jeudi 11 août 2016

SANS FAILLE

VALENTIN MUSSO

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Auteur français
Editions Points
Poche 384 pages
Première publication France:
2014
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Mortelle randonnée!


Sans faille hisse définitivement Valentin Musso au rang des grands auteurs actuels de ce que j'appelle les fast and furious books: de furieux page turners impossible à lâcher avant la fin. Des thrillers commerciaux, vite lus et vite oubliés. Rien de péjoratif là dedans, tout le monde n'est pas capable de produire ce type d'oeuvre, du cousu main pour les amateurs de récits à suspense. Valentin Musso rejoint donc Michel Bussi, Harlan Coben, ou encore Linwood Barclay.

Vous adorerez cette histoire de randonnée entre amis, qui dégénère complètement, avec en toile de fond les paysages grandioses des Pyrénées. Valentin Musso tisse une toile machiavélique, pleine de suspense et de rebondissements. Une mécanique de précision parfaitement huilée, sans faille. Un thriller psychologique palpitant. Et bien sûr, comme dans tout bon fast and furious book qui se respecte, on a droit à un ultime rebondissement dans les toutes dernières pages du livre.

Sur la forme, à l'instar de son frère Guillaume, l'auteur le plus lu en France, Valentin Musso sait raconter une histoire et captiver son lecteur. Le style d'écriture est alerte, précis, limpide. L'auteur retranscrit parfaitement la beauté sauvage des hautes montagnes pyrénéennes. Au final, Sans faille est une terrifiante histoire de vengeance qui ne vous laissera aucun répit. Glaçant!

Dans le même genre sur ce blog:
Ubac, Elisa Vix

vendredi 5 août 2016

LE JOURNAL DU PARRAIN

MICKEY SPILLANE, MAX ALLAN COLLINS

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claire-Marie Clévy
Editions Ombres Noires
Grand format 128 pages
Première publication France:
2015
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Une enquête de Mike Hammer



Vous connaissez peut-être mieux la série télévisée diffusée dans les années 80, avec Stacy Keach dans le rôle du célèbre détective privé. Mais à la base, Mike Hammer est un personnage de livre, sorti tout droit de l'imagination de Feu Mickey Spillane. Sa première enquête remonte quand même à 1947. Il faut savoir que le personnage d'origine est loin d'être ... politiquement correct, comme on dit de nos jours. Détective privé new-yorkais, Mike Hammer est un homme violent, raciste, homophobe, anti-communiste, mysogyne et machiste. Rien que ça! Mike Hammer c'est donc la caricature du WASP américain, qui applique la loi du talion, avec comme devise: la fin justifie tous les moyens. Et la fin, c'est de résoudre ses enquêtes, gagner un max de pognon, et tirer tout ce qui bouge!

Un personnage controversé, mais vendeur. Dans l'interview que donne Max Allan Collins à la fin du livre, on apprend que Mickey Spillane est l'auteur qui a vendu le plus de polars dans les années 50 - 60, derrière la mythique Agatha Christie. Mais Mike Hammer va évoluer avec le temps, et s'assagir. Le Mike Hammer que vous allez découvrir dans ce court récit est plus mesuré, tant dans ses propos que dans ses actes. Max Allan Collins a donc repris un début de manuscrit inachevé de Mickey Spillane, et imaginé une histoire sympathique autour de la recherche d'un livre: le journal d'un parrain de la mafia qui vient de mourir. Ce journal renfermerait des secrets qui pourraient faire tomber beaucoup de gens, et pas seulement du côté des méchants!

Le manuscrit inachevé, qui a inspiré Max Allan Collins, daterait des années 80. L'auteur est resté fidèle à son "mentor" en situant donc l'action du roman dans le New York des années 80: une ville violente gangrénée par la misère. Clairement, ce polar ne marquera pas l'histoire du genre, mais c'est bien écrit, dans un style limpide, simple, et l'histoire est prenante: un "Who has it" plutôt qu'un "whodunit". Qui détient le journal intime du parrain? vous le saurez dans les dernières pages, avec un ultime rebondissement sympa. Bref, un polar d'atmosphère sans prétention qui se déguste tranquillement au bord de la piscine.

