mercredi 13 février 2019

ENFANT 44

TOM ROB SMITH

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Traduit de l'anglais par France Camus-Pichon
Editions Belfond
Grand format
398 pages
Sélection Guide Polar de Pietro
Première publication:
2008 (Angleterre)
2009 (France)
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Un thriller historique hors norme!

Sorti à la fin des années 2000, Enfant 44, le premier roman de Tom Rob Smith, a connu un grand succès. Ce premier volet d'une trilogie consacrée à L'union soviétique a également été (très mal) adapté au cinéma. Un succès amplement mérité, un grand thriller historique qui a révélé un écrivain de talent. Une histoire stupéfiante mettant en scène des personnages hors normes. Un récit atroce, prenant, implacable. Bref un roman culte, mélange bluffant de serial killer thriller, de roman d'espionnage, et de polar historique.

Bien sûr Enfant 44 distille un suspense d'une rare efficacité. Un furieux page turner impossible à lâcher, une intrigue taillée au couteau, une chasse à l'homme sans merci. Ou plutôt plusieurs chasses à l'homme. Tout d'abord, il y a Léo Demidov, un agent du MGB, la police secrète de Moscou. Léo qui a voué une confiance aveugle au régime stalinien, et qui a arrêté, torturé et tué des centaines de personnes pour le bien de son pays. Mais qui refuse de désavouer sa femme Raïssa, soupçonnée d'être une espionne à la solde de l'ennemi. L'agent est désavoué à son tour par son impitoyable hiérarchie, et muté dans une ville cauchemardeque, puis traqué par Vassili, également agent du MGB. Un tueur au coeur de pierre, personnage abject qui fera tout pour éliminer Léo et sa femme Raïssa.

Et puis, il y a ce tueur d'enfants, insaisissable, qui agit en toute impunité, en toute tranquilité même, dans un Etat où le crime n'existe pas. Et oui, dans un monde parfait, le crime n'est pas censé exister. Mais Léo et Raïssa, aidés par toute une population qui crie famine et justice, vont tout mettre en oeuvre pour éliminer ce terrifiant serial killer. Ce qui nous donne un road trip hallucinant et halluciné dans un immense pays dévasté par le régime stalinien.

Enfant 44 est donc un suspense historique de tout premier ordre, mais c'est aussi et avant tout une plongée saisissante dans l'Union soviétique de Staline. L'auteur dresse le portrait complet et sans concession d'un terrifiant régime totalitaire. Enfant 44 dévoile tout un pan peu glorieux de l'histoire russe: la famine et ses conséquences terribles, l'instauration d'un climat de paranoïa, le déni de la criminalité, les arrestations abusives qui conduisent aux tortures, aux déportations, et aux exécutions. Bref, une dystopie, une machine à broyer les individus avec pour instrument une police secrète hors de contrôle, violente, déshumanisée au possible. Au final, un suspense historique culte très bien écrit dans un style limpide et percutant. L'auteur accorde une place très importante à la psychologie de ses personnages, en décrivant de manière édifiante et crédible leurs réactions, leurs comportements face à ce climat constant de terreur. Sorte d'analyse de la psyché humaine en période de dictature. 

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Le Violoniste, Mechtild Borrmann
Rompre le silence, Mechtild Borrmann

mardi 5 février 2019

PYROMANIE

BRUCE DESILVA

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Manuel Tricoteaux
Editions Babel
Poche 362 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2010 (Etats-Unis)
2013 (France)
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Le premier volet d'une série noire très prometteuse.

"- C'est ici que j'ai grandi. Je connais les flics et les voleurs, les coiffeurs et les patrons de bar, les juges et les hommes de main, les putes et les prêtres. Je connais les députés et les mafieux par coeur, et il n'y a pas une grande différence entre eux. Quand j'écris un article sur un homme politique qui achète des votes ou un flic qui accepte des pots-de-vin, le citoyen blasé se contente de hausser les épaules en rigolant. Avant ça m'emmerdait. Mais plus maintenant. Rogue Island est un parc d'attractions pour journalistes d'investigation. Il est toujours ouvert, et je peux monter sur les montagnes russes gratis toute la journée." 

