samedi 21 janvier 2017

DANS LA VILLE EN FEU

MICHAEL CONNELLY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Le Livre de Poche
480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2012 (Etats-Unis)
2015 (France)
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Un très grand Connelly


Michael Connelly est un auteur connu, reconnu, un des maîtres incontestés du roman policier américain. Un écrivain qui écrit comme il respire. Du coup, parfois, c'est bon, parfois c'est moyen, et parfois c'est très très bon. Dans la ville en feu entre dans la catégorie "très très bon", à l'instar des grands romans de l'auteur comme Le poète, Le dernier coyote, ou encore Créance de sangDans la ville en feu est une enquête passionnante, palpitante, pleine de suspense et de rebondissements. On y retrouve tout ce qui fait la force de Connelly. La Connelly touch: rigueur et qualité de l'intrigue, dialogues enlevés, et une maîtrise impressionnante dans la conduite du récit. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de l'auteur qui nous tient en haleine jusqu'au dénouement final, haletant. Les indices sont savamment distillés dans ce polar, jusqu'à la découverte de la vérité.

Et bien sûr, le grand personnage de ce roman, c'est Harry Bosch, figure désormais mythique de la littérature policière américaine. Harry Bosch, pour moi, c'est l'inspecteur Harry en plus cérébral, et plus politiquement correct. Mais un inspecteur Harry quand même: un flic tenace, besogneux, acharné, une véritable bombe humaine au service de la vérité, qui ne reculera devant rien pour retrouver les assassins d'Anneke Jespersen. Et tous les moyens sont bons pour résoudre l'affaire, et ce n'est pas un supérieur zélé qui va empêcher notre Bosch de venger la mort d'une jeune femme.

"Deux jours plus tôt, les fractures raciales, sociales et économiques qui agitaient la ville avaient brisé sa surface avec une intensité proprement sismique." "Bientôt, tout L.A. était en feu, et la situation était devenue incontrôlable." 1992: Harry Bosch patrouille dans les rues d'une ville désemparée, chaotique, au bord de l'apocalypse, en proie à des émeutes d'une rare violence. Cette tournée des meurtres amène notre inspecteur chevronné à découvrir le cadavre d'Anneke Jespersen, une jeune journaliste danoise abattue froidement d'une balle dans la tête, et abandonnée dans une ruelle sordide. Bosch ne peut pas s'attarder sur la scène de crime, il doit vite en rejoindre une autre. Vingt ans plus tard, Bosch est toujours hanté par cette jeune femme, et décide de rouvrir l'enquête. Qui a tué Anneke Jespersen et pourquoi ? Vous le saurez en dévorant ce formidable polar, une histoire stupéfiante mettant en scène un personnage décidément hors norme. Pour notre plus grand bonheur!

Du même auteur sur ce blog:
Le poète ; Le dernier coyote

Dans le même genre sur ce blog:
Storyteller, James Siegel
Meurtres en bleu marine, C.J. Box
Suspect, Robert Crais

samedi 14 janvier 2017

BAAD

CÉDRIC BANNEL

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Auteur français
Editions Robert Laffont
Grand format 480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Un thriller époustouflant !


Quelle claque ce polar! Spectaculaire, terrifiant, intéressant, et surtout époustouflant! Il fallait un sacré souffle pour écrire Baad, mélange explosif de roman noir, thriller politique, et suspense sanglant. Un roman puissant dont l'action se déroule principalement en Afghanistan.

C'est à une excursion aux allures de voyage au bout de l'enfer que nous convie cette ténébreuse enquête dans un pays à la fois grandiose et effrayant. Le menu est chargé! Un serial killer kidnappe et assassine sauvagement des fillettes dans les rues de Kaboul, la capitale du pays. Le qomaandaan Kandar, un flic tenace et incorruptible, va traquer l'assassin tout en évitant de se faire tuer par ses nombreux ennemis. Nicole Laguna, ex-agent des services secrets français, doit retrouver un chimiste en fuite, inventeur d'une nouvelle drogue de synthèse. Nicole n'a pas le choix: son mari et ses enfants ont été enlevés par la mafia italienne, qui veut mettre la main sur cette drogue très lucrative. Sauf que le chimiste en question est protégé par le parrain afghan de la drogue, qui vit reclus dans une véritable forteresse, perdue dans les montagnes impénétrables du Badakhchan.

