jeudi 22 septembre 2016

UN PETIT RECONSTITUANT

ELIZABETH GEORGE

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Dominique Wattwiller
Editions Pocket
224 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1999 (Etats-Unis)
2000 (France)
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trois nouvelles décalées à déguster sans modération


Elizabeth George est connue comme le loup blanc dans le milieu du polar, elle a vendu des millions de romans dans le monde entier, faisant jeu égal avec les Patricia Cornwell, Ruth Rendell, P.D. James et autres Mary Higgins Clark. Cette écrivaine américaine a notamment créé un duo d'enquêteurs "chic et choc", l'inspecteur Thomas Lynley et le sergent Barbara Havers. Deux fins limiers qui résolvent des crimes dans la plus pure tradition du Whodunit britannique. En effet, Elizabeth George est passionnée par la Grande-Bretagne, et la plupart de ses romans se déroulent donc outre-Manche. J'ai lu beaucoup de whodunits de l'auteure mettant en scène ses deux enquêteurs fétiches, mais paradoxalement, mon opus préféré reste à ce jour Un petit reconstituant, un court recueil de trois nouvelles plus truculentes les unes que les autres. Thomas Lynley et Barbara Havers font une brève apparition à la fin de la première nouvelle, mais sinon, pour le reste, les personnages sont tout beaux, tout neufs! Un concentré d'humanité dont vous me direz des nouvelles!

J'ai pris énormément de plaisir à lire ces trois nouvelles, dont la dernière se déroule en Californie, donc pas en Grande-Bretagne, ce qui est rare pour être souligné. Mais les deux premières nouvelles se déroulent bien dans l'atmosphère So British si chère à l'auteure.  On y retrouve tout ce qui fait le charme des romans de l'auteure: intrigues remarquablement construites, parfaitement ciselées, une écriture pleine de vitalité, et une grande finesse psychologique. Elizabeth George n'a pas son pareil pour décortiquer les comportements, ou plutôt les travers humains. Mais Un petit reconstituant permet également au lecteur de découvrir une nouvelle façette du talent d'Elizabeth George: l'humour grinçant, et très irrévérencieux. Un langage cru, très cru, avec une bose dose de sexe. Ambiance Agatha Christie totalement décomplexée! J'ai adoré! 

Bref, trois nouvelles qui se lisent d'une traite, des personnages tellement vrais qu'on a l'impression qu'ils vont sortir du livre à tout moment, et une grande originalité au niveau des intrigues. Je n'en dis pas plus, je vous laisse le soin de découvrir ces trois histoires remplies d'humour noir. Vous prendrez bien Un petit reconstituant avec votre thé, darling, mais faites gaffe à ce que le reconstituant en question ne soit pas empoisonné. On ne sait jamais! 

Dans le même genre sur ce blog:
Wildcat play, Helen Knode

vendredi 16 septembre 2016

CONDOR

CARYL FÉREY

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Auteur français
Editions Gallimard
Grand format 416 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Le polar français de cette année 2016 à ne pas manquer!


La parution d'un nouveau Caryl Férey est toujours un évènement pour moi, tant je suis fan de cet auteur. Fan de ses histoires, de son style d'écriture puissant, sauvage, spectaculaire. Après l'Argentine avec le monumental Mapuche, Caryl Férey s'attaque au Chili, un pays toujours hanté par les démons de la dictature de Pinochet. Un passé terrifiant que l'auteur retranscrit parfaitement dans son roman, se basant sur un fond documentaire solide. Avec Condor, l'écrivain démontre encore une fois un immense talent pour échafauder des scénarios crédibles, diablement efficaces, et pour camper des personnages forts. Et quelle maîtrise dans la conduite de son récit tendu, nerveux, agrémenté de scènes chocs, jusqu'au dénouement final, "corral" et tragique.

