vendredi 19 janvier 2018

DOMPTEUR D'ANGES

CLAIRE FAVAN

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Auteure française
Editions Robert Laffont
Grand format
432 pages
Première publication France:
2017
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Classique mais d'une redoutable efficacité, c'est la Favan touch.


Tallahassee, capitale de la Floride, de nos jours: Cameron Diver est lieutenant de police le jour, et serial killer la nuit. Cela ne vous rappelle rien? Si si, Cameron Diver a beaucoup de similitudes avec un certain ... Dexter! À l'instar du célèbre serial killer, Cameron Diver tue les méchants tout en menant une existence normale de flic célibataire. Bien évidemment, Cameron affiche un taux de résolution d'affaires très élevé. Mais qui mieux qu'un tueur en série peut arrêter d'autres tueurs en série ? Un flic. Cameron cumule les deux casquettes, qui dit mieux ? Bref, Cameron mène une vie confortable, jusqu'à ce que son passé le rattrape. Car Cameron Diver n'est pas Cameron Diver. Non Cameron s'appelle en réalité Tom. Tom Taylor qui, à l'âge de cinq ans, a été enlevé par Max Ender. Max, le dompteur d'anges tueurs. Et oui, il y en a qui élèvent des chiens, des chats. Max, lui, préfère élever des serial killers, pour une raison que vous découvrirez en lisant le dernier polar de Claire Favan, un roman noir violent, sanglant, tarantinesque!

La force de ce nouveau thriller de Claire Favan ne réside pas dans l'originalité de son intrigue, mais dans la façon de raconter l'histoire, dans la construction impeccable du récit. Sur le fond, l'intrigue est assez classique, c'est globalement du déjà-vu. Mais sur la forme, Claire Favan fait encore une fois un sans-faute. J'ai été embarqué dans son histoire dès les premières phrases, dès les premiers mots. Les mots de Claire Favan, son style alerte, dynamique, limpide. Les dialogues enlevés, des phrases qui claquent tels des uppercuts que l'on se prend en pleine face. La construction impeccable du récit. Une mécanique de précision parfaitement huilée, un furieux page turner impossible à lâcher, bourré de scènes d'action spectaculaires et bien saignantes, il faut bien le dire. Bref, Claire Favan écrit très bien, et sait raconter une histoire captivante, avec une dextérité hors du commun. Avec Dompteur d'anges, Claire Favan démontre encore une fois un talent immense pour échafauder des intrigues diablement efficaces et camper des personnages forts. J'ai quand même préféré son roman précédent, Serre-moi fort, qui dégage plus de puissance. 

Du même auteur sur ce blog:
Serre-moi fort

Dans le même genre sur ce blog:
Leçons d'un tueur, Saul Black
Mauvaise étoile, R.J. Ellory



dimanche 14 janvier 2018

TU TUERAS LE PÈRE

SANDRONE DAZIERI

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Traduit de l'italien par Delphine Gachet
Editions Pocket
Poche 744 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2014 (Italie)
2015 (France)
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Du même niveau que Le Chuchoteur de Donato Carrisi.


Dante Torre est un survivant, un miraculé: emprisonné pendant une partie de son enfance dans un silo par un terrifiant psychopathe surnommé le Père, Dante a réussi à s'enfuir et à être retrouvé vivant. Son ravisseur, sur le point d'être arrêté, se serait dans la foulée donné la mort. Je dis se serait, donc au conditionnel, car Dante est persuadé que ce n'est pas le Père qui s'est suicidé. Le Père court toujours, et continue, depuis des décennies, d'enlever des enfants. De manière camouflée, insidieuse. Une nouvelle disparition va conforter Dante dans ses doutes. Pauvre Dante qui ne peut plus rester dans un endroit confiné, et qui vit sur la terrasse extérieure de son appartement. Une vie difficile, et ça ne va pas aller en s'arrangeant, quand débarque le commissaire Colomba Caselli. Qui a également échappé à la mort de peu. A une bombe plus exactement. Une écorchée vive qui va mettre Dante sur la piste d'un redoutable serial killer. Un duo d'enquêteurs de choc inédit, inattendu, surprenant, frontal, embarqué dans une chasse à l'homme sans précédent.