Misère, drogue, violences, meurtres, terroristes, gouvernement corrompu: un cocktail explosif pour un roman épicé! Un thriller à multiples visages, une oeuvre effrayante de beauté où les destins s'enchevêtrent. D'un côté, Cédric Bannel dresse un constat alarmant d'un pays dévasté par la misère, la corruption, le terrorisme et la drogue. De l'autre, l'auteur parvient à nous transmettre son amour pour un pays grandiose, aux paysages majestueux parmi les plus beaux du monde. Baad est une plongée fascinante dans la culture et les coutumes d'un pays complexe.

Au final, un thriller épique et violent, très bien écrit, dans un style simple, percutant, et spectaculaire. Le récit est fluide, sans temps mort, plein de suspense et de rebondissements. Attention âmes sensibles s'abstenir, certaines scènes sont à la limite du supportable. Baad est une histoire stupéfiante, éprouvante, mettant en scène des personnages hors normes. Un thriller littéralement hallucinant!

Dans le même genre sur ce blog:
Condor, Caryl Férey
La ligne noire, Jean-Christophe Grangé
Noir désert, Marc Ruscart
Tonton Clarinette, Nick Stone



vendredi 6 janvier 2017

DOSSIER 64

JUSSI ADLER OLSEN

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Traduit du danois par Caroline Berg
Le Livre de Poche
672 pages
Sélection Guide Polar de Pietro
Première publication:
2010 (Danemark)
2014 (France)
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La vengeance est un plat qui se mange froid!


"Bon. Rose, Assad. Ecoutez-moi. Nous enquêtons avant tout sur la disparition de cinq individus, d'accord? Rita Nielsen, Gitte Charles, Philip Norvig, Viggo Mogensen et Tage Hermansen. Tous ont disparu à peu près au même moment et aucun n'a ressurgi depuis. Cette coïncidence troublante nous amène en toute logique à soupçonner une affaire criminelle. Nous avons trouvé des points de convergence entre ces divers personnages. L'asile pour femmes de Sprogo et Nete Hermansen d'un côté, et de l'autre, les activités de Curt Wad qui ne laissent pas d'attirer l'attention".

Plus besoin de présenter la désormais célèbre équipe danoise de choc, spécialisée dans les affaires criminelles classées. Cold Case version scandinave. Le département V, composé du caractériel Carl Morck, le chef, et d'Assad, et de Rose, les deux assistants. Des personnages attachants, qui se démènent avec des moyens limités pour résoudre des affaires réputées insolubles. Dossier 64 est la quatrième enquête du département V, après Miséricorde, Profanation, et Délivrance. Une nouvelle enquête palpitante, pleine de suspense et rebondissements. Et une fois n'est pas coutume, Carl Morck va encore devoir riquer sa vie pour faire éclater la vérité au grand jour. Il faut dire que s'attaquer au parti fasciste danois à son fondateur Kurt Wad, ce n'est pas une mince affaire! Surtout quand le fondateur en question cache des secrets inavouables, qui ne doivent, en aucun cas, être dévoilés au peuple danois. 

Dossier 64 est à ce jour mon roman préféré de Jussi Adler Olsen. Un auteur surdoué au style percutant, et plein d'humour malgré la gravité des sujets abordés. Une écriture musclée, décoiffante, au service d'une intrigue criminelle taillée au couteau, et doublée d'un récit bouleversant qui permet à l'auteur de dévoiler tout un pan de l'histoire danoise. Le pan peu glorieux, peu reluisant, qui se reflète dans l'histoire de Nete Hermansen. Née dans une famille à problèmes, puis broyée et rejetée par tout un système. Un destin tragique qui alimentera la haine de cette femme, et l'amènera à commettre l'irréparable. Une vie faite de mauvaises rencontres. Six personnes en particulier qui méritent selon Nete la mort. L'une de ces personnes étant Kurt Wad, le chef du parti fasciste danois. 

Dans ce passionnant suspense politico-historique, Jussi Adler Olsen dresse un constat sans concession sur le Danemark d'aujourd'hui. Un pays en manque de repères qui n'assume toujours pas certains aspects de son passé. Un pays également marqué par la progression des extrêmes. 