Tout d'abord, Condor est un palpitant thriller historico-politique. L'auteur dresse un constat sans concession sur le Chili. Au programme: chômage de masse, bidonvilles, inégalités toujours plus grandes entre les pauvres et les riches, pillage sans vergogne des ressources naturelles et déforestation. Caryl Férey dévoile tout un pan peu glorieux de l'histoire du Chili, et de l'Amérique en général. Attention, âmes sensibles s'abstenir, l'auteur nous décrit l'intolérable, notamment les scènes de torture qui étaient monnaie courante durant la dictature de Pinochet. Horrible, terrifiant!

Mais Condor, c'est aussi un suspense sanglant, plein de rebondissements, une bombe textuelle survitaminée, menée à un train d'enfer. C'est une histoire d'amour et de haine: l'amour entre Esteban et Gabriela, deux écorchés vifs qui doivent fuir la capitale Santiago, embarqués dans une course-poursuite hallucinante et hallucinée à travers des paysages lunaires. La haine de Stefano, ancien militant d'Allende, le président socialiste chilien assassiné par Pinochet avec l'aide la CIA américaine. Stefano las des injustices et des pourritures qui peuplent son pays. Et en matière de pourritures, on est servis. C'est une constante chez l'auteur, les méchants sont vraiment très très méchants dans ses romans, vous avez vraiment envie de les détester. 

Au final, Condor est un véritable chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Un thriller spectaculaire, mystique, et surtout éprouvant. Mais à sujet dur, roman dur. C'est un cri du coeur déchirant poussé par l'auteur contre la barbarie et l'injustice. C'est un hommage vibrant à la culture indienne mapuche chère à Caryl Férey. Ce que je retiendrai, c'est que, malgré toute cette noirceur qui les entoure, les personnages principaux de l'auteur ont encore envie d'aimer, et de croire en un monde meilleur. 

Du même auteur sur ce blog:
Haka ; Mapuche

Dans le même genre sur ce blog:
Un thé en Amazonie, Daniel Chavarria
Cuba libre, Nick Stone 

mardi 6 septembre 2016

LE TABLEAU DU MAÎTRE FLAMAND

ARTURO PÉREZ-REVERTE

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Traduit de l'espagnol par Jean-Pierre Quijano
Le livre de Poche
352 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1990 (Espagne)
1993 (France)
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Jeu d'échecs mortel!


Vous êtes joueur d'échecs, et amateur de polars: Le tableau du maître flamand vous plaira beaucoup. Je ne sais malheureusement pas jouer aux échecs, mais je suis un grand amateur de polars historiques, et j'ai été surpris par ce roman atypique, Grand prix de littérature policière 1993!

Tout d'abord, l'auteur vous propose d'élucider un Cold Case vieux de cinq cents ans. Même Lilly Rush n'est jamais remontée aussi loin dans le temps pour résoudre un crime. C'est vous dire la performance! En effet, Le tableau du maître flamand  représente une partie d'échecs entre un seigneur et son chevalier, observés depuis le fond par une dame tout de noir vêtu. En restaurant ce tableau vieux de cinq siècles, pour une vente aux enchères, la jeune Julia découvre une phrase cachée, qui semble avoir été recouverte par le peintre lui-même: Qui a pris le cavalier? Qui devient très vite: qui a tué le chevalier? Car il s'avère que le chevalier en train de jouer aux échecs était déjà mort avant que ce tableau soit peint. Mort assassiné par un tir d'arbalète. Une sacrée énigme à résoudre, qui va prendre une tournure diabolique cinq cents ans plus tard.

