vendredi 15 juin 2018

CAT 215

ANTONIN VARENNE

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Auteur français
Editions J'ai lu
Poche 123 pages
Première publication France:
2016
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Un court roman noir qui se lit d'une traite !


"Les calculs que j'avais faits à mon avantage, de revenir deux semaines en forêt, grassement payé, dans cet endroit que j'aimais, s'envolaient à la vitesse des infos que balançait Jules. Le plus grand talent d'un escroc reste de savoir faire appel à votre naïveté. J'avais cru qu'il lâchait six mille euros, plus les frais, pour un petit boulot peinard à la hauteur de mes talents de diéséliste. A croire que j'avais aussi oublié la Guyane, le fleuve, les boss, la folie de l'or et la dégradation morale de cette partie du globe."

Effectivement, Marc aurait mieux fait de rester avec sa femme et ses deux fils en métropole, malgré une situation très précaire. Mais Marc a du mal à joindre les deux bouts, il a besoin d'argent et vite. Et surtout, l'appel du large est trop fort, l'aventure c'est l'aventure. Sauf que l'aventure en question va se transformer en cauchemar. Marc sait que Jules, son ancien boss, est un escroc patenté, qui opère notamment dans le trafic d'or. Et le malfrat a décidé de faire convoyer une énorme pelle Caterpilar à travers la jungle, conduite par un ancien légionnaire complètement timbré. Marc qui remonte un fleuve en pirogue, et qui se retrouve coincé en pleine jungle avec un militaire fou, dans le but de réparer un moteur de pelle Caterpilar 215, tout ça ne vous rappelle rien ? Oui, oui c'est  bien ça, Apocalypse Now et Le Salaire de la peur.

Ce court roman noir (123 pages dans sa version poche) est avant tout un hommage à ses deux grands films qui ont marqué l'histoire du cinéma. Cat 215 est un huit-clos fulgurant qui sent la poudre et l'atmosphère moite, viciée de la jungle guyanaise. Une nature hostile, impitoyable qui se défend contre ces hommes  qui la détruisent chaque jour par leurs actions. L'auteur dresse un constat sans équivoque sur un département d'outre-mer gangréné par les trafics en tout genre. Et dont l'or attise les convoitises les plus folles. Corruption, règlements de comptes, misère sociale, police impuissante, le portrait dressé par Antonin Varenne est terrifiant de réalisme et de lucidité. Sur la forme, on retrouve dans ce récit âpre tout ce qui fait la force de cet auteur français: des dialogues enlevés, des personnages travaillés, et surtout un style d'écriture précis, racé, très marqué. On me ferait lire un texte d'Antonin Varenne à l'aveugle, je reconnaîtrais de suite son style inimitable. J'ai également beaucoup aimé la fin ouverte, qui ne conclut pas l'histoire et qui laisse le soin au lecteur d'imaginer lui-même la suite. Au final un récit à la fois romanesque et tristement réaliste, et un hommage aux grands films d'aventure intelligents.

Dans le même genre sur ce blog:
Tant pis pour le Sud, Philippe Rouquier
Condor, Caryl Férey



jeudi 7 juin 2018

SANS LENDEMAIN

JAKE HINKSON

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides
Editions Gallmeister
Grand format 224 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2015 (Etats-Unis)
2018 (France)
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Un roman noir historique prenant, atroce, implacable.


"- Vous n'avez pas dit que vous partiez dans les Ozarks?
- Ouais c'est mon prochain arrêt.
Le vétéran se gratta le menton.
- Vous devriez éviter l'Arkansas. Une fille seule dans ce coin-là, vous pourriez bien avoir des ennuis." Billie Dixon aurait dû écouter le vétéran et ne pas se rendre dans les Ozarks, au fin fond de l'Amérique, elle n'aurait pas rencontré le pasteur, elle ne serait pas tombée amoureuse de sa femme, et elle n'aurait pas été entraînée dans un engrenage infernal, une histoire noire comme le cauchemar qui ne pouvait que mal se terminer. Car Billie est une femme entière, qui ne fait pas dans la demi-mesure, et qui est prête à tout par amour. Une femme éprise de liberté qui n'a malheureusement pas sa place dans une Amérique des années 40 obscurantiste, hypocrite, homophobe, bref une Amérique fin prête pour le Maccarthysme.