Avant de dévorer ce fulgurant thriller hors norme, je pensais que Le Chuchoteur était le plus grand thriller italien jamais écrit. Et bien, Tu tueras le Père atteint des sommets équivalents au roman de Donato Carrisi sur bien des plans. Dès les premières pages, j'ai senti que j'avais entre les mains un thriller pas comme les autres, une production de qualité supérieure, un Label Rouge version serial killer thriller. Et je ne peux pas croire un instant que vous ne le sentirez pas aussi. Tous les ingrédients du thriller d'exception sont réunis: le style d'écriture direct, alerte, percutant, le rythme effréné du récit, le suspense et les rebondissements incessants, des scènes d'action spectaculaires, des personnages forts, hors normes, embarqués dans un engrenage terrifiant et diaboliquement addictif. Et le tueur insaisissable, le diable en personne, qui fait peur, très peur.

Au final, Tu tueras le père est une mécanique de précision parfaitement huilée, un furieux page turner, mélange explosif de serail killer thriller saignant et de polar politique, une bombe textuelle survitaminée, un livre à grand spectacle, et surtout une histoire stupéfiante mettant en scène deux personnages hors normes. Avec un ultime rebondissement qui laisse entrevoir une suite intéressante. 

Dans le même genre sur ce blog:
Le Chuchoteur, Donato Carrisi
La conjuration primitive, Maxime Chattam



dimanche 7 janvier 2018

THE LIFE GAME

LAURENCE FONTAINE

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Auteure française
Editions Bragelonne - Milady
Poche 368 pages
Première publication France:
2016
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Un mélange assez réussi d'aventure et de thriller à l'américaine.



"The Life Game peut faire cela ; ouvrir des portes que vous croyez scellées. Vous avez un projet professionnel et vous rêvez de le réaliser? Acteur, cinéaste, profileur, médecin, avocat, toutes les professions sont à votre portée! Pourvu que vous le vouliez. Envoyez-nous votre projet professionnel, et le plus original deviendra notre grand jeu télévisé de l'été."

Jade Neuville, jeune étudiante en criminologie n'en revient pas: son projet a été retenu par cette émission américaine qui propose à un(e) candidat(e) d'obtenir l'emploi de ses rêves. Et Jade Neuville n'a qu'un rêve: intégrer le FBI en tant que profileuse spécialisée dans les tueurs en série. Et il se trouve que The Life Game va lui fournir la logistique nécessaire pour traquer et débusquer Scott Eden, un acteur en cavale soupçonné par Jade d'être un redoutable serial killer, qui sème la terreur depuis des décennies sur le continent américain. Jade quitte donc Paris pour rencontrer le producteur de l'émission, l'énigmatique Tom Newton. Commence alors pour la française un road-trip sanglant aux quatre coins de l'Amérique, sur les traces du tueur. Mais, dans ce roman à suspense, la télé-réalité est un moyen, pas une fin. En effet, l'intrigue va prendre une tournure assez inattendue, en tout cas pour moi, qui ne m'attendais pas du tout à une telle évolution du récit! Car l'accent va être mis sur les histoires et les destins personnels des deux protagonistes principaux que sont Jade et Tom. Une sorte de quête identitaire pour la jeune femme, et une quête de rédemption pour le producteur. Donc pas vraiment de critique de la télé-réalité, qui joue finalement un rôle secondaire dans l'intrigue.

Un conseil si vous souhaitez prendre le plus de plaisir possible à la lecture de ce bon thriller: l'intrigue est purement romanesque. Ne cherchez pas de lien avec le réel, attendez-vous à lire une aventure pleine de suspense et de rebondissements improbables. Et souvent tirés par les cheveux, il faut bien le dire. Partant de ce postulat, vous apprécierez ce mélange plutôt réussi de serial killer thriller bien saignant, et d'aventure mâtinée de romance. Les descriptions des paysages américains sont superbes. Dépaysement garanti. Le tout écrit dans un style alerte, percutant, cinématographique, et sanglant, au service d'un récit fluide et sans temps mort, qui entremêle habilement passé et présent. C'est rythmé, il y a de l'action, du suspense, de l'amour, parfois on se croirait dans le film A la poursuite du diamant vert, avec Michael Douglas dans le rôle de Tom, et Kathleen Turner dans celui de Jade. Bref, pas un polar inoubliable, pas un chef d'oeuvre, mais un bon thriller globalement bien écrit et bien mené, avec quelques réflexions sur la vie bonnes à prendre. Le dépaysement en prime. On voit que The Life Game a été écrit par une vraie baroudeuse !

Dans le même genre sur ce blog:
Fidèle au poste, Amélie Antoine

L'ANGE GARDIEN

JÉRÔME LEROY

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Auteur français
Folio
Poche 384 pages
Première publication France:
2014
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Un thriller politique qui mélange réalité et fiction.


