vendredi 23 juin 2017

LA DARONNE

HANNELORE CAYRE

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Auteure française
Editions Métailié
Grand format
176 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication france:
2017
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Le roman noir de cette année 2017 !


"En l'épousant je pensais baigner pour toujours dans l'amour et l'insouciance. Je ne pouvais pas m'imaginer qu'il puisse se passer dans la vie quelque chose d'aussi affreux qu'une rupture d'anévrisme en plein milieu d'un fou rire. C'est comme cela qu'il est mort à trente-quatre ans face à moi au Hyatt de Mascate." Fille d'un père truand et d'une mère complètement secouée du bocal, Patience Hortefeux s'attendait à vivre une vie tranquille avec son mari et ses deux petites filles. Mais non, le destin en a décidé autrement. "J'étais devenue une nouvelle femme, mûre, triste et combative. Un être impair, une chaussette dépareillée: la veuve Portefeux!" Une veuve qui, pour pouvoir élever correctement ses deux filles, devient traductrice-interprète judiciaire. Ce qui lui permet de connaître parfaitement le milieu de la drogue, et des trafiquants. De là à passer de l'autre côté de la barrière, il n'y a qu'un pas que la veuve Hortefeux va franchir allègrement, pour devenir ainsi ... La Daronne bien sûr!

Oui, Patience Portefeux veut définitivement mettre ses filles à l'abri du besoin, tout en continuant de payer l'EHPAD où survit sa mère grabataire. "Nous étions entre nous, appartenant au grand flou des classes moyennes étranglées par ses vieux. C'était rassurant." Cette phrase reflète vraiment l'atmosphère qui règne dans ce polar décapant à plus d'un titre: un mélange épicé de roman noir et de comédie grinçante. Un polar tour à tour hilarant et d'un réalisme dérangeant. Pour l'instant, LE roman noir de cette année 2017 côté polar français. La Daronne séduit par un humour très noir, cynique, et parfois très cru. L'auteure ne fait pas dans la dentelle, c'est le moins que l'on puisse dire. 

Avec ce roman court d'une redoutable efficacité, Hannelore Cayre illustre brillamment une veine finalement assez peu représentée dans le polar, le tragi-comique, par une histoire pleine de rebondissements mais franchement noire, malgré son aspect souvent comique. La Daronne raconte l'histoire singulière de Patience Portefeux, mais pas seulement. C'est aussi un portrait réaliste, brutal, sans concession, de la société française d'aujourd'hui. L'auteure porte un regard acéré et lucide sur notre pays. Sur la forme, le style d'écriture de l'auteure et la construction du récit contribuent totalement au succès de l'ensemble. Hannelore Cayre sait raconter une histoire, aucun doute là-dessus. Des chapitres courts, pas de temps mort, pas de gras. Des dialogues enlevés, percutants, et surtout un humour irrévérencieux, féroce, politiquement incorrect. Frontal! 

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Défoncé, Mark Haskell Smith
L'idole des camés, Richard Stratton
Maboul kitchen, Nadine Monfils
Savages, Don Winslow
Profession balance, Christopher Goffard



vendredi 16 juin 2017

LE SANG DE LA COUPE

LEIGHTON GAGE

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par
Editions Points
Poche 384 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2012 (Etats-Unis)
2014 (France)
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Brazil futbol samba!

"- Vous êtes en train de dire que les gens pensent qu'on a kidnappé la mère de notre meilleur attaquant uniquement pour diminuer le prestige d'une improbable victoire de l'Argentine ?
- Qui a dit qu'elle était improbable? risque quelqu'un.
- Moi, répondit Gonçalvez." Oui, au pays du futbol, enlever la mère d'un joueur de l'équipe nationale avant le commencement d'une coupe du monde est chose courante. En 2010, avant que ne débute le mondial sud-africain, Robinho a dû payer une rançon suite à l'enlèvement de sa maman par des kidnappeurs professionnels. Terrifiant non? Autre vérité dans ce dialogue extrait de cet excellent polar: argentins et brésiliens ne passeront pas leurs vacances ensemble. On ne plaisante pas avec le foot dans ces nations.

