mercredi 15 janvier 2020

LA FEMME QUI VALAIT TROIS MILLIARDS

BORIS DOKMAK

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Auteur belge francophone
Editions La Mécanique Générale
Poche 758 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2013 
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Cela vaut le coup de persévérer. 


J'avoue, d'entrée de jeu, que j'ai failli arrêter plusieurs fois la lecture de ce polar. Je ne comprenais pas où voulait en venir l'auteur, j'arrivais difficilement à suivre l'histoire, ou plutôt les histoires. Et enfin, j'avais du mal à accrocher au style d'écriture particulier de l'auteur. Heureusement que j'ai persévéré, car je serais passé à côté d'un très très bon polar. Un véritable ovni dans le ciel déjà bien chargé du polar, un thriller inclassable d'une formidable originalité. On va dire que le premier tiers du livre fut difficile, mais ensuite ce n'est que du bonheur de lecture, croyez-moi sur parole.

Vous l'aurez compris, le terme qui me vient à l'esprit pour qualifier ce polar pas comme les autres c'est: originalité. Tout est original, novateur dans ce livre: son intrigue, son atmosphère, la construction du récit, les personnages, et l'écriture. Un style hors du commun, à la fois simple et sophistiqué, descriptif, et à la fois cru, familier et érudit, élégant. Un style déroutant au début, auquel on s'habitue. Qui permet finalement de donner une certaine consistance à cette histoire complètement dingue, folle. Un mélange des genres, des styles totalement improbable. Même les repères spatio-temporels sont complètement chamboulés. L'auteur nous emmène dans le passé, dans le présent, dans le futur, en Lybie, au Mexique, en Russie, en Belgique, bref aux quatre coins du monde...

Je ne sais même pas comment vous faire un résumé de l'intrigue, complexe, tordue. C'est tellement dingue, tellement improbable. Le regretté Boris Dokmak a fait preuve d'une vertigineuse inventivité en mélangeant des thèmes variés: médecine légale, égyptologie, cosmétologie, espionnage, crimes rituels, disparitions inexpliquées... Le tout formant un thriller baroque, érudit, sorte d'opéra policier génial, "tarantinesque", riche en suspense et en rebondissements. Il y a de l'action, de la réflexion, de la tendresse, de la violence, des scènes chocs, il y a de tout, La femme qui valait trois milliards est une histoire stupéfiante mettant en scène des personnages hors normes. Mais c'est aussi une radiographie féroce de nos sociétés modernes, en général, et de la jet-set en particulier. 

Au final, un roman haletant, d'une intelligence, d'un foisonnement, et d'une maîtrise exceptionnels. Un thriller littéralement hallucinant. Un livre cultissime, titanesque, puissant, à ne manquer sous aucun prétexte. 

Dans le même genre sur ce blog:
Un thé en Amazonie, Daniel Chavarria 
Unité 8200, Dov Alfon
Le carnaval des hyènes, Michaël Mention

vendredi 10 janvier 2020

LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES (MILLÉNIUM 1)

STIEG LARSSON

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Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain
Editions Babel
Poche 705 pages
Sélection Guide Polar de Pietro
Première publication:
2005 (Suède)
2006 (France)
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Le premier volet de la plus populaire des sagas policières.


Je me suis toujours dit que le premier polar que je lirai en 2020 sera Millénium 1 Les hommes qui n'aimaient pas les femmes. Quinze ans après sa sortie en Suède. Et quinze ans plus tard, vous pouvez vous balader dans l'importe quel rayon librairie du supermarché du coin, et vous y trouverez forcément ce livre dans sa version poche. Incroyable, quand on pense que des centaines, que dis-je, des milliers de polars sont publiés chaque année. Mais Millénium 1 est toujours là. Bon certes, la poursuite de la saga par David Lagercrantz ainsi que les nombreuses adaptations télévisuelles et cinématographiques entretiennent le mythe. Mais les faits sont là, et que l'on aime ou que l'on n'aime pas, on ne peut que constater ceci : il y a clairement eu un avant et un après Millénium dans l'univers du polar. La plus populaire des sagas policières a fortement contribué à l'explosion et à la notoriété du genre. Et la Scandinavie au sens large du terme est devenue un haut lieu du roman policier.

