jeudi 21 janvier 2021

La Trilogie berlinoise, de Philip Kerr

 

J'ai découvert le regretté Philip Kerr avec Le mercato d'hiver, premier volet d'une trilogie consacrée au football. J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce très bon polar, j'adore le style d'écriture de l'auteur, sa façon de raconter une histoire, son immense talent pour échafauder des intrigues diablement efficaces et camper des personnages forts, et pétris d'humanité. Comme le détective privé Bernie Gunther, que l'on retrouve dans bon nombre des polars historiques de Philip Kerr. La Trilogie berlinoise, qui comprend L'été de cristal, La pâle figure, et Un requiem allemand, est le chef d'oeuvre de cet auteur culte. Trois enquêtes palpitantes qui servent de prétexte à l'auteur pour évoquer, avec un réalisme impressionnant, l'ambiance de l'Allemagne nazie avant et après la deuxième guerre mondiale. Donc de sa terrifiante ascension jusqu'à sa chute. 

L'été de cristal est le premier volet de la trilogie, et c'est un excellent polar d'enquête historique. Nous sommes en 1936 et Berlin s'active à la préparation des jeux olympiques. Bernie Gunther doit découvrir la vérité sur un incendie qui a causé la mort d'un jeune couple. Ses recherches vont notamment l'orienter vers un certain ... Göring. Himmler semble être aussi de la partie... 

Le second volet, La pâle figure, est un chef d'oeuvre. L'intrigue est palpitante. Nous sommes en 1938, Bernie Gunther lâche provisoirement son métier de détective privé pour rejoindre les rangs de la police berlinoise. Celle-ci doit faire face à un redoutable tueur qui enlève et tue des jeunes filles. Peur sur la ville alors qu'apparaissent dans le même temps des signes avant-coureurs de l'horreur qui vient: une nouvelle guerre mondiale, et le génocide juif. Philip Kerr revisite toute une époque, toute une réalité vue à travers les yeux de son personnage fétiche.

Le dernier volet, Un requiem allemand, est un chef d'oeuvre plus plus, atteignant des sommets d'intensité dramatique rarement atteints dans le polar. Dans ce roman magistral, où les destins s'enchevêtrent, l'auteur démontre la possibilité de mêler enquête, histoire, politique et espionnage. Nous sommes en 1947, Berlin n'est plus qu'un charnier à ciel ouvert, une ville dévastée dans laquelle Bernie Gunther tente de survivre, tant bien que mal, avec sa femme. Le détective est engagé par un colonel soviétique afin de prouver l'innocence d'Emil Becker, accusé du meurtre d'un officier américain du Counter Intelligence Corps. Emil Becker, ancien collègue de Bernie à la Kripo (la police criminelle du Troisième reich), officie désormais dans le marché noir à Vienne, la capitale autrichienne. Bernie se rend donc à Vienne, pour faire ce qu'il sait faire le mieux: résoudre une enquête complexe, débusquer la vérité, pour le pire, surtout pour le pire. 

Car Bernie Gunther qui nous raconte ses histoires est la véritable star de cette trilogie qui aura marqué à jamais le genre du polar. Je vous livre ici un extrait qui décrit parfaitement qui est Bernie Gunther: "Je ne suis pas un chevalier blanc. Je suis juste un type usé, debout à un coin de rue dans son pardessus froissé, avec une vague notion de ce qu'on appelle, osons le mot, Moralité. Bien sûr, je ne suis pas étouffé par les scrupules quand il s'agit de me remplir les poches, et je ne serais pas plus capable de remettre dans le droit chemin une bande de jeunes voyous que de me lever pour chanter la partie soliste dans un chœur sacré. Mais j'étais sûr d'une chose. J'en avais assez de me curer les ongles pendant que des malfrats dévalisaient la boutique." 

Bref, juste un être humain avec ses qualités et ses défauts, mais doté ce qu'on appelle un bon fond. Avec un humour souvent désinvolte, irrévérencieux, parfois cru. Et également un enquêteur hors pair qui découvre toujours la vérité. Au final, vous l'aurez compris, La Trilogie berlinoise est un grand classique du polar historique, un incontournable du genre, qui se déguste sans modération, et ne vous laissez surtout pas impressionner par le nombre de pages, car vous ne les verrez de toute façon pas passer !