Vous l'aurez compris, l'action de ce très bon polar se déroule au Brésil. L'auteur a imaginé l'enlèvement de la mère d'un joueur de football fictif, alors que doit débuter la coupe du monde de football au brésil. SA coupe du monde. Et le joueur visé est la star de l'équipe, alors de là à dire que l'ennemi juré argentin est coupable du kidnapping de la maman, il n'y a qu'un pas que les brésiliens franchissent allègrement. Le but est de déstabliser moralement le meilleur joueur de l'équipe nationale pour que l'Argentine gagne la coupe du monde. Mais si cette affaire était aussi simple, ça se saurait. L'inspecteur Silva, LE personnage de Leighton Gage, qu'on retrouve dans tous ses polars, mène une enquête complexe. Les suspects se multiplient, les meurtres aussi!

Le sang de la coupe n'est pas du tout un thriller, pour moi, c'est un pur whodunit, un roman policier classique. Il s'agit de trouver un coupable parmi les nombreux suspects possibles présents dans le livre. Avec en toile de fond, un portrait réaliste et attachant du Brésil. Ce que j'ai vraiment aimé dans ce livre, c'est le rythme du récit, et le style d'écriture de l'auteur. Un récit limpide, sans temps mort, sans gras. Efficace, rythmé, et très agréable à lire. Un style concis, nature, vivant, peu de descriptions, beaucoup de dialogues, souvent enlevés, et non dénués d'humour brésilien. Bref un très bon moment de lecture en perspective.

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Biscotti à Sarasota, Stuart Kaminsky



mardi 6 juin 2017

LE CERCLE

BERNARD MINIER

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Auteur français
Editions Pocket
788 pages
Première publication France:
2012
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Mieux que Glacé!


"...., un homme empêtré dans ses contradictions, un homme hanté par son passé, plein de colère et de tendresse en même temps, dont le moindre geste, la moindre parole donnaient à penser qu'il savait que le poids de l'humanité est fait des actions additionnées de chaque homme et de chaque femme. Elle n'avait jamais connu homme plus mélancolique. Et plus droit." Cette phrase tirée du deuxième roman de Bernard Minier, Le cercle, décrit très bien la personnalité complexe et tourmentée du commandant Servaz. Figure désormais mythique de la littérature policière française. Et le pauvre Servaz n'a pas fini de se faire du mauvais sang, car rien ne lui sera épargné dans cette nouvelle enquête riche en émotions. Bernard Minier nous entraîne dans un vortex de terreur, avec ce polar sombre, vertigineux, saturé d'adrénaline. 

Juin 2010: Alors que le pays tout entier assiste, médusé, à la déchéance de son équipe nationale à la coupe du monde en Afrique du Sud, le commandant Servaz doit enquêter sur le meurtre d'une jeune prof, qui enseignait la littérature à l'université de Marsac. Une petite ville, en apparence tranquille, surnommée l'Oxford du Sud-Ouest, que Servaz connaît bien. Car le commandant y a passé toute sa jeunesse d'étudiant. Un retour aux sources qui va s'avérer très très mouvementé. 

Le cercle hisse définitivement Bernard Minier au rang des plus grands auteurs français de romans à suspense. Après Glacé, l'auteur confirme avec Le cercle son immense talent pour échafauder des intrigues diablement efficaces. C'est du grand spectacle, presque 800 pages d'action, de suspense, de frissons, et de rebondissements. Du grand art. Un récit mené avec une dextérité hors du commun. Un style d'écriture très dynamique, plein de vitalité. Et un sens du détail qui incite le lecteur à conserver une vigilance de tous les instants. Sur le fond, Le cercle est une sorte de symbiose démoniaque entre Le Cercle des poètes disparus et Le maître des illusions. Un polar de campus, mais pas que. J'ai également aimé la dimension politique du roman, permettant à l'auteur de porter un regard acéré, et lucide sur le monde politico-financier. Qui fait d'ailleurs tristement écho à l'actualité. Alors que ce thriller explosif a été écrit au début de la décennie en cours. 

Au final, un deuxième roman dont la qualité est supérieure au premier. J'avais bien aimé Glacé, Mais j'ai pris plus de plaisir à lire Le cercle. Je trouve que le récit est plus fluide, il y a moins de longueurs. Et l'intrigue est plus complexe, plus élaborée. L'auteur laisse encore plus libre cours à son imagination débordante. Et Bernard Minier n'en manque pas d'imagination, ça c'est sûr! Cependant, je recommande de lire Glacé avant Le cercle, car il y a une continuité entre les deux épisodes. 