Car ensuite, l'auteur vous propose de continuer la partie d'échecs restée en suspens dans le célèbre tableau. Mais attention, quand l'adversaire vous prend une pièce, quelqu'un meurt dans l'entourage de la jeune restauratrice. Comme si le tueur du chevalier vivait encore cinq cents ans plus tard. Je n'en dis pas plus, je vous laisse le soin de découvrir cette partie d'échecs mortelle, au sens propre comme au figuré. Le tableau du maître flamand repose donc sur une intrigue très complexe, riche, pleine de subtilité. L'auteur a produit une oeuvre érudite, intelligente, qui mêle logique mathématique, philosophie, psychologie, et bien sûr peinture et histoire. Le style d'écriture sophistiqué et raffiné de l'auteur colle parfaitement à l'élégance du récit, dans un Madrid hors du temps. Un classique incontournable du polar historique, et un final grandiose, qui tient toutes ses promesses. 

Dans le même genre sur ce blog:
La promesse de l'ange, Frédéric Lenoir, Violette Cabesos

jeudi 1 septembre 2016

APRÈS LA NUIT

CHEVY STEVENS

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Traduit de l'anglais (Canada) par Sebastian Danchin
Pocket 464 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2014 (Canada)
2015 (France)
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Nés sous une mauvaise étoile


Toni et Ryan, deux adolescents canadiens qui vivent dans une petite ville à côté de Vancouver, s'aiment à la folie. Ha c'est beau l'amour, seulement voilà, leur idylle ne plaît pas à tout le monde. On pourrait même dire qu'ils sont seuls contre tous. Pourtant ils ne sont pas si méchants que ça, ce sont juste deux jeunes très indépendants qui se suffisent à eux-mêmes. Ils ne font rien de mal... Jusqu'au jour où ils sont accusés du meurtre sauvage de la soeur cadette de Toni. Le problème c'est qu'ils ne sont pas coupables! 

Pauvres Toni et Ryan: ils sont accusés de meurtre et rejetés par leurs parents et amis, ils vont en prison pendant seize ans alors qu'ils sont innocents, ils sortent de prison, un nouveau meurtre est commis, et tiens, comme par hasard, nos deux mal partis sont suspectés, et doivent retourner en prison, à nouveau. Quelle injustice! Il y a décidément des gens qui sont nés sous une mauvaise étoile, sur qui le sort s'acharne inlassablement. La seule possibilité de retrouver un semblant de vie normale est de prouver leur innocence, et de découvrir la vérité sur le meurtre de la soeur de Toni. Une vérité qui s'avèrera bien sordide. 

J'ai rarement lu un thriller aussi stressant. Chevy Stevens maintient une tension psychologique extrême tout au long de son roman. Clairement, Après la nuit hisse cette auteure canadienne au rang des plus grandes reines du crime actuelles. C'est son thriller le plus abouti, le plus ambitieux. Tous les ingrédients du page turner, impossible à poser avant la fin, sont réunis: des personnages forts, des dialogues enlevés, une intrigue palpitante, une atmosphère oppressante. Plus on avance dans le récit, et plus on se demande comment Toni et Ryan vont s'en sortir. Les passages du livre quand Toni est en prison sont éprouvants pour les nerfs. Au final, un grand thriller psychologique, qui privilégie le suspense et la dureté des rapports humains à l'intrigue criminelle. Du grand art! Mais mauvais pour le palpitant croyez-moi!

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samedi 27 août 2016

LA COMPASSION DU DIABLE

FABIO M. MITCHELLI

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Auteur français
Milady
Poche 384 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2014
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Terrifiant!


Avertissement! Chers lecteurs, vous qui entrez dans La compassion du diable, laissez toute espérance, et si vous n'avez pas l'estomac bien accroché, passez votre chemin, l'expérience sera trop éprouvante pour vous. Par contre, si vous aimez les serial killer thrillers bien sanglants, le "livre bleu" est fait pour vous. Fabio M. Mitchelli a peut-être créé, avec le cannibale de Cleveland, le tueur en série le plus effrayant de l'histoire. Au niveau du Thomas Bishop de Shane Stevens, ou du Hannibal Lecter de Thomas Harris. Mitchelli s'est inspiré du parcours sanglant de Jeffrey Dahmer, le tristement célèbre cannibale de Milwaukee, pour écrire cette histoire terrifiante, véritable chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Un furieux page turner, un livre démoniaque difficile à oublier.