Philip Kerr, La Trilogie berlinoise, Editions du Masque, 837 pages, traduit de l'anglais par Gilles Berton, sorti en 1989-1991 (Angleterre) 1993-1995 (France)

Du même auteur sur ce blog:

Je vous conseille aussi:


POLARS CULTES DE 176 À 200

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WILLIAM BAYER  Trame de sang

Auteur américain
Première parution France: 2015
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Roman de campus, passage à l'âge adulte, créations artistiques
Ce que j'ai aimé: L'atmosphère de huis clos. L'énigme criminelle et artistique. Le personnage principal.


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JOHN GRISHAM  L'ombre de Gray Mountain

Auteur américain
Première parution France: 2015
Genre principal: Thriller politique
Mots clés: 2008, crise financière, mines de charbon, injustices
Ce que j'ai aimé: Le message écologique fort. L'intrigue à fort contenu émotionnel. La description des Appalaches. Les personnages principaux. 


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ANDREW KLAVAN  À la trappe

Auteur américain
Première parution France: 2001
Genre principal: Suspense
Mots clés: Journaliste solitaire, suicides d'adolescents, petite bourgade américaine
Ce que j'ai aimé: La personnalité singulière de John Wells, personnage principal de l'histoire. L'intrigue glauque et prenante, avec un coupable à découvrir parmi les personnages du roman. 


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OLIVIER NOREK  Code 93

Auteur français
Première parution France: 2013 
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Seine-Saint-Denis, enquête 
Ce que j'ai aimé: Le style brut de décoffrage de l'auteur. Le personnage du capitaine Victor Coste. L'intrigue captivante.

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GHISLAIN GILBERTI  Le festin du Serpent

Auteur français
Première parution France: 2013
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Serial killer, terrorisme, enquête
Ce que j'ai aimé: Le style d'écriture spectaculaire de l'auteur. Les deux enquêtes qui finissent par s'entrecroiser. Le final haletant.


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JONATHAN ET JESSE KELLERMAN  Que la bête s'éveille

Auteurs américains
Première parution France: 2015
Genre principal: Décalé
Mots clés: serial killer, mythologie juive, flic alcoolique
Ce que j'ai aimé: Une atmosphère spéciale qui flirte allègrement avec le surnaturel. Beaucoup d'humour et une écriture pleine d'énergie et de vitalité. 

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HERVÉ LE CORRE  L'homme aux lèvres de saphir

Auteur français
Première parution France: 2004
Genre principal: Historique
Mots clés: Paris 1870, serial killer, sanglant
Ce que j'ai aimé: La reconstitution de toute une époque. Le style d'écriture très original de l'auteur. L'épilogue fulgurant et réaliste. 


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BRUCE DESILVA  Pyromanie

Auteur américain
Première parution France: 2013
Genre principal: Roman noir
Mots clés: De nos jours, Rhode Island, incendies criminels, journalisme d'investigation
Ce que j'ai aimé: L'humour féroce. Le style d'écriture simple et alerte. L'intrigue captivante. Le personnage principal très attachant.

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TOM ROB SMITH  Enfant 44

Auteur anglais
Première parution France: 2009
Genre principal: Historique
Mots clés: Régime stalinien, serial killer
Ce que j'ai aimé: Le portrait sans concession du totalitarisme stalinien. L'intrigue pleine de suspense. Les personnages principaux. 

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COLIN NIEL  Les hamacs de carton

Auteur français
Première parution France: 2012
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Guyane française, enquête
Ce que j'ai aimé: Le portrait complet et fascinant de la Guyane française. L'enquête policière haletante et subtile. La personnalité complexe du capitaine Anato.

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PATRICK SENÉCAL  Le vide

Auteur canadien
Première parution France: 2015
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Reality show, société quebécoise, enquête
Ce que j'ai aimé: Le style d'écriture alerte et la construction impeccable et originale du récit. La qualité et la noirceur de l'intrigue. Le dénouement inoubliable. 


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NAÏRI NAHAPÉTIAN  Dernier refrain à Ispahan

Auteure franco-iranienne
Première parution France: 2012
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Serial killer, société iranienne 
Ce que j'ai aimé: Un portrait saisissant de l'Iran dans toute sa complexité. L'intrigue policière très bien ficelée. 


