mercredi 18 janvier 2023

Le souffle de la nuit, d'Alexandre Galien

 

Je vous conseille, si ce n'est pas déjà fait, de lire Les cicatrices de la nuit, qui précède donc Le souffle de la nuit. Les intrigues sont certes différentes, mais il y a une certaine continuité au niveau des personnages. On y retrouve notamment le commandant Philippe Valmy, parti vivre au Nigéria afin d'essayer d'oublier les nombreux drames vécus dans Les cicatrices de la nuit. Mais bien sûr ça ne marche pas, et surtout Valmy va devoir revenir rapidement sur Paris pour aider son ancienne équipe à traquer un redoutable tueur de flics. Une enquête en eaux troubles sur fond de géopolitique franco-africaine et de vaudou. 

Loin de moi l'idée de vouloir recycler ma précédente critique sur Les cicatrices de la nuit, mais j'ai retrouvé dans Le souffle de la nuit les mêmes défauts et qualités. 

Encore une fois, l'auteur s'inscrit dans le souci d'une narration réaliste et nous entraîne dans les arcanes du 36, ou plutôt du Bastion, nouveau siège de la Direction Régionale de la Police Judiciaire. Un milieu qu'Alexandre Galien connaît comme sa poche, pour y avoir travaillé. L'auteur excelle également à décrire les dynamiques et les codes qui régissent un groupe d'enquête. Enfin, l'intrigue est assez prenante, mélange de polar d'enquête et de thriller politique. 

Mais malheureusement, je trouve que le récit manque encore une fois de clarté. Et l'auteur abuse un peu trop, à mon goût, des métaphores. Au final, j'ai lu le roman jusqu'au bout pour son côté ultra-réaliste, dans les rues de la capitale multiculturelle parisienne. Et l'intrigue est globalement bien ficelée, mais je reste un peu sur ma faim quand même. 

Alexandre Galien, Le souffle de la nuit, Pocket, 300 pages, sorti pour la première fois en France en 2020.

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mardi 3 janvier 2023

Une putain d'histoire, de Bernard Minier

 

Cette année 2023, que je vous souhaite riche en émotions littéraires, démarre très fort avec Une putain d'histoire, c'est le moins que l'on puisse dire. On tient là LE polar culte de cet auteur, qui fait désormais partie des plus gros vendeurs de livres en France, en compagnie des Franck Thilliez, Maxime Chattam, Karine Giébel et autres Olivier Norek, Michel Bussi et Claire Favan. Parlons donc de cette putain d'histoire, loin, très loin à l'Ouest, américain. Et sans le commandant Servaz. Ce qui est une première. En effet l'auteur met de côté son personnage fétiche le temps d'un one-shot très corsé, riche en suspense et en rebondissements tordus. L'action ne se déroule pas dans le Sud-Ouest français, comme dans les trois premiers thrillers de l'auteur, mais sur la côte du Nord-Ouest Pacifique américain. Et plus précisément sur l'île (fictive) de Glass Island. 

Où vit Henry, le narrateur et personnage principal de cette histoire stupéfiante. Un adolescent qui, chaque matin, prend le ferry pour se rendre à son lycée. Et qui, chaque soir, reprend ce même ferry pour rentrer dans sa maison au bord de l'océan. Henry a deux mamans et une bande de copains. Et une petite amie, Naomi. Un soir de tempête, les deux adolescents se retrouvent sur le pont inférieur du ferry pour discuter. Naomi annonce à Henry vouloir faire un break. Le lendemain, son corps sans vie est retrouvé sur une plage de l'île. Henry devient très vite le suspect numéro un. 

Et ensuite, ça part dans tous les sens, de l'action, du suspense, des retournements de situations, et bien sûr le twist final qui va bien. On en a pour son argent. Une putain d'histoire, quoi, un récit tendu à l'extrême, une intrigue taillée au couteau, un climax vif, nerveux, teigneux. Une bombe textuelle survitaminée qui renverse tout sur son passage. Un style d'écriture musclé, percutant, au service d'un récit d'une extraordinaire fluidité. 

