mardi 21 février 2017

ROBERTO ZUCCO

BERNARD-MARIE KOLTÈS

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Auteur français
Les Editions de Minuit
Poche 140 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
1988/2001
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Quand le polar s'invite au théâtre !


Le polar est décidément un genre protéiforme, présent dans toute forme de littérature: roman, nouvelle, et pièce de théâtre. Certains auteurs de romans noirs ont également écrit des pièces de théâtre, comme par exemple Dennis Lehane et sa pièce Coronado. Bernard-Marie Koltès n'est pas un écrivain de polars, mais il a écrit en 1988 Roberto Zucco. Et pour la noirceur on est servis, croyez-moi! Inspirée de l'histoire du tueur en série italien Roberto Zucco, l'oeuvre provoqua un énorme scandale à sa sortie. Il se dégage de cette pièce une épouvantable noirceur que ne vient éclairer aucune lueur d'espoir. Une dimension tragique exacerbée par la violence de certaines scènes. Et une atmosphère digne des romans les plus noirs de David Goodis, Jim Thompson, ou plus récemment Jon Bassoff. Cette pièce est structurée comme une boucle: Roberto Zucco s'évade de prison puis sème la mort et la désolation partout où il passe, et enfin retourne en prison pour achever une vie tragique. Comme si tout était écrit à l'avance. Certaines scènes atteignent des sommets d'intensité dramatique. Bien sûr, cette pièce est une réflexion très subtile sur le crime, la folie, et la misère. Et le personnage de Roberto Zucco est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.

Si vous êtes uniquement amateur de lecture noire, votre intérêt pour ce livre s'arrêtera là, car les deux "morceaux de pièces" qui suivent, ainsi que l'interview de Bernard-Marie Koltès n'ont rien à voir avec l'atmosphère qui se dégage de Roberto Zucco. La deuxième pièce Tabataba, très courte, est beaucoup plus légère. Il s'agit d'un dialogue truculent entre un frère et une soeur, qui se disputent, puis finissent par se réconcilier. Ensuite, Coco est une ébauche de pièce encore plus courte, qui raconte, de manière tragicomique et purement imaginaire, la fin de vie de Coco Chanel. Comme une dédicace inachevée à la grande créatrice de mode. 

Enfin, le roman s'achève par une interview de l'auteur, qui raconte la genèse et la mise en place d'une de ses pièces de théâtre, qui n'est ni Roberto Zucco, ni Tabataba, ni Coco. Ce que je trouve dommage. Il aurait été intéressant d'avoir le regard de l'auteur sur ses trois pièces, ou au moins sur Roberto Zucco, cette pièce si singulière, à la limite du mystique. Au final, je vous recommande de lire la première pièce Roberto Zucco, qui vaut vraiment le détour. Le reste peut être ignoré. Sauf, bien sûr, si vous êtes un fan inconsidéré de cet auteur atypique qu'était Bernard-Marie Koltès, mort du SIDA en 1989 à l'âge de 41 ans!

Dans le même genre sur ce blog:
Coronado, Dennis Lehane



vendredi 10 février 2017

TABOU

CASEY HILL

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Traduit de l'anglais (Irlande) par Anath Riveline
Editions 10/18
Poche 408 pages
Première publication:
2011 (Irlande)
2012 (France)
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Un serial killer thriller classique et efficace!

Peur sur la ville! Dublin, de nos jours, un serial killer sème la terreur dans les rues de la capitale irlandaise. Un fan de Freud qui tue ses victimes en les obligeant à transgresser les tabous: suicide, inceste, euthanasie... tout un programme, sordide à souhait. La chasse à l'homme est menée par Reilly Steel, qui a quitté le FBI et le soleil de la Californie pour superviser l'équipe médico-légale de la police de Dublin. Une américaine au passé familial trouble ; Chris Delaney, un inspecteur tenace, chevronné, mais en proie à de mystérieuses douleurs ; Et Daniel Forrest, un profileur mondialement connu, et mentor de Reilly. La traque peut commencer!