"Jake Hinkson campe des personnages dans lesquels on se reconnaît, puis il passe la ponceuse" Je partage entièrement cette critique de l'Arkansas Times sur ce nouveau chef d'oeuvre de Jake Hinkson, actuellement pour moi le plus grand auteur américain vivant de romans noirs. Ce conteur hors pair nous plonge dans l'atmosphère poisseuse de l'Amérique d'après-guerre et dresse trois portraits de femmes terriblement réalistes: Billie, l'anti-héroïne et narratrice de ce roman noir; Amberly, l'épouse du pasteur fanatique, une femme battue qui cherche par tous les moyens à s'échapper de sa condition; Et Lucy, la pragmatique, la soeur du shérif de la ville et officiellement son assistante. Mais c'est  bien elle qui, en réalité, fait régner la loi en lieu et place de son frère attardé. Seulement voilà, à cette époque, une femme n'est pas censée occuper un poste d'homme. Mais Lucy est une femme très intelligente, et tristement lucide sur la condition de la femme dans une Amérique puritaine et rétrograde. Une femme consciente des limites morales à ne pas franchir, et des comportements à suivre pour pouvoir un minimum exister librement dans une société intolérante. L'exemple à suivre pour Billie, qui n'y parviendra pas. 

Sans lendemain est un court roman noir qui se lit d'une traite, et qui repose sur une intrigue taillée au couteau, et sur des personnages forts, subtils et attachants. On retrouve tout ce qui fait la force de l'auteur du cultissime L'Enfer de Church Street: un style simple, dépouillé, incisif, des dialogues enlevés, au service d'un récit fluide qui va à l'essentiel, sans gras, sans fioritures. Sans lendemain est une histoire pure et dure qui baigne dans cette atmosphère viciée d'un roman très noir à la Jim Thompson, David Goodis, ou encore James Ellroy. C'est également l'histoire poignante de trois femmes dont les destins s'enchevêtrent pour le pire. Et c'est enfin une critique virulente et sans appel de la bigoterie. Noir majuscule!

Du même auteur sur ce blog:
L'Enfer de Church Street

Dans le même genre sur ce blog:
Ici commence l'enfer, John Ridley
Piège nuptial, Douglas Kennedy

samedi 2 juin 2018

LA PENSION DE LA VIA SAFFI

VALERIO VARESI

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Traduit de l'italien par Florence Rigollet
Editions Points
Poche 312 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2004 (Italie)
2017 (France)
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Enquête dans le brouillard !


"Même les enquêtes ont du mal à reconstruire la mécanique des faits. Qui n'est pas grand-chose en réalité. Découvrir celui qui a empoigné le couteau pour le planter dans le coeur de Ghitta, la nature de la blessure, sa profondeur et le genre d'hémorragie, ça n'est jamais que décrire la surface d'un fait. Mais le noyau des motivations, la valse des fantômes qui a généré la colère, on ne les connaîtra jamais. On a beau essayé d'en avoir l'intuition, ça reste une entreprise désespérée. On ne peut pas dominer la réalité dans la mesure où chaque résultat est incomplet."

Enquête dans le brouillard, au sens propre comme au sens figuré, pour le mélancolique commissaire Soneri. "Il en profita alors pour se repasser en boucle les mystères que ce monde brouillardeux préservait : la disparition de Fernanda, l'assassinat de Ghitta, Pitti qui rôdait toute la nuit comme un animal en chasse, cette Elvira cynique à faire peur, la mort de Dallacasa... Au bout du compte, tout confluait naturellement vers cette pension qui avait tout du pivot bien huilé autour duquel tournait un univers entier. " Et la pension de la Via Saffi, Soneri la connaît très bien, puisque c'est dans cet endroit qu'il rencontra jadis sa femme, Ada, tragiquement décédée. Car finalement, ce n'est pas seulement sur le meurtre de la gérante que Soneri va devoir enquêter. C'est avant tout une enquête sur lui-même que le commissaire va devoir mener dans les rues brouillardeuses et crépusculaires de la ville de Parme.

