vendredi 11 octobre 2019

LE CARNAVAL DES HYÈNES

MICHAËL MENTION

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Auteur français
Editions Ombres Noires
Grand format
221 pages
Première publication France:
2015
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Un thriller socio-politique décapant.

"Botoxé, cravaté et rasé de près, j'ai lancé mon 7326e JT. Moi, Carl Belmeyer - 61 ans, Monsieur Loyal de l'info bleu-blanc-rouge. Ma demi-heure de gloire quotidienne sous vos yeux captivés. Gicquel avait sa voix, Mourousi son franc-parler, Delahousse sa mèche. À chacun son atout et le mien, c'est moi. Tout simplement."
"Tous les soirs, je refais le monde à ma manière. Vous le savez, mais il est trop tard: vous m'avez ouvert depuis longtemps votre salon, votre intimité, votre cerveau. Et maintenant, je suis votre tumeur attitrée."

Le style Michaël mention, la patte Michaël Mention, c'est ça, du punch, du dynamisme, une formidable vitalité. Une écriture moderne, percutante, qui va droit au but, à l'essentiel. Jamais de gras ou de temps mort dans un roman de Michaël Mention. Et Le carnaval des hyènes, mélange épicé de roman de critique sociale et de thriller politique implacable ne déroge pas à la règle, bien au contraire. L'auteur envoie du lourd dans ce roman coup de poing. Assurément remonté contre les puissants qui dirigent le système politico-médiatique, il ne mégote franchement pas sur la charge qu'il leur assène, et réussit l'exercice de ne pas tomber dans une vision trop simpliste ou manichéenne des choses. L'auteur dresse le portrait sans concession d'un monde de l'information totalement perverti par la quête de rentabilité à court terme. C'est le sensationnalisme qui prime sur tout, au détriment, très souvent, de la qualité de l'information qui est communiquée au peuple. Il faut faire du chiffre, de l'audimat, et tous les coups sont permis pour que l'objectif soit atteint. La fin justifie les moyens et Carl Belmeyer, personnage central de ce roman frontal, l'a bien compris.

Enfin, quand je dis tous les coups sont permis, il y a quand même encore une limite à ne pas franchir, à ne pas dépasser: "Ce matin, Villa Party a marqué à jamais l'histoire de la télé. En effet, à 11 h 21, dans la quotidienne, Kévin a giflé Barbara pour l'avoir trompé avec Steve. De prime abord, rien d'insolite. Seulement voilà, aujourd'hui, c'est différent: Barbara a basculé en arrière et s'est encastré la tête dans une table en verre. Morte sur le coup. En direct, devant quatre millions de témoins." Un scandale sans précédent éclate, la chaîne de Carl est en grand danger. Et doit donc trouver une solution rapide et radicale pour redorer son image. Carl va devoir retourner sur le terrain pour remplir une mission périlleuse: sauver son employeur. Direction l'Afrique, et la guerre civile au Libéria. Et le début des gros ennuis pour Carl, qui se retrouve embarqué dans une galère sans fin, sur fond de terrorisme international. 

Plus qu'un livre, Le Carnaval des hyènes est une expérience éprouvante, palpitante. Ce roman teigneux, noir comme le cauchemar, ne se lit pas, non il se dévore d'une traite. C'est une bombe textuelle survitaminée, un shoot d'adrénaline qui vous laissera complètement groggy, étourdi, assommé par les uppercuts de mots que l'auteur ne cesse d'asséner, pour notre plus grand bonheur. Il y a bien sûr de l'action, du suspense, des rebondissements qui se doublent d'un portrait au vitriol du monde d'aujourd'hui. Divertissant et intelligent, que demander de plus ? 

Du même auteur sur ce blog:
Sale temps pour le pays ; ... Et justice pour tous

Dans le même genre sur ce blog:
Un monde sous surveillance, Peter Temple
Unité 8200, Dov Alfon
L'honorable société, Manotti - DOA
Guerre sale, Dominique Sylvain



mercredi 2 octobre 2019

INFLAMMATION

ÉRIC MANEVAL

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Auteur français
Editions 10/18
Poche
192 pages
Première publication France:
2016
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Une expérience de l'abomination.