Vous aimez les polars hors normes, de fulgurants thrillers, puissants, qui transcendent le genre, le renouvellent, le dépoussièrent. De furieux page turners que vous dévorez littéralement, jusqu'au coup de théâtre final. L'ultime rebondissement que vous n'aviez pas vu venir. C'est ça que vous cherchez? Et bien, si c'est le cas, n'ouvrez surtout pas Tabou. Comme disait un célèbre comique, allez hop, circulez y a rien à voir! 

Vous l'aurez compris, ce sympathique serial killer thriller ne marquera pas l'histoire du polar, ne révolutionnera pas un genre déjà bien éprouvé. Tabou, c'est le thriller que vous emportez tranquillement à la plage, et que vous lisez pour vous vider la tête. Un suspense sanglant et psychologique, pas trop mal fichu: une écriture simple, limpide, des chapitres courts, un rythme assez soutenu, quelques rebondissements. Bref, ça casse pas des briques, mais ça se lit, sans prise de tête. Une mécanique bien huilée qui vous fera passer un bon moment. Un roman de gare sympa, écrit à quatre mains, vite lu et vite oublié. Un livre pas totalement abouti, dont la fin nous laisse un peu sur notre faim! Mais je n'irai pas jusqu'à le déconseiller aux lecteurs fans de serial killer thrillers, car ce n'est pas un mauvais polar non plus. 12/20 !

Dans le même genre sur ce blog:
Jeu d'ombres, Ivan Zinberg



samedi 4 février 2017

ENTRE HOMMES

GERMAN MAGGIORI

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Traduit de l'espagnol (Argentine) par Nelly Guicherd
Editions La dernière goutte
Grand format 372 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2013 (Argentine)
2016 (France)
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Un p..... de roman noir argentin!


"- Conduis et boucle-la, Almada, parce qu'avec la chiasse que j'ai, je me marre et je me chie dessus direct." "Parce que la vidéo appartenait à un mort que j'ai même pas respecté, parce que la télé et le magnéto sont chourés, parce que la came est en train de me ronger le cerveau, parce que je suis un perdant de plus d'une génération perdue, parce que..." Deux phrases résumant bien l'atmosphère qui règne dans ce polar argentin: humour et désespoir. Des scènes atroces qui alternent avec des passages franchement comiques, une intrigue échevelée, des personnages complètement barrés, que des hommes d'ailleurs, ce qui explique le titre du livre. Les tontons flingueurs version latino. Que des mecs avec des surnoms improbables: Almada le Timbré, Garmendia le Monstre, Diana le Boucher, Cortez le Tucumano, Zabala la Trombine, je m'arrête là, car la liste est longue. Tout ça ne vous rappelle rien? Mais si, on se croirait dans un bon vieux film de Quentin Tarentino. Si un jour ce livre tombe entre les mains du réalisateur américain... Car Entre hommes est un polar tarantinesque, donc violent, crépusculaire, halluciné et hallucinant. Mais ne vous y trompez pas. Malgré son côté déjanté, voire absurde, Entre hommes est une histoire noire comme le cauchemar. Un enfer métaphysique, un polar désenchanté et désespéré. Un constat terrible sur le monde en général, et l'Argentine en particulier. German Maggiori décrit une société désemparée, chaotique, au seuil de l'apocalypse. L'action du roman se déroule entièrement à Buenos Aires, la capitale de l'Argentine. Une mégapole crépusculaire, vertigineuse, une cité de la peur, rongée par la violence, la drogue et surtout la misère. 