Deuxième enquête publiée en France du commissaire Soneri, La Pension de la Via Saffi repose sur une intrigue complexe et sur des personnages ambigus à souhait dans une ville fantomatique et mortifère. Valerio Varesi dévoile les coulisses peu reluisantes d'une Parme gangrénée par la corruption politique, et par les inégalités sociales. Mais ce mélange subtil de whodunit et de roman noir urbain séduit par la personnalité terriblement humaine de son personnage principal le commissaire Soneri, observateur cynique et désabusé d'une société de plus en plus individualiste. 

Au final, un récit qui a de la densité, du caractère, de la profondeur. Et une qualité d'écriture indéniable. Un polar d'atmosphère à l'intrigue recherchée qui porte la marque d'un écrivain de talent. Qui ne tombe jamais dans la facilité, et qui fait très bien ressortir dans ce roman le côté éphémère de toute chose en ce bas monde. J'ai aussi beaucoup aimé la philosophie qui se dégage de ce livre, dans le sens où il faut toujours gratter sous la surface pour tenter de se rapprocher au mieux des véritables motivations présentes en chaque individu. Car ce sont ces motivations qui permettent de comprendre leurs agissements. 

Dans le même genre sur ce blog:
Triste flic, Hugo Hamilton
La ville des morts, Sara Gran
La forme de l'eau, Andrea Camilleri



dimanche 27 mai 2018

L'OMBRE DE GRAY MOUNTAIN

JOHN GRISHAM

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert
Le Livre de Poche
570 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2014 (Etats-Unis)
2015 (France)
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Le roman le plus engagé de cette star du polar américain!

"- Ils ont triché et ils ont gagné. Et ils le feront encore parce que ce sont eux qui écrivent les lois. On ne peut rien contre eux. Ils ont l'argent, le pouvoir, les médecins dans leurs poches, les juges sans doute aussi."

Eux, ce sont les magnats du charbon, les grandes compagnies minières. Il n'y a pas que du gaz de schiste aux Etats-Unis, il y a aussi du charbon, notamment celui des Appalaches, une chaîne de montagnes située à l'est de l'Amérique du Nord. Le Pays Noir. Le paradis pour les multinationales minières, qui appartiennent de plus en plus souvent à des étrangers qui n'ont jamais mis les pieds dans cette région reculée de l'Amérique. Et qui ne voient pas les dégâts causés par l'extraction du charbon: montagnes défigurées par les attaques à l'explosif, et par la déforestation, vallées et paysages détruits par les glissements de terrains, et par le schlamm, cette boue noire issue du lavage du charbon. Les compagnies minières stockent cette boue toxique derrière des digues en terre dans de vastes bassins de décantation. Des barrages précaires qui cèdent régulièrement, inondant maisons et écoles, et polluant de manière irréversible les rivières. Tout un écosystème détruit, et des gens qui meurent, écrasés par des rochers, ou terrassés par des cancers. Dont les causes sont faciles à identifier. Un constat terrifiant et sans concession que dresse John Grisham dans ce roman coup de poing.