Bienvenue à Rhode Island, le plus petit Etat des Etats-Unis. Ha non pardon, excusez-moi, Rhode Island, c'est le nom officiel. Rogue Island, l'île des voyous, correspond beaucoup mieux à la réalité. Oui, beaucoup beaucoup mieux. Et Providence est la capitale de cette véritable république bananière située dans le nord-est de la première puissance mondiale. C'est dans cette ville corrompue qu'officie en tant que journaliste d'investigation Liam Mulligan, personnage extrêmement attachant tout droit sorti de l'imagination débordante de Bruce DeSilva. Pyromanie est le premier volet d'une série mettant en scène le double littéraire de l'auteur, lui-même ancien journaliste d'investigation. Pyromanie est une totale réussite, mélange de roman noir impitoyable et de comédie grinçante, un polar tour à tour hilarant et d'un réalisme dérangeant. Je trouve quand même que c'est plus un roman noir implacable qu'un polar comique, car l'auteur dressse un portrait au vitriol, et surtout terrifiant des moeurs politiques et des milieux d'affaire de Rhode Island. Un autre visage de l'Amérique!

Avec un art consommé du récit, Bruce DeSilva signe une intrigue captivante de bout en bout, mettant en scène des personnages plus vrais que nature; Notamment Liam Mulligan qui a toujours vécu dans cette ville de dingues. Et qui ne la quitterait pour rien au monde, malgré la noirceur qui l'entoure. Le pauvre Liam, qui tente d'exercer tant bien que mal son métier de journaliste d'investigation, se retrouve embarqué dans une sordide histoire d'incendies criminels qui se produisent tous dans le quartier où il a grandi. Les cadavres carbonisés s'accumulent, et les ennuis aussi pour notre anti-héros qui a fort à faire, entre un rédacteur en chef qui lui met sans arrêt des bâtons dans les roues, une ex-femme cinglée qui le harcèle, une nouvelle petite amie qui lui demande de passer un test VIH, une équipe de baseball aux résultats en dents de scie, et surtout des méchants très très méchants. Mais Liam aussi est un pur produit de Rhode Island, il sait comment les affaires marchent ici, c'est un pour tous et tous pourris, et tous les coups sont permis!

Très bien écrit, dans un style simple, alerte, direct, Pyromanie vous offrira de formidables heures de lecture. C'est un très bon roman noir à l'américaine, peut-être l'un des meilleurs de cette décennie qui est en train de se terminer. Cultissime! 

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vendredi 1 février 2019

AVEU DE FAIBLESSES

FRÉDÉRIC VIGUIER

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Auteur français
Le Livre de Poche
192 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2017
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Un roman noir comme le cauchemar.

C'est bien simple, j'ai été littéralement happé par cette histoire dès les premières lignes. Et j'ai dévoré d'une traite ce court roman d'une intensité et d'une justesse hors du commun. Un roman atroce, prenant, implacable du début à la fin. Frédéric Viguier est un écrivain, aucun doute là-dessus.

Aveu de faiblesses appartient à ces romans qui privilégient la dureté et la complexité des rapports humains et qui, se faisant, se distinguent des purs romans criminels. C'est plus un roman noir social qu'un polar d'enquête au sens strict du terme. Certes il y a bien une enquête dans ce livre portant sur le meurtre sordide d'un enfant. Mais il faut voir comment cette enquête est menée par le terrifiant inspecteur Grochard. Celui-ci a trouvé son coupable idéal, et va dès lors employer tous les moyens possibles pour lui extorquer des aveux: "Plus vite, il me dit, plus vite! Je vais te faire tout avouer, t'entends mon gars? Il me faut un coupable et tu sortiras pas de là tant que je l'aurai pas!" Alors Yvan Gourlet va avouer le meurtre de Romain Barral. 

Quelques mots sur le jeune Yvan, qui est le narrateur de cette histoire sombre et cruelle: né d'un père aigri et alcoolique, et d'une mère étouffante et complètement perchée, Yvan grandit dans un bourg du nord qui se désindustrialise petit à petit pour se transformer en ville-dortoir près de l'agglomération lilloise. Doté d'un physique ingrat et à la limite de l'obésité, l'adolescent est mal dans sa peau, harcelé et rejeté par ses pairs. Son comportement solitaire et étrange intrigue beaucoup de gens dans le village. Il faut dire que le jeune homme fouille les poubelles afin de trouver des boîtes vides de fromages pour sa mère qui en fait la collection. Mauvaise idée car: "Donc tu me confirmes que de 18 à 19 heures tu mettais ton nez dans les poubelles pour chercher des boîtes de fromages? Oui. Et pendant ce temps... Un peu plus loin... Un gamin se faisait massacrer à coups de hache." Mauvaise idée je vous dis!