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jeudi 1 juin 2017

MORITURI

YASMINA KHADRA

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Auteur algérien
Editions Folio
Poche 192 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
1997
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Mon polar préféré de cet immense auteur qu'est Yasmina Khadra


Yasmina Khadra est le pseudonyme littéraire de Mohammed Moulessehoul, le plus célèbre auteur algérien de polars. En réalité, ce sont les deux prénoms de son épouse. Un hommage vibrant de l'auteur à celle qui l'a soutenu dans sa carrière mouvementée d'écrivain dénonçant un pays qui n'admet aucune contestation. Mais aussi, une volonté affichée de soutenir l'émancipation de la femme musulmane. Autant vous dire que l'auteur et toute sa famille ont dû rapidement quitter le pays après la parution des premières enquêtes de son célèbre inspecteur Llob. Sorte de double littéraire de l'auteur, véritable bombe humaine au service de la vérité, un homme intègre, honnête, bref un ovni dans le paysage policier algérien. Un univers corrompu, comme ce n'est pas permis! 

Morituri est l'un des sommets de cette série noire, très noire. Inutile de vous décrire dans le détail l'intrigue, tournant autour de la disparition de la fille d'un ancien homme politique. Une affaire sordide, tordue, qui va conduire le pauvre inspecteur Llob jusqu'aux plus hautes sphères de l'état algérien. Dans les enquêtes du commissaire Llob, il s'agit moins pour Yasmina Khadra de trouver les criminels, que de se livrer à un examen sans concession d'un pays gouverné par la mafia politico-financière, et gangrené par des organisations fanatiques qui éliminent les intellectuels et les opposants ua régime totalitaire et intégriste. Sans parler de la misère, la corruption, les injustices, et les inégalités sociales.

Au final, Morituri séduit par la personnalité du commissaire Llob, qui fait tout son possible pour rester droit (et ce n'est pas facile, loin de là), mais qui ne nourrit plus aucune illusion sur son pays. Une sorte de dernier rempart fragile contre la barbarie. Ce roman noir séduit par le style d'écriture très riche de l'auteur. Un style à la fois acéré et poétique. Une poésie bien triste, d'une désespérante noirceur que ne vient éclairer aucune lueur d'espoir !

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Entre hommes, German Maggiori



mercredi 24 mai 2017

LES MILICES DU KALAHARI

KARIN BRYNARD

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Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet
Editions Seuil
Grand format 576 pages
Première publication:
2009 (Afrique du Sud)
2016 (France)
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Un premier roman prometteur !

"On ne fait pas de cadeau aux fermiers, vraiment. Ça a toujours été un métier où la politique pèse lourd... dans ce pays tout du moins. Il symbolise tous les scélérats de l'apartheid. Pas étonnant que le slogan le plus populaire dans les manifs soit Kill the Boer, kill the farmer." Si vous décidez de devenir fermier en Afrique du Sud, réfléchissez-y à deux fois avant de vous lancer. Car visiblement l'espérance de vie d'un agriculteur dans ce pays est très courte. Vols de bétail, cambriolages, manœuvres d'intimidation, et torture suivie de mort. Voilà le programme qui vous attend. Terrifiant non? 

Dans la province du Cap-Nord, les crimes de fermiers se multiplient. Mais le double meurtre sanglant de Freddie Swarts, une artiste peintre, et de Klara, sa petite fille adoptive, découvertes toutes les deux la gorge tranchée, dans la ferme familiale, est la goutte d'eau qui va faire déborder le vase. Les habitants, excédés par l'impuissance des autorités à arrêter les tueurs, décident de se faire justice eux-mêmes, en créant des milices d'autodéfense. Mais les crimes continuent, la tension monte au sein de la population locale, le feu couve sous la cendre. Mais pour Sara, la sœur de la victime, qui n'a pas remis les pieds à la ferme depuis deux ans, à cause d'une dispute avec Freddie, ce double meurtre cache autre chose. Mais quoi? L'inspecteur Beeslaar, venu de la ville, et ayant bien du mal à s'acclimater aux us et coutumes locales, va tenter de découvrir la vérité. Commence alors une enquête étouffante, sous une chaleur accablante, pleine de rebondissements et de coups tordus. Tandis que la révolte gronde de plus en plus. Beeslaar sait qu'il va devoir faire vite: il y a des fruits pourris dans toute la région. 