"Je reste hypnotisé par Liz, si fine et si belle, fidèle à ce qu'elle était encore en ce début d'après-midi avant qu'elle prenne la Méhari pour descendre dans la vallée, en plein orage, et disparaître depuis bientôt huit heures à présent, sans aucune explication rationnelle, sans que je puisse moi-même donner la moindre cohérence à ce qui est en train de se passer." Oui, et crois-moi, mon pauvre Jean, ça ne va pas aller en s'arrangeant. Tu vas devoir plonger dans le passé trouble de ton épouse pour comprendre les raisons de sa soudaine disparition. Et tu n'imagines même pas ce qui t'attend. Une histoire de fous, tout droit sortie de l'imagination débordante d'Éric Maneval. Plus qu'un livre, une véritable expérience... de l'abomination.

J'avais vraiment bien aimé le premier roman de Maneval Retour à la nuit. Je n'ai pas non plus été déçu par Inflammation. On retrouve dans ce court roman à suspense tout ce qui fait la force de cet auteur: un style économe, simple, précis, et limpide, des dialogues enlevés et incisifs,  des personnages bien campés, une atmosphère sombre, un climat angoissant, paranoïaque, un récit très bien construit, fluide, alerte, et enfin du suspense et des rebondissements. L'auteur a su tisser une toile machiavélique. Construire un puzzle diabolique. Inflammation est donc un court roman labyrinthique qui m'a captivé du début à la fin. Tout y est subtilement et efficacement contrôlé de la part de Maneval, qui parvient à maintenir le suspense et une certain tension dramatique et malsaine jusqu'au bout. Au final un mélange réussi de roman noir rural et de suspense horrifique. 

Du même auteur sur ce blog:
Retour à la nuit

Dans le même genre sur ce blog:
Zone 52, Suzanne Stock
La conjuration primitive, Maxime Chattam
Le tricycle rouge, Vincent Hauuy

mardi 24 septembre 2019

LUCA

FRANCK THILLIEZ

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Auteur français
Fleuve éditions
Grand format
552 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2019
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Luca m'a défintivement réconcilié avec la série Hennebelle/Sharko.


Franck Thilliez continue d'alterner one-shots et enquêtes policières menées par le désormais mythique couple Lucie Hennebelle/Franck Sharko. J'ai toujours préféré les one-shots aux enquêtes scientifiques menées par les deux policiers. Mais ça, c'était avant Luca, le dernier roman de l'auteur, qui m'a définitivement réconcilié avec cette série policière. Luca est à ce jour mon opus préféré de cette série qui comporte pourtant des thrillers connus et reconnus, tels que Atomka, Angor, ou Pandemia. Mais Luca m'a encore plus captivé par son intrigue puissante, passionnante, terrifiante. Du grand, du très grand art, un thriller scientifique qui nous emmène loin, très loin dans les méandres tortueux de la folie humaine !

"Lucie en prenait peu à peu conscience: avec la numérisation de nos vies, de nos cerveaux et même de nos organes, avec les voitures autonomes, les métros sans chauffeur, les hackers ou cybercriminels risquaient de devenir les Escobar ou Ben Laden de demain. Cette perspective lui flanquait de vertige." Pauvres Lucie Hennebelle et Franck Sharko qui se retrouvent à nouveau embarqués dans une enquête étouffante, atroce, aux multiples ramifications. Je ne vous ferai pas un résumé de l'intrigue, je vous livre quelques mots clés, histoire de vous mettre l'eau à la bouche: GPA, meurtre sauvage, kidnapping, transhumanisme, biohacking, Big Data, crue de la Seine. La combinaison de ces éléments formant un puzzle diabolique, machiavélique, tordu, tout droit sorti de l'imagination féconde de notre meilleur auteur de thrillers. Avec une formidable énergie créatrice, Franck Thilliez déroule une intrigue complexe, riche en suspense et en rebondissements, et d'une actualité brûlante.