Frédéric Viguier sait raconter une histoire et captiver ses lecteurs, aucun doute là-dessus. Un style d'écriture simple, nerveux, percutant, des dialogues acérés et féroces, au service d'un récit fluide et sans temps mort, et d'une intrigue taillée au couteau. Un mélange de chronique sociale et de polar noir. L'auteur nous fait entrer dans les méandres tortueux de la psychologie de son personnage Yvan Gourlet. Un individu beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. En outre, il faut souligner la qualité de ce roman: tout sonne juste, que ce soit l'atmosphère, le contexte social du début des années 2000, les personnages, l'intrigue très noire et riche en suspense. C'est ça qui est fort, l'auteur parvient à captiver les lecteurs avides de rebondissements que nous sommes sans rien perdre de sa crédibilité. Au final, un très bon roman noir, impitoyable, cynique, et un personnage tourmenté que vous aurez du mal à oublier!

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La Maison, Nicolas Jaillet
Carmen ( Nevada ), Alan Watt
Retour à la nuit, Eric Maneval




vendredi 25 janvier 2019

LE MANUEL DU SERIAL KILLER

FRÉDÉRIC MARS

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Auteur français
Editions Pocket
464 pages
Première publication France:
2013
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Une atmosphère originale, des rebondissements improbables.


Pour moi, un écrivain qui décide de produire un serial killer thriller prend un risque. Car des polars sur les tueurs en série, il y en a énormément, il ne se passe pas un mois sans qu'un nouvel serial killer thriller soit commercialisé. Presque tous les auteurs de polars ont écrit au moins une histoire mettant en scène un tueur en série. La recette du succès est donc difficile à trouver, comment en effet se distinguer de la masse ? Il n'y a pas trente-six solutions. Souvent, soit l'auteur est un conteur hors-pair capable de vous captiver avec une histoire finalement très classique. Soit l'auteur élabore une intrigue très originale qui sort des sentiers battus. Il est capable de tisser une toile machiavélique, de construire un puzzle tordu, diabolique, retors, avec en général une chute stupéfiante. La combinaison des deux ingrédients donnant souvent ce que l'on appelle ... Un chef d'oeuvre. Le manuel du serial killer se situe clairement pour moi dans la deuxième catégorie: une intrigue tordue à souhait, et des personnages et une atmosphère originales.

Ce roman n'est donc pas un serial killer thriller classique;: pas de scènes de crimes bien saignantes, pas d'enquêteur-profiler tout droit sorti des écoles du FBI, pas de chasse à l'homme spectaculaire. Non rien de tout ça. Dans ce polar, dont l'action se déroule essentiellement dans les rues de Boston, le personnage principal est un étudiant de Harvard. Mais attention, on est bien loin du stéréotype de l'étudiant modèle qui fréquente une école d'élite. Thomas Harris est orphelin, son oeil gauche est recouvert depuis toujours d'une taie blanche, et le pauvre garçon saigne très souvent du nez, notamment lorsqu'il est contrarié. Rejeté par ses pairs, il se réfugie dans les études. Grand lecteur de romans policiers, écrivain amateur, Thomas va se retrouver mêlé à une enquête portant sur des empoisonnements d'enfants. Le jeune homme va être entraîné dans un engrenage infernal!

Un conseil si vous souhaitez prendre le plus de plaisir possible à la lecture de ce bon thriller: l'intrigue est purement romanesque. Ne cherchez pas de lien avec le réel, attendez-vous à lire un thriller psychologique bien tordu truffé de rebondissements improbables. Partant de ce postulat, vous apprécierez ce polar à l'atmosphère originale et au dénouement à la Shutter island. Une chute stupéfiante qui vous amènera à voir l'histoire sous un angle totalement différent. Un véritable tour de force réussi par Frédéric Mars, qui possède à n'en pas douter une imagination débordante. Ce thriller mérite d'être lu rien que pour son dénouement final bluffant. Pour les fans de Shutter island, Memento, Identity, Saw...