Enfin, dans ses remerciements, Bernard Minier explique avoir écrit un roman sur l'adolescence et la peur de l'âge adulte. Mais l'auteur aborde également, dans cette histoire, un autre sujet qui m'a davantage interpellé: la fin de la vie privée. Pour moi c'est le thème central de ce livre, et un élément très important de l'intrigue. Je ne développerai pas davantage sur le sujet, et je vous laisse le soin de découvrir cette histoire stupéfiante mettant en scène des personnages hors normes. 

Bernard Minier, Une putain d'histoire, Pocket, 598 pages, sorti pour la première fois en France en 2015.

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vendredi 23 décembre 2022

TOP 20 2022

 
















Chère lectrice, cher lecteur,

J'ai sélectionné pour vous mes 20 polars préférés, lus en cette année 2022, qui se termine dans quelques jours, que ça passe vite. Un top 20 très français, avec pas moins de 13 auteur(e)s représenté(e)s. Et avec en numéro 1 certainement le plus grand polar historique de tous les temps :
  1. Le Cercle de la Croix, d'Iain Pears
  2. La défaite des idoles, de Benjamin Dierstein
  3. Fermer les yeux, d'Antoine Renand 
  4. Lontano, de Jean-Christophe Grangé 
  5. Mamie Luger, de Benoît Philippon 
  6. Le Festin des fauves, de Dominique Maisons 
  7. L'âme du fusil, d'Elsa Marpeau 
  8. Hook, de Michelle Miller 
  9. Le Passager, de Jean-Christophe Grangé 
  10. Sous les décombres, de Mechtild Borrmann 
  11. Le disparu de Nantucket, de Laure Rollier 
  12. Les noyés du Clain, de Thibaut Solano 
  13. Laisse pas traîner ton fils, de Rachid Santaki 
  14. The Sinner, de Petra Hammesfahr 
  15. Population : 48, d'Adam Sternbergh 
  16. Il ne rentre pas ce soir..., de Yannick Provost 
  17. Il faut tuer Lewis Winter, de Malcolm Mackay 
  18. Une disparition inquiétante, de Dror Mishani 
  19. Noir côté cour, de Jacques Bablon 
  20. La Forêt des disparus, d'Olivier Bal 
N'hésitez pas à commenter et à compléter ce top avec vos coups de coeur de cette année 2022. 
Très bonnes fêtes de fin d'année et à l'année prochaine !

Pietro

mercredi 21 décembre 2022

Le Cercle de la Croix, d'Iain Pears

 

Le Cercle de la Croix fait partie de ces romans dont j'entends parler depuis fort longtemps. Salué à sa sortie en 1997 comme un chef d'oeuvre incontestable et inconstesté de la littérature policière et historique. Un roman majeur qui a complètement renouvelé le genre. Dans l'univers du roman policier historique, il y aura clairement eu un avant et un après Le Cercle de la Croix. Alors forcément, mon niveau d'attente était très élevé lorsque je me suis attaqué à la lecture de ce monstrueux bestseller de presque mille pages dans sa version poche. Alors quel est mon verdict sur ce roman culte d'une intelligence, d'une érudition et d'une maîtrise exceptionnelles ? La réponse se trouve dans la question, comme dirait l'autre. Dès les premières pages, j'ai vite compris que j'avais entre les mains un roman définitivement pas comme les autres. 

Petit conseil d'ami avant de plonger tête la première dans l'Angleterre du XVIIe siècle: il faut avoir du temps pour pouvoir lire ce roman touffu, complexe, et surtout fascinant. Mais j'insiste quand même sur la complexité et la densité de ce pavé. Le Cercle de la Croix n'est pas d'une lecture évidente, il faut, si j'ose m'exprimer ainsi, mouiller le maillot pour pouvoir tirer la quintessence de cette fresque historique hors du commun. Et ne pas trop étaler sa lecture dans le temps. Sinon vous risquez de vous engluer dans les histoires racontées par Iain Pears. Des histoires stupéfiantes mettant en scène de nombreux personnages qui ont tous leur importance. 

Rien n'est laissé au hasard dans ce livre érudit écrit par un auteur surdoué qui s'est appuyé sur un solide fond documentaire. Car c'est toute une époque qui est ici restituée dans ses moindres détails, et dans sa dimension historique, politique, sociologique. Voire même psychologique. l'Angleterre du XVIIe siècle comme si vous y étiez, un portrait complet, à la fois fascinant et effrayant. Incroyable, hallucinant. 