Nul besoin de présenter l'un des auteurs américains les plus connus et les plus lus dans le monde entier. Ancien avocat, John Grisham est devenu le maître incontesté du thriller juridique, le legal thriller, il s'est notamment fait connaître avec L'affaire Pélican, La firme, ou encore Le client, tous des bestsellers adaptés au cinéma. Un serial créateur de monstrueux bestseller qui sait raconter une histoire, échafauder des scénarios diablement efficaces , et camper des personnages forts. L'ombre de Gray Mountain se passe en 2008, en pleine crise financière, et met en scène la jeune Samantha Kofer, qui perd subitement son poste d'avocate dans un grand cabinet de Wall Street. Et qui se retrouve à travailler comme stagiaire dans un centre d'aide juridique, à Brady, petite ville minière au coeur des Appalaches. La pauvre Samantha n'est pas au bout de ses surprises. La jeune femme va notamment aider des mineurs silicosés à obtenir justice face à des compagnies inhumaines qui refusent d' accorder à ses ouvriers malades un quelconque dédommagement. Surnommée le mal des mineurs, la silicose est provoquée par l'inhalation de poussières de charbon, cette maladie affecte les poumons des ouvriers de manière irréversible.

L'ombre de Gray Mountain est à ce jour le polar le plus engagé de John Grisham, c'est un cri du coeur déchirant contre l'injustice qui règne dans le monde des mineurs, et c'est un signal d'alarme tiré pour l'avenir face au désastre écologique causé par les compagnies minières. L'auteur lance un message fort, rend hommage à la beauté du monde, et exalte la liberté et la dignité humaines avec une appréciable foi humaniste. Tout en nous captivant par une intrigue enlevée, remarqueblement construite. Le tout écrit dans un style limpide et percutant. Un grand, non, un très grand John Grisham.

Dans le même genre sur ce blog:
Le Club des Macaronis, Steve Lopez
Pandémonium, Les Standiford



jeudi 17 mai 2018

LE CLUB DES PENDUS

TONY PARSONS

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Traduit de l'anglais par Anne Renon
Editions De la Martinière
Grand format 336 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2016 (Angleterre)
2017 (France)
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Le polar le plus controversé de Tony Parsons.


"Je crois plutôt que nous sommes les derniers hommes sains d'esprit encore prêts à agir dans cette ville. Nous avons exécuté un violeur de jeunes filles. Un chauffard en délit de fuite après avoir écrasé un innocent. Une ordure qui a détruit la vie d'un ancien combattant pour pouvoir se droguer. Et ce serait nous, les détraqués?" Le club des pendus, ou plutôt le club des bourreaux. Des justiciers masqués qui ont décidé de rétablir la peine de mort à Londres. Pourquoi les bourreaux ont-il enlevé puis pendu Mahmud Irani, Hector Welles et Darren Donovan ? Parce qu'ils jugent que les lois britanniques ont été trop laxistes avec ces trois individus. Alors les bourreaux ont décidé de se substituer à la justice et à la police, en appliquant une justice beaucoup plus expéditive, définitive même! Et ils continueront tant que le DC Max Wolfe ne les arrêtera pas. Et la tâche s'annonce ardue pour notre détective anglais, qui ne peut pas compter sur le soutien de l'opinion publique qui encense les bourreaux. Une enquête hautement sensible, et tendue à l'extrême!

Le club des pendus est à ce jour le polar le plus controversé de Tony Parsons, le livre a fait l'objet d'une forte polémique lors de sa sortie outre-Manche. Dans cette nouvelle enquête de son personnage fétiche, l'auteur soulève un problème récurrent dans la culture occidentale: la tentation de la justice sommaire prise en main par les citoyens. Se faire justice soi-même parce qu'on estime que le criminel n'a pas reçu la peine qu'il méritait. Dans Le club des pendus, l'auteur a imaginé le pire scénario possible et illustre de manière implacable la violence qui règne dans la société britannique actuelle. Un constat lucide et sans concession, on est bien loin du légendaire flegme britannique. La montée de la violence et de l'intolérance est un fait.

