jeudi 12 décembre 2019

BIENVENUE À COTTON'S WARWICK

MICHAËL MENTION

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Auteur français
Editions Ombres Noires
Grand format
253 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Un roman noir comme le cauchemar.


"À Cotton's Warwick, il y a autant de champs de coton que d'anges à Los Angeles. Ici, il n'y a rien. Excepté quelques fantômes à la peau rougie de terre, reclus dans le trou du cul de l'Australie. Perdus au fin fond du Northern, ce néant où la bière est une religion et où les médecins se déplacent en avion. Loin des sites touristiques, très loin des "grandes" Darwin et Alice Springs, le village est coupé d'un monde qui ne s'est jamais intéressé à lui. "

Bienvenue à Cotton's Warwick, un hameau perdu en plein désert australien. Pas franchement la destination idéale pour y passer des vacances. Et si jamais vous faites un road-trip en Australie, ne vous arrêtez surtout pas à Cotton's Warwick. Vous n'en ressortirez pas vivants. La plupart des rares habitants de Cotton's Warwick ne gagnent vraiment pas à être connus, croyez-moi sur parole. Et cette chaleur étouffante, omniprésente, qui rendrait fou n'importe qui. Il ne reste plus qu'une seule femme à Cotton's Warwick, Karen, la patronne du pub. Les autres femmes du village ont préféré se donner la mort plutôt que de continuer à survivre aux côtés de leurs maris alcooliques et dégénérés. Il y a aussi l'église et son prêtre Quinn. Enfin, prêtre n'est pas forcément le terme adéquat. Quinn étant aussi dans le désordre maire du village, shérif du village, chef mafieux du village (pratique quand on est shérif), conseiller psychologique, et protecteur attitré de la belle Karen. Et croyez-moi il vaut mieux bénéficier d'une protection quand on est la seule femme du village. Encore que protection n'est pas non plus le terme qui convient, je rappelle que Quinn est une pourriture de la pire espèce. Bref, tout va pour le pire dans le pire des mondes, et le pire reste bien à venir pour les habitants de Cotton's Warwick, qui se mettent à mourir les uns après les autres. Et à chaque fois dans d'étranges circonstances. Des morts suspectes qui vont semer la panique dans le village. Déjà qu'il ne reste plus grand monde... Mais ce n'est peut-être pas plus mal finalement. Je vous l'ai dit, les habitants de Cotton's Warwick ne gagnent pas à être connus. Ou alors, il faut avoir une vision franchement tordue de ce qu'est l'humanité !

Pour moi, il y a vraiment deux parties bien distinctes dans ce roman très noir. Une première partie qui plante le décor. L'auteur nous plonge dans un univers sordide qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'un bled isolé de tout. On se croierait dans U-Turn - Ici commence l'enfer d'Oliver Stone. Un mélange de roman noir et de comédie grinçante, déjantée. J'ai même rigolé à la lecture de certains passages. Mais ensuite, le roman bascule clairement dans une toute autre dimension, et là on ne rigole plus du tout, c'est terminé. On entre de plein fouet dans le domaine du roman très très noir, comme le cauchemar. Le récit devient atroce, étouffant, impitoyable. Michaël Mention se lâche complètement dans une deuxième partie surréaliste. Ce n'est plus U-Turn mais plutôt Atomik Circus. Ce film fantastique français sorti en 2004, avec Vanessa Paradis, Benoît Poelvoorde et Jean-Pierre Marielle. Dont l'action se déroule également dans un bled paumé, attaqué par des extraterrestres très très méchants. Et bien, Cotton's Warwick c'est pareil, sauf que les méchants ne sont pas des extraterrestres mais des animaux terrestres issus de la faune australienne. Des animaux qui sont très très remontés contre les humains.

