jeudi 11 avril 2019

HORRORA BOREALIS

NICOLAS FEUZ

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Auteur suisse francophone
Le Livre de Poche
288 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2016 (Suisse)
2018 (France)
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Un thriller sanglant d'une redoutable efficacité.


"Le négociateur à l'aube de la retraite ne feignit pas son étonnement.
- Pour quels motifs ces deux personnes voudraient-elles vous éliminer ? Reprit-il après quelques secondes de réflexion.
- Je ne sais pas. C'est vous, l'as des flics. pas moi. Peut-être que j'ai vu en Laponie ce que je n'aurais pas dû voir.
- Dans ce cas, il conviendrait que vous nous racontiez en détail ce qui s'est passé en Laponie. Aidez-nous à comprendre ! Dites-le-nous, Walker ! Qu'est-ce qui s'est passé en Laponie ? "

Cette dernière question revient tout au long de ce fulgurant thriller telle un leitmotiv terrifiant, derrière lequel se cachent des horreurs tout droit sorties de l'imagination retorse de Nicolas Feuz, le maître du polar helvète. Oui, qu'est-ce qui s'est passé en Laponie finlandaise pour que, des années plus tard, le dénommé Walker se retrouve à prendre en otage un homme, sur une scène de concert, en plein festival de musique au bord du lac de Neuchâtel ? Et bien vous le saurez en lisant, ou plutôt en dévorant ce thriller saignant, court mais intense. Une mécanique de précision parfaitement huilée, un double récit remarquablement construit, une intrigue diabolique qui entremêle habilement présent et passé et qui dévoile petit à petit ses secrets inavouables.

Avec un art consommé du récit, Nicolas Feuz livre un thriller pur et dur, plein de suspense et de rebondissements. Attention âmes sensibles s'abstenir, certaines scènes sont bien sanglantes, l'auteur ne fait pas dans la dentelle, ça c'est certain. En outre, Nicolas Feuz dresse un portrait saisissant de la Laponie finlandaise, cette région extrême qui offre à ses visiteurs une nature sauvage, puissante. Au final, un furieux page turner impossible à lâcher, d'une redoutable efficacité.

Dans le même genre sur ce blog:
L'essence du mal, Luca D'Andrea
Une forêt obscure, Fabio M. Mitchelli

lundi 8 avril 2019

L'OBSESSION

JAMES RENNER

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Caroline Nicolas
Editions Pocket
574 pages
Première publication:
2012 (Etats-Unis)
2014 (France)
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Un thriller surprenant et intelligent de bout en bout.

Devenir complètement obsédé par un crime irrésolu, l'américain James Renner sait très bien ce que c'est. Journaliste et écrivain de thrillers totalement atypiques, James Renner est fasciné et surtout hanté depuis l'âge de onze ans par un meurtre jamais élucidé commis dans l'Ohio en 1989. Alors ce n'est pas le fruit du hasard si le personnage principal de son premier roman est obsédé par des affaires complexes et irrésolues. James Renner a choisi un thème qu'il maîtrise: l'obsession et ses conséquences sur la vie d'un homme, en l'occurence ici celle de David Neff. Ce journaliste d'investigation est devenu célèbre pour avoir fait arrêter un tueur en série. De cette traque obsessionnelle et sans concession, David Neff en a tiré un livre qui a très bien marché. Obsédé par la mort tragique de sa femme Elizabeth, David Neff va de nouveau se lancer sur les traces d'un tueur en série, avec comme point de départ le meurtre d'un homme étrange, et sans nom. Une sorte d'ermite que tout le monde surnommait l'homme de Primrose Lane.

"Pas de Dr Gupta, donc. Il n'était pas surpris. Toute cette affaire n'était qu'une immense matriochka : il ne réussissait à percer un mystère que pour en trouver un autre, et à l'intérieur de celui-ci un autre, etc." Un cluedo infernal, un escape game diabolique, un puzzle machiavélique, James Renner laisse libre cours à son imagination débordante pour nous offrir une intrigue tordue, riche, complexe, et qui entremêle habilement passé, présent et même... futur. Oui, cette histoire prend une tournure inattendue, complètement dingue aux deux-tiers du roman. Je pense que certains lecteurs vont être assez déroutés par ce retournement de situation. Et je peux comprendre qu'on puisse trouver cela tiré par les cheveux. C'est complètement fou je vous dis. Après, moi j'ai aimé, j'ai trouvé ça finalement assez cohérent. Alors, oui, il y a des invraisemblances criantes dans le scénario, mais bon, je n'ai pas été gêné outre mesure.