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GUSTAVO MALAJOVICH  Le Jardin de bronze

Auteur argentin
Première parution France: 2014
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Disparition, drame familial, enquête
Ce que j'ai aimé: La puissance qui se dégage de ce récit haletant. Le personnage principal. La partie du roman qui se déroule dans la province d'Entre Rios. 


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SAM MILLAR  Les chiens de Belfast

Auteur nord-irlandais
Première parution France: 2014
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Enquête, humour cru
Ce que j'ai aimé: Le style cinglant, incisif de l'auteur. L'intrigue captivante, et pleine de rebondissements. L'humour omniprésent.

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MAUD MAYERAS  Reflex

Auteure française
Première parution France: 2013
Genre principal: Suspense
Mots clés: Ville de province, serial killer, drame familial
Ce que j'ai aimé: Un style taillé au couteau d'une effroyable puissance d'évocation. Un dénouement à suspense qui dégage une puissance maléfique hors du commun. 

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STIEG LARSSON  Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Auteur suédois
Première parution France: 2006
Genre principal: Suspense
Mots clés: Cold Case, secrets de famille, industrie suédoise
Ce que j'ai aimé: La puissance que dégage ce roman. Les intrigues palpitantes. Les personnages hors normes. Le style incisif de l'auteur.

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BORIS DOKMAK  La femme qui valait trois milliards

Auteur belge francophone
Première parution France: 2013
Genre principal: Décalé
Mots clés: Paris Hilton, meurtres rituels, espionnage
Ce que j'ai aimé: Une formidable originalité. Une intrigue complexe, tordue, internationale, où les destins s'enchevêtrent. La construction totalement maîtrisée du récit.


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IAN MANOOK  Yeruldelgger 

Auteur français
Première parution France: 2013
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Mongolie, enquête
Ce que j'ai aimé: La puissance sauvage que dégage ce récit. L'intrigue taillée au couteau. L'immersion dans un pays méconnu et fascinant. Les personnages forts, bien campés. 

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THOMAS H. COOK  Au lieu-dit Noir-Étang 

Auteur américain
Première parution France: 2012
Genre principal: Roman noir
Mots clés: Petite ville côtière américaine, années 20, adultère
Ce que j'ai aimé: Cette aura sombre qui flotte autour de cette tragédie amoureuse. Le style d'écriture de l'auteur qui dégage une grande puissance d'évocation.

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RAY CELESTIN  Carnaval

Auteur anglais
Première parution France: 2015
Genre principal: Historique
Mots clés: 1919, La Nouvelle-Orléans, serial killer, enquête
Ce que j'ai aimé: Un mélange épicé de roman historique et de serial killer thriller. La puissance et la richesse de l'intrigue. Les personnages très fouillés. 


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MARY HIGGINS CLARK  La nuit du renard

Auteure américaine
Première parution France: 1979
Genre principal: Suspense
Mots clés: Kidnapping, tueur
Ce que j'ai aimé: Un rythme et une tension qui ne faiblissent jamais. Une intrigue tendue riche en rebondissements. Le final inoubliable. 

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ZYGMUNT MILOSZEWSKI  Un fond de vérité

Auteur polonais
Première parution France: 2014 
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Petite ville de province polonaise, antisémitisme, enquête
Ce que j'ai aimé: Un mélange réussi de thriller macabre et de whodunit historique. Beaucoup d'humour, souvent désinvolte, irrévérencieux. Le personnage principal, à la fois attachant et agaçant. 



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Auteur Norvégien
Première parution France: 2011
Genre principal: Sanglant
Mots clés: Serial killer, enquête, inspecteur Harry Hole
Ce que j'ai aimé: L'intrigue taillée au couteau, riche en suspense et en rebondissements. Dépaysement garanti, l'action se déroulant principalement en Norvège, mais également au Congo et à Hong Kong. La personnalité ambivalente du désormais mythique Harry Hole. 