C'est la forme qui pêche un peu pour moi. Je trouve que l'ensemble manque de punch, de rythme, il y a trop de descriptions inutiles, et quelques longueurs. Le style d'écriture est parfois lourd, ça manque un peu de fluidité et de limpidité. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que c'est mal écrit. Mais j'ai eu un peu de mal à accrocher au style de l'auteur. Même si je trouve que ça s'améliore dans les cent dernières pages. Donc au final, très bien sur le fond, mais passable sur la forme. Un bon thriller psychologique plein de bonnes idées, mais pas un must non plus.

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mercredi 16 janvier 2019

ALLER SIMPLE POUR NOMAD ISLAND

JOSEPH INCARDONA

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Auteur italo-suisse francophone
Editions du Seuil
Grand format
272 pages
Première publication france:
2014
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Plutôt un aller simple pour l'enfer...


Pourtant, sur le papier, les choses se présentaient plutôt bien pour cette famille suisse en apparence parfaite: un séjour tout compris en hôtel-club sur une île paradisiaque au large de La Réunion. Une destination de rêve pour le farniente. Et bien non, en réalité Nomad Island c'est plutôt le Club Med version destroy, croisement maléfique entre 1984, L'île du docteur Moreau et The Island. Joseph Incardona nous livre ici un huis clos cauchemardesque à l'atmosphère malsaine et suffoquante, et ce du début à la fin. Et n'espérez pas un happy end à cette histoire, ce n'est pas trop le genre de la maison !

Aller simple pour Nomad Island n'est donc pas un thriller psychologique au sens strict du terme. Alors oui, il y a de l'action, du suspense, des rebondissements, et l'atmosphère de paranoïa propre à un huis clos digne de ce nom. Mais surtout, il y a de la réflexion dans ce roman, des questions sociales qui sont posées: la quête de perfection dans une société basée sur la performance et la compétition, la recherche d'un bonheur aseptisé à tout prix, et la violence de la dynamique familiale. Aller simple pour Nomad Island est donc plus un roman noir, une satire sociale de certaines moeurs contemporaines, une allégorie de ces catégories sociales privilégiées qui vivent dans un monde aseptisé déconnecté de la réalité !

Sur la forme, c'est un roman plutôt court composé de chapitres également courts qui maintiennent une certaine tension, un certain suspense, et surtout un malaise grandissant. Le style d'écriture de l'auteur est difficile à définir. Un style à la fois cru et raffiné, très noir, très froid, mais également très rythmé, avec un sens du détail qui permet aux lecteurs de s'immerger profondément dans l'ambiance sombre du roman. Oui, vous l'aurez compris, Joseph Incardona est un auteur à part qui ne fait pas dans la dentelle, et dont les écrits sans concession donnent à réfléchir. Dans Aller simple pour Nomad Island, l'auteur met à nu une famille riche qui se disloque complètement dans un environnement angoissant. Noir comme le cauchemar ! 

Dans le même genre sur ce blog:
Embruns, Louise Mey
Emma dans la nuit, Wendy Walker



vendredi 4 janvier 2019

TERRITOIRES

OLIVIER NOREK

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Auteur français
Editions Pocket
380 pages
Première publication France:
2014
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La deuxième enquête à haut risque du capitaine Coste.


Ce récit est une oeuvre de pure fiction. Par conséquent, toute ressemblance avec des personnes, endroits ou faits existant ou ayant existé ne seraient que pure coincidence.

Les personnes: les policiers Victor, Johanna, Ronan, et Sam qui composent une section d'enquête. Effectivement, des personnages imaginaires créés par Olivier Norek. Le lieu principal de l'action: Malceny, une commune fictive située dans le département de la Seine-Saint-Denis. Une ville remplie de cités dangereuses qui sont dirigées par les caïds de la drogue. Et enfin les faits: les caïds en question qui sont tous assassinés en l'espace de quelques jours seulement, laissant la place à un nouveau seigneur de la drogue d'un genre un peu particulier. Et qui va déclencher toute une série d'évènements catastrophiques et surtout terriblement crédibles.