Partant de ce constat, j'ai forcément abordé la lecture de ce pavé (plus de 700 pages dans sa version poche), avec un niveau d'attente très élevé. Et avec une grande curiosité. En me demandant comment, et surtout pourquoi le livre que j'avais entre les mains fait certainement partie des romans policiers les plus lus au monde. Alors Les hommes qui n'aimaient pas les femmes est-il un chef d'oeuvre incontournable qui se distingue clairement de la masse ? Pour moi, la réponse est oui. J'ai littéralement dévoré ce monstrueux bestseller qui mérite son énorme succès. Et qui donne clairement envie de lire les autres opus de la saga.

Le but de cette critique est d'expliquer, selon moi, les raisons de ce succès. Je ne vous résumerai pas l'intrigue, qui doit être connue de la plupart d'entre vous. Je ne vois donc pas l'intérêt de m'y attarder.

Tout d'abord, Millénium 1 possède tous les atouts pour transporter aussi bien l'amateur d'intrigues politico-financières complexes que l'amateur d'énigmes criminelles tordues. Il y a en donc pour tous les goûts. L'histoire est très bien ficelée, et riche en suspense et en rebondissements. Une fois qu'on a commencé, on ne peut plus s'arrêter, c'est une lecture totalement addictive.

Ensuite, Millénium 1 séduit par le style d'écriture de son auteur, et par la construction impeccable du récit. Un style incisif, percutant, vif, au service d'un récit fluide et captivant de bout en bout. 

Enfin et surtout, ce roman à suspense repose sur ses deux personnages principaux, les désormais mythiques Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist. Ce duo totalement improbable d'enquêteurs, prêt à tout pour découvrir la vérité sur la disparition d'Harriet Vanger. Et faire tomber un industriel suédois corrompu. Nos deux héros, un journaliste déchu en quête de rédemption et une jeune femme surdouée et tourmentée,  ont du pain sur la planche. 

Au final, ce polar devenu culte dégage une puissance indéniable. C'est une oeuvre complexe, dure, et surtout une histoire stupéfiante mettant en scène des personnages hors normes. Surtout Lisbeth Salander, à la fois fascinante et dérangeante, et qui est loin d'avoir livré tout son potentiel et tous ses secrets. 

Dans le même genre sur ce blog:
Heather Mallender a disparu, Robert Goddard
La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, Joël Dicker
La maison en pain d'épices, Carin Gerhardsen
Tu tueras le Père, Sandrone Dazieri

jeudi 26 décembre 2019

TOP 20 2019

Le compte à rebours peut commencer...

Numéro 20:
Dernier été pour Lisa, Valentin Musso. Le Frère de Guillaume au sommet de son art avec cet excellent suspense psychologique. Une intrigue à l'américaine haletante, qui entremêle habilement le passé et le présent. Mieux qu'un épisode de Cold Case !


Numéro 19:
Luca, Franck Thilliez. Un nouveau thriller impeccable du maître incontesté du suspense horrifique. Qui a une saveur toute particulière pour moi: Luca m'a définitivement réconcilié avec la série phare de l'auteur Hennebelle/Sharko. GPA, meurtre sauvage, kidnapping, transhumanisme, biohacking, Big Data, crue de la Seine. Voilà pour le menu, très épicé ! 



Numéro 18:
Bienvenue à Cotton's Warwick, Michaël Mention. Un ovni littéraire comme seul est capable d'en produire le surdoué Michaël Mention. Un roman noir crépusculaire, apocalyptique, qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'un bled paumé au fin fond du désert australien. Plus qu'un livre, une expérience ! 



Numéro 17:
Cet été-là, Lee Martin. Un roman noir psychologique bouleversant, qui séduit par son originalité et par son atmosphère envoûtante. Vous ne verrez plus le Midwest américain de la même manière après avoir lu ce livre.



Numéro 16:
Le saut de l'ange, Lisa Gardner. Du cousu main pour amateurs exigeants de thrillers psychologiques à l'américaine. La reine du crime outre-Atlantique signe pour moi l'un de ses meilleurs romans à suspense, avec pour thème central la mémoire. C'est le page turner à ranger bien au chaud dans la valise qui se prépare en vue des prochaines vacances. 




Numéro 15:
Hunter, Roy Braverman. Le premier volet d'une trilogie tarantinesque consacrée à l'Amérique profonde. Un livre à grand spectacle, un huis clos haletant, une bombe textuelle survitaminée, c'est sanglant, c'est frontal, j'ai adoré. 



Numéro 14:
Toute la vérité, Karen Cleveland. Un mélange totalement réussi de roman d'espionnage et de domestic thriller. Une intrigue palpitante au coeur des services secrets américains, et un ultime rebondissement dont vous me direz des nouvelles ! 