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Auteure irlandaise
Première parution France: 2011
Genre principal: Whodunit
Mots clés: Cold Case, huis clos familial
Ce que j'ai aimé: Une intrigue réaliste qui entremêle habilement passé et présent. Une atmosphère nostalgique, envoûtante. Le fort contenu émotionnel. La qualité et la puissance de l'écriture. 



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Auteur anglais
Première parution France: 1993-1995
Genre principal: Historique
Mots clés: Nazisme, détective privé, enquêtes, espionnage
Ce que j'ai aimé: La puissance dégagée par ces trois romans qui revisitent toute une époque terrifiante. Le style d'écriture limpide, percutant de l'auteur. L'humour désinvolte, irrévérencieux. La personnalité ambivalente de Bernie Gunther.
















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jeudi 7 janvier 2021

Le léopard, de Jo Nesbo

 

Nul besoin de présenter en détail celui que beaucoup considèrent comme étant le maître incontesté du polar scandinave. Jo Nesbo est un redoutable manipulateur d'intrigues et un dialoguiste de talent. Toujours inattendus, ses romans sont placés sous le signe de traques peu ordinaires. Le léopard, enquête haletante, palpitante, du début à la fin, lui a valu de rejoindre définitivement les plus grands maîtres du genre.  C'est le chef d'oeuvre de Jo Nesbo, un polar cultissime, son roman le plus intense, le plus complexe, le plus abouti. Un serial killer thriller spectaculaire, violent, terrifiant. Une traque hors normes menée bien évidemment par l'inspecteur Harry Hole, LE personnage phare de Jo Nesbo. Un homme entier, excessif, tourmenté, mais le meilleur dans sa partie, à savoir traquer les tueurs en série. 

Petit conseil avant d'entamer la lecture de ce polar qui va vous faire voyager, de Hong Kong aux pics enneigés de la Norvège en passant par les volcans du Congo : Lisez Le bonhomme de neige, qui précède chronologiquement Le léopard, car l'auteur y fait souvent référence. Ce n'est pas une obligation, et cela ne vous empêchera pas de comprendre l'intrigue, mais c'est un conseil que je vous donne. 

Avec Le léopard, l'auteur signe un thriller puissant, étouffant, sauvage, riche en suspense et en rebondissements. Le final est haletant, époustouflant. C'est bien écrit dans un style incisif, nerveux, au service d'un récit remarquablement construit. Une intrigue complexe, implacable, taillée au couteau. Un tueur retors et insaisissable. Une atmosphère sombre. Des scènes chocs. Bref, une histoire stupéfiante, un thriller hallucinant, clairement, si vous ne deviez lire qu'un seul polar de cet auteur, ce serait celui-ci !

Jo Nesbo, Le léopard, Gallimard, 761 pages, traduit du norvégien par Alex Fouillet, Sorti en 2009 (Norvège) 2011 (France)

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lundi 28 décembre 2020

TOP 20 2020

Le compte à rebours peut commencer...

Numéro 20:
Il était une fois dans l'Est, Arpad Soltész. Un portrait au vitriol de la Slovaquie post-soviétique. Frontal !

Numéro 19:
Le diable en personne, Peter Farris. La Belle et la Bête revisitée à la sauce Peter Farris, digne successeur de ces grands auteurs de romans noirs américains qu'étaient Jim Thompson, David Goodis ou Horace McCoy, pour ne citer qu'eux. 

Numéro 18:
De loin on dirait des mouches, Kike Ferrari. Un fulgurant roman noir argentin qui raconte la chute vertigineuse d'un truand sans scrupules. Un polar décapant, impitoyable, qui emporte tout sur son passage. 

Numéro 17:
Au lieu-dit Noir-Étang, Thomas H. Cook. Tout l'univers à la fois poétique et violent de ce grand auteur américain. Une histoire d'amour impossible, tragique dans l'Amérique conservatrice des années 20. Bouleversant et noir, très noir !

Numéro 16:
Les chemins de la haine, Eva Dolan. Le premier polar engagé de cette jeune auteure anglaise, aussi passionnant dans sa mécanique purement policière que dans son arrière-fond sociétal. Le portrait saisissant d'une Angleterre multiple et divisée. 