Un crime, commis au sein de l'université d'Oxford, quatre témoins, à chacun sa vérité. Quatre versions différentes d'une même histoire, ou plutôt d'une même époque. Le premier témoignage est celui de Marco da Cola, gentilhomme vénitien, qui séjournait à Oxford au moment des faits. Son récit des événements sera tout d'abord contredit par celui du jeune Jack Prescott, qui cherche des preuves de l'innocence de son père accusé d'être un traître à la patrie. Puis par celui du Docteur John Wallis, espion au service de sa Majesté. Et enfin par celui de l'historien John Wood. Le tout formant une intrigue magistralement entrelacée jusqu'à la fin, imaginée par un esprit brillant. Une intrigue remarquablement construite, foisonnante, où s'enchevêtrent des thèmes très variés.

Car dans ce polar historique puissant, il s'agit moins pour Iain Pears de trouver le ou les coupables que de dresser le portrait saisissant d'un pays à la croisée des chemins, mais englué dans des luttes de pouvoir incessantes. Déjà à cette époque, Londres est clairement à part dans tous les domaines. Le reste du pays est écartelé entre misère, violence, et obscurantisme d'un côté, et l'avènement d'un certain progressisme, de l'autre, notamment dans le domaine scientifique. En effet, l'auteur décrit avec une grande précision, l'essor difficile mais bien réel de la médecine scientifique, des mathématiques, de la chimie, et d'une certaine philosophie humaniste. 

Au final, Le Cercle de la Croix séduit tout autant par son intrigue d'une extraordinaire complexité que par son écriture pleine de coups de théâtre et de vitalité. Oui, nous sommes bien en présence d'un chef d'oeuvre de la littérature policière et historique. Un roman culte qui aura marqué à jamais le genre. C'est mon roman préféré de cette année 2022, qui se termine donc en fanfare. 

Iain Pears, Le Cercle de la Croix, Pocket, 928 pages, traduit de l'anglais par Georges-Michel Sarotte, sorti en 1997 (Angleterre) 1998 (France)

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mercredi 7 décembre 2022

Les Trois Meurtres de William Drever, de John Wainwright

 

C'est le deuxième polar que je lis de cet écrivain britannique décédé en 1995. J'avais adoré Les Aveux, un fulgurant roman noir racontant le face-à-face tendu entre un pharmacien, qui vient avouer le meurtre de sa femme, et un inspecteur de police qui va, petit à petit, découvrir une vérité beaucoup plus complexe. J'avais dévoré d'une traite cette histoire formidablement bien écrite et remarquablement bien construite. Un polar psychologique très noir. Alors, ai-je retrouvé le même plaisir de lecture avec Les Trois Meurtres de William Drever, qui vient de paraître chez Sonatine ? En partie seulement. J'ai lu jusqu'au bout ce polar, et c'est la raison pour laquelle je publie cet article. L'intrigue reste suffisamment bien ficelée pour que cela donne envie d'en connaître le dénouement, mais mon avis est globalement mitigé. 

Trois meurtres, donc, comme l'indique le titre du livre, commis par un certain William Drever. Trois meurtres sordides de prostituées commis par un père de famille en apparence sans histoire. Celui-ci est jugé coupable puis écroué. Laissant derrière lui toute une famille dévastée et jetée en pâture aux médias et à la population aussi bien locale que nationale. Carol, sa femme, fait une tentative de suicide. Ses parents, des gens simples, ne comprennent pas comment leur fils a pu commettre de telles atrocités. Sa soeur, Barbara, et la soeur de Carol, Liz, entrent en contact avec Ruth, une femme très mystérieuse qui semble avoir des informations cruciales susceptibles d'innocenter William. 

Dans ce livre, j'ai retrouvé cette acuité psychologique qui caractérise l'auteur. Cette faculté à dresser des portraits très réalistes de personnages ordinaires qui se retrouvent confrontés à une situation extraordinaire. Cette capacité à construire une intrigue à plusieurs voix, en forme de pièce de théâtre tragique. On a envie de savoir comment l'histoire et les personnages qui la composent vont évoluer. Et comment tout ce drame va s'achever. 