On retrouve dans ce roman viscéral, sanglant, éprouvant, terrifiant, tout ce qui fait la force de cet auteur hors norme qu'est Michaël Mention: un style moderne, incisif, plein d'énergie et de vitalité. Au service d'un récit échevelé, qui part dans tous les sens. Le portrait au vitriol d'une bourgade australienne totalement repliée sur elle-même, presque hors du temps. Un western des temps modernes version destroy. Un huis clos noir comme le cauchemar mettant en scène des personnages complètement barrés. Michaël Mention a trempé sa plume dans l'acide, ça donne Bienvenue à Cotton's Warwick, plus qu'un livre, une expérience éprouvante, un voyage au bout de l'enfer. Je déconseille fortement ce livre aux âmes sensibles. Frontal !

Du même auteur sur ce blog:

vendredi 6 décembre 2019

HEATHER MALLENDER A DISPARU

ROBERT GODDARD

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Traduit de l'anglais par Catherine Orsot-Cochard
Le Livre de Poche
720 pages
Première publication:
1990 (Angleterre)
1993 (France)
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Un bon roman à suspense qui aurait pu être plus court.


Heather Mallender a disparu fait partie de ces romans dont j'entends parler depuis fort longtemps. Un suspense hitchcockien qui a rencontré un gros succès populaire, le genre de monstrueux bestseller que vous pourrez trouver dans toutes les bibliothèques du pays. Alors forcément, j'ai abordé la lecture de ce pavé (plus de 700 pages dans sa version poche,  en petits caractères) avec un niveau d'attente élevé. Généralement ça passe ou ça casse. Alors est-ce qu'Heather Mallender a disparu est bien l'un des meilleurs romans à suspense de tous les temps ? Un chef d'oeuvre qui se distingue clairement de la masse ? La réponse est non. J'ai globalement bien aimé le fond, beaucoup moins la forme.

Je commence par le fond, par le positif. L'intrigue est riche en suspense et en rebondissements, prenante de bout en bout, et le personnage principal, à défaut d'être original, a le mérite d'être assez attachant. Je vous donne le pitch: Heather Mallender, une jeune femme de nationalité anglaise, disparaît soudainement au cours d'une ballade en montagne, sur l'île de Rhodes, en Grèce. Harry Barnett, le gardien de la villa où la jeune femme résidait, un quinquagénaire alcoolique et blasé de la vie, n'a pas réussi à suivre Heather jusqu'au sommet de la montagne. Rongé par la culpabilité d'avoir laissé seule la jeune femme, soupçonné par la police locale et par la famille d'Heather, Harry va se fixer une mission rédemptrice: retrouver la jeune femme. Sa seule piste: les vingt-quatre dernières photos prises par Heather. C'est tout un itinéraire que cet anti-héros va parcourir, entre la Grèce et surtout l'Angleterre. Harry va reconstituer les dernières semaines de la vie d'Heather et découvrir petit à petit une vérité inavouable.

J'ai été plutôt captivé par cette intrigue vraiment sympa à suivre, sorte de puzzle machiavélique. Il y a du suspense et des rebondissements, on prend globalement du plaisir à suivre les aventures de ce monsieur tout-le-monde qui se transforme en enquêteur chevronné. Mais pour moi, ce roman aurait pu être beaucoup plus court. Je trouve que l'ensemble est laborieux, il y a trop de longueurs, ou d'explications parfois inutiles. Le style d'écriture est assez banal, passe-partout, et manque parfois de limpidité. Il y a une impression de lourdeur qui ressort de ce livre. C'est dommage, car l'ensemble est plutôt bien ficelé, et l'auteur ne lésine pas sur le romanesque. Au final, Heather Mallender a disparu est un bon roman à suspense qui tient ses promesses en terme de rebondissements. On se laisse facilement embarquer dans cette histoire haletante vécue par un personnage assez attachant. Mais la forme laisse trop à désirer pour que je classe ce livre dans la catégorie des romans cultes. Un bon roman à suspense, oui. Un chef d'oeuvre indispensable, non. 

Dans le même genre sur ce blog:

mercredi 27 novembre 2019

RIEN NE SE PERD

CLOÉ MEHDI

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Auteure française
Editions Jigal
Poche 295 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2017
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Un roman noir incandescent, étouffant, estomaquant.