La compassion du diable est donc un fulgurant thriller pas comme les autres, qui se distingue très nettement des productions habituelles. Comment? Premièrement, par le style d'écriture de l'auteur. Un style simple, alerte, percutant, et surtout spectaculaire. J'avais parfois l'impression de lire du James Ellroy. Le récit est fluide, sans temps mort, et certaines scènes atteignent vraiment des sommets d'intensité dramatique. On est littéralement happés par cette histoire atroce, prenante, implacable. Les scènes de meurtres sont notamment très détaillées, âmes sensibles s'abstenir, l'auteur ne nous épargne rien, la plongée dans l'horreur est abyssale et sans retour!

Ensuite, par la qualité de l'intrigue. En effet, l'auteur mélange avec virtuosité fiction et réalité. Son serial killer ressemble à Jeffrey Dahmer, dans le choix des victimes et dans la manière de les tuer. Cela donne de la crédibilité à son histoire, mais l'auteur n'oublie pas non plus son public friand de suspense et de rebondissements. Mitchelli tisse une toile machiavélique, et signe une histoire stupéfiante mettant en scène des personnages hors normes, dont les destins tragiques s'enchevêtrent. 

Au final, La compassion du diable est un thriller impitoyable, frontal, voire même dérangeant par certains aspects. Un serial killer thriller à la tension presque insupportable, qui vous fera passer, tout au long de la lecture, par tous les stades émotifs possibles. C'est ça qui est bon!

Dans le même genre sur ce blog:


LA VIE SECRÈTE D'ALGERNON PENDLETON

RUSSEL GREENAN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nathalie Godard
Editions Rivages
Poche 224 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première Publication:
1973 (Etats-Unis)
1988 (France)
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Une histoire de fou!


Algernon Pendleton a été victime d'une commotion cérébrale pendant la seconde guerre mondiale. Depuis, ce quinquagénaire mène une vie d'ermite dans la grande maison familiale, avec pour seule compagnie Eulalie. Non Eulalie n'est pas sa femme, mais une cruche de porcelaine, avec laquelle il entretient de véritables conversations philosophiques! En apparence, Algernon est donc un doux dingue. En apparence seulement, car Algernon Pendleton est plus dingue que doux, et les personnages qui ont le malheur de croiser sa route s'en rendent compte mais toujours trop tard. Je n'en dis pas plus. Et pour être honnête, il est difficile de résumer cette histoire échevelée, pleine de coups tordus et de rebondissements alambiqués.

Russel Greenan, ou une certaine vision de la réalité, une vision baroque, philosophique, cosmique, et surtout franchement déjantée, mais pas au sens comique du terme. On ne rigole pas quand on lit un roman de Russel Greenan, on hallucine! Russel Greenan est un auteur atypique qui raconte des histoires atypiques. L'auteur qui s'en rapproche le plus est Marc Behm, voire Charles Bukowski. L'univers de Russel Greenan est vraiment à part, et on sent que l'homme a beaucoup voyagé, et côtoyé différentes cultures et civilisations. Dans cette histoire palpitante, il y a notamment des passages très intéressants sur l'Egypte. 

Avec Russel Greenan, on ne sait jamais vraiment où on va, et c'est ça que j'aime chez cet auteur. Ses histoire prennent souvent un tournant inattendu. Par contre, le style d'écriture est assez clinique, détaillé, parfois trop. Certaines phrases peuvent véhiculer une quantité stupéfiante d'informations, ce qui peut avoir comme effet de noyer un peu le lecteur. Mais dans l'ensemble, ça se lit bien, et encore une fois, c'est atypique, dans le bon sens du terme. Un auteur à découvrir, en commençant par La vie secrète d'Algernon Pendleton

Du même auteur sur ce blog:
L'horreur au cœur de la nuit 

Dans le même genre sur ce blog:
A côté de la plaque, Marc Behm

jeudi 11 août 2016

SANS FAILLE

VALENTIN MUSSO

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Auteur français
Editions Points
Poche 384 pages
Première publication France:
2014
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Mortelle randonnée!


