jeudi 24 septembre 2020

Les sœurs ennemies, de Jonathan Kellerman

 

"Quoi qu'il en soit, elle avait commis la faute qui ne pardonne pas, se frotter à un adversaire dont on ignore tout. En esprit compulsif, j'ai ma manière de gérer la frustration. Je creuse encore et encore. Sans relâche. Je tamise et je creuse, jusqu'à ce que je trouve."

Et Alex Delaware finit toujours par trouver le ou les coupables. Un psychologue acharné, tenace, obsessionnel, qui résout des énigmes, qui traque le crime dans les rues tentaculaires de Los Angeles. Les sœurs ennemies est sa 29ème enquête. Et c'est assurément l'un des meilleurs opus de cette formidable série policière. En effet, Jonathan Kellerman a construit une intrigue très bien ficelée, riche en suspense et en rebondissements. Le psychologue y joue un rôle encore plus central que d'habitude. 

Son compère de toujours le flic Milo Sturgis est donc plus en retrait par rapport à Alex Delaware qui va devoir conserver tout son sang-froid pour venir à bout de cette enquête à hauts risques. Une sombre histoire de garde d'enfant et de rivalités entre deux sœurs dont la plus méchante finit par trouver la mort de manière brutale. Action, suspense, rebondissements, intensité dramatique, Jonathan Kellerman frappe fort et nous offre un très bon thriller psychologique. 

Sur la forme, tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de ce grand maître du polar psychologique, qui dévoile petit à petit une improbable vérité. Un écrivain très prolifique dont la qualité des productions est souvent au rendez-vous. Pas toujours, mais souvent. Les sœurs ennemies se situe clairement dans le haut du panier. Une fois n'est pas coutume, c'est plus un suspense psychologique qu'un whodunit au sens strict du terme. Bref, un grand Kellerman !

Jonathan Kellerman, Les sœurs ennemies, Seuil, 346 pages, traduit de l'anglais (Etats-unis) par Frédéric Grellier, sorti en 2014 (Etats-unis) 2017 (France)


lundi 14 septembre 2020

Des petits os si propres, de Jonathan Kellerman

 

Jonathan Kellerman est mon auteur numéro 1 en nombre de livres lus, à ce jour j'en suis à 24 polars lus, dont 18 de la série phare de l'auteur, le duo de choc Alex Delaware/Milo Sturgis, le psy et le flic, qui arpentent inlassablement les rues de Los Angeles afin d'y débusquer des coupables. Jonathan Kellerman représente pour moi une sorte de "vice littéraire". Je sais que ce n'est pas de la grande littérature, du grand polar. Les intrigues varient assez peu d'un livre à l'autre, ça sent souvent le réchauffé, les coupables sont généralement à chercher du côté du star system hollywoodien et de la faune qui gravite autour. Tout un monde à part que l'auteur prend un malin plaisir à égratigner d'une enquête criminelle à l'autre. Les productions de l'auteur sont calibrées, formatées, à chaque fois que j'y reviens, je sais d'entrée de jeu à quoi m'attendre. 

Mais j'y reviens toujours. Parfois au bout de quelques années. Il y a un côté rassurant, ou retour aux sources, à chaque fois j'ai l'impression de retrouver deux potes, Alex et Milo, qui n'ont pas changé. Ils sont toujours là, ils seront toujours là, à traquer le mal, les deux inséparables. Milo qui débarque chez son pote Alex, et qui dévalise le frigo, comme d'habitude. Alex dont la finesse psychologique hors du commun permet de résoudre l'énigme. Comme d'habitude. Il y a ce côté immuable, hors du temps, d'ailleurs on ne sait pas quel âge ils ont nos deux compères. C'est une sorte de pied de nez à l'éphémère. Le monde peut continuer de s'écrouler, Alex et Milo seront toujours là pour combattre le crime. 

Depuis quelques années, le traducteur français est Frédéric Grellier, pourvu que cela reste comme ça. Car c'est très bon. et cela renforce le côté immuable de cette série policière très réussie. Alors oui souvent ça ne casse pas des briques au niveau de l'intrigue, même si l'auteur a su produire quelques polars de grande qualité, comme Chair et sang, Qu'elle repose en paix, ou plus récemment Les tricheurs et Un maniaque dans la ville. Aussi de très bons one shots comme Billy Straight et Le Club des conspirateurs. Mais globalement ça reste moyen, il faut bien le reconnaître.