"Je crois, moi, que Berthet a refusé de laisser l'époque massacrer ton corps de jeune fille, ce corps qu'il ne posséderait jamais en faisant l'amour avec toi. Berthet était un membre de l'Unité, Berthet savait que le déterminisme n'existait pas, qu'il suffisait d'une poignée d'hommes décidés, sans pitié, sans morale pour changer dans l'ombre le cours des événements. Demain, s'ils le désiraient, si ça arrangeait des intérêts supérieurs, ils transformeraient Roubaix, ou une autre ville, en champ clos d'émeutes ethniques et après-demain, ils feraient cesser ces mêmes émeutes qu'ils auraient provoquées. Ils se prenaient pour Dieu, avec un pouvoir illimité merveilleusement confondu avec la transparence démocratique."

L'Unité, un État dans l'État, sorte d'organisation nébuleuse qui tire les ficelles de l'histoire, et qui se compose notamment d'agents secrets comme Berthet. De véritables machines à tuer qui accomplissent les basses besognes. Mais Berthet n'est plus tout jeune, et surtout il sait beaucoup, beaucoup de choses sur l'Unité. Alors forcément Berthet a peur d'être assassiné par son impitoyable employeur, et donc Berthet se cache à Lisbonne, et réfléchit à une porte de sortie. Faire écrire ses mémoires par un écrivain aux abois comme Martin Joubert, par exemple. Un roman sur sa carrière de tueur, mais surtout une assurance-vie contre l'Unité. Faire éclater la pourriture au grand jour. Mais pas seulement. Car Berthet a une faille, un talon d'Achille, comme tout le monde finalement, même si Berthet n'est pas Monsieur-tout-le-monde, et heureusement! Berthet veut faire tomber l'Unité pour sauver la ministre Kardiatou Diop, avec qui Berthet entretient depuis des décennies une bien étrange relation. Une histoire d'amour oui, mais pas au sens où on pourrait l'entendre.

Polar inclassable, indéfini, L'ange gardien est donc l'histoire de ces trois personnages que sont Berthet, Martin Joubert, et Kardiatou Diop. Trois récits, trois destins qui s'enchevêtrent pour le meilleur et surtout pour le pire, dans cette oeuvre qui mélange la fiction et la réalité. Les noms des politiques sont fictifs, mais on n'a pas trop de difficultés à faire le lien avec des personnages bien réels. Car l'auteur dresse avant tout un constat implacable sur le monde actuel, et sur la France en particulier: progression des extrêmes, fragilisation des démocraties, cloisonnement de plus en plus important de nos sociétés, repli sur soi dans une atmosphère de doute et de peur. Le ton du roman est également singulier, entre thriller d'espionnage rythmé par de très bonnes scènes d'action, critique sociale et politique, et histoire d'amour. Le sexe (souvent très cru) et l'humour sont également présents, histoire d'atténuer le côté assez "froid" de ce qui reste quand même un thriller politique impitoyable. J'ai bien aimé ce passage assez vaudevillesque, lorsque ce pauvre Martin Joubert se retrouve coincé dans son appartement entre Berthet d'un côté, qui lui veut du bien, et les méchants barbouzes de l'autre, qui lui veulent du mal. Une situation cocasse mais surtout propice à de savoureux dialogues. Au final, L'ange gardien est un roman assez déroutant, troublant, écrit dans un style sec, cru, précis, nerveux, et implacable. J'ai préféré les deux premiers récits au troisième que je trouve un peu longuet par moment, exception faite du final qui atteint des sommets d'intensité dramatique. 

Dans le même genre sur ce blog:
On achève bien les disc-jockeys, Didier Daeninckx
L'honorable société, Manotti-DOA

mercredi 27 décembre 2017

TOP 20 2017







Hello fans de polars,

Comme chaque fin d'année, je vous présente mon top 20 polars. Mes 20 polars préférés lus en cette année 2017. le compte à rebours peut commencer, c'est parti!


Numéro 20:
Dernier meurtre avant la fin du monde de Ben H. Winters. Un polar étrange au carrefour du whodunit à la Agatha Christie et de la science-fiction pré-apocalyptique. Le premier volet d'une formidable trilogie. 


Numéro 19:
Seules les bêtes de Colin Niel. Un roman noir magistral, et très original tant par son intrigue que par son style. 