Sur le fond, German Maggiori a imaginé une intrigue tordue, floue à l'image de l'atmosphère qui règne dans ce roman. Car il est difficile de faire la différence entre les bons et les méchants dans ce roman très noir: les flics sont aussi pourris que les voleurs. L'histoire est bien sordide: deux flics sont chargés de retrouver une vidéo, qui peut s'avérer compromettante pour des huiles de la haute société argentine. Cette vidéo montre une orgie de sexe et de drogue entre un sénateur, un juge, un banquier, deux travestis et une jeune prostituée. Problème: la prostituée meurt d'une overdose en pleine action. L'orgie a été organisée par un truand de la pire espèce, qui tue les travestis, et s'enfuit avec la vidéo qu'il doit normalement remettre à un individu appelé le Vengeur. Nouveau problème: le truand est retrouvé mort dans un immeuble en construction, et la vidéo a disparu. Bref, une histoire glauque et tordue à souhait!

Sur la forme, le style de l'auteur est percutant, cru, brut de décoffrage. Des dialogues enlevés, qui fusent, tels des uppercuts que vous vous prenez en pleine face. Une atmosphère digne des meilleurs romans de James Ellroy, David Goodis, ou encore Robin Cook. C'est spectaculaire, sauvage, sombre. J'ai aimé aussi le côté philosophique, avec notamment un passage hallucinant qui expose la théorie de l'Homo toxicus. Terrifiant! Au final, Entre hommes a été qualifié par la presse de "meilleur polar argentin de tous les temps". J'ai lu très peu de polars argentins, donc je ne sais pas si Entre hommes mérite vraiment cette distinction. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que c'est un très bon roman noir. 

Dans le même genre sur ce blog:
Trois gouttes de sang et un nuage de coke, Quentin Mouron
Profession balance, Christopher Goffard
Un jambon calibre 45, Carlos Salem
Le point limite, John Wessel
Comment j'ai trouvé un boulot, Jim Nisbet

vendredi 27 janvier 2017

LA TRISTESSE DU SAMOURAÏ

VICTOR DEL ARBOL

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Traduit de l'espagnol par Claude Bleton
Editions Babel
Poche 480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2011 (Espagne)
2012 (France)
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Un roman noir historique impitoyable


"Viendra même un temps où les proches de cette famille maudiront l'homme pendu au gibet. Pourquoi avait-il fallu qu'il s'éprenne de la femme d'un chef de la Phalange? Que s'était-il imaginé? Avec une fasciste, avec la femme d'un fasciste, avec la mère d'un fasciste. La vérité n'intéressera personne". L'homme pendu au gibet, c'est Marcelo Alcalà, un instituteur de campagne modeste qui a eu le malheur de tomber amoureux d'Isabel Mola. Une femme battue par son mari fasciste, qui finira assassinée par son amant, Gabriel Bengoechea. Le pauvre Marcelo n'est pas l'amant, non. C'est le pauvre bouc émissaire, le coupable idéal, un innocent qui finira pendu en prison. Le véritable commanditaire n'étant autre que le mari d'Isabel, manipulé par son bras droit Publio. Une pourriture de la pire espèce, un des personnages les plus abjects jamais créé par un auteur de roman noir. Et toute cette tragédie si terriblement humaine aura des conséquences dramatiques sur les descendants de Marcelo, d'Isabel, et de Gabriel. Comme une malédiction qui s'abat sur un monde loin d'être manichéen !

La Tristesse du Samouraï est un roman atroce, prenant, implacable. Impitoyable. Oui, impitoyable est vraiment le terme qui qualifie cette épouvantable histoire racontée par un écrivain de talent. Car il fallait un sacré souffle pour écrire ce roman dur, très dur, éprouvant. Certaines scènes sont très crues, à la limite du supportable. L'auteur a mélangé avec virtuosité plusieurs genres: Roman noir, polar historique, thriller sanglant, et suspense psychologique, voire même philosophique, existentialiste. Un tour de force qui s'achève dans un dénouement épique, sanglant et noir comme le cauchemar. Mais à époque dure, roman dur. En effet, l'histoire se déroule sur deux périodes bien distinctes: l'Espagne franquiste pendant la seconde guerre mondiale, et le début des années 80, alors que le pays sort tout juste de la dictature du général. Des décennies passées à vivre dans la terreur, qui ont complètement détraqué le psychisme de toute une population. Cela ressort vraiment dans la psychologie des personnages de ce livre.