Des petits os si propres se situe dans la moyenne, c'est assez réussi. Mais si vous n'avez jamais lu les enquêtes du duo de choc, je vous conseille plutôt de commencer par Chair et sang. Pour les fans de la série, on retrouve dans Des petits os si propres tout ce qui fait le charme de cette sympathique série policière: une intrigue plutôt bien fichue qui tourne autour de la découverte de plusieurs squelettes de nourrissons. Des dialogues savoureux teintés d'une bonne dose d'humour cynique. Comme d'habitude, tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de l'auteur qui maîtrise parfaitement son sujet. C'est du pur roman policier psychologique. Avec notre duo de choc qui découvre petit à petit la vérité. 

Au final, je recommande cet opus aux fans de la série uniquement, car l'auteur ne s'est pas trop cassé la tête au niveau de l'intrigue. On a connu mieux, mais ça fait quand même plaisir de se replonger dans un polar de Kellerman, car on y retrouve toujours l'essentiel de ce qui fait qu'on aime cet auteur et cette série policière. 

Jonathan Kellerman, Des petits os si propres, Seuil, 428 pages, traduit de l'américain par Frédéric Grellier, sorti en 2013 (Etats-Unis) 2016 (France)

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Avec le fiston Jesse:

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mercredi 2 septembre 2020

La nuit de l'ogre, de Patrick Bauwen

 

"Des frissons. Voilà le but. Souffler un courant d'air glacial sur votre épiderme, accélérer votre pouls et vous empêcher de dormir: tels sont mes objectifs à chaque nouvelle histoire." 

Objectif atteint, une fois de plus, et haut la main. C'est ça qui est bien avec Patrick Bauwen, dont j'ai dévoré tous les romans. La qualité de ses productions est toujours au rendez-vous, on sent qu'il y a du travail derrière chacun de ses thrillers à l'américaine. L'auteur ne lésine ni sur le suspense ni sur les rebondissements, et nous fait toujours découvrir des univers insolites. Dans La nuit de l'ogre, l'auteur nous entraîne au coeur des fraternités secrètes de médecine et des cercles d'amateurs morbides de photos post-mortem. Tout un programme !


La nuit de l'ogre est le second volet de la trilogie parisienne consacrée au ténébreux médecin urgentiste Christian Kovak, qui se retrouve de nouveau à devoir affronter un redoutable et insaisissable tueur en série. En plus du Chien, dont on ne connaît toujours pas l'identité. Il faudra donc lire L'heure du diable, l'ultime volet, pour enfin savoir qui est ce monstre. Il y avait Patrick Jane et John le Rouge, il y a désormais Chris Kovak et le Chien !

Tout comme Le jour du Chien, le premier volet de cette trilogie parisienne, La nuit de l'ogre est une véritable bombe textuelle survitaminée, un thriller à grand spectacle, riche en suspense et en rebondissements tordus. Avec un coupable à découvrir parmi les nombreux personnages du livre. On retrouve tout le punch qui caractérise les romans de Patrick Bauwen, avec une écriture pleine de coups de théâtre, d'énergie et de vitalité. Du grand art !

Patrick Bauwen, La nuit de l'ogre, Le Livre de Poche, 560 pages, sorti en 2018. 

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mardi 1 septembre 2020

Le jour du Chien, de Patrick Bauwen

 

De formidables heures de lecture, c'est ce que Patrick Bauwen vous propose à chaque fois, à chaque roman. De l'action, du suspense, des rebondissements, des coups de théâtre, ses thrillers sont toujours de vraies bombes textuelles survitaminées, des livres à grand spectacle, c'est la Bauwen Touch, c'est le polar façon enfants de la télé. Et Le jour du Chien, premier volet de la trilogie Christian Kovak, ne déroge pas à la règle, bien au contraire. 

Premier roman de Patrick Bauwen dont l'action ne se déroule pas aux Etats-Unis, mais à Paris, Le jour du Chien permet de faire connaissance avec Chris Kovak, sorte de double littéraire de l'auteur. En effet, tout comme Patrick Bauwen, Chris Kovak est médecin urgentiste dans un hôpital parisien. 