Et malheureusement j'ai été plutôt déçu de la façon dont s'achève cette histoire. Je trouve que la fin est trop rapide, et un peu trop tirée par les cheveux. Sur la forme, le récit manque parfois de limpidité, de clarté. Et la clarté est essentielle quand l'histoire est racontée par de nombreux personnages qui se chevauchent tout au long du récit. Sinon, on finit par s'engluer dans l'histoire, et c'est ce que j'ai parfois ressenti. Un manque de fluidité. 

Au final, un roman noir psychologique d'assez bonne facture écrit par un auteur qui avait suffisamment de métier pour tenir ses lecteurs en haleine jusqu'au bout de l'histoire. Mais on est plus près du minimum que du maximum quand même. Si vous n'avez jamais lu un roman de cet auteur, je vous conseille plutôt de commencer par Les Aveux

John Wainwright, Les Trois Meurtres de William Drever, Sonatine, 240 pages, traduit de l'anglais par Clément Baude, sorti en 1982 (Angleterre) 2022 (France)

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mardi 29 novembre 2022

Cassandra, de Todd Robinson

 

Quelques conseils avant de donner mon avis sur le premier polar de l'américain Todd Robinson. Si vous aimez plutôt les polars subtils et raffinés, Cassandra n'est pas pour vous. Si vous aimez les personnages plutôt classiques et consensuels, Cassandra n'est pas pour vous. Et si vous aimez plutôt les ambiances cosy, Cassandra n'est définitivement pas pour vous. En fait, si Jean-Marie Bigard avait été un auteur de polars, il aurait très certainement écrit Cassandra. Sauf peut-être le dernier quart du roman qui bascule clairement dans une atmosphère sordide et très noire. Pour le reste, nous sommes clairement dans du polar "testostéroné" à mort, avec un humour très souvent en dessous de la ceinture. Un mélange épicé de roman noir urbain, de comédie potache et de thriller sanguinolent. 

Avec ce premier roman, Todd Robinson illustre une veine toujours aussi peu représentée dans le polar, le tragi-comique, par une histoire pleine de rebondissements et finalement assez noire, malgré son aspect déjanté et un mauvais goût certain. Oui, très clairement, on peut dire que l'auteur ne fait vraiment pas dans la dentelle pour son premier roman, qui met en scène des personnages borderline. 

Boo et Junior sont inséparables depuis leur enfance malheureuse passée dans les foyers et orphelinats de la ville de Boston. Les deux amis auraient pu facilement mal tourner en basculant dans la criminalité. Il faut dire qu'ils ont le physique de l'emploi avec leurs muscles de rugbymen et leurs nombreux tatouages. Il fallait pas les inviter, comme on dit. Mais Boo et Junior dirigent une modeste entreprise de sécurité qui vivote péniblement. Alors quand le procureur de Boston leur demande, moyennant une grosse récompense, de retrouver sa fille Cassandra, qui a disparu, Boo et Junior y voient enfin l'opportunité de changer de niveau de vie. Mais nos deux anti-héros ne sont pas au bout de leurs (mauvaises) surprises, et vont devoir plonger dans les bas-fonds de la ville. Attention à ne pas se noyer !

Au final, un premier roman globalement réussi, très américain dans son atmosphère, tour à tour hilarant et d'un réalisme dérangeant. Beaucoup de situations drôlissimes et complètement déjantées, des scènes chocs, un humour souvent très cru mais aussi quelques passages émouvants. Un style d'écriture direct et incisif, et un rythme de récit assez soutenu. De l'action, du suspense, des rebondissements, on en a pour son argent. Par contre, j'ai trouvé la fin un peu trop rapide. Mais je lirai d'autres romans de cet auteur prometteur dans un sous-genre du polar trop peu représenté. 

Todd Robinson, Cassandra, Gallmeister, 329 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury, sorti en 2013 (Etats-Unis) 2015 (France)

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lundi 21 novembre 2022

L'âme du fusil, d'Elsa Marpeau

 

"J'ai tiré à bout touchant. Deux coups dans son ventre. Son corps a basculé, il est retombé sur les tommettes. Une tache de sang a gonflé sous son dos, sous sa tête. Comme une peinture éblouissante. Dehors, le jour commençait à se lever, une lumière chaude m'a enveloppé. Dans le silence parfait des champs, j'ai pris une bêche et j'ai creusé un trou. Il n'y aurait pas d'autres funérailles que celles-ci, minuscules et bâclées. J'ai jeté son corps dans le trou, que j'ai recouvert de terre. Avec mon pied. Ensuite, je suis remonté dans la chambre et j'ai attendu." 