Dans le même genre sur ce blog:
La cavale de l'étranger, David Bell

vendredi 29 juillet 2016

À MAINS NUES

PAOLA BARBATO

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Traduit de l'italien par Anaïs Bokobza
Editions J'ai lu
Poche 540 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2008 (Italie)
2014 (France)
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Le Fight Club italien!


Davide Bergamaschi, jeune adolescent ordinaire, est enlevé et séquestré par une mystérieuse organisation, qui organise, entre autres, des combats d'hommes clandestins. Davide devient Batiza, ce n'est plus un jeune homme promis à une vie normale, mais un chien, un chien de combat promis à la mort.

" Par ailleurs, comme l'avait prédit son maître, avec le temps, il était de moins en moins chamboulé par les combats. Il n'acceptait pas encore l'idée de tuer, mais tout ce qui se passait avant prenait du sens. Minuto avait raison: il se limitait à faire ce qui était nécessaire, il n'y mettait aucune cruauté, il ne satisfaisait pas de la douleur qu'il provoquait, il essayait d'aller vite, de conclure en portant le moins de coups possibles. Dans sa tête, un écran se créait progressivement, une sorte d'autodéfense qui excluait certains canaux émotionnels ne faveur de la partie rationnelle". Cet extrait du livre résume pour moi l'essence même de ce thriller, tant sur le fond que sur la forme. Attention, âmes sensibles s'abstenir, il faut avoir l'estomac bien accroché pour lire ce thriller sanglant, terrifiant, choquant (certaines scènes sont à la limite du supportable), et noir comme le cauchemar. Fight Club en plus désespéré. (si si c'est possible!!)

Sur le fond, À mains nues est un roman choc qui ne vous laissera pas indifférent. L'atmosphère est angoissante, oppressante, dérangeante. Paola Barbato décrit le terrifiant processus de déshumanisation d'un individu. Dans les première pages, Davide était un adolescent de seize ans heureux, plein de vie, insouciant, innocent. Deux cent pages plus tard, Davide n'est plus. Davide s'est transformé en Batiza, véritable machine à tuer, un assassin dénué de toute émotivité. Un chien assujetti à son maître, le terrifiant Minuto, véritable "éleveur d'assassins". Un chien emprisonné dans un endroit isolé, en compagnie d'autres chiens. 

Sur la forme, Paola Barbato signe un thriller totalement abouti, puissant, très bien écrit. Un style syncopé, économe, précis, fait de phrases courtes assénées tels des uppercuts foudroyants. Une auteure surdouée qui montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit, entraînant son lecteur dans un vortex de terreur. Chaque page du livre réserve son lot de surprises, et plus on avance dans l'histoire, plus on en apprend sur l'organisation qui a enlevé Davide, et plus on s'enfonce dans l'horreur. Il y a du suspense et des rebondissements, jusqu'au final digne des meilleurs polars du genre. Avec un ultime rebondissement à la Shutter island, qui m'a complètement bluffé! Au final, un polar ultra violent, éprouvant, et difficile à oublier. Et une auteure qui ne nourrit plus aucune illusion sur l'espèce humaine. Enorme coup de coeur! 

Dans le même genre sur ce blog:
Criminal loft, Armelle Carbonel
Meurtres pour rédemption, Karine Giébel



lundi 25 juillet 2016

PANDEMONIUM

LES STANDIFORD

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Olivier Schwengler
Editions Rivages
Poche 336 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1990 (Etats-Unis)
1992 (France)
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Un roman choc qui n'a rien perdu de son actualité


Feu Tony Hillerman avait qualifié ce thriller écologique comme étant "atroce, prenant et implacable". Après avoir lu ce classique du roman-catastrophe, je ne peux que partager son analyse.