Numéro 18:
Trame de sang de William Bayer. Mon auteur américain préféré signe un roman noir audacieux, symbiose improbable entre Le maître des illusions de Donna Tartt, L'attrape-coeur de J.D. Salinger et Les visages de Jesse Kellerman. 


Numéro 17:
La nuit n'est jamais complète de Niko Tackian. Un suspense psychologique palpitant et émouvant, un huit-clos prenant avec une fin à la Shutter island. Un deuxième roman qui hisse Niko Tackian au rang des plus grand auteurs français de thrillers. 


Numéro 16:
La nuit est leur royaume de Wessel Ebersohn. Cet auteur sud-africain confirmé signe un thriller politique implacable, dont l'intrigue se situe au Zimbabwe.


Numéro 15:
La Daronne de Hannelore Cayre. Le polar décalé français de cette année 2017, le portrait décapant et inoubliable d'une jeune mère veuve qui va devenir une redoutable trafiquante de drogue. 


Numéro 14:
Canicule de Jane Harper. Un premier polar torride qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'une petite ville perdue dans le bush australien. 


Numéro 13:
Captifs de Kevin Brooks. Un court roman choc qui a suscité une virulente polémique lors de sa parution en Angleterre. Un huit-clos terrifiant au final noir comme le cauchemar. Attention âmes sensibles s'abstenir !


Numéro 12:
Entre hommes de German Maggiori. Ce roman noir a été qualifié par la presse de meilleur polar argentin de tous les temps. Une histoire glauque de flics et de gangsters sur fond d'une capitale argentine en décomposition. 


Numéro 11:
Le mystère Sherlock de J.M. Erre. Un huit-clos totalement barré, Les dix petits nègres version destroy. Et une plongée fascinante dans le célèbre Canon holmésien. On rigole beaucoup et en même temps on apprend des choses. Qui dit mieux ?


Numéro 10:
Dossier 64 de Jussi Adler Olsen. Mon enquête préférée du célèbre département V, la version danoise de Cold Case. Un thriller palpitant qui dévoile tout un pan de l'histoire du Danemark. 


Numéro 9:
L'enfant invisible de Cornelia Read. Le roman le plus abouti de cette auteure américaine atypique. Une chronique du New York du début des années 90 sur fond d'inégalités sociales et de maltraitance infantile. Entre humour décapant et noirceur sans espoir.


Numéro 8:
La veuve de Fiona Barton. Un furieux page turner, un récit à plusieurs voix palpitant du début à la fin. Sur le thème de la pédophilie. Un premier roman totalement abouti. 


Numéro 7:
Casanova et la femme sans visage de Olivier Barde-Cabuçon. La première enquête du commissaire aux morts étranges. Une plongée fascinante et érudite dans le Paris d'avant la Révolution de 1789. Du grand grand art!


Numéro 6:
Serre-moi fort de Claire Favan. Un serial killer thriller d'une redoutable efficacité et d'une noirceur absolue. Vertigineux, spectaculaire et frontal !


Numéro 5:
Baad de Cédric Bannel. Un mélange explosif, spectaculaire de roman noir social, de thriller politique implacable et de suspense sanglant. Une mécanique parfaitement huilée qui balaie tout sur son passage, et dont l'intrigue se situe principalement en Afghanistan. L'auteur qui connaît très bien ce pays en dresse un portrait saisissant.  


Numéro 4:
L'oubli de Emma Healey. Un suspense psychologique sur le thème de la mémoire. Un thriller pas comme les autres, palpitant, déroutant, émouvant, et crédible. Top qualité au niveau de l'intrigue qui entremêle habilement passé et présent, et top qualité au niveau de l'écriture limpide et précise. Un chef d'oeuvre tout simplement !


Le Podium 2017:

3 Le sang des pierres de Johan Theorin. Un thriller scandinave de très très haut niveau qui entremêle passé et présent. Un suspense psychologique envoûtant qui mélange légendes insulaires, univers du porno suédois, et relations familiales. Inoubliable !

2 Le Bourreau de Gaudi de Aro Sainz de la Maza. Un fulgurant thriller barcelonais, une intrigue magistrale qui dévoile les coulisses peu reluisantes d'une capitale catalane dont une partie de la population a été sacrifiée sur l'autel du tourisme de masse. Puissant, indispensable !

1 Rêver de Franck Thilliez. Le maître du suspense horrifique made in France au sommet de son art et de son potentiel créatif. Un Escape game version thriller sanglant, un Cluedo infernal, diabolique, que vous dévorerez d'une traite. Mon polar préféré de cette année 2017. 