Mais l'auteur n'oublie pas de captiver ses lecteurs de polars en nous offrant un whodunit londonien plein de suspense et de rebondissements. Tout est subtilement et efficacement contrôlé. On suit avec beaucoup de plaisir l'enquête de Max Wolfe qui va encore une fois utiliser tout son savoir-faire pour démasquer les coupables se trouvant parmi les nombreux personnages du livre. Avec un art consommé du récit, écrit dans un style limpide et concis, Tony Parsons nous offre ici son roman le plus abouti à ce jour. Un mélange explosif de polar d'enquête et de roman noir de critique social. Après, chacun se fera son opinion sur ce sujet très sensible. Un polar qui ne laisse pas indifférent, ça c'est certain!

Dans le même genre sur ce blog:
Parmi les cendres, Kate Watterson
Meurtriers sans visage, Henning Mankell

lundi 14 mai 2018

UNE FORÊT OBSCURE

FABIO M. MITCHELLI

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Auteur français
Editions Points
Poche 408 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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La Mitchelli Touch!


Actuellement, la plupart des polars que je lis, je les emprunte à la bibliothèque municipale. J'ai la chance de dépendre d'une bibliothèque très bien fournie en polars, et régulièrement alimentée en nouveautés. Et des nouveautés, il y en a énormément, c'est fou, complètement fou. Je m'en rends compte à chaque fois (c'est de plus en plus rare) que j'ouvre les portes d'une librairie. Tant de livres, tant d'auteurs venus des quatre coins du monde. Difficile pour un nouvel écrivain de se faire sa place dans la jungle du polar, de se démarquer de la masse. Le français Fabio M. Mitchelli fait partie des heureux élus, aucun doute là-dessus. Comment vous dire? Il y a certains polars que vous commencez à lire, et il se passe un truc en plus... où "ça le fait", tout de suite, vous sentez que vous êtes en train de lire un livre pas comme les autres, qui va vous procurer des émotions, qui va vous captiver jusqu'à la fin. Par contre, je vous avertis, avec Une forêt obscure, le voyage sera mouvementé, et terrifiant. L'auteur nous entraîne dans un vortex de terreur dont on a du mal à se relever!

Après son cultissime La compassion du diable, un serial killer thriller spectaculaire et surtout terrifiant, Mitchelli persiste et signe avec Une forêt obscure. On retrouve dans ce thriller sanglant tout ce qui fait la force de cet auteur à part: un style spectaculaire, moderne, percutant au service d'un récit fluide, parfaitement huilé; Des scènes chocs, et des dialogues enlevés; Une intrigue complexe, taillée au couteau, qui mélange avec brio des faits réels avec de la pure fiction, la Mitchelli touch, véritable marque de fabrique de l'auteur. Tout comme dans La compassion du diable, l'auteur nous fait entrer dans la tête de tueurs en série démoniaques. Mais Une forêt obscure est finalement plus un suspense psychologique qu'un serial killer thriller au sens strict du terme. Les tueurs font certes partie intégrante de l'histoire, mais ils sont surtout les pièces d'un vaste puzzle machiavélique et tordu à souhait. Vous qui entrez dans Une forêt obscure, laissez toute espérance, l'auteur nous a concocté une intrigue noire comme le cauchemar, mettant en scènes des personnages hors normes. Notamment Louise Beaulieu, la flic canadienne, avec ses expressions typiques du Québec, vaut le détour. 

L'essentiel de l'action se déroule à Juneau, en Alaska, et l'histoire commence tambour battant dès les premières pages : une joggeuse qui se fait écraser par un chauffard, deux jeunes filles qui sont découvertes en état de choc, aux abords de la forêt de Tongass. Mitchelli ne fait pas dans la dentelle, et met le paquet au niveau de l'intrigue, vertigineuse et glaçante à l'image de son saisissant décor, l'Alaska. L'auteur dévoile les coulisses peu reluisantes d'une ville mortifère aux secrets inavouables. Au final, Une forêt obscure, chant funèbre sur un monde de démence et de sang, confirme tout le talent de Fabio M. Mitchelli, qui renouvelle de façon spectaculaire le suspense psychologique associé au true crime. Une sorte de symbiose entre Un tueur sur la route et LA Confidential de James Ellroy. Je trouve d'ailleurs qu'il y a du James Ellroy chez Fabio M. Mitchelli, cette même atmosphère noire, brutale, sans concession, ce style d'écriture spectaculaire, ces personnages, souvent des écorchés vif que la vie n'a pas épargnés. 