"Atroce", oui, complètement, terriblement même, car le scénario catastrophe imaginé par l'auteur fait froid dans le dos. Surtout, on se dit que ça pourrait arriver, que c'est plausible. Années 80, Etat américain du Wyoming: officiellement, la compagnie pétrolière PetroDyne a arrêté la fabrication et le transport d'armes chimiques et bactériologiques. Officieusement, rien ne s'est arrêté, pas question pour la première puissance mondiale de perdre de l'avance sur les russes, guerre froide oblige. Et donc ce qui devait arriver finit par se produire: un camion de la compagnie transportant un virus potentiellement dangereux sort d'une route et s'écrase au bord d'une rivière qui traverse le parc national du Yellowstone. Un accident qui expose toute une population, voire la planète entière, à un risque énorme de diffusion de produits néfastes. Pandemonium peut alors commencer!

" Il courut en direction de la forêt, à moins de cinq cent mètres au sud, percevant de moins en moins distinctement les pas des hommes à sa poursuite, perdus dans le lointain. Jamais il ne s'était senti aussi vivant." "Prenant", oui, Les Standiford orchestre avec brio une course-poursuite haletante, au milieu des paysages magiques du plus grand parc naturel américain. Redonnant ainsi toutes ses lettres de noblesse à la nature. Et véhiculant aussi un appréciable message écologique. Le récit, tendu à l'extrême, est mené avec une dextérité hors du commun. 

Enfin, "implacable", car personne ne se fait de cadeau dans ce roman impitoyable, mélange de suspense sanglant et de thriller politique. La compagnie pétrolière, aidée du gouvernement, met tout en oeuvre pour contenir l'épidémie. Le but n'est pas de sauver des gens, mais d'étouffer un scandale et de pouvoir continuer ses activités illégales. Une bien triste réalité. En outre, le style d'écriture froid, clinique, percutant de Les Standiford colle parfaitement au côté implacable du récit. L'auteur démontre tout son talent pour huiler parfaitement cette véritable mécanique de précision, et camper des personnages qui ont du caractère, du chien: les gentils sont très attachants, et les méchants sont vraiment très très méchants, notamment le tueur chargé du sale boulot. Ultra violent, Pandemonium est au final un polar nerveux, et charpenté, qui dévoile une réalité terrifiante. Un polar des années 80 comme on n'en fait plus!

Dans le même genre:
Pandemia, Franck Thilliez

mercredi 13 juillet 2016

ÉCORCES DE SANG

TANA FRENCH

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Traduit de l'anglais (Irlande) par François Thibaux
Editions Points
Poche 576 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2007 (Irlande)
2008 (France)
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Désormais un classique de la littérature policière irlandaise


"Je levais les yeux vers la fenêtre de ma chambre et, tout d'un coup, le déclic se fit: j'avais vécu ici. Les matins d'école, j'avais franchi cette porte en courant, mon cartable sur le dos. je m'étais penché à cette fenêtre pour interpeller Peter et Jamie, j'avais appris à marcher dans ce jardin. J'avais arpenté cette rue à bicyclette, jusqu'au moment où, tous les trois, nous avions franchi le mur pour nous enfoncer dans les bois." Trois gamins de banlieue inséparables passent leurs étés à jouer dans ces bois qui bordent un lotissement en apparence paisible. Un jour, Peter et Jamie ne ressortent pas des bois, et Adam, le narrateur de ce livre, y est retrouvé vivant, mais en état de choc. Il ne se souvient de rien. Les deux autres gamins ne seront jamais retrouvés. Que s'est-il passé dans ces bois maléfiques? Vingt ans plus tard, Adam a changé d'identité, il est devenu flic, et il est toujours hanté par ce drame qui façonne sa vie jour après jour. Comme si lui aussi n'était jamais vraiment ressorti de ces bois. Et ça ne va pas s'arranger, car une jeune fille y est retrouvée morte. Assassinée. Un meurtre sordide qui révèlera une vérité insoutenable.

L'Irlande est une terre très fertile en polars, et en auteurs très talentueux: Ken Bruen, John Connolly, Alex Barclay, Jane Casey, et ma préférée Tana French, auteure du monumental Ecorces de sang. Pour moi, il y a clairement un avant et un après Ecorces de sang  dans le roman policier irlandais. Tana French nous emmène loin, très loin, dans les méandres tortueuses d'une enquête complexe, touffue, pleine de rebondissements, jusqu'au dénouement final, terrible. Ecorces de sang est un mélange subtil de roman d'enquête et de thriller psychologique implacable. En outre, Tana French dresse un constat lucide et sans concession de son Irlande passée et actuelle, notamment sous l'angle socio-économique.