Numéro 15:
La nuit de l'ogre, Patrick Bauwen. Le second volet de la trilogie parisienne consacrée au médecin urgentiste Christian Kovak, sorte de double littéraire de l'auteur. Un thriller spectaculaire, riche en suspense et en rebondissements, une bombe textuelle survitaminée, un auteur au sommet de son art qui laisse libre cours à son imagination débordante. Longue vie à Patrick Bauwen !

Numéro 14:
Matière noire, Ivan Zinberg. Le premier roman de ce capitaine de police dont l'action se déroule en France, plus précisément à Saint-Etienne. Une traque hors normes menée par deux personnages hors normes. Réaliste et captivant !

Numéro 13:
Inexorable, Claire Favan. L'histoire tragique du jeune Milo, qui n'est pas né sous une bonne étoile. La seule étoile qu'il possède, c'est sa mère, prête à tout, oui à tout, pour extirper son enfant de l'inexorable. 

Numéro 12:
Les démoniaques, Mattias Köping. Un thriller tarantinesque d'une noirceur absolue. Aux âmes sensibles, je dis: passez votre chemin. Une histoire de vengeance peuplée de personnages complètement dingues, dans le mauvais sens du terme !

Numéro 11:
Power, Michaël Mention. Un roman noir historique qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'une Amérique des sixties désemparée. L'auteur dresse, à travers l'histoire du Black Panther Party, le portrait au vitriol d'un pays rongé par le racisme, les inégalités sociales et le conflit au Vietnam. Noir majuscule !

Numéro 10:
Carnaval, Ray Celestin. Un mélange très épicé de polar historique et de serail killer thriller. Une plongée fascinante dans La Nouvelle-Orléans un siècle en arrière. Captivant, érudit, et noir !

Numéro 9:
La femme qui valait trois milliards, Boris Dokmak. Le chef d'oeuvre de cet auteur belge décédé en 2017. Un ovni littéraire, un opéra policier complètement fou, improbable, génial. Inclassable !

Numéro 8:
Un fond de vérité, Zygmunt Miloszewski. Un polar polonais de tout premier ordre mettant en scène le désormais mythique Teodore Szacki, notre procureur bougon préféré. 

Numéro 7:
Les lieux infidèles, Tana French. Huis clos familial en terre irlandaise. Un polar très noir, saisissant d'émotion. L'équilibre parfait entre réalisme et romanesque. Et une auteure puissante au sommet de son art. 

Numéro 6:
Corruption, Don Winslow. Une peinture sidérante de tout un système pourri jusqu'à la moelle, celui de la loi et l'ordre à New York. Une histoire puissante, au rythme échevelé, mettant en scène des personnages hors normes !

Numéro 5:
Entre deux mondes, Olivier Norek. Un bouleversant roman sociopolitique qui traite de la "Jungle" de Calais, avant son démantèlement. 

Numéro 4:
Yeruldelgger, Ian Manook. Un polar devenu culte, mettant en scène le mythique commissaire mongol, dans une enquête criminelle palpitante de bout en bout. Dépaysant !

Et le podium:
3. La sirène qui fume, Benjamin Dierstein. Du James Ellroy sous amphets, bien plus qu'un livre, une expérience éprouvante, très éprouvante, une intrigue taillée au couteau, avec un suspense hallucinant. Je ne m'en suis toujours pas remis !

2.Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, Stieg Larsson. Et oui, je n'avais encore jamais lu ce qui est peut-être le polar le plus bankable de l'histoire. C'est désormais chose faite, et force est de constater que c'est un très très grand polar !

1. Le silence de la ville blanche, Eva Garcia Saenz de Urturi. C'est mon polar préféré de cette année 2020, celui qui m'a procuré le plus d'émotions, une chasse au tueur palpitante en terre basque !





Pietro



lundi 21 décembre 2020

Entre deux mondes, d'Olivier Norek

 

"- Ouais. Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l'autre côté, on les empêche d'aller là où ils veulent. C'est une situation de blocage, on va dire. 
Pour la deuxième fois de la journée, Bastien entendait cette expression et le sentiment diffus provoqué la première fois de précisa. 
- Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
- Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ? 
- Exact. Coincés entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes." Avec Entre deux mondes, Olivier Norek nous offre un roman à la fois bouleversant et terrifiant. L'auteur dresse un portrait réaliste de la "Jungle" de Calais, avant son démantèlement en Octobre 2016.