"À 19 heures, on passe à table. Gabrielle invite les travailleurs sociaux à se joindre à nous. Titre du documentaire : "la famille dysfonctionnelle dans sa vie quotidienne". Ça pourrait même faire une bonne émission de télé-réalité. J'imagine le pitch : "Un meurtrier passionné de poésie, une dépressive suicidaire et un enfant perturbé  tentent de vivre ensemble au-delà de leurs différences, mais les services sociaux s'en mêlent. Zé, Gabrielle et Mattia parviendront-ils à faire illusion et à déjouer la menace ? "

Mattia, onze ans, est ce que l'on pourrait appeler un mal parti dans la vie. Son père s'est suicidé alors qu'il était tout petit. Lui-même a tenté de mettre fin à ses jours, suite à ce drame. Sa mère, complètement dépassée par les évènements, a estimé qu'elle ne pouvait plus s'en occcuper. Mattia s'est donc retrouvé sous la tutelle du mystérieux Zé, qui traîne également un lourd passif. Zé qui s'est mis en couple avec Gabrielle, une femme dépressive et suicidaire. Donc à première vue pas franchement la famille idéale pour le pauvre Mattia qui survit tant bien que mal dans une ville mortifère rongée par les inégalités sociales. Et les choses vont sérieusement se gâter pour tout le monde: cambriolages, disparitions, et surtout l'apparition de tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice pour un certain Saïd. Mort il y a déjà plusieurs années lors d'un contrôle policier qui a très mal tourné. La colère gronde, un drame est imminent, il y a des signes qui ne trompent pas.

Rien ne se perd a été un véritable choc, une révélation pour moi. C'est l'un des meilleurs romans noirs français de ces dernières années, aucun doute là-dessus. Un roman noir urbain, engagé, qui vous prend à la gorge tant il semble vrai. Une écriture limpide, magistrale, puissante, au service d'un récit poignant, étouffant, noir comme le cauchemar. Une intrigue crédible, intelligente, et brûlante d'actualité, une histoire au réalisme dérangeant mettant en scène des personnages inoubliables, pour la plupart des écorchés vifs, marqués au fer rouge par la vie et par l'injustice qui règne en ce bas monde. Tout sonne juste dans ce roman de critique sociale, il y a vraiment de la profondeur, du coffre, de la densité dans ce livre incandescent. 

Au final, Rien ne se perd appartient à ces romans qui privilégient les atmosphères réalistes et la dureté des rapports humains et qui, ce faisant, se distinguent des purs romans criminels. Cloé Mehdi, immense auteure, s'inscrit donc dans le souci d'une narration réaliste et dévoile les coulisses peu reluisantes d'une ville française qui ne dit pas son nom, complètement archipellisée. Un roman coup de poing, multi-primé (c'est amplement mérité), totalement maîtrisé, abouti, et très bien écrit. Bref, un livre indispensable à vous procurer d'urgence. 

Dans le même genre sur ce blog:
L'été circulaire, Marion Brunet
Aveu de faiblesses, Frédéric Viguier
Un sac, Solène Bakowski
Trafics, Benoît Séverac
Territoires, Olivier Norek

 

mercredi 13 novembre 2019

CE QUI SE DIT LA NUIT

ELSA ROCH

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Auteure française
Le Livre de Poche
284 pages
Première publication France:
2017
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Un thriller rural qui se distingue par son originalité.


"- Une dernière question alors. la sorcellerie, les jeteurs de sorts, bref, nos traditions millénaires, vous y croyez ?
- Pourquoi ?
- On va dire que c'est moi qui pose les questions.
- J'y crois quand ça m'arrange. Comme pour Dieu, je pioche, au besoin, à l'envie. Mais je ne vois pas le rapport avec notre histoire.
- Le rapport c'est que je tisse des liens, je relie ce que je trouve disséminé au gré du vent, volontairement ou non. Si la vérité est éclatée, j'oeuvre à sa reconstruction. Je l'apprivoise."