Sans faille hisse définitivement Valentin Musso au rang des grands auteurs actuels de ce que j'appelle les fast and furious books: de furieux page turners impossible à lâcher avant la fin. Des thrillers commerciaux, vite lus et vite oubliés. Rien de péjoratif là dedans, tout le monde n'est pas capable de produire ce type d'oeuvre, du cousu main pour les amateurs de récits à suspense. Valentin Musso rejoint donc Michel Bussi, Harlan Coben, ou encore Linwood Barclay.

Vous adorerez cette histoire de randonnée entre amis, qui dégénère complètement, avec en toile de fond les paysages grandioses des Pyrénées. Valentin Musso tisse une toile machiavélique, pleine de suspense et de rebondissements. Une mécanique de précision parfaitement huilée, sans faille. Un thriller psychologique palpitant. Et bien sûr, comme dans tout bon fast and furious book qui se respecte, on a droit à un ultime rebondissement dans les toutes dernières pages du livre.

Sur la forme, à l'instar de son frère Guillaume, l'auteur le plus lu en France, Valentin Musso sait raconter une histoire et captiver son lecteur. Le style d'écriture est alerte, précis, limpide. L'auteur retranscrit parfaitement la beauté sauvage des hautes montagnes pyrénéennes. Au final, Sans faille est une terrifiante histoire de vengeance qui ne vous laissera aucun répit. Glaçant!

Dans le même genre sur ce blog:
Ubac, Elisa Vix


vendredi 5 août 2016

LE JOURNAL DU PARRAIN

MICKEY SPILLANE, MAX ALLAN COLLINS

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claire-Marie Clévy
Editions Ombres Noires
Grand format 128 pages
Première publication France:
2015
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Une enquête de Mike Hammer



Vous connaissez peut-être mieux la série télévisée diffusée dans les années 80, avec Stacy Keach dans le rôle du célèbre détective privé. Mais à la base, Mike Hammer est un personnage de livre, sorti tout droit de l'imagination de Feu Mickey Spillane. Sa première enquête remonte quand même à 1947. Il faut savoir que le personnage d'origine est loin d'être ... politiquement correct, comme on dit de nos jours. Détective privé new-yorkais, Mike Hammer est un homme violent, raciste, homophobe, anti-communiste, mysogyne et machiste. Rien que ça! Mike Hammer c'est donc la caricature du WASP américain, qui applique la loi du talion, avec comme devise: la fin justifie tous les moyens. Et la fin, c'est de résoudre ses enquêtes, gagner un max de pognon, et tirer tout ce qui bouge!

Un personnage controversé, mais vendeur. Dans l'interview que donne Max Allan Collins à la fin du livre, on apprend que Mickey Spillane est l'auteur qui a vendu le plus de polars dans les années 50 - 60, derrière la mythique Agatha Christie. Mais Mike Hammer va évoluer avec le temps, et s'assagir. Le Mike Hammer que vous allez découvrir dans ce court récit est plus mesuré, tant dans ses propos que dans ses actes. Max Allan Collins a donc repris un début de manuscrit inachevé de Mickey Spillane, et imaginé une histoire sympathique autour de la recherche d'un livre: le journal d'un parrain de la mafia qui vient de mourir. Ce journal renfermerait des secrets qui pourraient faire tomber beaucoup de gens, et pas seulement du côté des méchants!