On sait depuis le début de sa carrière d'écrivain qu'Olivier Norek n'a pas peur d'aborder les sujets qui fâchent. Et la "Jungle" de Calais est clairement un sujet sensible. Un véritable bidonville habité par des milliers de migrants qui rêvent d'atteindre l'Angleterre. Entre deux mondes est une plongée ultra-réaliste dans cet enfer à ciel ouvert. Mais pas seulement. 

En effet, l'auteur a construit un récit à plusieurs voix. Plusieurs points de vue narratifs qui s'enchevêtrent à l'intérieur de l'histoire. Chacun des personnages a une perception différente de la réalité. Exposer des points de vue différents permet non seulement d'enrichir l'intrigue, mais surtout de prendre du recul, et de ne pas tomber dans une vision trop simpliste des événements. Et Olivier Norek a, de mon point de vue, réussi à éviter ce piège. 

Premiers points de vue, ceux des policiers Calaisiens qui sont en première ligne face au problème. Olivier Norek raconte leur quotidien avec un réalisme à faire froid dans le dos. On apprend notamment que toute demande de mutation leur est systématiquement refusée. Second point de vue, celui du policier, Bastien Miller, qui arrive à Calais pour renforcer une équipe complètement dépassée par les événements. L’œil neuf, le regard extérieur. D'abord observateur, puis témoin, et enfin acteur. Qui tentera de sauver ce qui peut encore l'être. 

Troisièmes points de vue, ceux des migrants. Adam, un Syrien ayant fui le régime de Bachar el-Assad qui débarque dans la "Jungle" afin d'y retrouver sa femme et sa fille. Sauf que Nora et Maya se trouvent au fin fond de la Méditerranée. Noyées. Nous lecteurs le savons, malheureusement, et ce depuis le début, mais Adam lui ne le sait pas. Alors il cherche sa femme et sa fille dans la "Jungle", alors que des meurtres y sont commis. Adam fera la connaissance d'Ousmane, de Wassim, et surtout du jeune Kilani, qui s'appelle en réalité Ayman. 

Adam et Ayman, Bastien et ses collègues, des destins qui s'enchevêtrent, formant un récit saisissant d'émotion. Un polar coup de poing, mélange de roman noir social et de thriller politique. Comme à son habitude, Olivier Norek s'inscrit dans le souci d'une narration réaliste, mais ne lésine pas non plus sur le romanesque. Entre deux mondes est à la fois un roman effrayant et beau. Effrayant par son réalisme impitoyable, et beau par son appréciable foi humaniste. Ou comment de nombreux points de vue vont finir par converger dans une seule optique: sauver un enfant. Réaliser une bonne action, à son échelle. S'unir pour faire le bien, comme on peut, modestement. 

Olivier Norek, Entre deux mondes, Pocket, 371 pages, sorti en 2017. 

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lundi 14 décembre 2020

L'étranger dans la maison, de Shari Lapena

 

Vous connaissez certainement cet adage: les apparences sont souvent trompeuses. En apparence, Karen mène une vie parfaite, elle est jeune, elle est belle, elle est mariée depuis deux ans à Tom, l'homme idéal. Tous deux vivent dans une belle maison, dans un quartier tranquille, peuplé de voisins serviables. Le rêve américain devenu réalité. Jusqu'à ce que Karen soit victime d'un grave accident de voiture. La question étant de savoir ce que faisait la jeune femme au volant de sa voiture, en pleine nuit, dans un quartier malfamé de la ville. Karen roulait trop vite, comme si elle avait le diable aux trousses. Problème de taille: à son réveil à l'hôpital, la jeune femme a tout oublié des circonstances de l'accident. Une sorte d'amnésie temporaire qui laisse perplexes les policiers en charge de l'enquête. Le cauchemar peut commencer pour Karen et Tom !

J'avais envie de lire un roman à suspense facile à suivre, sans prise de tête, ce que j'appelle du fast book, du vite lu, et du vite oublié. j'ai donc tiré à pile ou face entre un Lisa Gardner et L'étranger dans la maison, de Shari Lapena. J'avais plutôt bien aimé son premier roman, Le couple d'à côté. Et je n'ai pas non plus été déçu par L'étranger dans la maison. Mélange réussi d'enquête policière, de domestic thriller et de suspense psychologique. 