Numéro 13:
Les hamacs de carton, Colin Niel. La première enquête du désormais mythique capitaine Anato. Un portrait fascinant de la Guyane française, si chère à Colin Niel, qui démontre avec ce premier roman un immense talent pour raconter des histoires policières très bien ficelées. 



Numéro 12:
Dernier refrain à Ispahan, Naïri Nahapétian. Une enquête policière rondement menée doublée d'un portrait saisissant et inattendu de l'Iran. Un roman à la fois dépaysant et terrifiant de réalisme. 



Numéro 11:
Les chiens de Belfast, Sam Millar. Un Irish coffee très corsé, à consommer sans modération, ça décape sévère attention ! Un mélange épicé de roman noir urbain, de polar saignant, et de whodunit. Le tout saupoudré d'un humour bien cru, irrévérencieux à donf !



Numéro 10:
Le Jardin de bronze, Gustavo Malajovich. THE classique incontournable du roman noir argentin. Un thriller puissant, hommage au chef d'oeuvre de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres.



Numéro 9:
La Petite Gauloise, Jérôme Leroy. Mon polar décalé de cette année 2019, un mélange de comédie grinçante et de roman noir sociopolitique, une certaine vision de la France d'aujourd'hui, un livre subversif, corrosif, fulgurant. 



Numéro 8:
Unité 8200, Dov Alfon. Mon thriller politique de cette année 2019. Fans de 24 heures chrono, ou Homeland, vous allez adorer dégoupiller cette bombe textuelle survitaminée. Une course-poursuite haletante, et un portrait acéré et sans concession du monde de l'espionnage et du pouvoir politique.



Numéro 7:
Sous nos yeux, Cara Hunter. Mon whodunit de cette année 2019, un roman labyrinthique impossible à lâcher, très bien écrit, une intrigue riche en suspense et en rebondissements, et un coup de théâtre final qui vous laissera pantois. 


Numéro 6:
Nuit blanche, Nicolas Druart. Mon thriller sanglant préféré lu cette année, un huis clos cauchemaresque orchestré par un auteur inspiré et très très talentueux. Un vrai thriller qui fait peur, crépusculaire, saignant, haletant. Les Franck Thilliez, Maxime Chattam, et autres Jean-Christophe Grangé et Bernard Minier ont du souci à se faire !


Numéro 5:
Reflex, Maud Mayeras. Un mélange maléfique de suspense psychologique, de thriller saignant et de roman noir. Une intrigue noire comme le cauchemar, des personnages taillés au couteau, un dénouement à suspense qui dégage une puissance malfaisante. Attention, âmes sensibles s'abstenir, Maud Mayeras n'y va pas par quatre chemins pour nous conter l'indicible. 


Numéro 4:
Enfant 44, Tom Rob Smith. Un classique incontournable du genre, mélange explosif de serial killer thriller, de roman d'espionnage et de polar historique. Le premier volet d'une trilogie culte consacrée à l'union soviétique. 


Numéro 3:
Pyromanie, Bruce DeSilva. Pour moi, l'un des meilleurs romans noirs de cette décennie qui s'achève dans seulement quelques jours. Un polar décapant tour à tour hilarant et d'un réalisme dérangeant. Un portrait au vitriol des moeurs politiques et des milieux d'affaire de Rhode Island, le plus petit état des USA. Vous allez adorer Liam Mulligan, le personnage principal, un journaliste d'investigation qui s'attire toujours les pires ennuis. 


Numéro 2:
Rien ne se perd, Cloé Mehdi. Mon polar français de cette année 2019. Un roman noir urbain engagé qui vous remuera les tripes. Une écriture magnifique, d'une féroce puissance d'évocation. Des personnages inoubliables, une intrigue intelligente, brûlante d'actualité. Un roman coup de poing !


Numéro 1:
Le vide, Patrick Sénécal. C'est le livre qui m'a procuré le plus d'émotions cette année 2019. Un roman noir estomaquant, monumental qui dégage une puissance hors du commun. Le chef d'oeuvre de cet auteur québécois surdoué qu'est Patrick Sénécal. Une expérience éprouvante dont vous ne sortirez pas indemne. 


Pietro 

mardi 24 décembre 2019

REFLEX

MAUD MAYERAS

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Auteur française
Editions Pocket
478 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2013
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Un thriller d'une noirceur absolue.