Car oui, Territoires, le deuxième roman d'Olivier Norek, est certes un roman policier, une oeuvre de fiction destinée à nous captiver. Un récit mené tambour battant riche en suspense et en rebondissement, et rempli de scènes d'action spectaculaires et haletantes. Mais il est clair que le scénario concocté par Olivier Norek est d'un réalisme évident. Et surtout effrayant. L'ancien lieutenant de police a bâti toute une intrigue autour des relations entre les maires du 93 et les caïds des cités. Plus précisément l'existence de collusions entre mairies et délinquants. La paix sociale est à ce prix !

Territoires est donc un  thriller socio-politique coup de poing qui dresse le portrait terrifiant d'une banlieue minée par le banditisme, la misère sociale, et les magouilles politiques. Olivier Norek signe un polar urbain d'un réalisme troublant et dérangeant, car au départ l'intrigue se déroulait dans une ville connue du 93. Une vraie ville. Mais l'éditeur craignant des poursuites judiciaires a demandé à l'auteur de situer l'intrigue dans un lieu purement fictif. Pour ne pas faire le lien avec des personnes, endroits ou faits ayant existé.

Sur la forme, l'auteur monte en puissance par rapport à Code 93, son premier roman. Je trouve que le récit est encore plus fluide, plus maîtrisé. Le style d'écriture encore plus vif, brutal, incisif, à base de phrases courtes et percutantes, de dialogues acérés qui fusent tels des uppercuts que les lecteurs se prennent en pleine face. Mais je vous rassure, ça ne fait pas mal, bien au contraire, j'ai été captivé et bluffé par cette histoire tristement proche de la réalité. Une réalité que l'auteur connaît très bien.

Du même auteur sur ce blog:
Code 93

Dans le même genre sur ce blog:
Le Bourreau de Gaudi, Aro Sainz de la Maza
Vérité, Peter Temple

jeudi 3 janvier 2019

J-77

BEN H. WINTERS

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec
Editions 10/18
Poche 309 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2013 (Etats-Unis)
2016 (France)
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Le deuxième volet d'une singulière trilogie.

"Il y a une facette de mon caractère qui a tendance à se jeter sur un problème difficile mais potentiellement soluble, plutôt qu'affronter le vaste problème insoluble qui serait la seule chose que je verrais, si je levais le nez - au sens propre comme au figuré - de mes carnets bleus. Je pourrais être en train de faire un million de choses, plutôt que des heures sup' pour résoudre tout seul un abandon de domicile et tâcher de consoler le coeur brisé de Martha Milano. Et pourtant, c'est ce que je fais. C'est ce qui a un sens pour moi, et ce depuis longtemps."

Le vaste problème insoluble dont parle Henry Palace, le personnage principal de ce livre, se présente sous la forme d'un gigantesque astéroïde qui, dans 77 jours, percutera de plein fouet la planète terre. La fin du monde est imminente. C'est donc dans ce contexte très très perturbé que l'ancien policier Henry Palace va partir à la recherche du mari de sa nounou d'enfance Martha Milano. Et des gens qui disparaissent du jour au lendemain, il y en a de plus en plus alors que la fin du monde approche. L'enquête s'annonce corsée, mais Henry est un homme tenace, obstiné, bien décidé à faire le job jusqu'au bout. Car chaque individu a sa propre manière d'appréhender une tragédie annoncée, d'affronter ou pas une réalité de plus en plus atroce. Henry Palace, lui, a choisi de continuer à résoudre des enquêtes, spectateur impuissant d'un monde à la dérive. Et vous que feriez-vous ?

Deuxième volet de l'étrange trilogie pré-apocalyptique de Ben H. Winters, J-77 réunit encore une fois tous les ingrédients d'un succès mérité: un personnage principal extrêmement attachant, une intrigue haletante, une atmosphère crédible de fin du monde, un style d'écriture limpide et posé. Ben H. Winters continue de dresser le portrait effrayant d'un monde à l'agonie, désemparé, chaotique, au seuil de l'apocalypse. Un monde vu à travers les yeux de son héros, le dernier policier sur terre, qui continue à donner un sens à sa vie, et à maintenir le cap coûte que coûte. Mais même pour notre attachant Henry, cela devient difficile de ne pas se rendre compte que l'impact est proche. Suite et fin de cette singulière trilogie pré-apocalyptique dans ... Impact !

Du même auteur sur ce blog:
Dernier meurtre avant la fin du monde

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L'année du lion, Deon Meyer