La Tristesse du Samouraï repose sur une intrigue complexe, subtile, et taillée au couteau. Ou plutôt au sabre! Le sabre du Samouraï. C'est une histoire poignante qui s'étend sur des décennies, de la seconde guerre mondiale jusqu'au début des années 80. Une histoire d'amour et de haine, de jalousie et de vengeance, de trahisons et de mensonges, de pouvoir et de manipulation. Un chant funèbre sur un monde de démence et de sang, une fresque épique et surtout très violente, une toile machiavélique tissée par un auteur surdoué. En effet, pour son premier roman, Victor Del Arbol montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit. L'auteur ne tombe jamais dans la façilité, et parvient à rendre limpide une histoire complexe qui suit trois générations d'espagnols. Le style est riche, sophistiqué, mais très clair. Bref, un thriller très noir totalement abouti, qui révèle un auteur talentueux. 

Dans le même genre sur ce blog:
Crépuscule sanglant, James Carlos Blake
Un long moment de silence, Paul Colize



samedi 21 janvier 2017

DANS LA VILLE EN FEU

MICHAEL CONNELLY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Le Livre de Poche
480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2012 (Etats-Unis)
2015 (France)
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Un très grand Connelly


Michael Connelly est un auteur connu, reconnu, un des maîtres incontestés du roman policier américain. Un écrivain qui écrit comme il respire. Du coup, parfois, c'est bon, parfois c'est moyen, et parfois c'est très très bon. Dans la ville en feu entre dans la catégorie "très très bon", à l'instar des grands romans de l'auteur comme Le poète, Le dernier coyote, ou encore Créance de sangDans la ville en feu est une enquête passionnante, palpitante, pleine de suspense et de rebondissements. On y retrouve tout ce qui fait la force de Connelly. La Connelly touch: rigueur et qualité de l'intrigue, dialogues enlevés, et une maîtrise impressionnante dans la conduite du récit. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de l'auteur qui nous tient en haleine jusqu'au dénouement final, haletant. Les indices sont savamment distillés dans ce polar, jusqu'à la découverte de la vérité.

Et bien sûr, le grand personnage de ce roman, c'est Harry Bosch, figure désormais mythique de la littérature policière américaine. Harry Bosch, pour moi, c'est l'inspecteur Harry en plus cérébral, et plus politiquement correct. Mais un inspecteur Harry quand même: un flic tenace, besogneux, acharné, une véritable bombe humaine au service de la vérité, qui ne reculera devant rien pour retrouver les assassins d'Anneke Jespersen. Et tous les moyens sont bons pour résoudre l'affaire, et ce n'est pas un supérieur zélé qui va empêcher notre Bosch de venger la mort d'une jeune femme.

"Deux jours plus tôt, les fractures raciales, sociales et économiques qui agitaient la ville avaient brisé sa surface avec une intensité proprement sismique." "Bientôt, tout L.A. était en feu, et la situation était devenue incontrôlable." 1992: Harry Bosch patrouille dans les rues d'une ville désemparée, chaotique, au bord de l'apocalypse, en proie à des émeutes d'une rare violence. Cette tournée des meurtres amène notre inspecteur chevronné à découvrir le cadavre d'Anneke Jespersen, une jeune journaliste danoise abattue froidement d'une balle dans la tête, et abandonnée dans une ruelle sordide. Bosch ne peut pas s'attarder sur la scène de crime, il doit vite en rejoindre une autre. Vingt ans plus tard, Bosch est toujours hanté par cette jeune femme, et décide de rouvrir l'enquête. Qui a tué Anneke Jespersen et pourquoi ? Vous le saurez en dévorant ce formidable polar, une histoire stupéfiante mettant en scène un personnage décidément hors norme. Pour notre plus grand bonheur!