Dans le même genre sur ce blog:
La femme en vert, Arnaldur Indridason
La maison de fer, John Hart

dimanche 1 janvier 2017

LE MYSTÈRE SHERLOCK

J.M. ERRE

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Auteur français
Editions Pocket
264 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2012
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Un pastiche de polar totalement réussi!


"Six cadavres pour cinq survivants, il fallait voir les choses en face: on allait avoir du mal à revenir au score. Entre nous, deux questions insidieuses, lancinantes, accablantes: "Qui est le meurtrier?" et "Qui sera le prochain à rejoindre l'équipe adverse au frigo? "Difficile de regarder son voisin de table sans arrière-pensée..." Surtout que de survivant, il n'y en aura point, le seul rescapé du carnage ayant eu la mauvaise idée de se trouver pile-poil devant la porte de l'entrée de l'hôtel enseveli sous la neige. Ladite porte d'entrée étant défoncée par la police. Le commissaire Lestrade retrouve plusieurs carnets de note ayant appartenu aux morts. Ce qui va lui permettre de reconstituer une bien étrange vérité. Pourtant, une bande d'enseignants farfelus, fans de Sherlock Holmes, qui se réunissent dans un hôtel de montagne en Suisse: on a du mal à croire que ça pouvait tourner au massacre. Mais le but de cette réunion était de nommer le plus grand fan au poste de titulaire de la toute première chaire d'holmésologie de la Sorbonne. Et là ça change tout! Car tous ces allumés, qui pensent que Sherlock Holmes a réellement existé, seraient prêts à tuer pour obtenir le poste. Tuer au sens propre du terme!

Le mystère Sherlock, c'est Dix petits nègres version destroy, un huit-clos totalement loufoque, écrit dans un style percutant, plein de vitalité. D'un côté, un style simple, cru, désopilant, qui permet au lecteur de se marrer du début à la fin. Et de l'autre, un style très littéraire, riche, qui permet au lecteur de réfléchir à des sujets passionnants. Ce livre est une véritable bombe textuelle survitaminée, un feu d'artifice d'humour noir. Un pastiche de whodunit qui vous fera hurler de rire du début à la fin. Avec en filigrane, une réflexion subtile sur le pouvoir de la fiction, et sur le rapport entre l'écrivain et le lecteur. Un rapport plus subtil et plus complexe qu'il n'y paraît. Tout est question de comment on perçoit la réalité, ou plutôt les réalités qui peuvent se mélanger à la fiction, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus faire la part entre ce qui est vrai et ce qui est faux.

Enfin, cette enquête pleine de rebondissements, permet à l'auteur de rendre hommage aux meilleurs auteurs de polars. Le mystère Sherlock est une plongée fascinante et érudite au coeur de l'univers du plus grand détective de tous les temps. Un personnage complexe qui aura marqué à jamais de son empreinte l'histoire du polar. Le Mystère Sherlock est donc un formidable polar, qui vous fera passer de formidables heures de lecture. Jusqu'au dénouement final, l'ultime rebondissement, digne des meilleurs romans de ... Sir Arthur Conan Doyle. Un polar à la fois rigolo et érudit, qui dit mieux?

Dans le même genre sur ce blog:
Bestseller, Jesse Kellerman
Meurtres au Lone Star Café, Kinky Friedman

mercredi 14 décembre 2016

TOP 20 2016









Chères lectrices, chers lecteurs,

L'année 2016 se termine déjà (que ça passe vite!), l'occasion de faire un bilan des lectures de l'année. J'ai sélectionné pour vous mes 20 polars préférés lus cette année. N'hésitez pas à commenter ce top, et si ça peut vous donner des idées pour un cadeau de noël c'est encore mieux!