Pour le reste, l'auteur laisse libre cours à son imagination débordante, c'est le moins que l'on puisse dire. Chris est un être tourmenté, brisé, qui ne se remet toujours pas de la mort de sa femme, assassinée trois ans plus tôt par un tueur psychopathe. Un soir, le médecin se retrouve coincé dans une rame de métro, deux jeunes loubards filment la scène. La vidéo est diffusée sur le Web, on y voit les passagers de la rame, dont une jeune femme qui ressemble beaucoup, oui beaucoup à la femme de Chris. Très vite, le médecin se retrouve embarqué dans une aventure folle, et surtout dangereuse, très dangereuse, pour notre plus grand bonheur.

On retrouve dans ce thriller sanguinolent tout ce qui fait la force de Patrick Bauwen: une écriture pleine de coups de théâtre, d'énergie et de vitalité, au service d'un récit d'une exceptionnelle fluidité. Une formidable énergie créatrice, des frissons, des émotions fortes, c'est du grand art. Ce livre est un page-turner impossible à poser avant d'avoir atteint la toute dernière page. 

En outre, l'auteur nous dévoile un autre visage de la capitale française, un Paris souterrain, les stations fantômes du métro, les gares désaffectées, les tunnels sombres habités par des SDF qui vivent dans de véritables bidonvilles, et les célèbres Catacombes, qui sont en réalité d'anciennes carrières. L'auteur nous donne des explications historiques très intéressantes tout au long du roman. On apprend des choses tout en faisant le plein d'émotions fortes, que demander de mieux ? On en redemande, d'ailleurs j'ai lu dans la foulée La nuit de l'ogre, le second volet de cette trilogie qui fera date dans l'histoire du thriller. 

Patrick Bauwen, Le jour du Chien, Le Livre de Poche, 500 pages, sorti en 2017. 

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lundi 31 août 2020

Trouver l'enfant, de Rene Denfeld

 

"Par un dimanche ensommeillé, une femme était entrée dans le refuge, éperdue à cause de la disparition de sa fille. Ce jour-là, Naomi avait compris où était sa voie. Quelques années plus tard, elle s'y consacrait à temps complet." Naomi a acquis une solide réputation dans son métier, il faut dire que la jeune femme consacre tout son temps, toute son énergie à rechercher des enfants disparus. C'est sa mission, sa vie. C'est dans sa nature profonde, c'est viscéral. Mais plus on avance dans ce roman, plus on se rend compte que Naomi se cherche elle-même au travers de ses enquêtes. Avec ce roman à la fois effrayant et beau, la romancière américaine Rene Denfeld inaugure une série policière pétrie d'humanité mettant en scène des personnages profondément attachants. 

Chargé d'émotion et d'atmosphère, Trouver l'enfant raconte principalement la quête d'une jeune écorchée vive pour retrouver Madison Culver, une petite fille qui a disparu depuis trois ans dans la forêt nationale de Skookum, Oregon. Les hivers y sont très longs et surtout très rudes. Des paysages sauvages, presque immaculés, précisément et magnifiquement retranscrits pas l'écriture lumineuse de l'auteure. Qui fait preuve d'une profonde empathie, d'une grande sensibilité à l'égard de ses personnages. 

Trouver l'enfant est donc un beau roman noir. Beau de par son décor, beau car saisissant d'émotion. Mais aussi noir, très noir, effrayant, terrifiant. Comme le calvaire de cette petite fille séquestrée et maltraitée par ce trappeur dans une cabane perdue au fin fond de la forêt. Cette petite fille qui va oublier son propre passé et se réfugier dans un monde imaginaire, magique, afin d'occulter le plus possible sa nouvelle réalité sordide de captive. La violence racontée à travers les yeux d'un enfant. Je trouve que cela rend le récit encore plus terrifiant finalement. 

Au final, Trouver l'enfant est un mélange réussi de roman noir et de polar d'enquête, écrit dans un style très littéraire, à la fois très précis sur la forme et sur le fond. Un roman surprenant et intelligent, qui a du caractère, de la densité, de la profondeur. Une série policière prometteuse à fort potentiel romanesque. Car on a envie d'en savoir plus sur Naomi, cette jeune femme qui, tout comme Madison, a oublié son propre passé, les premières années de sa vie. 