Globalement, j'ai retrouvé dans ce roman tout ce qui m'avait déjà plu dans Le couple d'à côté: une écriture simple, incisive, tranchante, centrée avant tout sur la psychologie des personnages, sur leurs émotions. Un style très limpide, nul besoin de relire plusieurs fois une phrase pour la comprendre. Une intrigue très bien ficelée, parfaitement maîtrisée, riche en rebondissements improbables. Avec bien sûr le coup de théâtre final qui va bien !

Au final, L'étranger dans la maison hisse Shari Lapena au rang des plus grands écrivains actuels de ce sous-genre en vogue qu'est le domestic thriller. L'auteure exploite aussi à merveille le thème de la mémoire, ou plutôt de la perte de mémoire. Une source d'inspiration décidément inépuisable pour de nombreux auteurs de romans policiers !

Shari Lapena, L'étranger dans la maison, Pocket, 332 pages, traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec, sorti en 2017 (Canada), 2019 (France)

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lundi 7 décembre 2020

Dark Net, de Benjamin Percy

 

Dark Net est un cadeau de Noël, et je vais être honnête, si on ne me l'avait pas offert, je ne l'aurais ni acheté, ni emprunté à la bibliothèque. Si tant est que ce livre ait été acheté par la bibliothèque, ce qui n'est pas le cas de la mienne. Je n'ai pas non plus pris connaissance de la quatrième de couverture afin d'avoir un aperçu de l'intrigue. Tant mieux finalement, car sinon cela m'aurait enlevé l'effet de surprise. C'est le côté surnaturel de l'histoire qui m'a pris au dépourvu, même si Benjamin Percy explique, à la fin du livre, qu'il a essayé d'ancrer le récit du mieux qu'il a pu dans la réalité. L'auteur a courageusement mélangé enquête journalistique, thriller, science-fiction cyberpunk, et critique sociétale. Dark Net est en quelque sorte un cauchemar numérique !

Je m'attendais donc à lire un thriller entièrement consacré au Dark Net, sorte d'internet underground où le pire est à portée de clic: drogues, armes, réseaux pédophiles, groupuscules terroristes... rien n'est interdit, tout peut être trouvé. Notamment une bonne intrigue policière, le potentiel romanesque est illimité. Mais Benjamin Percy a choisi un chemin différent, surnaturel. 

L'action se déroule à Portland, Oregon, dans un futur proche. Des forces obscures veulent utiliser le Dark Net pour ouvrir les portes de l'enfer et semer la terreur et le chaos sur la terre. Mais Hannah, Lela, Mike et Sarin vont tout faire pour empêcher cela. Quatre personnages hors normes embarqués dans cette histoire hors normes. 

Mon avis sur ce roman reste mitigé. D'un côté, j'ai bien aimé l'atmosphère crépusculaire et apocalyptique qui règne dans ce thriller. J'ai également appris des choses très intéressantes sur le monde du numérique et de la cyber sécurité, même si certaines informations communiquées dans ce livre font vraiment froid dans le dos. L'histoire sert d'ailleurs de prétexte à l'auteur pour dresser un constat sans concession sur nos société modernes ultra-connectées. La question de la dépendance grandissante des êtres humains aux technologies de l'information et de la communication se pose ici dans des termes assez musclés. En outre, j'ai été aussi séduit par les personnages principaux auxquels je me suis attaché le temps de la lecture. Et l'intrigue est plutôt prenante, si le côté surnaturel ne vous rebute pas. 

De l'autre côté, je trouve que le style d'écriture manque globalement de fluidité et de limpidité. Peut-être que cela vient de la traduction, je ne sais pas. Mais j'ai trouvé le récit un peu lourd, voire même laborieux. Ce n'est pas super bien écrit, ou traduit. Cela nuit au plaisir de lecture, ce qui est dommage. Au final, un thriller surprenant qui m'a séduit sur le fond. Beaucoup moins sur la forme !

Benjamin Percy, Dark Net, Super 8 éditions, 405 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Paul Simon Bouffartigue, sorti en 2017 (Etats-Unis et France)

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