Le manuscrit inachevé, qui a inspiré Max Allan Collins, daterait des années 80. L'auteur est resté fidèle à son "mentor" en situant donc l'action du roman dans le New York des années 80: une ville violente gangrénée par la misère. Clairement, ce polar ne marquera pas l'histoire du genre, mais c'est bien écrit, dans un style limpide, simple, et l'histoire est prenante: un "Who has it" plutôt qu'un "whodunit". Qui détient le journal intime du parrain? vous le saurez dans les dernières pages, avec un ultime rebondissement sympa. Bref, un polar d'atmosphère sans prétention qui se déguste tranquillement au bord de la piscine.

Dans le même genre sur ce blog:
La cavale de l'étranger, David Bell

vendredi 29 juillet 2016

À MAINS NUES

PAOLA BARBATO

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Traduit de l'italien par Anaïs Bokobza
Editions J'ai lu
Poche 540 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2008 (Italie)
2014 (France)
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Le Fight Club italien!


Davide Bergamaschi, jeune adolescent ordinaire, est enlevé et séquestré par une mystérieuse organisation, qui organise, entre autres, des combats d'hommes clandestins. Davide devient Batiza, ce n'est plus un jeune homme promis à une vie normale, mais un chien, un chien de combat promis à la mort.

" Par ailleurs, comme l'avait prédit son maître, avec le temps, il était de moins en moins chamboulé par les combats. Il n'acceptait pas encore l'idée de tuer, mais tout ce qui se passait avant prenait du sens. Minuto avait raison: il se limitait à faire ce qui était nécessaire, il n'y mettait aucune cruauté, il ne satisfaisait pas de la douleur qu'il provoquait, il essayait d'aller vite, de conclure en portant le moins de coups possibles. Dans sa tête, un écran se créait progressivement, une sorte d'autodéfense qui excluait certains canaux émotionnels ne faveur de la partie rationnelle". Cet extrait du livre résume pour moi l'essence même de ce thriller, tant sur le fond que sur la forme. Attention, âmes sensibles s'abstenir, il faut avoir l'estomac bien accroché pour lire ce thriller sanglant, terrifiant, choquant (certaines scènes sont à la limite du supportable), et noir comme le cauchemar. Fight Club en plus désespéré. (si si c'est possible!!)

Sur le fond, À mains nues est un roman choc qui ne vous laissera pas indifférent. L'atmosphère est angoissante, oppressante, dérangeante. Paola Barbato décrit le terrifiant processus de déshumanisation d'un individu. Dans les première pages, Davide était un adolescent de seize ans heureux, plein de vie, insouciant, innocent. Deux cent pages plus tard, Davide n'est plus. Davide s'est transformé en Batiza, véritable machine à tuer, un assassin dénué de toute émotivité. Un chien assujetti à son maître, le terrifiant Minuto, véritable "éleveur d'assassins". Un chien emprisonné dans un endroit isolé, en compagnie d'autres chiens. 

Sur la forme, Paola Barbato signe un thriller totalement abouti, puissant, très bien écrit. Un style syncopé, économe, précis, fait de phrases courtes assénées tels des uppercuts foudroyants. Une auteure surdouée qui montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit, entraînant son lecteur dans un vortex de terreur. Chaque page du livre réserve son lot de surprises, et plus on avance dans l'histoire, plus on en apprend sur l'organisation qui a enlevé Davide, et plus on s'enfonce dans l'horreur. Il y a du suspense et des rebondissements, jusqu'au final digne des meilleurs polars du genre. Avec un ultime rebondissement à la Shutter island, qui m'a complètement bluffé! Au final, un polar ultra violent, éprouvant, et difficile à oublier. Et une auteure qui ne nourrit plus aucune illusion sur l'espèce humaine. Enorme coup de coeur! 