Du même auteur sur ce blog:
Le poète ; Le dernier coyote

Dans le même genre sur ce blog:
Storyteller, James Siegel
Meurtres en bleu marine, C.J. Box
Suspect, Robert Crais

samedi 14 janvier 2017

BAAD

CÉDRIC BANNEL

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Auteur français
Editions Robert Laffont
Grand format 480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Un thriller époustouflant !


Quelle claque ce polar! Spectaculaire, terrifiant, intéressant, et surtout époustouflant! Il fallait un sacré souffle pour écrire Baad, mélange explosif de roman noir, thriller politique, et suspense sanglant. Un roman puissant dont l'action se déroule principalement en Afghanistan.

C'est à une excursion aux allures de voyage au bout de l'enfer que nous convie cette ténébreuse enquête dans un pays à la fois grandiose et effrayant. Le menu est chargé! Un serial killer kidnappe et assassine sauvagement des fillettes dans les rues de Kaboul, la capitale du pays. Le qomaandaan Kandar, un flic tenace et incorruptible, va traquer l'assassin tout en évitant de se faire tuer par ses nombreux ennemis. Nicole Laguna, ex-agent des services secrets français, doit retrouver un chimiste en fuite, inventeur d'une nouvelle drogue de synthèse. Nicole n'a pas le choix: son mari et ses enfants ont été enlevés par la mafia italienne, qui veut mettre la main sur cette drogue très lucrative. Sauf que le chimiste en question est protégé par le parrain afghan de la drogue, qui vit reclus dans une véritable forteresse, perdue dans les montagnes impénétrables du Badakhchan.

Misère, drogue, violences, meurtres, terroristes, gouvernement corrompu: un cocktail explosif pour un roman épicé! Un thriller à multiples visages, une oeuvre effrayante de beauté où les destins s'enchevêtrent. D'un côté, Cédric Bannel dresse un constat alarmant d'un pays dévasté par la misère, la corruption, le terrorisme et la drogue. De l'autre, l'auteur parvient à nous transmettre son amour pour un pays grandiose, aux paysages majestueux parmi les plus beaux du monde. Baad est une plongée fascinante dans la culture et les coutumes d'un pays complexe.

Au final, un thriller épique et violent, très bien écrit, dans un style simple, percutant, et spectaculaire. Le récit est fluide, sans temps mort, plein de suspense et de rebondissements. Attention âmes sensibles s'abstenir, certaines scènes sont à la limite du supportable. Baad est une histoire stupéfiante, éprouvante, mettant en scène des personnages hors normes. Un thriller littéralement hallucinant!

Dans le même genre sur ce blog:
Condor, Caryl Férey
La ligne noire, Jean-Christophe Grangé
Noir désert, Marc Ruscart
Tonton Clarinette, Nick Stone



vendredi 6 janvier 2017

DOSSIER 64

JUSSI ADLER OLSEN

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Traduit du danois par Caroline Berg
Le Livre de Poche
672 pages
Sélection Guide Polar de Pietro
Première publication:
2010 (Danemark)
2014 (France)
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La vengeance est un plat qui se mange froid!


"Bon. Rose, Assad. Ecoutez-moi. Nous enquêtons avant tout sur la disparition de cinq individus, d'accord? Rita Nielsen, Gitte Charles, Philip Norvig, Viggo Mogensen et Tage Hermansen. Tous ont disparu à peu près au même moment et aucun n'a ressurgi depuis. Cette coïncidence troublante nous amène en toute logique à soupçonner une affaire criminelle. Nous avons trouvé des points de convergence entre ces divers personnages. L'asile pour femmes de Sprogo et Nete Hermansen d'un côté, et de l'autre, les activités de Curt Wad qui ne laissent pas d'attirer l'attention".