C'est un premier roman, mais d'emblée, Tana French démontre un immense talent pour échafauder de palpitantes intrigues criminelles et camper des personnages forts, et réels. Et aussi des lieux, comme ces bois, qui sont au centre de toute cette histoire. Des bois ténébreux, qui dégagent une atmosphère à la limite du fantastique. La lente progression de la narration, l'art du détail, et une atmosphère noire très nostalgique, font de ce roman sur le poids du passé un incontournable chef d'oeuvre de la littérature policière irlandaise. Un polar puissant, ambitieux et totalement abouti.

Dans le même genre sur ce blog:
Les neuf cercles, R.J. Ellory

lundi 11 juillet 2016

UBAC

ÉLISA VIX

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Auteure française
Editions du Rouergue
Grand format 192 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Un thriller psychologique de tout premier ordre


Que voilà un excellent suspense psychologique, pour l'instant mon thriller français préféré de cette année 2016, qui révèle une auteure très talentueuse. C'est très bien écrit, c'est court, c'est efficace. Aucun temps mort, pas de gras, pas de fioritures, pas de longueurs. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part d'une auteure qui démontre un réel sens du suspense dans ce thriller "de montagne" totalement abouti. 

L'ubac, c'est le versant sombre d'une station de ski des Alpes, près de Modane. C'est le côté obscur de la vallée. Jamais de soleil, et un froid polaire. Des paysages glaçants. Estelle y vit avec son mari, et son bébé. Une famille unie, heureuse, malgré des conditions de vie difficiles, surtout l'hiver, avec ses tempêtes de neiges. Noël approche, un moment qui devrait être festif, jusqu'à ce que débarque la soeur jumelle du mari d'Estelle. Tout de suite, Estelle sent que cette jeune femme n'est pas nette. Un drame terrible se prépare!

Élisa Vix brosse un suspense psychologique nerveux, à l'intrigue taillée au couteau, et dresse le portrait à la fois terrifiant et émouvant d'une mère-courage, qui va tout faire pour protéger les siens. Le roman se situe dans la veine des vrais thrillers qui font peur. Et ce n'est pas un pléonasme, car actuellement, de nombreux romans sont estampillés thrillers, alors qu'ils ne font pas peur du tout. Celui-ci vous donnera la chair de poule, surtout si vous le lisez dans une vieille maison qui grince de partout! Le style d'écriture est limpide, les dialogues sont crédibles et enlevés, le récit est parfaitement maîtrisé, plein de suspense et de rebondissements. Un premier roman très très prometteur, qui permet à cette auteure de faire une entrée fracassante dans le paysage déjà bien fourni du thriller français. Pour les fans de Patricia MacDonald, Lisa Gardner, Karine Giébel, ou encore S.J. Watson. 

Dans le même genre sur ce blog:

mercredi 29 juin 2016

ODESSA BEACH

BOB LEUCI

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Annie Hamel
Editions Rivages
Poche 368 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1985 (Etats-Unis)
1994 (France)
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Une bonne histoire de flics et de gangsters


L'immense Bob Leuci est mort en octobre dernier, et laisse derrière lui trois chefs d'oeuvre de la littérature policière américaine: L'indic, Captain Butterfly, et Odessa Beach, que je viens de terminer. Une histoire puissante de flics et de gangsters dans le New York crépusculaire des années 80. Une fiction terrifiante que l'auteur nourrit d'une réalité qu'il a côtoyée de très près. En effet, Bob Leuci a longtemps été inspecteur dans un service d'élite qui s'occupait du trafic de drogue. Un long vécu qui lui a permis ensuite de pouvoir raconter des histoires plus vraies que nature. Mais Bob Leuci est également un écrivain de talent, qui sait captiver son lecteur, camper des personnages forts, et échafauder des scénarios percutants et diablement efficaces. Le style d'écriture est cru, frontal, économe, et alerte. L'auteur raconte ses histoires criminelles comme un type qui entre dans un bar et défonce la porte à coups de battes de baseball.