Sur la forme, tout est impeccable, comme d'habitude. Auteur confirmé, Franck Thilliez maîtrise son art à la perfection, Luca est une mécanique de précision parfaitement huilée qui renverse tout sur son passage. J'ai vraiment été bluffé par l'intrigue, qui soulève des questions essentielles concernant l'avenir de l'humanité. Au final, un thriller sanglant d'une noirceur absolue, avec un dénouement bien tordu à la Franck Thilliez. 

Du même auteur sur ce blog:
Vertige ; Puzzle ; Rêver ; Le manuscrit inachevé

Dans le même genre sur ce blog:
Dans le ventre des mères, Marin Ledun
Zodiac Station, Tom Harper
Nous étions les Hommes, Gilles Legardinier
Seul à savoir, Patrick Bauwen
La patience du diable, Maxime Chattam



mercredi 18 septembre 2019

DOUBLE DEXTER

JEFF LINDSAY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pascal Loubet
Editions Points
Poche 432 pages
Première publication:
2011 (Etats-Unis)
2012 (France)
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Mieux que la série télé ? 


Je me suis replongé dans l'univers sanglant de Dexter en lisant ce thriller acheté d'occasion lors d'un vide-grenier. J'étais un fan inconditionnel de cette série américaine qui mettait en scène un "gentil" serial killer. Les quatre premières saisons de la série sont palpitantes, extraordinaires. Ensuite, je trouve que ça a baissé en qualité et en crédibilité. Par contre, étrangement, je n'ai jamais lu aucun roman de Jeff Lindsay, l'écrivain américain qui a donc créé le personnage de Dexter Morgan. Jeff Lindsay a même participé à l'écriture des scénarios de plusieurs épisodes de la série tirée, donc, de ses livres. Et oui, au départ, à l'origine, Dexter sévit dans des livres, pas dans une série.

D'habitude, je préfère lire le bouquin avant de voir le film. Je dois dire que j'ai souvent été déçu par l'adaptation cinématographique d'un roman policier. Mais l'oeuvre de Jeff Lindsay a été adaptée en série, pas en film. Et seule l'intrigue du premier roman Ce cher Dexter a été utilisée pour le scénario de la première saison. Ensuite, les histoires sont différentes. Et lire Double Dexter a été l'occasion pour moi de replonger dans l'univers noir et sanglant du serial killer américain. Alors mon jugement est certainement altéré, influencé par la qualité de la série télé, et je m'attendais donc à un grand roman, avec du suspense, des rebondissements, des surprises, des révélations. Je dois reconnaître que la série télé a dépassé en qualité les romans.

Alors, Double Dexter n'est pas un mauvais polar, l'impression d'ensemble est positive, ce roman se lit bien, l'histoire est assez prenante, il y a un peu de suspense, l'humour cru de Masuoka est présent, la grossièreté de Déb, la soeur de Dexter, aussi. On retrouve globalement l'atmosphère de la série. C'est un polar distrayant, mais ce n'est pas un grand polar, ce n'est pas un furieux page turner que l'on pose sur la table uniquement après avoir lu la dernière page. L'intrigue est classique mais efficace. Alors que notre serial killer préféré est occupé à trucider un tueur d'enfants, un témoin le surprend. Qui s'avère être également un tueur en série. Le duel sanglant peut commencer.

Au final, Double Dexter est donc un assez bon polar, plutôt bien fichu dans l'ensemble, distrayant, mais ce n'est pas un livre culte qui marquera à jamais le genre, loin s'en faut. Peut-être que les autres romans de l'auteur sont bien meilleurs, mais celui-ci ne m'a pas donné envie d'approfondir davantage la question. Et il y a tellement d'autres polars à lire...

 

mardi 10 septembre 2019

TRAFICS

BENOÎT SÉVERAC

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Auteur français
Editions Pocket
320 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Vous avez dit ville rose ?