Sauf que dans un petit village du Centre de la france où tout le monde se connaît, faire éclater la vérité peut s'avérer très difficile, voire même dangereux. Le commissaire Marsac va en faire la douloureuse expérience lorsqu'il revient dans le village de ses origines. Une vieille dame que Marsac connaissait très bien est retrouvée morte chez elle, égorgée et tondue. Un crime atroce, sauvage, qui vient perturber en profondeur un endroit en apparence tranquille. Car c'est bien connu: chaque village a ses propres légendes, ses propres histoires, ses propres secrets... inavouables.

Le premier mot qui me vient tout de suite à l'esprit pour caractériser ce premier roman d'Elsa Roch c'est: originalité. Pourtant, au premier abord, Ce qui se dit la nuit est un roman policier à l'intrigue criminelle classique, il s'agit d'une enquête en milieu rural sur un meurtre. Mais l'atmosphère qui règne dans ce thriller est particulière, il flotte autour de cette histoire une aura sombre, étrange, à la limite du surnaturel. J'ai vraiment eu l'impression d'être plongé dans une sorte de huis clos de campagne, hors du temps. L'auteure a su restituer avec force et originalité tout un microcosme local, qui sert de toile de fond à son intrigue criminelle.

Le style d'écriture, les mots de l'auteure contribuent également à renforcer cette originalité qui se dégage de ce roman finalement assez court. Un style d'écriture particulier, détaillé, voire même sophistiqué, mais manquant parfois de limpidité. C'est le seul reproche que je peux faire à ce polar globalement réussi. Au final, un premier roman prometteur, une histoire à la fois stupéfiante et pétrie d'humanité, mettant en scène des personnages forts et plutôt bien campés. Et une auteure qui a vraiment son propre style, et une façon originale, particulière d'appréhender, de percevoir la réalité. Ou plutôt les réalités. Affaire à suivre...

Dans le même genre sur ce blog:
Canicule, Jane Harper
Les neuf cercles, R.J. Ellory
La reine noire, Pascal Martin
Un vent de cendres, Sandrine Collette

lundi 4 novembre 2019

MANHATTAN CHAOS

MICHAËL MENTION

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Auteur français
Editions 10/18
Poche 215 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2019
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La machine à explorer le temps de Michaël Mention.


"... et 1977 me pète à la gueule. D'abord, sa canicule. Cet air torride, moite, alourdi de sueur crasse. Puis sa frénésie, ces ombres - "RÉVOLUTION !" - chargées de bouffe, de bouteilles et autres trophées. Les pillards ravagent tout, des drugstores aux armureries. Pistolets, revolvers et fusils se répandent dans la rue, envahie de cris. je devais crever, je m'y étais préparé, et me revoilà ici. Comme un con. je tourne sur moi-même, observant la faune. Du passé au présent, Manhattan continue de se déchaîner. Et si le sang ne coule plus, le chaos est bien là. Le chaos et John, à une vingtaine de mètres, de l'autre côté de la rue. Un coca à la main, confortablement installé sur un banc, aux premières loges de l'Apocalypse. "

New York, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1977, doit faire face à une coupure de courant générale. Un black-out qui paralyse totalement la métropole américaine. Ajoutez à cela une canicule étouffante, et un taux de criminalité record, et vous obtenez alors un cocktail explosif. La ville bascule dans le chaos. Une catastrophe à l'image de l'existence de Miles Davis, qui est le narrateur de cette histoire de dingues. La superstar du jazz a sombré dans la déchéance la plus totale. Miles a depuis longtemps troqué sa trompette pour l'héroïne et l'alcool. Seul au monde, le jazzman ne sort plus de chez lui, et se tue à petits feux. Quand survient la panne de courant. Miles se retrouve dans le noir le plus total, en proie à la panique. Il lui faut d'urgence une dose. Miles va devoir sortir de chez lui et affronter la chaos... et ça ne va pas être facile. Sa rencontre avec John va changer sa vie. Miles va remonter le temps, traverser les époques. L'histoire de New York en mode accéléré, et complètement destroy, accrochez-vous, ça va déménager !