Odessa Beach raconte l'ascension d'un gangster russe émigré à New York. Cette histoire à la Scarface permet à l'auteur de rendre compte de la mutation du quartier juif de Brooklynn, surnommée Odessa Beach après la vague d'immigration soviétique. Ce que j'ai aimé, c'est que l'auteur ne verse jamais dans le cliché, ou dans le manichéisme. Bob Leuci dresse un constat cru et sans concesssion d'un monde impitoyable, où l'argent est roi. Enfin, ce roman très noir séduit par le portrait d'Alex Simon, le double littéraire de l'auteur: un flic habité par son métier, qui porte un regard lucide et désenchanté sur un environnement complexe, où la frontière entre le bien et le mal est de plus en plus floue, qu'on soit du côté des policiers ou du côté des mafieux. La fin - Gagner de l'argent, et survivre - justifie tous les moyens: magouilles, chantages, trahisons, meurtres, deal avec le FBI. Tout ça n'est qu'un jeu dangereux ... et truqué bien sûr! 

Odessa Beach est donc une histoire effrayante, tragique, mettant en scène des personnages plus vrais que nature. Un véritable chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Le portrait sans concession d'une grande ville américaine gangrenée par la drogue, la misère et la violence. Certaines scènes du livre atteignent des sommets d'intensité dramatique. Petit extrait, histoire de vous metttre dans l'ambiance: " - Un jour, ils vont venir pour vous. Peu importe ce qu'ils ont promis, peu importe ce qu'ils ont dit, au bout du compte ils s'allieront et ils viendront pour vous. Ils se retournent les uns contre les autres, ils se mentent, ils se trahissent les uns les autres, alors vous, ils n'auront aucun scrupule à vous tuer."

Du même auteur sur ce blog:
Captain Butterfly

Dans le même genre sur ce blog:
Sous la menace, Reggie Nadelson
Le ventre de New York, Thomas Kelly

jeudi 23 juin 2016

L'INCONNUE DU BAR

JONATHAN KELLERMAN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Frédéric Grellier
Editions Points
Poche 408 pages
Première publication:
Etats-Unis (2011)
France (2014)
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Pour les fans uniquement!


L'inconnue du bar est la 26ème enquête du duo Delaware/Sturgis, la 16ème en ce qui me concerne. Si, tout comme moi, vous êtes un fan de cette série policière, allez-y les yeux fermés, régalez-vous, vous ne serez pas déçus. En effet, ce nouvel opus réunit tous les ingrédients qui font le succès de cette série depuis maintenant plus de trente ans: un meurtre inexpliqué, et le duo de choc constitué du psychologue Alex Delaware et de l'inspecteur Milo Sturgis, qui mène l'enquête sur la base d'interrogatoires minutieux. Beaucoup de dialogues, de psychologie, de déductions, et de recoupements qui vont permetttre à nos deux limiers de résoudre le(s) crime(s), et de démasquer le(s) coupable(s). Sherlock Holmes et Docteur Watson version californienne. Oui, le théâtre des opérations est toujours le même: Los Angeles, la ville du crime. Nos deux compères se connaissent par coeur, la mécanique est parfaitement huilée, rien ne peut résister à leurs méthodes d'investigation infaillibles.

Par contre, pour toi lecteur qui n'a pas encore lu un whodunit de Jonathan Kellerman, je te conseille vivement de passer ton chemin. Si tu veux découvrir cette série policière, je te conseille plutôt de commencer par les opus suivants: Chair et sang, Comédies en tout genre, ou encore Les tricheurs, qui précède d'ailleurs L'inconnue du bar. Cette 26ème enquête n'est donc pas le meilleur cru de l'auteur: le thème central - les sites de rencontres sur Internet- est classique, et l'intrigue sent quand même un peu le réchauffé. 