Un polar décapant, qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'une petite ville perdue dans le bush sud-africain. Les milices du Kalahari repose sur une intrigue complexe, touffue, qui entremêle enquête criminelle, polar politique, et roman noir social sur fond de légendes ancestrales et de géographie historique. Car il s'agit moins pour l'auteure de trouver le coupable des meurtres de Freddie et de Klara que de se livrer à un examen sans concession de l'Afrique du Sud, ses injustices, ses violences, et son communautarisme exacerbé. Un pays divisé, qui n'a toujours pas réglé ses comptes avec son passé. Sur la forme, il s'agit d'un premier roman plutôt réussi, écrit dans un style concis, vivant, et non dénué d'humour, malgré la gravité des sujets abordés . Même si j'ai trouvé que le récit comportait quelques longueurs, et manquait parfois de limpidité. Mais globalement, le positif l'emporte sur le négatif. Pas un chef d'oeuvre, mais un premier roman prometteur, et une auteure à suivre.  

Dans le même genre sur ce blog:
Canicule, Jane Harper
La tuerie d'octobre, Wessel Ebersohn
Chicago en flammes, Eugene Izzi

mercredi 17 mai 2017

CASANOVA ET LA FEMME SANS VISAGE

OLIVIER BARDE-CABUÇON

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Auteur français
Editions Babel
Poche 448 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2012
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La première enquête du commissaire aux morts étranges !


"- Il a la réputation d'un homme intègre et droit. le roi lui a demandé d'exprimer un voeu particulier pour le remercier de lui avoir sauvé la vie, Volnay lui a répondu qu'il désirait être chargé de la résolution de toutes les enquêtes sur les morts étranges dans Paris. Cela a fait rire le roi mais il était en dette envers Volnay. Depuis deux ans, celui-ci est donc commissaire aux morts étranges, sans affectation spécifique sinon d'enquêter sur les meurtres particulièrement horribles ou complexes qui se produisent dans la capitale." Alors, quand le cadavre d'une jeune fille, dont le visage a été horriblement défiguré, est découvert dans une ruelle parisienne, le commissaire aux morts étranges débarque illico presto, avec son assistant, dit "le moine", dont on découvre la véritable identité à la fin du livre. Autres faits étranges: La jeune fille assassinée était porteuse d'une lettre, scellée du sceau du roi. L'affaire se complique!

Le pauvre commissaire  va devoir naviguer en eaux troubles, souvent au péril de sa vie, pour découvrir la vérité, d'autant qu'un deuxième cadavre d'une femme défigurée est découvert. Volnay va également tomber amoureux de Chiara, mais il trouvera sur sa route un sérieux rival , en la personne de ... Casanova, véritable bourreau des coeurs. Mais pas seulement. Le célèbre vénitien est un personnage à multiples façettes, qui incarne surtout la liberté et l'esprit d'entreprendre. Liberté: un mot encore tabou en 1757, un peu plus de 30 ans avant la révolution.

Casanova et la femme sans visage est donc la première enquête du commissaire aux morts étranges. L'auteur s'appuie sur un fond documentaire solide pour nous plonger dans le Paris d'avant la révolution. Les descriptions notamment vestimentaires et culinaires sont extrêmement intéressantes. Mais c'est surtout le contexte sociétal qui est saisissant. L'auteur retranscrit parfaitement l'ambivalence d'une époque de plus en plus troublée. D'un côté, les idées progressistes et humanistes portées par les philosophes des lumières prennent de l'ampleur, et les sociétés secrètes, notamment les francs-maçons, ont de plus en plus d'adeptes, et complotent pour renverser la monarchie ; D'ailleurs, l'auteur dresse un portrait terrifiant du roi Louis XV, et plus généralement de l'aristocratie. De l'autre côté, le peuple meurt de faim, Paris est un vrai coupe-gorge, la barbarie, l'obscurantisme, et la fausse magie y sont omniprésents. Il y a donc une opposition nette entre la montée de la raison  et le maintien des superstitions. Mais on sent dans ce livre que la révolution est proche. 