  1. Un long moment de silence, Paul Colize. Un très grand polar historique.
  2. Ville noire ville blanche, Richard Price. THE polar sur le problème des banlieues en Amérique.
  3. Fleur de cimetière, David Bell. Un thriller psychologique glaçant qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'une petite ville américaine. 
  4. Ecorces de sang, Tana French. Le premier roman de cette grande star du thriller irlandais. 
  5. A mains nues, Paola Barbato. Fight club version transalpine. Eprouvant, âmes sensibles s'abstenir.
  6. La compassion du diable, Fabio M. Mitchelli. Un redoutable serial killer thriller.
  7. Les salauds devront payer, Emmanuel Grand. Un polar du Nord de la France, noir, charpenté et totalement abouti. 
  8. Que la mort vienne sur moi, J. David Osborne. Un grand roman noir sur l'Amérique profonde. Digne des meilleurs romans de Larry Brown.
  9. Sukkwan island, David Vann. Un huit-clos étouffant, une tragédie familiale dont on a du mal à se remettre. Frontal, terrifiant!
  10. Condor, Caryl Férey. Un thriller politique sanglant, épique, dans un Chili crépusculaire. Du grand art, comme d'habitude avec Caryl Férey.
  11. Le dévouement du suspect X, Keigo Higashino. Un whodunit japonais magistral. Un dénouement totalement inattendu. Bluffant !
  12. Les infâmes, Jax Miller. Noir comme le cauchemar. Une écriture viscérale, une intrigue taillée au couteau, des personnages inoubliables. Un nouveau classique du roman noir.
  13. Meurtres en bleu marine, C. J. Box. Une course-poursuite haletante, un final corral. Un suspense insoutenable!
  14. Spinoza encule Hégel, Jean-Bernard Pouy. Un polar inclassable, à l'ambiance Mad Max. Très original et franchement barré! j'ai adoré!
  15. La peine capitale, Santiago Roncagliolo. Un roman noir historique dont l'action se déroule en 1978, au pérou. Un bon polar au rythme des matchs de la coupe du monde de football!
  16. Sécurité renforcée, Sean Doolittle. Un suspense de tout premier ordre, qui sent la poudre et l'atmopshère viciée d'une petite ville américaine. 
  17. Comme une flamme blanche, James Grady. Un thriller politique magistral, qui dévoile les coulisses peu reluisantes du pouvoir américain. 
  18. Nous étions les hommes, Gilles Legardinier. Un thriller scientifique captivant, sur le thème de la maladie d'Alzheimer. 
  19. Dérapage, James Siegel. Un grand classique du thriller à l'américaine. Teigneux, tendu, efficace. 
  20. Ubac, Elisa Vix. Le premier roman très prometteur de cette auteure française. Un thriller de montagne glaçant. Frissons garantis! 
Bonnes fêtes de fin d'année et à l'année prochaine !

lundi 5 décembre 2016

UN STAGIAIRE PRESQUE PARFAIT

SHANE KUHN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère
Editions 10/18
Poche 432 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2014 (Etats-Unis et France)
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Un polar tarantinesque ! 



"Règle n° 14 : "Etudie l'art subtil de la stratégie de sortie." 
Mon dixième contrat consistait à éliminer le directeur général d'une compagnie de navigation internationale qui tirait un appoint non négligeable du trafic humain. Ses cargos arrivaient dans les ports de Los Angeles, New York, Miami et Oakland, remplis de produits venus d'Asie: crottes de chien en plastique, gratte-dos  - et esclaves. Tu connais ce genre d'histoire, alors je t'épargnerai les détails. Il suffit de dire que ce salopard fournissait 90 % des ateliers de misère du pays et gagnait un max de blé. Il enculait le rêve américain pour que tu puisses t'acheter des tee-shirts pas chers à Old Navy. Elle est pas belle la vie?" Cet extrait reflète bien le ton général de ce petit bijou d'humour noir: un ton décalé, cynique, sarcastique, dévastateur. En effet, pour son premier roman, Shane Kuhn fait preuve d'une vertigineuse inventivité. 

Un Stagiaire presque parfait est une sorte de manuel du parfait tueur à gages, un guide concocté par John Lago, l'anti-héros de ce thriller tarantinesque. Au départ  John est un "bébé-poubelle" (le terme politiquement correct est enfant défavorisé), abandonné par ses parents à la naissance, puis trimbalé d'un foyer à un autre. Un futur délinquant en puissance qui va être recruté par un certain Bob (un personnage qui vaut le détour croyez-moi!). Ainsi, John va devenir le meilleur employé de RH Inc, une société qui, officiellement, garantit à ses clients les meilleurs stagiaires de l'Amérique. Officieusement, les stagiaires en question sont des tueurs à gages chargés d'infiltrer n'importe quelle organisation afin d'éliminer des cibles bien identifiées. Ou pas ! En effet, ce livre, mélange explosif de thriller sanglant et de polar décalé, raconte la dernière mission de John Lago: avant de prendre une retraite bien méritée à l'âge de 25 ans, John est chargé d'infiltrer un prestigieux cabinet d'avocat et d'éliminer l'un des trois associés, soupçonné de vendre au plus offrant la liste des témoins protégés par le FBI. Mais John va devoir découvrir tout seul comme un grand qui est le vilain petit canard. 