Mais voilà, quand on est accroc, on est accroc, c'est donc difficile pour moi d'être objectif avec Kellerman. Je prends toujours autant de plaisir à lire ses whodunits. C'est bien écrit, c'est bien fichu, même si ça ne casse pas toujours des briques côté intrigue. Kellerman est un dialoguiste de talent, et montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit: sens du détail et du suspense, indices savamment distillés, et beaucoup d'humour. Dans cet opus, l'auteur égratigne de manière très cynique l'amour sur le net, et a imaginé une parodie de site, où des "papas gâteaux" peuvent rencontrer des "petites chéries". Sauf que l'une des petites chéries en question est sauvagement assassinée.... Au final, pas le meilleur roman de l'auteur, mais un polar de gare sympa, et sans prise de tête.

Du même auteur sur ce blog:
Les tricheurs ; Billy Straight ; Chair et sang

Dans le même genre sur ce blog:
Shooters, Terrill Lankford

samedi 18 juin 2016

BALLET D'OMBRES À BALBOA

JACK TROLLEY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Stéphane Carn
Editions Rivages
Grand format 300 pages
Existe aussi en version poche
Première publication:
1994 (Etats-Unis)
2001 (France)
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Atmosphère, atmosphère quand tu nous tiens!


Loin de moi l'idée de faire de la réclame pour tel ou tel éditeur, ce blog est totalement indépendant. Mais la collection Rivages thriller (grands formats) et la collection Rivages noir (livres de poche) sont parmi les plus complètes en matière de polar américain. François Guérif, le directeur de ces deux collections, peut être fier de ce qu'il a fait, et de ce qu'il continue à faire. On y trouve des auteurs connus tels que James Ellroy, Dennis Lehane, et James Lee Burke, des auteurs un peu moins connus mais très bons comme William Bayer, Craig Holden, ou encore Mark Haskell Smith. Et des étoiles montantes comme Emily St-John Mandell ou Sean Doolittle. Et moi qui suis fan des polars d'atmosphère américains des années 80-90, je suis servi, car ces collections regorgent de véritables pépites, de chefs d'oeuvre à dévorer d'urgence: Il faut tuer Suki Flood de Robert Leininger, Ici commence l'enfer de John Ridley, ou Captain Butterfly de Bob Leuci. Enfin, on y trouve des "one-shots" écrits par des auteurs peu connus, des polars d'atmosphère très ancrés culture US, dont l'action se déroule dans un microcosme précis, souvent un comté (Orange dans Le Rideau orange de John Shannon,) une ville ( Chicago dans Le point limite de John Wessel) ou même un quartier, comme Balboa (ville de San Diego, Californie du sud) dans Ballet d'ombres à Balboa, pur polar d'atmosphère américain des années 90.

Jack Trolley nous ouvre donc une minuscule fenêtre spatio-temporelle, qui permet de plonger dans le San Diego des années 90. Le sergent Donahoo, personnage principal du roman auquel vous vous attacherez immédiatement, reçoit une lettre anonyme qu'il décide de prendre très au sérieux. L'expéditeur du message menace de faire sauter l'aéroport de la ville. Pourquoi? Parce que cet aéoport est situé juste à côté de Balboa Park, quartier autrefois prospère de la ville. Mais de plus en plus déserté à cause du bruit insupportable des avions qui le survolent en permanence. Si l'aéroport n'est pas déplacé dans les six mois, le terroriste promet un véritable carnage. Donahoo doit donc s'activer pour démasquer ce mystérieux corbeau. Pour ce faire, il va devoir s'immerger dans un quartier en pleine mutation, peuplé de personnages plus ou moins sympathiques!

Ballet d'ombres à Balboa commence donc comme un whodunit de facture classique, mais très vite, sort des sentiers battus, et devient un mélange de polar humoristique et de roman noir urbain. Un polar de quartier pétri d'humanité où les destins s'enchevêtrent pour le meilleur et pour le pire. Un livre plus centré sur les comportement humains que sur l'enquête policière. En outre, Jack Trolley sait raconter une histoire, et son écriture est pleine de vitalité. Ballet d'ombres à Balboa n'est donc pas un fast and furious page turner plein de rebondissements improbables. Non, c'est plutôt un polar d'atmosphère s'appuyant sur des personnages attachants et plus vrais que nature. Un polar intelligent qui retranscrit parfaitement les mutations sociales et urbaines pouvant survenir dans une ville américaine. Un livre atypique  qui se savoure tranquillement, sans se presser.