Plus besoin de présenter la désormais célèbre équipe danoise de choc, spécialisée dans les affaires criminelles classées. Cold Case version scandinave. Le département V, composé du caractériel Carl Morck, le chef, et d'Assad, et de Rose, les deux assistants. Des personnages attachants, qui se démènent avec des moyens limités pour résoudre des affaires réputées insolubles. Dossier 64 est la quatrième enquête du département V, après Miséricorde, Profanation, et Délivrance. Une nouvelle enquête palpitante, pleine de suspense et rebondissements. Et une fois n'est pas coutume, Carl Morck va encore devoir riquer sa vie pour faire éclater la vérité au grand jour. Il faut dire que s'attaquer au parti fasciste danois à son fondateur Kurt Wad, ce n'est pas une mince affaire! Surtout quand le fondateur en question cache des secrets inavouables, qui ne doivent, en aucun cas, être dévoilés au peuple danois. 

Dossier 64 est à ce jour mon roman préféré de Jussi Adler Olsen. Un auteur surdoué au style percutant, et plein d'humour malgré la gravité des sujets abordés. Une écriture musclée, décoiffante, au service d'une intrigue criminelle taillée au couteau, et doublée d'un récit bouleversant qui permet à l'auteur de dévoiler tout un pan de l'histoire danoise. Le pan peu glorieux, peu reluisant, qui se reflète dans l'histoire de Nete Hermansen. Née dans une famille à problèmes, puis broyée et rejetée par tout un système. Un destin tragique qui alimentera la haine de cette femme, et l'amènera à commettre l'irréparable. Une vie faite de mauvaises rencontres. Six personnes en particulier qui méritent selon Nete la mort. L'une de ces personnes étant Kurt Wad, le chef du parti fasciste danois. 

Dans ce passionnant suspense politico-historique, Jussi Adler Olsen dresse un constat sans concession sur le Danemark d'aujourd'hui. Un pays en manque de repères qui n'assume toujours pas certains aspects de son passé. Un pays également marqué par la progression des extrêmes. 

Dans le même genre sur ce blog:
La femme en vert, Arnaldur Indridason
La maison de fer, John Hart

dimanche 1 janvier 2017

LE MYSTÈRE SHERLOCK

J.M. ERRE

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Auteur français
Editions Pocket
264 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2012
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Un pastiche de polar totalement réussi!


"Six cadavres pour cinq survivants, il fallait voir les choses en face: on allait avoir du mal à revenir au score. Entre nous, deux questions insidieuses, lancinantes, accablantes: "Qui est le meurtrier?" et "Qui sera le prochain à rejoindre l'équipe adverse au frigo? "Difficile de regarder son voisin de table sans arrière-pensée..." Surtout que de survivant, il n'y en aura point, le seul rescapé du carnage ayant eu la mauvaise idée de se trouver pile-poil devant la porte de l'entrée de l'hôtel enseveli sous la neige. Ladite porte d'entrée étant défoncée par la police. Le commissaire Lestrade retrouve plusieurs carnets de note ayant appartenu aux morts. Ce qui va lui permettre de reconstituer une bien étrange vérité. Pourtant, une bande d'enseignants farfelus, fans de Sherlock Holmes, qui se réunissent dans un hôtel de montagne en Suisse: on a du mal à croire que ça pouvait tourner au massacre. Mais le but de cette réunion était de nommer le plus grand fan au poste de titulaire de la toute première chaire d'holmésologie de la Sorbonne. Et là ça change tout! Car tous ces allumés, qui pensent que Sherlock Holmes a réellement existé, seraient prêts à tuer pour obtenir le poste. Tuer au sens propre du terme!

Le mystère Sherlock, c'est Dix petits nègres version destroy, un huit-clos totalement loufoque, écrit dans un style percutant, plein de vitalité. D'un côté, un style simple, cru, désopilant, qui permet au lecteur de se marrer du début à la fin. Et de l'autre, un style très littéraire, riche, qui permet au lecteur de réfléchir à des sujets passionnants. Ce livre est une véritable bombe textuelle survitaminée, un feu d'artifice d'humour noir. Un pastiche de whodunit qui vous fera hurler de rire du début à la fin. Avec en filigrane, une réflexion subtile sur le pouvoir de la fiction, et sur le rapport entre l'écrivain et le lecteur. Un rapport plus subtil et plus complexe qu'il n'y paraît. Tout est question de comment on perçoit la réalité, ou plutôt les réalités qui peuvent se mélanger à la fiction, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus faire la part entre ce qui est vrai et ce qui est faux.