Du même auteur sur ce blog:
La compassion du diable

Dans le même genre sur ce blog:
Tu tueras le Père, Sandrone Dazieri
La conjuration primitive, Maxime Chattam
Glacé, Bernard Minier

lundi 7 mai 2018

TANT PIS POUR LE SUD

PHILIPPE ROUQUIER

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Auteur français
Editions Le Masque
Poche 380 pages
Première publication France:
2017
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Un premier roman assez prometteur.



Sorti en 2017 aux Editions du Masque, Tant pis pour le Sud a remporté le prix du premier roman du festival de Beaune. Un festival présidé l'année dernière par un certain ... Jean-Christophe Grangé. Un prix mérité ? Oui, le premier roman de Philippe Rouquier, mélange exotique de roman d'aventure et de polar politique, est plutôt prometteur. Le positif - l'histoire, l'intrigue, le décor - l'emporte sur le négatif - La forme. Je m'explique.

Le fond m'a beaucoup plu, j'ai été embarqué dès le prologue dans cette histoire âpre et assez originale. Tant pis pour le Sud repose sur une intrigue complexe, recherchée, et des personnages ambigus à souhait dans la chaleur humide et étouffante des Philippines. Je vous résume l'intrigue: Marc Ménéric est lobbyiste en prospection minière aux Philippines. Cet homme de terrain porte constamment sur lui une montre équipée d'un mouchard GPS qui donne sa position en temps réel partout dans le monde. Il faut dire que Marc est susceptible de transporter de grosses sommes d'argent en liquide, des pots-de-vin versés aux huiles locales qui sont ensuite beaucoup mieux disposées à signer les contrats d'autorisation de prospection minière. Jusqu'au jour où la montre de Marc cesse d'émettre, en pleine mer. Noyade accidentelle ? Meurtre ? Kidnapping ? Vincent, le frère de Marc, également lobbyiste dans la même entreprise, mais en Afrique, part pour les Philippines, officiellement pour remplacer Marc à son poste, officieusement pour découvrir la vérité sur sa disparition. Commence alors un road-trip hallucinant et halluciné dans un pays du tiers-monde pauvre, violent, inégalitaire et corrompu. L'auteur dresse un portrait lucide, crédible et fascinant des Philippines tant sur le plan géographique que socio-politique. Tant pis pour le Sud est donc un polar d'atmosphère implacable, impitoyable, à l'image de son saisissant décor. Et le dénouement haletant ne pouvait être que noir comme le cauchemar.

C'est la forme que pêche un peu pour moi. Un peu, je n'irai pas jusqu'à dire que c'est mal écrit, ou mal construit. L'histoire est prenante, les personnages sont fouillés, l'intrigue est de qualité. Mais le récit manque parfois de fluidité, et le style d'écriture n'est pas toujours très limpide. C'est parfois nébuleux, ou trop imagé à mon goût. Bref, j'ai trouvé qu'il y avait quelques maladresses d'écriture pouvant parfois nuire à la bonne compréhension du récit. Mais comme je l'ai écrit dans ma phrase d'introduction, ce livre m'a fait bonne impression, j'ai été séduit par l'histoire, et par la personnalité complexe de son personnage principal, Vincent, sorte de bombe humaine au service de la vérité. Un homme tourmenté mais tenace qui ne reculera devant rien pour retrouver son frère. Au final, un premier roman prometteur, assez bien ficelé, et très dépaysant. Des polars dont l'intrigue se déroule aux Philippines, vous n'en trouverez pas beaucoup !

Dans le même genre sur ce blog:
Cuba Libre, Nick Stone
Condor, Caryl Férey
Génération Armageddon, Roger Simon
Cat 215, Antonin Varenne