La mission la plus compliquée de sa longue carrière de tueur, sauve-qui-peut ! l'ami John va être entraîné dans un tourbillon d'aventures déjantées. Mais surtout, John, conditionné dès son plus jeune âge à ne rien ressentir d'humain, va découvrir la plus belle des émotions: l'amour. Mais attention l'amour peut très vite se transformer en haine. Pauvre John! Vous l'aurez compris, Un stagiaire presque parfait est une bombe textuelle survitaminée, un feu d'artifice d'action, de suspense, et d'humour. Un récit fluide, plein de rebondissements improbables, jusqu'au dénouement final inattendu. Un livre à grand spectacle, truffé de passages tarantinesques, très bien écrit: un style simple, dynamique, plein de vitalité. Ce livre vous donne la pêche. Avec en filigrane, un regard acéré sur l'Amérique contemporaine. Une totale réussite, qui révèle un auteur prometteur. 

Dans le même genre sur ce blog:
Delicious, Mark Haskell Smith



jeudi 1 décembre 2016

EN DOUCE

MARIN LEDUN

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Auteur français
Editions Ombres noires
Grand format 256 pages
Première publication France:
2016
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Un mélange explosif de thriller psychologique et de roman noir social!


Marin Ledun reprend à sa manière un thème récurrent dans le roman noir : la séquestration. Très souvent, ce sont des histoires éprouvantes de vengeance ou de serial killer: Alex de Pierre Lemaître, Les morsures de l'ombre de Karine Giébel, Misery de Stephen King, ou encore A mains nues de Paola Barbato. Je m'arrêterai là, car la liste est longue. Un thème rebattu, mais qui va prendre une toute nouvelle dimension avec Marin Ledun.

Au départ, l'intrigue est classique: Emilie est une jeune infirmière qui a décidé de rester dans sa ville natale, Begaarts, au bord de l'océan, dans les Landes françaises. Emilie est également danseuse. Mais le destin va se montrer cruel: accident de voiture, amputation de la jambe, pose d'une prothèse artificielle. Finie la danse! Commence alors une véritable descente aux enfers. Emilie perd son travail d'infirmière, son appartement, sa vie. Cinq ans plus tard, Emilie s'occupe d'un chenil, et vit dans une caravane pourrie, seule. Le soir du 14 juillet, elle séduit Simon, le ramène chez elle, lui tire une balle dans la jambe, et l'enferme dans un hangar au milieu de son chenil isolé. On apprend très vite que Simon est l'homme qui a percuté la voiture d'Emilie cinq ans plus tôt. Simon est responsable de la vie désastreuse d'Emilie. Une histoire de vengeance. Sauf qu'avec Marin Ledun, tout n'est jamais aussi simple. 

En douce est un mélange détonnant d'action et de réflexion. Il y a du suspense jusqu'à la fin de l'histoire, au dénouement porteur d'un certain espoir. Marin Ledun, comme à son habitude, montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit parfaitement huilé. Jusqu'au bout, on ne sait pas ce qu'Emilie va faire de son prisonnier. L'auteur maintient une tension dramatique tout au long de son récit prenant, déchirant. En douce se distingue aussi par le fait que l'histoire est centrée sur la geôlière et non pas sur le prisonnier. C'est souvent le contraire dans les polars qui ont pour thème la séquestration. On suit l'évolution psychologique de la victime, pas du bourreau. En douce est donc un portrait à la fois implacable et bouleversant d'une femme brisée par un accident terrible. Mais pas seulement. Marin Ledun se sert de cette histoire, et de son héroïne, pour dresser un constat sans concession sur la société française. 

Au final, En douce est loin d'être mon roman préféré de Marin Ledun, mais ce n'est pas non plus une déception. C'est un thriller social intéressant et intelligent, qui a le mérite de poser des questions pertinentes. J'ai beaucoup aimé la fin du livre. Mais si vous ne connaissez pas encore l'auteur, je vous conseille de commencer son oeuvre par le monumental La guerre des vanités.