Je tiens à remercier chaleureusement Michaël Mention pour m'avoir envoyé son roman noir historique consacré, vous l'aurez compris, à New York, l'une des métropoles les plus dynamiques du monde. L'auteur dévoile ici tout un pan (souvent peu glorieux d'ailleurs) de l'histoire de cette ville à la fois fascinante et controversée. Les amateurs d'histoire seront comblés. Mais, pour moi, Manhattan Chaos rend avant tout hommage à Miles Davis, qui aura marqué à jamais l'histoire de la musique en général, et du jazz en particulier. Michaël Mention nous fait entrer dans la tête et dans la peau du jazzman américain à un moment charnière de sa vie. Une période trouble de son existence minée par la drogue et l'alcool. L'auteur français a imaginé de manière très originale le processus de retour à la création du musicien américain. Ou plutôt son retour à la vie, car Miles reviendra bien sur le devant de la scène en 1981. Au final, Manhattan Chaos est un mélange réussi de roman noir social, de biographie romancée, et de thriller historique. Un livre audacieux, fiévreux, incandescent !

Du même auteur sur ce blog:
Sale temps pour le pays ; ... Et justice pour tous ; Le carnaval des hyènes

Dans le même genre sur ce blog:
Bird est vivant, Bill Moody



mercredi 30 octobre 2019

LES CHIENS DE BELFAST

SAM MILLAR

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Traduit de l'anglais (Irlande) par Patrick Raynal
Editions Points
Poche 283 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2008 (Irlande)
2014 (France)
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Gros coup de coeur pour ce polar décapant.


"Munday déplia un journal dans ses grosses mains et s'arrêta à la page quatre. "Vous avez lu cette histoire de cadavre découvert au Jardin botanique, hier, à côté du musée ?" dit-il en tendant le journal à Karl. Karl se concentre sur la page. "Il me semble avoir entendu quelque chose là-dessus, à la radio", mentit-il, plus intéressé par le résultat des courses, vingt pages plus loin, ou par la rubrique nécro, page treize, où il trouvait des nouvelles de ses clients défectueux. "Vous voulez une tasse de café ?"
- Noir, avec quatre sucres."
Karl appuya sur le bouton de l'interphone : "Naomi ? Deux cafés. noir avec quatre sucres pour M. Munday.
- Quoi ?! répondit Naomi d'une voix offensée. Je suis une secrétaire - qui n'a pas été payée depuis deux semaines, d'ailleurs -, pas une boniche. Tu peux te mettre ton café où je pense et le faire toi-même !
- On dirait que la machine à café est momentanément en panne, marmonna Karl en relâchant vivement le bouton de l'interphone. Ce cadavre du Jardin botanique ? C'est quoi exactement ? "
Munday approcha sa chaise du bureau et chuchota : "J'ai besoin que vous me trouviez le plus possible d'informations. Qui est-ce , comment il est mort. Le truc habituel. "

Fauché comme les blés, Karl Kane, détective privé à Belfast, Irlande du Nord, est obligé d'accepter l'enquête que lui confie l'étrange Munday. Mal lui en a pris. Le pauvre Karl se retrouve embarqué dans une histoire tordue, une sombre machination. Et les meurtres sanglants s'accumulent, Karl a intérêt à surveiller ses arrières s'il ne veut pas être le prochain sur la liste des macchabées. Sauve-qui-peut, Belfast n'est vraiment pas un endroit tranquille pour les gens qui veulent découvrir la vérité, et déterrer d'inavouables secrets. Il faut vraiment se méfier de tout le monde !

Très gros coup de coeur pour ce polar sec, nerveux, teigneux, frontal. Un mélange très épicé de roman noir urbain, de polar sanglant, et de whodunit bien ficelé. Tour à tour hilarant et d'un réalisme dérangeant, implacable, ce roman décapant possède tous les ingrédients pour transporter aussi bien l'amateur de roman noir impitoyable que de whodunit classique. L'auteur nous embarque dans une enquête périlleuse, une intrigue taillée au couteau, pleine de suspense et de rebondissements. Karl Kane, le personnage principal, évolue dans un monde brutal, impitoyable, il va en croiser des sales types tout au long de son enquête. Certaines scènes sont d'ailleurs d'une violence extrême. Bon, il faut dire que Sam Millar est un ancien combattant de l'IRA qui a fait de la prison. On n'est donc pas en présence d'un enfant de choeur qui va se mettre à écrire des livres sur les bisounours !  Il y a donc de la noirceur dans ce roman pur et dur, noirceur heureusement mâtinée d'un humour cru, caustique, irrévérencieux. Un humour salutaire qui fait du bien à cette histoire noire comme le cauchemar.