Maud Mayeras fait partie de ces rares écrivains capables de raconter l'indicible, l'intolérable, d'une manière terriblement crédible. Une auteure capable de coucher sur le papier un crime atroce sans tomber dans l'excès. Ce n'est pas trop sanguinolent, ce n'est pas trop spectaculaire. C'est d'une inconcevable réalité. C'est d'un équilibre, ou plutôt d'une justesse qui apporte une effroyable crédibilité à son récit très très noir. Car ne nous y trompons pas, ce que raconte Maud Mayeras est épouvantable, je déconseille ce thriller diabolique, malfaisant, aux âmes sensibles. Car il flotte autour de cette histoire une aura sombre, très sombre. Vous qui entrez dans Reflex, laissez toute espérance, et préparez-vous à faire connaissance avec un tueur en série abominable. Un monstre qui se cache derrière un masque de normalité. Et qui tue, qui tue beaucoup, des hommes, des femmes, des enfants. L'horreur à l'état pur, dans le mauvais sens du terme.

Livre qui fera date dans l'histoire du thriller, Reflex hisse définitivement Maud Mayeras au rang des plus grands auteurs français de polars. Reflex est un roman atroce, prenant, implacable, c'est une mécanique de précision parfaitement huilée qui vous emporte dans sa folie. Alors certes, il y a une volonté de coller le plus possible à la réalité dans ce qu'elle a de plus froide, et de plus terrible. Mais Maud Mayeras n'oublie pas non plus de captiver ses lecteurs avides de suspense et de rebondissements. L'auteure tisse une toile machiavélique, et les cent dernières pages sont de très haute volée. Un dénouement à suspense qui dégage une puissance maléfique, vraiment c'est du grand art.

Enfin, le style d'écriture de l'auteure, sa façon de raconter l'histoire, et de créer une atmosphère oppressante, contribuent au succès du roman. Un style descriptif, à la fois très précis sur la forme et sur le fond, et surtout d'une féroce puissance d'évocation. Un art du détail, une grande finesse psychologique, une effroyable lucidité, bref le style d'une grande écrivaine. Au final, avec Reflex, Maud Mayeras confirme son immense talent pour échafauder des intrigues diaboliquement efficaces et camper des personnages forts. Notamment Iris Baudry. Vous vous souviendrez longtemps d'elle. Allez, je ne vous en dis pas plus, et vous laisse le soin de découvrir ce thriller noir comme le cauchemar. 

Dans le même genre sur ce blog:
La compassion du diable, Fabio M. Mitchelli
Une forêt obscure, Fabio M. Mitchelli
Serre-moi fort, Claire Favan
Jeu d'ombres, Ivan Zinberg

mercredi 18 décembre 2019

DARK TIGER

WILLIAM G. TAPPLY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Happe
Editions Gallmeister
Poche 288 pages
Première publication:
2009 (Etats-Unis)
2010 (France)
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Le dernier whodunit de William G. Tapply.


Le temps passe vite, très vite. Dix ans, oui dix ans déjà que William G. Tapply, à mes yeux le maître incontesté du polar naturaliste, est mort. Un auteur américain passionné de pêche, surtout connu en France pour sa série policière mettant en scène l'attachant et mystérieux Stoney Calhoun. Dark Tiger est le troisième et dernier volet de cette sympathique série, que je vous recommande vivement, si vous aimez les romans policiers classiques dont l'action se déroule dans les magnifiques paysages sauvages du Maine. Cet état américain situé à l'extrême nord-est du pays, si cher à un certain ... Stephen King. Beaucoup d'espaces sauvages, des paysages magnifiques parfaitement retranscrits par l'écriture lumineuse du regretté William G. Tapply. Un style limpide, posé, au service d'intrigues policières certes très classiques mais rondement menées, bien ficelées.

Je vous conseille de lire les trois polars dans l'ordre chronologique: Dérive sanglante, Casco Bay et enfin Dark Tiger. Casco Bay est pour moi le meilleur opus de la série. Dark Tiger est le moins réussi. Attention, cela reste un bon polar qui se déguste tranquillement dans son fauteuil les soirs d'hiver. Mais si vous voulez faire connaissance avec Stoney Calhoun, je vous conseille de commencer soit par Dérive sanglante, soit par Casco Bay. Dark Tiger est le plus dépaysant des trois opus, car  l'essentiel de l'action se déroule au nord du Maine, donc en plein coeur des espaces sauvages de l'état. Je vous résume brièvement l'intrigue: sept ans après avoir complètement perdu la mémoire lors d'un mystérieux accident, Stoney Calhoun mène une paisible existence de guide de pêche. Mais l'Homme au Costume, qui vient régulièrement s'assurer qu'il est bien toujours amnésique, l'oblige à enquêter sur le meurtre d'un agent gouvernemental dans le nord du Maine. Stoney va devoir une nouvelle fois remettre sa casquette de détective privé et résoudre cette affaire.