Sur la forme, c'est globalement bien écrit, l'auteur sait raconter une histoire et nous plonger dans son univers atypique. Le style est dense, détaillé, véhiculant souvent une quantité stupéfiante d'informations, obligeant à une vigilance constante pour ne pas perdre le fil de cette histoire rocambolesque. Parfois, l'écriture est trop "bavarde" à mon goût. Mais il y a du coffre, de la profondeur dans ce conte moderne qui nous procure des émotions. C'est finalement tout ce que l'on demande à un livre non ? Au final, un mélange atypique de suspense psychologique, de serial killer thriller et de science-fiction. Et un auteur de talent à suivre.

Dans le même genre sur ce blog:
A côté de la plaque, Marc Behm
Le contrat Salinger, Adam Langer
Que la bête s'éveille, Jonathan & Jesse Kellerman



mardi 26 mars 2019

LA PROPHÉTIE DE LANGLEY

PIERRE POUCHAIRET

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Auteur français
Editions Jigal
Poche 310 pages
Première publication France:
2017
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Un polar politique au rythme haletant !



J'ai vraiment hésité à publier un article sur ce livre après l'avoir terminé, tant mon impression d'ensemble était assez mitigée. Et je ne publie un article que si le livre m'a plu. Le positif doit l'emporter sur le négatif, sinon ce n'est pas la peine, et de toute façon, je ne parviendrai pas à trouver l'inspiration ni l'envie nécessaires. Avec le recul, ce livre m'a quand même procuré des émotions et l'ensemble est plutôt bien ficelé.

Commençons par le positif: une intrigue très actuelle. Arcanes de la finance, terrorisme islamiste, et caïds de banlieue forment la trame d'une histoire explosive riche en suspense et en rebondissements. Ce polar politique très bien documenté est une vraie bombe textuelle survitaminée, un feu d'artifice d'action et de suspense, un livre à grand spectacle au dénouement explosif. Le scénario-catastrophe développé dans ce polar décapant fait froid dans le dos. Sur la forme, le style d'écriture est économe, incisif, percutant au service d'un récit fluide, sans temps mort. Pierre Pouchairet, secondé par L. Gordon, ne s'embarasse pas du superflu, et de descriptions trop détaillées des lieux et des personnages. Place à l'action et à des dialogues enlevés. Du rythme, du rythme, et encore du rythme.

Terminons par le négatif: Alors oui, ce polar sec, nerveux, très rythmé peut se lire d'une traite, vous n'allez pas vous ennuyer, c'est une mécanique de précision bien huilée. Mais qui manque de profondeur, de densité, et de crédibilité. Il y a trop d'action, pas assez de réflexion. Certaines scènes sont même inutiles. Il paraît que le sexe et la violence font vendre. Pourquoi pas si c'est bien fait, et bien amené, et si ça apporte de la valeur ajoutée à l'intrigue. C'est possible. Mais ici, je trouve que c'est caricatural, comme si l'auteur devait respecter un cahier des charges: de l'action, une intrigue bien actuelle qui parle aux gens, mais n'oublie pas le sexe et les scènes d'action bien gores ok ? Et l'auteur a parfois abusé des clichés et de raccourcis trop simplistes qui nuisent à la crédibilité du récit. Par exemple, la situation des banlieues franciliennes dites sensibles est beaucoup plus complexe que celle décrite dans ce livre. La réalité est plus nuancée.

Alors, verdict. Au final, La prophétie de Langley est un polar politique de bonne facture qui a le mérite de nous divertir. L'intrigue bien dans l'air vicié du temps est prenante jusqu'au bout, même si la fin est un peu tirée par les cheveux. Ce n'est pas un roman qui laissera une trace dans l'histoire du polar, c'est certain. Mais l'impression d'ensemble est plutôt positive. Si je devais donner une note sur 20, je mettrais 12. Donc mention assez bien.

Dans le même genre sur ce blog:
Kaboul Express, Cédric Bannel
Le festin du Serpent, Ghislain Gilberti
L'indice de la peur, Robert Harris

lundi 18 mars 2019

LES HAMACS DE CARTON

COLIN NIEL

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Auteur français
Editions du Rouergue
Grand format 
288 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2012
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Vous saurez tout sur la Guyane française!