Du même auteur sur ce blog:
La guerre des vanités ; Dans le ventre des mères ; L'homme qui a vu l'homme

Dans le même genre:
Alex, Pierre Lemaitre
A mains nues, Paola Barbato



vendredi 25 novembre 2016

L'USINE À LAPINS

LARRY BROWN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan
Folio
Poche 480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2003 (Etats-Unis)
2005 (France)
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Le meilleur roman de Larry Brown


Il paraît que ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier. Larry Brown est mort à 53 ans d'une crise cardiaque, laissant une oeuvre hors norme, qui marquera durablement le genre du roman noir américain. Oui, Larry Brown avait certainement encore beaucoup de personnages en lui. Des personnages souvent désabusés, en marge de la société, des citoyens abandonnés du rêve américain, auxquels la vie n'a pas fait de cadeau. Dans ses romans pétris d'humanité, Larry Brown s'amuse donc à brasser les destinées de ses personnages, et nous lecteurs prenons plaisir à les accompagner dans des aventures à la fois insolites et réelles. Du romanesque teinté d'un réalisme sale. Le roman noir version Amérique profonde, mais au sens péjoratif du terme.

L'usine à lapins est mon roman préféré de l'auteur, son chef d'oeuvre, son roman noir le plus abouti. Une oeuvre chargée en émotions, peuplée de personnages inoubliables, entraînés dans un tourbillon d'aventures: un septuagénaire impuissant marié à une femme de 40 ans, qui ramène à la maison un jeune fugueur pour satisfaire ses besoins sexuels ; Un livreur de viande et dealer d'herbe, qui va semer le chaos après avoir heurté un cerf sur la route ; Une jeune campagnarde fauchée, reconvertie en stripteaseuse, dont les amants disparaissent les uns après les autres... Bref, Larry Brown atteint le sommet du roman noir avec ce roman puissant, formidable concentré d'humanité.

Sur la forme, le style de Larry Brown est fluide, dynamique: une formidable écriture pleine de vitalité, et surtout pétrie d'humanité.  Une écriture mature, charpentée, sans chichis, sans gras, sans fioritures. Il faut dire que Larry Brown a pas mal roulé sa bosse, il a exercé de nombreux métiers très variés. Ce vécu transparaît dans son style et dans ses histoires. Une certaine vision de l'Amérique profonde, bien loin des clichés habituels. Pour toutes ces raisons, L'usine à lapins est un classique incontournable du roman noir américain.

Dans le même genre sur ce blog:
Que la mort vienne sur moi, J. David Osborne
Faites-nous la bise, Daniel Woodrell
Rain dogs, Sean Doolittle



mardi 22 novembre 2016

NOIR DÉSERT

MARC RUSCART

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Auteur français
Editions Rivages
Poche 224 pages
Première publication France:
2011
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Enquête en terre turkmène



"Ils entrent dans une librairie entièrement décorée de posters du Turkmenbachi. Un mur est recouvert de longues étagères. Des Livres? Non. Un seul livre, traduit dans toutes les langues. L'oeuvre du chef suprême, en versions chinoise, portugaise, lettone, française, turque, maorie... Pas besoin de brûler les livres au Turkménistan. Ne simplement pas les éditer. Un pays sans traducteurs, sans écrivain, sans éditeur. Ni penser, ni lire, ni respirer. Oppression. Manque. Terreur."

Ray Bradbury l'a imaginé, le monde l'a fait. Vous connaissez le Turkménistan? Si la réponse est non, ne vous croyez surtout pas inculte, c'est normal que vous n'ayez pas entendu parler de ce pays d'Asie centrale, coincé entre la mer Caspienne à l'Ouest, le Kazakhstan et l'Uzbékistan au Nord, et L'iran et l'Afghanistan au Sud. Le turkménistan fait partie de ces dictatures dont on ne parle jamais, à l'instar de L'Erythrée ou du Swaziland. Noir désert ! Car il y a beaucoup de sable dans ce pays, du gaz et du pétrole aussi, et donc du business pour les multinationales occidentales. L'argent ne fait pas de sentiment que voulez-vous! Dans ce pays, on aime le calme, et surtout on n'aime pas les imprévus. Alors quand un crime est commis, forcément, le but n'est pas tant de trouver le coupable que d'éviter les remous. Pas bon pour le business! Surtout que le mort en question est russe. Un agent du FSB est donc envoyé sur place pour faire le ménage, aidé d'un ancien agent de la DST française.  Meurtre politique? Ou simple crime passionnel? Dur dur de chercher la vérité dans un pays hostile, très hostile.