Dans le même genre sur ce blog:
Criminal loft, Armelle Carbonel
Meurtres pour rédemption, Karine Giébel



lundi 25 juillet 2016

PANDEMONIUM

LES STANDIFORD

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Olivier Schwengler
Editions Rivages
Poche 336 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1990 (Etats-Unis)
1992 (France)
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Un roman choc qui n'a rien perdu de son actualité


Feu Tony Hillerman avait qualifié ce thriller écologique comme étant "atroce, prenant et implacable". Après avoir lu ce classique du roman-catastrophe, je ne peux que partager son analyse.

"Atroce", oui, complètement, terriblement même, car le scénario catastrophe imaginé par l'auteur fait froid dans le dos. Surtout, on se dit que ça pourrait arriver, que c'est plausible. Années 80, Etat américain du Wyoming: officiellement, la compagnie pétrolière PetroDyne a arrêté la fabrication et le transport d'armes chimiques et bactériologiques. Officieusement, rien ne s'est arrêté, pas question pour la première puissance mondiale de perdre de l'avance sur les russes, guerre froide oblige. Et donc ce qui devait arriver finit par se produire: un camion de la compagnie transportant un virus potentiellement dangereux sort d'une route et s'écrase au bord d'une rivière qui traverse le parc national du Yellowstone. Un accident qui expose toute une population, voire la planète entière, à un risque énorme de diffusion de produits néfastes. Pandemonium peut alors commencer!

" Il courut en direction de la forêt, à moins de cinq cent mètres au sud, percevant de moins en moins distinctement les pas des hommes à sa poursuite, perdus dans le lointain. Jamais il ne s'était senti aussi vivant." "Prenant", oui, Les Standiford orchestre avec brio une course-poursuite haletante, au milieu des paysages magiques du plus grand parc naturel américain. Redonnant ainsi toutes ses lettres de noblesse à la nature. Et véhiculant aussi un appréciable message écologique. Le récit, tendu à l'extrême, est mené avec une dextérité hors du commun. 

Enfin, "implacable", car personne ne se fait de cadeau dans ce roman impitoyable, mélange de suspense sanglant et de thriller politique. La compagnie pétrolière, aidée du gouvernement, met tout en oeuvre pour contenir l'épidémie. Le but n'est pas de sauver des gens, mais d'étouffer un scandale et de pouvoir continuer ses activités illégales. Une bien triste réalité. En outre, le style d'écriture froid, clinique, percutant de Les Standiford colle parfaitement au côté implacable du récit. L'auteur démontre tout son talent pour huiler parfaitement cette véritable mécanique de précision, et camper des personnages qui ont du caractère, du chien: les gentils sont très attachants, et les méchants sont vraiment très très méchants, notamment le tueur chargé du sale boulot. Ultra violent, Pandemonium est au final un polar nerveux, et charpenté, qui dévoile une réalité terrifiante. Un polar des années 80 comme on n'en fait plus!

Dans le même genre:
Pandemia, Franck Thilliez

mercredi 13 juillet 2016

ÉCORCES DE SANG

TANA FRENCH

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Traduit de l'anglais (Irlande) par François Thibaux
Editions Points
Poche 576 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2007 (Irlande)
2008 (France)
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Désormais un classique de la littérature policière irlandaise


"Je levais les yeux vers la fenêtre de ma chambre et, tout d'un coup, le déclic se fit: j'avais vécu ici. Les matins d'école, j'avais franchi cette porte en courant, mon cartable sur le dos. je m'étais penché à cette fenêtre pour interpeller Peter et Jamie, j'avais appris à marcher dans ce jardin. J'avais arpenté cette rue à bicyclette, jusqu'au moment où, tous les trois, nous avions franchi le mur pour nous enfoncer dans les bois." Trois gamins de banlieue inséparables passent leurs étés à jouer dans ces bois qui bordent un lotissement en apparence paisible. Un jour, Peter et Jamie ne ressortent pas des bois, et Adam, le narrateur de ce livre, y est retrouvé vivant, mais en état de choc. Il ne se souvient de rien. Les deux autres gamins ne seront jamais retrouvés. Que s'est-il passé dans ces bois maléfiques? Vingt ans plus tard, Adam a changé d'identité, il est devenu flic, et il est toujours hanté par ce drame qui façonne sa vie jour après jour. Comme si lui aussi n'était jamais vraiment ressorti de ces bois. Et ça ne va pas s'arranger, car une jeune fille y est retrouvée morte. Assassinée. Un meurtre sordide qui révèlera une vérité insoutenable.