« Un simple moment d’inattention, sans doute, qui avait suffi à les tuer, à plonger Anato dans une telle tristesse. Puis à le ramener vers la Guyane. Vers ses racines, ses origines. Avait-il trouvé ce qu’il cherchait, lorsqu’il avait pris la décision de quitter Paris ? Il commençait à en douter. Il n’avait pas renoué de liens réels avec sa famille, ne parlait pas mieux Ndjuka qu’avant son départ. Il réussissait même à s’attirer la peur d’une nièce et la colère d’un cousin. » Dur dur pour le capitaine Anato de s’intégrer à son nouvel environnement. Car Anato est avant tout un métropolitain, il n’a jamais vécu en Guyane française (à ne pas confondre avec Guyana, qui est une république indépendante, de langue anglaise). Et surtout il se retrouve à devoir enquêter sur une série de morts toutes plus mystérieuses les unes que les autres. Une première enquête difficile et étrangement liée à la propre famille guyanaise du capitaine. Dur apprentissage pour cet homme assez peu loquace et qui a bien du mal à se faire accepter par son équipe.

Les hamacs de carton inaugure une série policière consacrée à la Guyane française, mettant en scène le capitaine Anato. Une série de grande qualité tant sur la forme que sur le fond. Et ce premier volet révèle un écrivain de talent ayant longtemps vécu dans ce DROM coincé entre le Brésil et le Suriname, au nord de l’Amérique du Sud. Colin Niel nourrit donc sa fiction de son propre vécu, et offre un regard "extérieur" intéressant sur l’Amazonie française. Les hamacs de carton possède tous les atouts pour transporter aussi bien les fans de whodunits bien ficelés que les amateurs de romans permettant de découvrir un nouveau pays, sous différents aspects : social, économique, politique, culturel, ethnique, géographique, linguistique. Bref, le pack complet pour découvrir en profondeur une région fascinante. 

Ce premier roman est donc une double réussite. L'auteur nous embarque dans une enquête haletante, complexe, actuelle, pleine de suspense et de rebondissements. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de Colin Niel qui montre une maitrise impressionnante dans la conduite de son récit à plusieurs voix. C'est bien écrit dans un style limpide et incisif, on ne voit pas le temps passer, les pages défilent jusqu'au dénouement bouleversant imprégné de la culture de cette région. L'auteur dresse un portrait fascinant et réaliste de la Guyane Française. Tout, tout, tout vous saurez tout sur les us et coutumes de ce peuple aux multiples origines! 

Du même auteur sur ce blog:

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vendredi 8 mars 2019

LA DERNIÈRE PLUIE

ANTTI TUOMAINEN

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Traduit du finnois par Alexandre André
Editions Pocket
256 pages
Première publication:
2010 (Finlande)
2013 (France)
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Un thriller d'anticipation mélancolique et violent.


"J'ai reporté mon regard sur la pluie qui tombait depuis plusieurs mois déjà. Le déluge qui avait commencé début septembre ne s'était interrompu que par moments. Parmi les quartiers maritimes de Helsinki, au moins Jätkäsaari, Kalasatama, Ruoholahti, Herttoniemenranta et Marjaniemi étaient constamment submergés, et de nombreux habitants avaient déjà définitivement abandonné leur domicile. Les appartements ne restaient pas vides longtemps. Même moisis, humides et partiellement inondés, ils convenaient aux centaines de milliers de réfugiés étrangers."

Helsinki, veille de noël, Johanna Lehtinen, épouse du poète Tapani Lehtinen, a disparu. Cette journaliste chevronnée enquêtait sur des meurtres en série revendiqués par un tueur appelé Le Guérisseur. Désespéré, Tapani va tout mettre en oeuvre pour retrouver sa bien-aimée dans une capitale finlandaise désemparée, chaotique, au seuil de l'apocalypse. Une ville devenue dangereuse, surpeuplée, regorgeant de réfugiés climatiques qui cherchent à gagner le Nord pour échapper à la montée des eaux. Aidé par un chauffeur de taxi, Tapani va arpenter inlassablement Helsinki, témoin désespéré d'un désastre écologique en marche. Mais aussi un homme doté d'une grande sensibilité et nostalgique d'un monde et d'une époque qui ont disparu. Seul son amour immense pour sa femme évitera au poète de perdre pied alors que les ennuis s'accumulent, et que se dévoile petit à petit la vérité sur cette disparition inquiétante.