Dark Tiger séduit plus par son décor que par son intrigue assez bien ficelée, mais trop plan-plan à mon goût. L'ensemble manque un peu de punch, de fluidité. Mais cela reste un whodunit de bonne facture, on retrouve quand même tout ce qui fait la force, le charme de cet auteur, qui avait encore certainement beaucoup de polars en lui. On ne saura jamais exactement qui était Stoney Calhoun avant son amnésie. Des questions resteront à jamais sans réponses. Par contre William G. Tapply restera pour moi à jamais l'un des meilleurs auteurs de polars naturalistes. Paix à son âme !

Du même auteur sur ce blog:
Casco Bay

Dans le même genre sur ce blog:
Le Royaume des perches, Martti Linna
La mort et la belle vie, Richard Hugo

jeudi 12 décembre 2019

BIENVENUE À COTTON'S WARWICK

MICHAËL MENTION

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Auteur français
Editions Ombres Noires
Grand format
253 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Un roman noir comme le cauchemar.


"À Cotton's Warwick, il y a autant de champs de coton que d'anges à Los Angeles. Ici, il n'y a rien. Excepté quelques fantômes à la peau rougie de terre, reclus dans le trou du cul de l'Australie. Perdus au fin fond du Northern, ce néant où la bière est une religion et où les médecins se déplacent en avion. Loin des sites touristiques, très loin des "grandes" Darwin et Alice Springs, le village est coupé d'un monde qui ne s'est jamais intéressé à lui. "

Bienvenue à Cotton's Warwick, un hameau perdu en plein désert australien. Pas franchement la destination idéale pour y passer des vacances. Et si jamais vous faites un road-trip en Australie, ne vous arrêtez surtout pas à Cotton's Warwick. Vous n'en ressortirez pas vivants. La plupart des rares habitants de Cotton's Warwick ne gagnent vraiment pas à être connus, croyez-moi sur parole. Et cette chaleur étouffante, omniprésente, qui rendrait fou n'importe qui. Il ne reste plus qu'une seule femme à Cotton's Warwick, Karen, la patronne du pub. Les autres femmes du village ont préféré se donner la mort plutôt que de continuer à survivre aux côtés de leurs maris alcooliques et dégénérés. Il y a aussi l'église et son prêtre Quinn. Enfin, prêtre n'est pas forcément le terme adéquat. Quinn étant aussi dans le désordre maire du village, shérif du village, chef mafieux du village (pratique quand on est shérif), conseiller psychologique, et protecteur attitré de la belle Karen. Et croyez-moi il vaut mieux bénéficier d'une protection quand on est la seule femme du village. Encore que protection n'est pas non plus le terme qui convient, je rappelle que Quinn est une pourriture de la pire espèce. Bref, tout va pour le pire dans le pire des mondes, et le pire reste bien à venir pour les habitants de Cotton's Warwick, qui se mettent à mourir les uns après les autres. Et à chaque fois dans d'étranges circonstances. Des morts suspectes qui vont semer la panique dans le village. Déjà qu'il ne reste plus grand monde... Mais ce n'est peut-être pas plus mal finalement. Je vous l'ai dit, les habitants de Cotton's Warwick ne gagnent pas à être connus. Ou alors, il faut avoir une vision franchement tordue de ce qu'est l'humanité !

Pour moi, il y a vraiment deux parties bien distinctes dans ce roman très noir. Une première partie qui plante le décor. L'auteur nous plonge dans un univers sordide qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'un bled isolé de tout. On se croierait dans U-Turn - Ici commence l'enfer d'Oliver Stone. Un mélange de roman noir et de comédie grinçante, déjantée. J'ai même rigolé à la lecture de certains passages. Mais ensuite, le roman bascule clairement dans une toute autre dimension, et là on ne rigole plus du tout, c'est terminé. On entre de plein fouet dans le domaine du roman très très noir, comme le cauchemar. Le récit devient atroce, étouffant, impitoyable. Michaël Mention se lâche complètement dans une deuxième partie surréaliste. Ce n'est plus U-Turn mais plutôt Atomik Circus. Ce film fantastique français sorti en 2004, avec Vanessa Paradis, Benoît Poelvoorde et Jean-Pierre Marielle. Dont l'action se déroule également dans un bled paumé, attaqué par des extraterrestres très très méchants. Et bien, Cotton's Warwick c'est pareil, sauf que les méchants ne sont pas des extraterrestres mais des animaux terrestres issus de la faune australienne. Des animaux qui sont très très remontés contre les humains.