Dans le même genre sur ce blog:
Le Rideau orange, John Shannon
Le point limite, John Wessel

lundi 13 juin 2016

SAVAGES

DON WINSLOW

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Freddy Michalski
Le Livre de Poche
408 pages
Première publication:
2010 (Etats-Unis)
2011 (France)
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Une bombe textuelle survitaminée!


"Chon avait toujours su qu'il existait deux mondes distincts: les sauvages. Et les moins sauvages. Le sauvage est le monde du pur pouvoir primitif, survie des mieux adaptés, cartels de la drogue et brigades de la mort, dictateurs et hommes de main, attaques terroristes, guerres des gangs, haines tribales, assassinats en masse, viols en masse. le moins sauvage est le monde du pur pouvoir civilisé, gouvernements et armées, multinationales et banques, choc et effroi en écrasant l'adversaire par une puissance de feu très supérieure, mort-venue-du-ciel, génocide, viol économique en masse. Et Chon sait que... c'est le même monde". Voilà qui donne le ton du livre, mélange hallucinant de polar décalé et de roman noir. Tour à tour drôle, triste, violent, cynique, tendre. Avec à la baguette un auteur survolté qui déménage.

Savages est donc une histoire de gangsters, version Californie Peace and Love. Enfin.. le Peace and Love, c'est au début de l'histoire seulement. Au début, tout va bien pour Ben, Chon et O (O est une fille!): Nos trois compères se la coulent douce sous le soleil. Ben et Chon sont comme deux frères. Ils partagent la même herbe et la même copine, en l'occurence O. Et surtout, ils produident et vendent la meilleure herbe de toute la Californie. Une success story à l'américaine, qui va prendre fin, quand un cartel mexicain décide de s'approprier l'herbe. Un deal à sens unique: vous travaillez pour nous, ou vous êtes morts. Histoire d'aider un peu plus Ben et Chon dans leur choix, le cartel kidnappe O. La guerre est déclarée. Et là c'est sauve-qui-peut. Le roman devient alors un chant funébre sur un monde de démence et de sang, jusqu'au final, noir comme le cauchemar. 

Savages est un livre à grand spectacle, une bombe textuelle survitaminée menée à un rythme d'enfer: des chapitres courts, qui ne laissent aucun répit au lecteur,  des dialogues à la fois laconiques et truculents, un style d'écriture branché, économe, cru, brut de décoffrage. Mais une histoire franchement noire malgré son côté déjanté. Et un auteur qui porte un regard acéré, voire désabusé sur son époque. En effet, Don Winslow ne nourrit plus aucune illusion sur l'espèce humaine en générale, et l'Amérique en particulier.

Du même auteur sur ce blog:
La griffe du chien

Dans le même genre sur ce blog:
Défoncé, Mark Haskell Smith

mercredi 8 juin 2016

MARYLIN X

PHILIP LE ROY

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Auteur français
Editions le cherche midi
Grand format 272 pages
Première publication France:
2016
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Un palpitant roman noir historique



Je suis un grand fan de Philip Le Roy, j'aime beaucoup son style d'écriture, sa façon de raconter une histoire, son univers très riche. Alors je me suis dépêché de me procurer son nouveau roman, sorti le mois dernier en librairie. Cette fois-ci l'auteur s'attaque à l'un des plus grands mythes des temps modernes: Marylin Monroe. Un pari osé pour l'auteur, qui signe un roman noir historique de tout premier ordre.

2012: un couple de français traverse l'Amérique en voiture, et finit par se perdre au milieu des terres ancestrales des Navajos. Nos deux aventuriers se retrouvent devant une maison incendiée, et découvrent à l'intérieur les restes d'un cadavre, ainsi que des carnets partiellement brûlés. Le couple se met à lire le journal intime d'une personne ayant côtoyé de très près une certaine ... Marylin Monroe. Et encore plus dingue, ce journal révèle que la star serait toujours en vie cinquante ans après sa mort officielle en 1962. Marylin aurait mis en scène son suicide afin de quitter le monde impitoyable des puissants de son époque.