La dernière pluie nous entraîne dans l'univers à la fois violent et poétique du finlandais Antti Tuomainen. On ne peut que se prendre d'affection pour le personnage principal de ce thriller d'anticipation. Et on a vraiment envie qu'il la retrouve saine et sauve, sa femme. Parce que sinon, ce sera vraiment la fin pour Tapani. Car le poète recherche sa femme avant tout parce qu'il l'aime sincèrement. Mais aussi parce que cette quête donne un sens à sa vie dans un monde qui n'en a plus du tout de sens. Il n'y a plus de repères, plus rien. Si Tapani retrouve sa femme, le monde ne reviendra pas à la normale. La fin est proche, mais cette fin, Tapani ne la vivra pas seul, il la vivra avec la personne qu'il aime le plus au monde. 

Ce roman assez court (250 pages dans sa version poche) est un mélange totalement réussi de thriller d'anticipation et de polar noir. C'est bien écrit, dans un style dépouillé, pur, économe, au service d'un récit très bien construit. L'auteur distille savamment les indices et dévoile petit à petit la vérité, tout est subtilement et efficacement contrôlé. Et j'ai vraiment aimé l'atmosphère qui règne dans ce roman, un juste équilibre entre une réalité impitoyable et violente et la nostalgie d'une époque douce, pleine d'amour, pétrie d'humanité. Enfin, l'auteur délivre en filigrane un appréciable message écologique, et tire la sonnette d'alarme. 

Dans le même genre sur ce blog:
Dernier meurtre avant la fin du monde, Ben H. Winters
J-77, Ben H. Winters

mercredi 27 février 2019

TOUTE LA VÉRITÉ

KAREN CLEVELAND

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Johan-Frédérik Hel Guedj
Editions Pocket
408 pages
Sélection Guide Polar de Pietro
Première publication:
2018 (Etats-Unis et France)
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La guerre froide continue.

Quel est le comble pour un agent de la CIA chargé de débusquer une réseau d'espions russes sur le sol américain ? Avoir épousé l'un de ces espions sans bien sûr le savoir. Vivian Miller, analyste du contre-renseignement à la CIA, mène une vie à 200 à l'heure, jonglant au quotidien entre un travail prenant et une vie de famille bien remplie, avec quatre enfants dont des jumeaux en bas âge. Heureusement qu'elle peut compter sur son mari Matt avec qui elle file le parfait amour, jusqu'à ce qu'elle découvre l'impensable. La photo de Matt apparaît dans l'ordinateur d'un espion russe. Alors quand elle rentre chez elle le soir, Vivian va poser la question qui va bouleverser sa vie: "Depuis combien de temps travailles-tu pour les Russes ? " La réponse de son mari: "vingt-deux ans".

Une terrible révélation pour Vivian qui va alors revisiter sa propre histoire sous un angle totalement différent: celui de la trahison et de la manipulation. Et la jeune femme va être entraînée dans un engrenage infernal, terrifiant. Dans ce premier roman, Karen Cleveland joue habilement avec les situations limites sans rien perdre de sa crédibilité. L'histoire stupéfiante d'une affaire d'espionnage doublée du portrait bouleversant et résolument moderne d'une mère-courage donne un cocktail plutôt détonnant. J'ai été captivé par l'histoire de cette femme qui va tout faire pour sauver sa famille et son pays. Un parcours semé d'embûches, ce n'est pas peu dire. Ce qui nous donne une intrigue taillée au couteau, pleine de suspense et de rebondissements. Oh oui, vous sursauterez plus d'une fois à la lecture de ce thriller politique sous tension. Karen Cleveland, ancien agent du CIA, a donc nourri sa fiction de son propre vécu, et a tissé autour de son double littéraire une toile machiavélique. Un piège diabolique, terrifiant, avec un ultime rebondissement qui atteint des sommets d'intensité dramatique.

Sur la forme, l'auteure montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit, et fait preuve d'une dextérité hors du commun. C'est très bien écrit dans un style simple, économe, limpide, centré sur la psychologie de son personnage principal. Les scènes d'action sont aussi parfaitement décrites. Au final, Toute la vérité est un mélange réussi de roman d'espionnage et de domestic thriller. Gros coup de coeur qui vient de sortir en poche, alors profitez-en!