Sur la forme, c'est très bien écrit, dans un style percutant, cinglant, incisif, au service d'un récit fluide, sans temps mort, sans gras, sans fioritures. L'auteur va à l'essentiel, et ne fait pas dans la dentelle. Enfin, ce roman séduit par la personnalité fantasque, irrévérencieuse  de Karl Kane, sorte  d'anti-héros dont on suit avec bonheur les nombreux déboires. Un polar féroce, cultissime, à ne manquer sous aucun prétexte, pour les fans de Ken Bruen, Bruce DeSilva et  Joe R. Lansdale.

Dans le même genre sur ce blog:
Pyromanie, Bruce DeSilva
Pyromane, Wojciech Chmielarz
Triste flic, Hugo Hamilton
Le Démon, Ken Bruen



mardi 22 octobre 2019

COLORADO KID

STEPHEN KING

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville
Editions J'ai lu
Poche 160 pages
Première publication:
2005 (Etats-unis)
2006 (France)
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L'un des récits les plus attachants du maître King.


Colorado Kid n'est pas le plus connu des romans de Stephen King, loin s'en faut. Nul besoin de vous présenter le maître incontesté du roman à suspense populaire, qui excelle depuis des décennies dans de nombreux genres littéraires: terreur, horreur, science-fiction, fantasy, et également roman policier. Misery, Jessie, Mr Mercedes, Blaze, et ... Colorado Kid, l'une de mes nouvelles préférées de cet immense auteur. Un court récit prenant, et attachant, sorte d'hommage au roman à énigme, dont la variante la plus connue est le Whodunit. Qui l'a fait ? Qui est le coupable ?

Dans Colorado Kid, la question qui est posée est plutôt : accident, suicide ou meurtre ? Et l'intérêt réside plutôt dans la façon de découvrir la vérité, dans la volonté de résoudre le mystère. Ou exprimé autrement, ce n'est pas tant la vérité qui compte que le chemin pour y accéder. Une conception du journalisme que partagent Dave Bowie et Vince Teague. Deux vieux briscards qui tiennent à bout de bras depuis des décennies l'hebdomadaire local d'une petite station balnéaire du Maine. Deux journalistes à l'ancienne, très attachants, très complices, et qui vont, en quelque sorte, faire passer un test d'aptitude à Stephanie McCann, leur jeune et ravissante stagiaire. Comme une sorte de passage de témoin, les deux acolytes n'ayant absolument pas envie que la jeune femme reparte à la ville. Mais Dave et Vince savent d'avance qu'ils ne seront pas déçus, bien au contraire. Et que la jeune femme passera le test haut la main...

Donc accident, suicide ou meurtre ? En effet, qu'est-il arrivé à celui que l'on a surnommé le Gamin du Colorado ? Un homme retrouvé mort sur une plage du Maine. Comment est-il arrivé là ? Pourquoi ? Et quelle est la vérité sur sa mort ? Bien des années plus tard, le mystère reste entier, c'est une véritable énigme inexpliquée que Vince et Dave soumettent à Stephanie. Pour notre plus grand bonheur. Au final, un récit attachant, passionnant de bout en bout, orchestré par le grand King. Qui exalte la curiosité et la beauté du mystère avec une appréciable foi humaniste. Car Vince, Dave et Stephanie ont, chacun à leur manière, tenté de résoudre le mystère, avec à la clé un bon article à rédiger. Mais ce qui compte encore une fois, c'est le chemin. Vouloir vaut peut-être mieux que savoir. Partant de ce concept, vous prendrez encore plus de plaisir à déguster cette très bonne nouvelle de Stephen King. 

Dans le même genre sur ce blog:
La cavale de l'étranger, David Bell
Le journal du Parrain, Mickey Spillane, Max Allan Collins