On retrouve dans ce roman viscéral, sanglant, éprouvant, terrifiant, tout ce qui fait la force de cet auteur hors norme qu'est Michaël Mention: un style moderne, incisif, plein d'énergie et de vitalité. Au service d'un récit échevelé, qui part dans tous les sens. Le portrait au vitriol d'une bourgade australienne totalement repliée sur elle-même, presque hors du temps. Un western des temps modernes version destroy. Un huis clos noir comme le cauchemar mettant en scène des personnages complètement barrés. Michaël Mention a trempé sa plume dans l'acide, ça donne Bienvenue à Cotton's Warwick, plus qu'un livre, une expérience éprouvante, un voyage au bout de l'enfer. Je déconseille fortement ce livre aux âmes sensibles. Frontal !

Du même auteur sur ce blog:

vendredi 6 décembre 2019

HEATHER MALLENDER A DISPARU

ROBERT GODDARD

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Traduit de l'anglais par Catherine Orsot-Cochard
Le Livre de Poche
720 pages
Première publication:
1990 (Angleterre)
1993 (France)
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Un bon roman à suspense qui aurait pu être plus court.


Heather Mallender a disparu fait partie de ces romans dont j'entends parler depuis fort longtemps. Un suspense hitchcockien qui a rencontré un gros succès populaire, le genre de monstrueux bestseller que vous pourrez trouver dans toutes les bibliothèques du pays. Alors forcément, j'ai abordé la lecture de ce pavé (plus de 700 pages dans sa version poche,  en petits caractères) avec un niveau d'attente élevé. Généralement ça passe ou ça casse. Alors est-ce qu'Heather Mallender a disparu est bien l'un des meilleurs romans à suspense de tous les temps ? Un chef d'oeuvre qui se distingue clairement de la masse ? La réponse est non. J'ai globalement bien aimé le fond, beaucoup moins la forme.

Je commence par le fond, par le positif. L'intrigue est riche en suspense et en rebondissements, prenante de bout en bout, et le personnage principal, à défaut d'être original, a le mérite d'être assez attachant. Je vous donne le pitch: Heather Mallender, une jeune femme de nationalité anglaise, disparaît soudainement au cours d'une ballade en montagne, sur l'île de Rhodes, en Grèce. Harry Barnett, le gardien de la villa où la jeune femme résidait, un quinquagénaire alcoolique et blasé de la vie, n'a pas réussi à suivre Heather jusqu'au sommet de la montagne. Rongé par la culpabilité d'avoir laissé seule la jeune femme, soupçonné par la police locale et par la famille d'Heather, Harry va se fixer une mission rédemptrice: retrouver la jeune femme. Sa seule piste: les vingt-quatre dernières photos prises par Heather. C'est tout un itinéraire que cet anti-héros va parcourir, entre la Grèce et surtout l'Angleterre. Harry va reconstituer les dernières semaines de la vie d'Heather et découvrir petit à petit une vérité inavouable.

J'ai été plutôt captivé par cette intrigue vraiment sympa à suivre, sorte de puzzle machiavélique. Il y a du suspense et des rebondissements, on prend globalement du plaisir à suivre les aventures de ce monsieur tout-le-monde qui se transforme en enquêteur chevronné. Mais pour moi, ce roman aurait pu être beaucoup plus court. Je trouve que l'ensemble est laborieux, il y a trop de longueurs, ou d'explications parfois inutiles. Le style d'écriture est assez banal, passe-partout, et manque parfois de limpidité. Il y a une impression de lourdeur qui ressort de ce livre. C'est dommage, car l'ensemble est plutôt bien ficelé, et l'auteur ne lésine pas sur le romanesque. Au final, Heather Mallender a disparu est un bon roman à suspense qui tient ses promesses en terme de rebondissements. On se laisse facilement embarquer dans cette histoire haletante vécue par un personnage assez attachant. Mais la forme laisse trop à désirer pour que je classe ce livre dans la catégorie des romans cultes. Un bon roman à suspense, oui. Un chef d'oeuvre indispensable, non. 

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