Ce sont les premières phrases du livre. Une entrée en matière fracassante, et surtout noire comme le cauchemar. On connaît donc le coupable, qui est le narrateur de cette histoire très éprouvante. 

Par contre, l'identité de la victime ne sera dévoilée qu'à la fin de l'histoire. Il s'agit donc de remonter le fil du temps jusqu'à la tragédie annoncée, qui se joue dans cette France rurale. Car L'âme du fusil est avant tout un roman noir rural. 

"Un jour, on est partis en promenade tous les deux. Je lui montrais les champs, les arbres, je nommais les fleurs pour lui comme je l'aurais fait pour un enfant. Il y avait son désir de plaire, qui ne le quittait jamais, mais je sais qu'il était animé d'une vraie curiosité. Ses yeux brillaient quand je désignais les plantes. Il voulait savoir quand elles fleurissaient et comment se transformaient leurs feuilles au fil des saisons. Je pouvais sentir un esprit vif, éveillé, malgré les trous que la cocaïne avait du y faire."

Philippe et Julien. Le rural d'un côté, l'urbain de l'autre. Deux individus perdus, déboussolés, chacun à sa manière. Depuis son licenciement économique, Philippe passe ses journées à attendre. Que son fils adolescent revienne de l'école. Que sa femme, serveuse dans un restaurant, revienne de son travail. Qu'un événement vienne rompre la monotonie d'une existence de plus en plus vide de sens. Par exemple l'arrivée d'un nouveau voisin venu de Paris, Julien. Immédiatement Philippe va développer une obsession malsaine à l'égard du jeune homme. Avec aussi une volonté viscérale de transmettre son amour de la nature et de la chasse au citadin. Qui va, à son tour, fortement perturber le quotidien de Philippe et de ses copains chasseurs. Jusqu'au drame, dont on esquisse petit à petit les contours. 

L'âme du fusil est le premier roman noir que je lis d'Elsa Marpeau. Et bien ce ne sera pas le dernier, assurément, tant j'ai aimé son style d'écriture âpre, intense, physique. Sa façon de raconter cette histoire chargée d'émotion et d'atmosphère. Sa finesse psychologique hors du commun et cette capacité à créer des personnages plus vrais que nature. Et cette tension dramatique qu'elle imprime à ce récit très noir. Car L'âme du fusil appartient à ces romans noirs qui privilégient la dureté des rapports humains et les atmosphères sombres, et qui, ce faisant, se distinguent des purs romans criminels. 

Ici, les personnages ne sont pas des policiers et des gangsters, mais des hommes et des femmes ordinaires, qui vivent à la campagne. En effet, l'auteure dresse le portrait lucide d'une France rurale déboussolée par le réchauffement climatique, et apporte une certaine vision du monde de la chasse. Ou plus précisément de l'art de la chasse. L'intention d'Elsa Marpeau, selon moi, est de casser la vision trop manichéenne de la société française sur cette activité. De nuancer le propos. De montrer les avantages et les inconvénients. Il faut bien connaître une activité avant de pouvoir donner un avis. D'accord, pas d'accord, peu importe, il ne faut pas non plus tomber dans les extrêmes. C'est le message que veut faire passer l'auteure, de mon point de vue. 

Bref, j'ai été littéralement happé par cette histoire à la fois bouleversante et terrifiante. Naturellement magnifique et humainement tragique. N'y voyez rien de diabolique, certes l'issue est terrible, mais les causes sont très basiques, ou en tout cas très humaines. Bon, cela penche quand même du côté du pire, on est dans le domaine du polar très noir, ne l'oublions pas. Je ne vous en dis pas plus, c'est rural et inquiétant, on s'y enfonce comme dans du limon. Mais quelle densité, quelle profondeur, quelle puissance d'évocation pour un roman finalement assez court. Une totale réussite. 

Elsa Marpeau, L'âme du fusil, Gallimard folio policier, 190 pages, sorti pour la première fois en France en 2021. 

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