L'Irlande est une terre très fertile en polars, et en auteurs très talentueux: Ken Bruen, John Connolly, Alex Barclay, Jane Casey, et ma préférée Tana French, auteure du monumental Ecorces de sang. Pour moi, il y a clairement un avant et un après Ecorces de sang  dans le roman policier irlandais. Tana French nous emmène loin, très loin, dans les méandres tortueuses d'une enquête complexe, touffue, pleine de rebondissements, jusqu'au dénouement final, terrible. Ecorces de sang est un mélange subtil de roman d'enquête et de thriller psychologique implacable. En outre, Tana French dresse un constat lucide et sans concession de son Irlande passée et actuelle, notamment sous l'angle socio-économique.

C'est un premier roman, mais d'emblée, Tana French démontre un immense talent pour échafauder de palpitantes intrigues criminelles et camper des personnages forts, et réels. Et aussi des lieux, comme ces bois, qui sont au centre de toute cette histoire. Des bois ténébreux, qui dégagent une atmosphère à la limite du fantastique. La lente progression de la narration, l'art du détail, et une atmosphère noire très nostalgique, font de ce roman sur le poids du passé un incontournable chef d'oeuvre de la littérature policière irlandaise. Un polar puissant, ambitieux et totalement abouti.

Dans le même genre sur ce blog:
Les neuf cercles, R.J. Ellory

lundi 11 juillet 2016

UBAC

ÉLISA VIX

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Auteure française
Editions du Rouergue
Grand format 192 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Un thriller psychologique de tout premier ordre


Que voilà un excellent suspense psychologique, pour l'instant mon thriller français préféré de cette année 2016, qui révèle une auteure très talentueuse. C'est très bien écrit, c'est court, c'est efficace. Aucun temps mort, pas de gras, pas de fioritures, pas de longueurs. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part d'une auteure qui démontre un réel sens du suspense dans ce thriller "de montagne" totalement abouti. 

L'ubac, c'est le versant sombre d'une station de ski des Alpes, près de Modane. C'est le côté obscur de la vallée. Jamais de soleil, et un froid polaire. Des paysages glaçants. Estelle y vit avec son mari, et son bébé. Une famille unie, heureuse, malgré des conditions de vie difficiles, surtout l'hiver, avec ses tempêtes de neiges. Noël approche, un moment qui devrait être festif, jusqu'à ce que débarque la soeur jumelle du mari d'Estelle. Tout de suite, Estelle sent que cette jeune femme n'est pas nette. Un drame terrible se prépare!

Élisa Vix brosse un suspense psychologique nerveux, à l'intrigue taillée au couteau, et dresse le portrait à la fois terrifiant et émouvant d'une mère-courage, qui va tout faire pour protéger les siens. Le roman se situe dans la veine des vrais thrillers qui font peur. Et ce n'est pas un pléonasme, car actuellement, de nombreux romans sont estampillés thrillers, alors qu'ils ne font pas peur du tout. Celui-ci vous donnera la chair de poule, surtout si vous le lisez dans une vieille maison qui grince de partout! Le style d'écriture est limpide, les dialogues sont crédibles et enlevés, le récit est parfaitement maîtrisé, plein de suspense et de rebondissements. Un premier roman très très prometteur, qui permet à cette auteure de faire une entrée fracassante dans le paysage déjà bien fourni du thriller français. Pour les fans de Patricia MacDonald, Lisa Gardner, Karine Giébel, ou encore S.J. Watson. 

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