S'appuyant sur un fond documentaire très solide, Philip Le Roy brosse un roman noir historique érudit, et surtout bluffant de bout en bout. A travers la vie tragique de Marylin Monroe, l'auteur nous dévoile tout un pan peu glorieux de l'histoire américaine sous l'ère Kennedy. Ce n'est pas l'histoire enseignée dans les livres scolaires. Non, la réalité de l'époque était beaucoup, beaucoup plus sombre! Certaines scènes du livre sont à la limite du supportable, notamment le viol de Marylin Monroe au célèbre Cal Neva Lodge, qui appartennait à l'époque à un certain Frank Sinatra.

Enfin, l'intrigue pleine de suspense et de rebondissements est un prétexte pour rendre un vibrant hommage à Marylin Monroe, une jeune femme trop gentille pour pouvoir survivre dans un monde de vautours. Marylin tel un papillon fragile qui se brûle les ailes au contact des puissants de l'époque. Par puissants, comprenez des politiciens, des mafieux, et des vedettes du showbiz. Philip Le Roy fait très bien ressortir ce qui a pu pousser la star à mettre fin à ses jours. Ou à fuir vers les terres des Navajos, afin d'y retrouver une certaine pureté. Philip Le Roy, passionné par les indiens d'Amérique, nous donne envie de croire à cette résurrection de Marylin, qui méritait certainement d'avoir une seconde vie pleine de bonheur. Un thriller à la fois tendre et violent, dur et émouvant.

Du même auteur sur ce blog:
Pour adultes seulement

Dans le même genre sur ce blog:
Vie et mort de Miss Faithfull

lundi 30 mai 2016

ICI COMMENCE L'ENFER

JOHN RIDLEY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Pêcheux
Editions Rivages
Poche 240 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1997 (Etats-Unis) 1998 (France)
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Un polar torride. Très torride!


"Et soudain, il comprit. C'était si évident qu'il aurait dû piger plus tôt: il était en enfer. C'était la seule explication possible. Sa bagnole qui tombe en rade à cet endroit précis... cette cinglée de Grace... son mari, encore plus cinglé... les motards... la vieille Mexicaine au fusil de chasse... les billets déchirés...et la chaleur... cette chaleur implacable. Tout ça, c'était trop dingue... beaucoup trop dingue pour une seule journée. Et il n'était encore que midi. C'était l'enfer évidemment."

L'enfer en question, c'est Sierra, un bled paumé en plein milieu du désert américain. Peuplé de personnages plus dingues les uns que les autres. Pour John, l'enfer commence au moment où sa voiture tombe en panne à l'entrée de Sierra. Comme quoi le destin d'un homme peut basculer sur un simple détail, en l'occurrence une durite de voiture pétée pour le pauvre John, qui va se retrouver embarqué dans une histoire de fous. Que voulez-vous, certaines personnes attirent les ennuis, et ce looser de John en fait partie.

Vous connaissez peut-être le film, beaucoup moins le livre. En effet, Oliver Stone s'est inspiré de ce petit bijou d'humour noir pour réaliser U Turn, avec Sean Penn, dans le rôle de John, Jennifer Lopez, dans le rôle de Grace, la femme fatale, et Nick Nolte, dans le rôle de Jake, le mari cinglé. Personnellement, je préfère le livre, que j'ai lu après avoir vu le film. John Ridley signe un polar d'atmosphère teigneux, fébrile, une histoire puissante au rythme échevelé. L'écriture est rapide et fluide, le style économe et incisif. Tous les ingrédients du très bon polar qu'on ne lâche pas sont réunis: des dialogues enlevés, de l'action, du suspense, des rebondissements tordus, un final corral et un humour bien noir. L'atmosphère est étouffante, on a vraiment l'impression que John est coincé dans ce bled, et qu'il n'arrivera pas à en sortir. On souffre avec lui, on se met à sa place, on aimerait qu'il quitte cet enfer sur terre, mais John ne prend jamais les bonnes décisions, quand ce n'est pas le mauvais sort qui s'abat sur lui. Alors Il vaut mieux en rire!

Au final, Ici commence l'enfer est un mélange totalement réussi de roman noir et de comédie grinçante, c'est un pulp survitaminé, mené à un train d'enfer. Un vrai régal de lecture. Enorme!

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