Enfin, cette enquête pleine de rebondissements, permet à l'auteur de rendre hommage aux meilleurs auteurs de polars. Le mystère Sherlock est une plongée fascinante et érudite au coeur de l'univers du plus grand détective de tous les temps. Un personnage complexe qui aura marqué à jamais de son empreinte l'histoire du polar. Le Mystère Sherlock est donc un formidable polar, qui vous fera passer de formidables heures de lecture. Jusqu'au dénouement final, l'ultime rebondissement, digne des meilleurs romans de ... Sir Arthur Conan Doyle. Un polar à la fois rigolo et érudit, qui dit mieux?

Dans le même genre sur ce blog:
Bestseller, Jesse Kellerman
Meurtres au Lone Star Café, Kinky Friedman

mercredi 14 décembre 2016

TOP 20 2016









Chères lectrices, chers lecteurs,

L'année 2016 se termine déjà (que ça passe vite!), l'occasion de faire un bilan des lectures de l'année. J'ai sélectionné pour vous mes 20 polars préférés lus cette année. N'hésitez pas à commenter ce top, et si ça peut vous donner des idées pour un cadeau de noël c'est encore mieux!


  1. Un long moment de silence, Paul Colize. Un très grand polar historique.
  2. Ville noire ville blanche, Richard Price. THE polar sur le problème des banlieues en Amérique.
  3. Fleur de cimetière, David Bell. Un thriller psychologique glaçant qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'une petite ville américaine. 
  4. Ecorces de sang, Tana French. Le premier roman de cette grande star du thriller irlandais. 
  5. A mains nues, Paola Barbato. Fight club version transalpine. Eprouvant, âmes sensibles s'abstenir.
  6. La compassion du diable, Fabio M. Mitchelli. Un redoutable serial killer thriller.
  7. Les salauds devront payer, Emmanuel Grand. Un polar du Nord de la France, noir, charpenté et totalement abouti. 
  8. Que la mort vienne sur moi, J. David Osborne. Un grand roman noir sur l'Amérique profonde. Digne des meilleurs romans de Larry Brown.
  9. Sukkwan island, David Vann. Un huit-clos étouffant, une tragédie familiale dont on a du mal à se remettre. Frontal, terrifiant!
  10. Condor, Caryl Férey. Un thriller politique sanglant, épique, dans un Chili crépusculaire. Du grand art, comme d'habitude avec Caryl Férey.
  11. Le dévouement du suspect X, Keigo Higashino. Un whodunit japonais magistral. Un dénouement totalement inattendu. Bluffant !
  12. Les infâmes, Jax Miller. Noir comme le cauchemar. Une écriture viscérale, une intrigue taillée au couteau, des personnages inoubliables. Un nouveau classique du roman noir.
  13. Meurtres en bleu marine, C. J. Box. Une course-poursuite haletante, un final corral. Un suspense insoutenable!
  14. Spinoza encule Hégel, Jean-Bernard Pouy. Un polar inclassable, à l'ambiance Mad Max. Très original et franchement barré! j'ai adoré!
  15. La peine capitale, Santiago Roncagliolo. Un roman noir historique dont l'action se déroule en 1978, au pérou. Un bon polar au rythme des matchs de la coupe du monde de football!
  16. Sécurité renforcée, Sean Doolittle. Un suspense de tout premier ordre, qui sent la poudre et l'atmopshère viciée d'une petite ville américaine. 
  17. Comme une flamme blanche, James Grady. Un thriller politique magistral, qui dévoile les coulisses peu reluisantes du pouvoir américain. 
  18. Nous étions les hommes, Gilles Legardinier. Un thriller scientifique captivant, sur le thème de la maladie d'Alzheimer. 
  19. Dérapage, James Siegel. Un grand classique du thriller à l'américaine. Teigneux, tendu, efficace. 
  20. Ubac, Elisa Vix. Le premier roman très prometteur de cette auteure française. Un thriller de montagne glaçant. Frissons garantis! 
Bonnes fêtes de fin d'année et à l'année prochaine !