Ce polar à la fois  érudit et épique ravira aussi bien les amateurs de whodunit que les férus d'histoire de France et d'Europe. Casanova et la femme sans visage séduit tout autant par son enquête complexe et subtile que par son écriture pleine de coups de théâtre, d'énergie et de vitalité. Une écriture à la fois raffinée, détaillée, et rythmée. Une série à découvrir sans tarder, en commençant par cet opus, devenu un incontournable du polar historique made in France!

Dans le même genre sur ce blog:
Iacobus, Matilde Asensi

mercredi 10 mai 2017

LEÇONS D'UN TUEUR

SAUL BLACK

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Traduit de l'anglais par Isabelle Maillet
Editions Pocket
566 pages
Première publication:
2015 (Royaume-Uni et France)
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Rarement lu un truc aussi stressant !


"Quand à peine sortie de sa cuisine chaude embaumant les cookies, Rowena Cooper découvrit les deux hommes dans le couloir, leurs bottes dégoulinant de neige fondue, elle comprit immédiatement que tout était sa faute." C'est la première phrase de ce livre. On entre dans le vif du sujet dès le début, c'est frontal, c'est percutant, et ce sera ainsi jusqu'au dénouement final. Si je devais résumer en une phrase ce serial killer thriller: rien de nouveau sous le soleil, mais quel suspense insoutenable!

Rien de nouveau sous le soleil, car l'intérêt de ce roman ne réside pas dans l'originalité de l'intrigue. En effet, Leçons d'un tueur ne renouvellera pas le genre du serial killer thriller. Il n'y aura pas un avant et un après, l'intrigue est très classique. Pas non plus de rebondissements à faire pâlir les scénaristes du monde entier, on sait très vite qui sont les coupables. Et on connaît très vite leurs motivations. Je vous plante le décor: veille de noël, une maison isolée dans le Colorado, sous la neige. Une mère de famille et son fils sont sauvagement assassinés par deux psychopathes de la pire espèce. Seule la fille Nell Cooper parvient à s'enfuir de la maison, poursuivie par l'un des deux tueurs, en l'occurrence celui qui s'avère être le maillon faible du duo diabolique. Le tueur laisse filer la fillette qui trouve refuge dans une cabane habitée par le vieil ermite du coin. Mais le maillon fort reviendra en fin de roman pour tenter de terminer le travail. Un tueur redoutable que traque depuis plusieurs années l'inspectrice Valerie Hart. Et, histoire de compliquer encore plus l'affaire, le duo diabolique enlève Claudia Grey, une jeune femme de nationalité britannique. Un compte à rebours infernal commence.

Si vous êtes cardiaque, n'ouvrez jamais ce livre, sinon vous ne le terminerez jamais. Quel suspense insoutenable, quelle tension insupportable, qui ne cesse de monter tout au long de ce récit haletant et sans concession. L'intérêt de ce fast and furious book réside donc dans la construction du récit, mené avec une dextérité hors du commun. Et écrit dans un style dense, intense, dynamique, pur. Il y a beaucoup de rythme, et d'action. Cela donne une dimension spectaculaire, cinématographique, à ce livre violent et épique, mélange de thriller sanglant et de suspense psychologique. L'auteur ne nous épargne rien, certaines scènes sont franchement gores. Et on suit  avec passion l'enquête menée par Valerie Hart, une inspectrice à la dérive, alcoolique et minée par des échecs personnels. Mais une femme tenace, obstinée, qui ne lâchera rien et qui finira par trouver la véritable identité du tueur. Et on souffre avec l'inspectrice, on a envie qu'elle y arrive et qu'elle sauve Claudia Grey, et Nell Cooper. On saute de joie dès qu'elle trouve un indice probant. Et on se met à douter quand elle doute. Car c'est aussi ça la force de l'auteur: nous connecter directement avec les personnages du livre, par la description précise du contenu de leurs pensées, de leurs sentiments. Ce qui donne une forte dimension émotionnelle au récit.

Au final, pas une lecture indispensable, pas un polar qui restera dans les annales du genre. Mais un furieux page turner, bien ficelé, haletant, prenant, qui nous tient en haleine du début à la fin. Et qui nous procure des émotions fortes. Avec ce côté éphémère de la vie que l'auteur fait très bien ressortir.

Dans le même genre sur ce blog:
Meurtres en bleu marine, C.J. Box
Mauvaise étoile, R.J. Ellory
Coup de froid, Lynda La Plante