Dans le même genre sur ce blog:
Sécurité renforcée, Sean Doolittle
Dérapage, James Siegel
Storyteller, James Siegel



samedi 23 février 2019

QUITTE OU DOUBLE

CYRILLE LEGENDRE

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Auteur français
Editions du Masque
Poche 355 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2013
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Un premier roman totalement maîtrisé.


Matt Berger a longtemps parcouru le monde en tant que grand reporter, le danger ça le connaît. Mais depuis la mort de la femme de sa vie, Matt végète et gagne sa vie comme photographe pour des tabloïds. Ce soir-là, Matt mitraille Jimmy Rowland, grand espoir du football français, et aussi grand amateur de prostituées. Matt envoie les photos croustillantes au journal people et part à Deauville claquer son argent. Et ensuite, les ennuis vont s'accumuler: la prostituée avec laquelle le footballeur a passé la soirée est retrouvée morte dans un bois, les photos ont été effacées du serveur du journal, et Matt fait l'objet d'une tentative d'assassinat. Aidé de ses fidèles amis JED et Makkal, Matt va se lancer dans une enquête périlleuse qui le conduira en Irlande et au Turkménistan, une dictature méconnue coincée entre la Russie et l'Iran. Dépaysement garanti, dans le mauvais sens du terme!

Prix du premier roman au festival de Beaune, Quitte ou double repose sur une intrigue complexe, pleine de suspense et de rebondissements. L'auteur ne lésine pas sur le romanesque, on a en pour son argent. Ce livre est une véritable bombe textuelle survitaminée, un feu d'artifice d'action, de suspense et de rebondissements improbables. Un mélange explosif de suspense implacable et de thriller géopolitique fort bien documenté. Le portrait du Turkménistan dressé par l'auteur est notamment édifiant. Il faut également souligner que c'est l'un des premiers polars à se situer dans le monde opaque du football. L'auteur, qui connaît très bien ce milieu, s'est inspiré de faits réels pour nourrir sa fiction. 

Par exemple, lorsque le club de football de la capitale turkmène achète les meilleurs joueurs du monde, faisant de l'Asie le nouvel épicentre du football mondial. L'auteur fait ici référence aux championnats chinois et russes qui actuellement attirent de plus en plus de joueurs, et pas seulement ceux qui sont en fin de carrière, les contrats et les salaires proposés dépassant l'entendement. On se souvient notamment du footballeur camerounais Samuel Eto'o qui s'était engagé avec le club russe du FK Anji Makhatchkala pour un contrat de trois ans. Avec 20,5 millions d'euros nets par an, plus 20000 par but et 10000 par passe décisive, Eto'o devenait ainsi le footballeur le mieux payé de la planète. Evoluant dans un club totalement méconnu!

Autre exemple, cette rencontre caritative organisée au Turkménistan entre le club de la capitale et une sélection composée de grand joueurs. Les joueurs en question ont été bien évidemment grassement payés par les dirigeants d'une terrifiante dictature pour participer à cette rencontre. Un problème de conscience peut-être ? Meuh non! Là encore, l'auteur fait référence à la rencontre polémique organisée en 2011 par le président tchétchène Kadirov pour l'inauguration du nouveau stade de Grozny, la capitale. Le dictateur grand ami de Poutine, et notamment soupçonné de crimes de guerre et de gouverner son pays de façon mafieuse, avait alors invité Maradona, Barthez, Papin ou encore Figo pour animer cette rencontre placée sous le signe de l'humanitaire, et du divertissement. Mais bien sûr, ce n'était pas du tout de la propagande ou une volonté de redorer le blason d'un régime totalitaire! Maradona aurait touché un million d'euros pour faire le show.

Au final, Quitte ou double est un bon premier polar, globalement bien écrit, dans un style simple et limpide, au service d'un récit plutôt fluide et remarquablement construit. Une intrigue bien maîtrisée, avec son lot de révélations et de scènes chocs. Pas un chef d'oeuvre qui marquera à jamais le genre, mais un polar qui se lit très bien, et qui m'a donné envie de découvrir les autres productions de cet auteur français talentueux.

Dans le même genre sur ce blog:
Noir désert, Marc Ruscart
La nuit est leur royaume, Wessel Ebersohn
Tant pis pour le Sud, Philippe Rouquier
Kisanga, Emmanuel Grand