lundi 5 décembre 2016

UN STAGIAIRE PRESQUE PARFAIT

SHANE KUHN

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère
Editions 10/18
Poche 432 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2014 (Etats-Unis et France)
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Un polar tarantinesque ! 



"Règle n° 14 : "Etudie l'art subtil de la stratégie de sortie." 
Mon dixième contrat consistait à éliminer le directeur général d'une compagnie de navigation internationale qui tirait un appoint non négligeable du trafic humain. Ses cargos arrivaient dans les ports de Los Angeles, New York, Miami et Oakland, remplis de produits venus d'Asie: crottes de chien en plastique, gratte-dos  - et esclaves. Tu connais ce genre d'histoire, alors je t'épargnerai les détails. Il suffit de dire que ce salopard fournissait 90 % des ateliers de misère du pays et gagnait un max de blé. Il enculait le rêve américain pour que tu puisses t'acheter des tee-shirts pas chers à Old Navy. Elle est pas belle la vie?" Cet extrait reflète bien le ton général de ce petit bijou d'humour noir: un ton décalé, cynique, sarcastique, dévastateur. En effet, pour son premier roman, Shane Kuhn fait preuve d'une vertigineuse inventivité. 

Un Stagiaire presque parfait est une sorte de manuel du parfait tueur à gages, un guide concocté par John Lago, l'anti-héros de ce thriller tarantinesque. Au départ  John est un "bébé-poubelle" (le terme politiquement correct est enfant défavorisé), abandonné par ses parents à la naissance, puis trimbalé d'un foyer à un autre. Un futur délinquant en puissance qui va être recruté par un certain Bob (un personnage qui vaut le détour croyez-moi!). Ainsi, John va devenir le meilleur employé de RH Inc, une société qui, officiellement, garantit à ses clients les meilleurs stagiaires de l'Amérique. Officieusement, les stagiaires en question sont des tueurs à gages chargés d'infiltrer n'importe quelle organisation afin d'éliminer des cibles bien identifiées. Ou pas ! En effet, ce livre, mélange explosif de thriller sanglant et de polar décalé, raconte la dernière mission de John Lago: avant de prendre une retraite bien méritée à l'âge de 25 ans, John est chargé d'infiltrer un prestigieux cabinet d'avocat et d'éliminer l'un des trois associés, soupçonné de vendre au plus offrant la liste des témoins protégés par le FBI. Mais John va devoir découvrir tout seul comme un grand qui est le vilain petit canard. 

La mission la plus compliquée de sa longue carrière de tueur, sauve-qui-peut ! l'ami John va être entraîné dans un tourbillon d'aventures déjantées. Mais surtout, John, conditionné dès son plus jeune âge à ne rien ressentir d'humain, va découvrir la plus belle des émotions: l'amour. Mais attention l'amour peut très vite se transformer en haine. Pauvre John! Vous l'aurez compris, Un stagiaire presque parfait est une bombe textuelle survitaminée, un feu d'artifice d'action, de suspense, et d'humour. Un récit fluide, plein de rebondissements improbables, jusqu'au dénouement final inattendu. Un livre à grand spectacle, truffé de passages tarantinesques, très bien écrit: un style simple, dynamique, plein de vitalité. Ce livre vous donne la pêche. Avec en filigrane, un regard acéré sur l'Amérique contemporaine. Une totale réussite, qui révèle un auteur prometteur. 

Dans le même genre sur ce blog:
Delicious, Mark Haskell Smith