Rene Denfeld, Trouver l'enfant, Rivages/Noir, 300 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Bondil, sorti en 2017 (Etats-Unis) 2019 (France)

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jeudi 27 août 2020

Le miroir des âmes, de Nicolas Feuz

 

Le miroir des âmes est le genre de roman que vous achetez à la gare et lisez d'une traite ensuite. C'est le fast and furious book par excellence, vite lu, vite oublié. Un page-turner, une mécanique de précision parfaitement huilée, un thriller sanguinolent, d'une redoutable efficacité. Des chapitres courts qui ne laissent aucun répit aux lecteurs. Et vous arrivez très vite au dénouement sans même vous en rendre compte. 

Il faut avoir un certain talent pour produire ce type de livre, Nicolas Feuz possède ce talent. L'auteur ne lésine ni sur le suspense ni sur les rebondissements, on en a pour son argent. Par contre, il n'y a rien de nouveau sous le soleil côté intrigue, c'est du classique, du très classique.


Je ne m'attarderai pas sur l'intrigue, je vous donne quelques mots clés: Neuchâtel, amnésie, attentat à la bombe, serial killer, mafia albanaise, magouilles politiques. Bref, un menu chargé pour un roman pourtant assez court finalement, 262 pages dans sa version poche. C'est vraiment un thriller fait pour les personnes qui ont un peu de temps à tuer. C'est bien fichu, et bien écrit dans un style simple, alerte, limpide. Jamais besoin de relire une phrase pour en comprendre le contenu. 

Auteur confirmé, dialoguiste de talent, Nicolas Feuz montre une maîtrise, une rigueur impressionnante dans la conduite de son récit. Pas de temps mort, pas de gras, l'auteur va droit au but, à l'essentiel. Au final, c'est prenant du début à la fin, c'est efficace, c'est classique, très classique, trop classique. Un peu trop à mon goût, j'ai préféré Horrora Borealis, j'ai trouvé l'intrigue plus originale, et plus chargée d'émotion. Mais Le miroir des âmes reste un polar impeccablement ficelé, qui se lit très bien, avec son lot de rebondissements improbables, comme on les aime.

Nicolas Feuz, Le miroir des âmes, Le Livre de Poche, 262 pages, sorti en 2018 (Suisse et France)

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mercredi 26 août 2020

Les mafieuses, de Pascale Dietrich

 

Le parrain d'une des plus anciennes familles mafieuses de Grenoble vient de tomber dans le coma. Mais avant de partir, Leone Acampora a décidé d'offrir un cadeau d'adieu à sa femme Michèle: un tueur à gages. Et oui, celui qu'on surnomme l'Alpiniste, en raison de sa passion pour les sports de montagne (c'est normal quand on vit à Grenoble !), a collé un contrat sur la tête de sa propre épouse. 

Bon il faut dire aussi que ladite épouse a trompé pendant des années son mari avec son meilleur ami. Et tout se sait dans ce monde impitoyable. Et surtout tout se paye. Dina et Alessia, les filles de Michèle doivent faire vite pour sauver leur maman d'une mort certaine.


Avec ce court roman décapant, Pascale Dietrich illustre brillamment une veine encore peu représentée dans le polar, le tragi-comique, par une histoire pleine de rebondissements, mais finalement assez noire, malgré son aspect décalé, déjanté. C'est ça que j'ai beaucoup aimé dans ce livre, d'un côté c'est original et plein d'humour. De l'autre, c'est franchement noir. Pascale Dietrich fait très bien ressortir le côté impitoyable de ce monde qu'est la mafia.

Mélange de roman noir et de comédie grinçante, ce roman aux personnages inoubliables se dévore d'une traite, et sans modération. Tour à tour hilarant et d'un réalisme à faire froid dans le dos, Les mafieuses est une totale réussite. Sur la forme, c'est bien écrit dans un style limpide, plein d'énergie et de vitalité. Gros coup de coeur !

Pascale Dietrich, Les mafieuses, J'ai lu, 188 pages, sorti en 2019.

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