Rendez-vous en 2018 pour de nouvelles critiques !

Pietro 


vendredi 22 décembre 2017

DERNIER MEURTRE AVANT LA FIN DU MONDE

BEN H. WINTERS

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec
Editions 10/18
Poche 335 pages
Sélection Guide polar Pietro
Première publication:
2012 (Etats-Unis)
2015 (France)
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Le premier volet d'une passionnante trilogie !


"- Bon. Disons que je vais assassiner quelqu'un.
Un silence. Dotseth attend, amusé, avec une patience exagérée.
- D'accord !
- Et que je vis à une époque et dans une ville où on se suicide à tout bout de champ. Dans tous les coins. La ville des pendus.
- OK.
- Est-ce que mon réflexe naturel ne serait pas de tuer ma victime, puis de maquiller le meurtre en suicide ?
- Peut-être.
- Peut-être, hein ?
- Mouais. Peut-être. Mais ça, là ? (Il indique gaiement du pouce le corps avachi.) Ça, c'est un suicide.
Il cligne de l'oeil, pousse la porte des toilettes, et me laisse en tête à tête avec Peter Zell."

La ville des pendus c'est Concord, dans le New Hamsphire, nord-est des Etats-Unis. En effet, dans cette bourgade habituellement très très tranquille, les gens ne se suicident pas, ou très peu. Les gens ne sont pas assassinés, ou très peu. Bref, un taux de criminalité qui frise le 0 %. Sauf que dans six mois, un gigantesque astéroïde va percuter de plein fouet la terre. C'est la fin du monde. Et une excellente explication pour cette épidémie de suicides. Et à Concord, visiblement on choisit la pendaison comme méthode pour mettre fin à ses jours. Alors forcément, quand Peter Zell, un agent d'assurance à première vue sans histoire, est retrouvu pendu dans les toilettes d'un célèbre fast food, tout le monde croit à un suicide, et surtout tout le monde s'en fout de ce suicide. Tout le monde sauf Henry Palace, récemment promu inspecteur à la brigade criminelle de Concord. Un homme tenace, obstiné, perspicace, un enquêteur hors pair persuadé que Peter Zell a bel et bien été assassiné. Comment, pourquoi et surtout par qui? L'inspecteur va mener son enquête jusqu'au bout, malgré un contexte très perturbé. Et c'est un euphémisme !

Premier volet d'une trilogie vraiment atypique, Dernier meurtre avant la fin du monde possède tous les atouts nécessaires pour transporter aussi bien l'amateur de whodunit classique que de science-fiction. Et c'est vraiment la combinaison de ces deux aspects qui apporte un côté décalé à ce récit très prenant. En effet, d'un côté on baigne dans une atmosphère totalement pré-apocalyptique: Les entreprises ferment les unes après les autres, le réseau de téléphonie se dégrade, la nourriture se fait de plus en plus rare, le marché noir se développe, les pillages augmentent, et les gens, s'ils ne se suicident pas, se réfugient dans la drogue, l'alcool et le sexe dit déviant. Ou bien, ils abandonnent tout pour aller réaliser leurs rêves avant qu'il ne soit trop tard. Les autorités tentent bien de maintenir un semblant d'ordre en durcissant les lois en matière de sécurité, mais le chaos social est difficilement maîtrisable. Et de l'autre côté, on a un policier qui mène son enquête comme si de rien n'était. Un Hercule Poirot qui exploite le moindre indice, qui explore toutes les pistes pour découvrir la vérité. Six mois avant de mourir ou de se retrouver à survivre dans un monde dévasté.

Au final, Dernier meurtre avant la fin du monde séduit par la personnalité de son personnage principal, qui continue à faire son travail malgré un contexte terrifiant. Un homme attachant, pétri d'humanité, embarqué dans une enquête pleine de rebondissements. Sur la forme, le style d'écriture de Ben H. Winters est posé et limpide, au service d'un récit fluide et très bien construit. Au  niveau de l'enquête, tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part d'un auteur qui sait ménager le suspense, et brouiller les pistes. Et l'atmosphère du roman est vraiment atypique. En effet, il existe beaucoup de romans post-apocalyptiques (La Route de Cormac McCarthy, Malevil de Robert Merle etc...) mais peu de romans pré-apocalyptiques. Et je trouve que les situations et évènements imaginés par l'auteur dans ce contexte de fin du monde programmée sont franchement crédibles. Bref, je vous recommande vivement ce très bon polar, dont la fin laisse entrevoir une suite plus qu'intéressante. Que je m'en vais lire de ce pas !

