une sorte de logique à l'envers. Un peu pareille à un vieux réveil qui continue à faire tic-tac mais qui ne donne jamais l'heure exacte. "

Cette phrase du livre résume parfaitement la personnalité de Mémé Cornemuse, sorte de Tatie Danielle en plus thrash, L'anti-héroïne de Nadine Monfils, que l'on retrouve avec grand plaisir dans une cinquième aventure: Maboul kitchen. Après avoir été éconduite par JCVD dans le précédent opus, Mémé goes to Hollywood (mon préféré de la série d'ailleurs), l'octogénaire s'échappe de l'asile en compagnie d'un baron en fin de vie, qui prétend posséder un véritable palais. Mémé Cornemuse y voit l'occasion de se faire plein d'argent pour partir en Californie, au royaume des gens botoxés qui restent éternellement jeunes. Sauf que le palais est en réalité une ruine située dans le trou du cul de la France. D'ailleurs le bled en question s'appelle Saint-Amand-sur-Fion! 

Si vous avez le moral dans les chaussettes, je connais un très bon remède, ça s'appelle lire un roman de Nadine Monfils. A la première page, on esquisse un sourire. A la deuxième, on rigole. A la troisième, on rigole encore plus. Et après c'est sauve qui peut. Avec une formidable énergie créatrice, Nadine Monfils entraîne tous ses personnages dans un tourbillon d'aventures drôlissimes et surtout totalement déjantées. C'est politiquement incorrect, c'est plein d'humour (belge) potache et irrévérencieux à souhait.

Enfin, comme à son habitude, l'auteure survoltée tourne en ridicule la bigoterie, la morale bien-pensante et les people de la télé-réalité. Avec notamment une séquence culte avec Moundir, l'aventurier de l'amour! Mais surtout, Maboul Kitchen est une ode aux plaisirs de la vie, et la vie, on la souhaite longue à Nadine Monfils.

Du même auteur sur ce blog:
Mémé goes to Hollywood

lundi 2 mai 2016

COMME UNE FLAMME BLANCHE

JAMES GRADY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Editions Rivages
Poche 512 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1996 (Etats-Unis)
1998 (France)
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Un thriller politique captivant, intelligent, et visionnaire

Captivant, oui, parce que James Grady excelle dans l'art d'échafauder des intrigues à la fois complexes et passionnantes, et de camper des personnages forts et crédibles. Comme une flamme blanche ne déroge pas à la règle bien au contraire. C'est une histoire stupéfiante mettant en scène des personnages hors normes, qui vont devoir déjouer un complot destiné à éliminer un futur candidat noir à l'élection présidentielle. Pour cela, deux agents du FBI, et un inspecteur de police, vont parcourir le pays tout entier pour arrêter un redoutable serial killer, qui semble avoir été "instrumentalisé" par un traître au sein même de l'équipe de campagne du candidat. La tension est extrême, et ce formidable écrivain qu'est James Grady prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs jusqu'au dénouement final de toute beauté. 

Intelligent, car James Grady nous enseigne les mécanismes sous-jacents du pouvoir américain. Une sphère politique que l'auteur connaît très bien pour l'avoir côtoyée de très près, de par son métier de journaliste d'investigation politique. On apprend toujours des choses passionnantes dans un roman de James Grady. L'intelligence et la subtilité résident également dans l'écriture visuelle et détaillée de l'auteur, et dans le fait que celui-ci ne noie pas le lecteur dans d'interminables explications sur ce qu'il se passe dans le roman. Non, Grady fournit juste ce qu'il faut d'informations pour une bonne compréhension du récit, mais le lecteur doit mouiller un peu le maillot, et relier lui-même les points entre eux. Bref réfléchir un minimum. Tout ne lui est pas prémâché!

Visionnaire, car l'action du roman se déroule au début des années 90, et James Grady évoque, avec une incroyable lucidité, l'utilisation croissante d'Internet et ses conséquences sur le monde. L'auteur anticipe les effets néfastes qu'Internet risque d'avoir sur les sociétés, notamment parce que la diffusion d'idéologies contraires aux principes démocratiques va s'en trouver fortement facilitée. 

Enfin, Comme une flamme blanche est également une ode à la tolérance, à l'ouverture d'esprit, et au rassemblement des communautés. L'auteur exalte la liberté, la dignité, et l'intelligence sous toutes ses formes, avec une appréciable foi humaniste. Tout en offrant à ses lecteurs un polar impitoyable, plein de suspense et de rebondissements. 

Du même auteur sur ce blog:
Tonnerre
Mad dogs



dimanche 1 mai 2016

LES IMPLIQUÉS

ZYGMUNT MILOSZEWSKI

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Traduit du polonais par Kamil Barbarski
Editions Pocket
480 pages
Première publication:
2007 (Pologne)
2013 (France)
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La première enquête du procureur Teodore Szacki

Si tous les auteurs de polars polonais sont aussi bons que Zygmunt Miloszewski, le roman policier dans ce pays a de quoi voir venir! Quelle claque ce livre, mélange explosif de suspense sanglant, roman noir social, et thriller politique. 

Varsovie, 2005: un psychiatre réputé invite quatre de ses patients à participer à une thérapie collective dans un ancien monastère, le temps d'un week end. Au programme, huit clos et jeux de rôles, qui constituent les bases d'une thérapie appelée "Constellation familiale". Sauf que le séminaire dégénère, l'un des patients est assassiné. C'est le procureur Teodore Szacki, qui hérite de l'enquête. Il n'est pas au bout de ses peines! Le pauvre Teodore va devoir plonger dans le passé trouble de la victime, déterrant ainsi des secrets très dérangeants pour certaines personnes. 

Les impliqués séduit par l'écriture pleine de vitalité de ce jeune écrivain polonais, et par la personnalité de Teodore Szacki. C'est un thriller dépaysant, plein d'énergie, et totalement abouti. Zygmunt Miloszewski tisse donc une toile machiavélique, tordue. C'est bien écrit, bien mené, et le rebondissement final est totalement inattendu. L'écriture est alerte, percutante, l'auteur a le sens du détail et du suspense. Et surtout il y a beaucoup d'humour dans ce polar, malgré certains passages franchement noirs. 

Mais la vraie star de ce roman est son personnage principal Teodore Szacki. Un procureur de la république droit, intègre, au service de la vérité et surtout de la justice. Un homme tenace, qui fera tout pour découvrir qui a tué le patient du mystérieux docteur Rudzki. Mais également un père de famille trentenaire qui promène un regard désabusé sur le monde qui l'entoure, et qui cherche un sens à sa vie. Finalement, quelqu'un de très humain auquel on peut s'identifier. 

Enfin, à travers les réflexions acerbes de son personnage, l'auteur en profite pour dresser un constat lucide, parfois cynique, sur la Pologne d'aujourd'hui. Un pays en pleine mutation économique et sociale, mais qui n'a pas complètement réglé ses comptes avec son passé. Le spectre du régime totalitaire soviétique hante encore les esprits de toute une population.  

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