Mélange de roman noir et de thriller géopolitique, Noir désert repose sur une intrigue complexe, et un décor atypique. En effet, ce n'est pas tous les jour qu'on sort un polar dont l'action se déroule au Turkménistan. On apprend donc des choses intéressantes dans ce roman fort bien documenté, notamment sur les enjeux géopolitiques d'un pays convoité par beaucoup de puissances, Russie, Chine, et... France bien sûr. Même si un célèbre contrusteur immobilier y fait son beurre depuis longtemps! Peu importe que le pays soit une dictature tout droit sortie du 1984 de George Orwell.

Au final, un polar dépaysant et intéressant, mais quelques bémols: trop de personnages, une intrigue un peu fouillis, et une écriture qui n'est pas toujours limpide. Pas une lecture indispensable, mais je conseille Noir désert aux personnes qui aiment découvrir de nouveaux pays. quels qu'ils soient!

Dans le même genre sur ce blog:
Lybian exodus, Tito Topin
Baad, Cédric Bannel



dimanche 13 novembre 2016

NÉCROPOLIS

HERBERT LIEBERMAN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Maurice Rambaud
Editions Points
Poche 512 pages
Première publication:
1976 (Etats-Unis)
1977 (France)
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City of the Dead


Nécropolis ou la ville des morts: New York dans les années 70. L'une des villes les plus dangereuses au monde, un taux de criminalité qui explose, des meurtres sanglants chaque jour. Paul Konig sait depuis très longtemps ce que les humains sont capables de s'infliger entre eux. C'est normal, Paul Konig est le chef de l'Institut médico-légal, il y règne en maître depuis des décennies. " Tout plutôt que de rentrer à l'Institut où l'attend son fardeau de tristesse et de soucis. La moisson quotidienne de corps mutilés et massacrés, les interminables rapports à écrire, les appels du téléphone, les intrigues des collègues, ...."
Dur dur d'être le patron de la morgue de New York! dans ce polar, mélange de thriller sanglant et de roman noir urbain, le pauvre Paul Konig est loin d'être épargné par les problèmes qui surgissent de toutes les directions possibles. Surtout, Lolly, sa fille unique, a disparu depuis plusieurs mois.

Nécropolis est un livre fondateur à plus d'un titre: de nombreux écrivains s'inspirent encore de ce polar très noir pour leurs histoires. En effet, dans Nécropolis, la science joue un rôle majeur dans la résolution d'une enquête sur des morceaux de cadavres retrouvés dans le fleuve. Konig et son équipe vont reconstituer les deux corps, ce qui permettra de les identifier. Un grand pas vers la découverte du meurtrier. Herbert Lieberman a presque inventé Les Experts finalement. Ensuite, Nécropolis est aussi une radiographie féroce, sans concession, d'une ville chaotique, désemparée, au bord de l'apocalypse. Attention, âmes sensibles s'abstenir, Lieberman ne fait pas dans la dentelle. Enfin, Nécropolis, c'est l'histoire d'un homme, Paul Konig, un expert mondialement reconnu dans son domaine, qui consacre sa vie à son travail, mais se rend compte, trop tard, qu'il est passé à côté de l'essentiel: sa famille. 

Sur la forme, le style d'Herbert Lieberman est dense, touffu, détaillé et très technique. Chaque phrase véhicule une quantité stupéfiante d'informations, ce qui donne de la densité, de la profondeur à ce roman. Je conseille vivement Nécropolis aux amateurs de polars complexes, et scientifiques. Ce livre a obtenu le Grand Prix de littérature policière en 1978. Son roman le plus connu, et le plus reconnu. Mais c'est loin d'être mon préféré de l'auteur. J'ai trouvé certains passages scientifiques trop lourds. J'ai pris plus de plaisir à lire La nuit du solstice et Le concierge

Dans le même genre sur ce blog:
La séquence des corps, Patricia Cornwell
Captain Butterfly, Bob Leuci