Dans le même genre sur ce blog:
Le sabbat dans Central park, William Hjortsberg
A côté de la plaque, Marc Behm
L'horreur au coeur de la nuit, Russell Greenan

vendredi 15 décembre 2017

À DÉCOUVERT

HARLAN COBEN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud
Edirions Pocket Jeunesse
Poche 288 pages
Première publication:
2011 (Etats-Unis)
2012 (France)
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Un brin de nostalgie !

Je crois que je me souviendrai toujours de mon premier polar: Caïus et le gladiateur de l'écrivain allemand Henry Winterfeld. Pourtant c'était il y a presque trente ans en arrière. Mais je m'en souviens car c'est le premier roman que j'ai réussi à lire jusqu'à la fin. J'avais huit ans. Quelle fierté pour moi d'avoir enfin fini un livre. C'était un polar. Comme quoi il n'y a pas de hasard. Ensuite, j'ai dévoré Les six compagnons, Le club des cinq, Alice, Michel, et Les trois jeunes détectives (ma série préférée). Puis vers 13 ans, j'ai attaqué les Agatha Christie. Et enfin, à l'adolescence, j'ai basculé, comme bon nombre de gens de ma génération, dans l'univers de Stephen King. Le parcours classique. Aujourd'hui, j'en suis à plus de deux mille polars lus, dont le dernier s'appelle À découvert de Harlan Coben, le maître du suspense à l'américaine. Et quand je me suis mis à chercher sur le web une photo de la première de couverture pour mon article, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que le livre était classé dans la catégorie Pocket Jeunesse. Pourtant l'exemplaire que j'ai acheté est bien un Pocket pour adultes, reconnaissable par la petite goutte de sang sur le dos de l'ouvrage. Mais non, c'est bien un Pocket Jeunesse, disponible dans la collection 15 ans et plus. Et force est de constater que cette première enquête de Mickey Bolitar peut être lue aussi bien par un adolescent que par un adulte. Du coup, ça m'a rappelé des souvenirs. Nostalgie quand tu nous tiens!

Le héros de cette histoire s'appelle donc Mickey Bolitar, un adolescent en apparence comme les autres, qui entre au lycée, joue au basket, et sort avec une ravissante jeune fille de son âge. L'ado typique auquel les lecteurs du même âge peuvent facilement s'identifier (c'est le but). Sauf que Mickey Bolitar a vécu, vit et vivra encore de nombreuses aventures hors du commun. Des évènements improbables: Mickey est victime d'un terrible accident de voiture, dont il sort indemne. Mais pas son père qui y laissera la vie. Sa mère, une ancienne joueuse professionnelle de tennis, effondrée par la mort de son mari, devient une junkie, et passe son temps dans des cliniques de désintoxication. Mickey vit dans le sous-sol de la maison familiale, en compagnie de son oncle, le célèbre Myron Bolitar, personnage bien connu des lecteurs de Harlan Coben. Attendez ce n'est pas fini, si vous connaissez Harlan Coben, vous savez que la star du thriller à l'américaine est dotée d'une imagination débordante. La petite amie de Mickey disparaît sans laisser de traces, et la vieille folle du coin, qui vit dans une maison hantée, affirme que le père de Mickey est toujours vivant. Sacré programme !

Dans cette nouvelle série policière, on retrouve tout ce qui fait la force de Harlan Coben: une intrigue captivante, pleine de suspense et de rebondissements improbables. Des personnages attachants. Un style incisif, percutant, au service d'un récit fluide, et sans temps mort. Des dialogues enlevés. Et surtout, l'ultime rebondissement à la toute dernière phrase du livre, qui laisse entrevoir une suite palpitante. Cette première enquête de Mickey Bolitar pose les bases d'une série à l'américaine efficace et bien menée. Mais par contre, je ne mettrai pas ce livre entre les mains d'adolescents plus jeunes. 15 ans c'est la limite, à mon sens. Certains passages du livre sont quand même difficiles d'un point de vue émotionnel, notamment lorsque l'auteur parle d'Auschwitz. Après, c'est mon avis, ça n'engage que moi. Avec l'éternel débat en toile de fond: doit-on préserver le plus longtemps possible l'innocence de nos enfants? Ou doit-on les confronter dès que possible à la part de noirceur présente dans ce monde ? Difficile de répondre.

Du même auteur sur ce blog:
Disparu à jamais
Faute de preuves