Toulouse la ville rose ? Oui, mais pas que. Car à l'instar de la plupart des grandes métropoles françaises, la capitale occitane se fragmente, se disloque, s'archipellise. Je me permets ici de faire référence à l'excellent ouvrage de Jérôme Fourquet L'archipel français, paru en début d'année. Un livre touffu, passionnant, qui dresse un constat objectif, factuel, chiffré, sur la France d'hier et d'aujourd'hui. Un livre essentiel que je vous recommande vivement si vous souhaitez savoir où nous en sommes et aussi où nous allons. Une grille de lecture de la réalité. La France est une nation multiple et divisée. Toulouse est une métropole multiple et divisée. Trafics illustre pour moi parfaitement cet état de fait.

Plus qu'un roman policier, Trafics raconte avec une justesse hors du commun à quoi ressemble aujourd'hui la ville rose. C'est une histoire terrifiante de réalisme, mettant en scène des personnages très fouillés, et surtout représentatifs de toutes les strates sociales qui composent aujourd'hui une grande ville française. Trafics est donc aussi passionnant dans sa mécanique purement policière que dans son arrière-fond social. C'est vraiment la force de ce roman totalement abouti. D'un côté, l'auteur a su construire une intrigue policière passionnante, pleine de suspense et de rebondissements. Que je vous résume brièvement: Sergine Hollard est de garde dans sa clinique vétérinaire, située à côté de la cité des Izards, quand une jeune fille vient la chercher en pleine nuit. Samia Ben Arfa, la soeur d'un des caïds des Izards, demande à Sergine de l'aider à récupérer un chien malade dans une cave de la cité. Sergine accepte et ramène l'animal dans sa clinique. C'est le début des gros ennuis. Sergine se retrouve embarquée dans une sale histoire, sur fond de trafics de drogue et de terrorisme.

De l'autre côté, Benoît Sévérac établit donc un constat sans concession de Toulouse et de ses cités, sans jamais tomber dans la facilité ni dans une vision manichéenne des choses.  Les rebondissements se doublent d'un portrait lucide, crédible des quartiers nords de Toulouse, écartelés entre la pauvreté, la drogue, et le radicalisme. Sur la forme, c'est bien écrit dans un style limpide et musclé, au service d'un récit parfaitement construit. Au final, un thriller socio-politique coup de poing, aussi surprenant qu'intelligent. Il y a vraiment de la profondeur, de la densité, du caractère dans cette histoire inspirée de l'affaire Mohammed Merah. Benoît Séverac démontre avec Trafics un talent certain pour échafauder des scénarios crédibles et camper des personnages forts. Comme Sergine et Samia, qui à leur modeste niveau, luttent contre l'archipellisation de la société et cherchent à faire bouger les choses. Des personnages tellement vrais qu'on a l'impression qu'ils vont sortir du livre à tout moment. 

Dans le même genre sur ce blog:
Territoires, Olivier Norek
Le festin du Serpent, Ghislain Gilberti

lundi 2 septembre 2019

ZONE 52

SUZANNE STOCK

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Auteure française
Editions Points
Poche
270 pages
Première publication France:
2016
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Un thriller d'anticipation plutôt bien ficelé.


Dans ce roman assez court, la française Suzanne Stock a construit une intrigue taillée au couteau autour du thème de la recherche scientifique américaine. Et comme nous sommes dans le domaine du thriller, l'auteure a bien évidemment imaginé le pire scénario possible. Crédible ou pas ? Difficile de répondre. On va dire qu'il y a certainement, ou plutôt malheureusement, une part de réel dans cette histoire terrifiante. Mais aussi une part de fiction, de romanesque. Ce thriller flirtant allègrement avec le fantastique. On parlera donc plutôt de thriller d'anticipation. L'auteure cherche avant tout à nous interpeller sur les dérives de la recherche médicale quand celle-ci est couverte par le secret d'état, tout en nous divertissant avec ce roman à suspense globalement bien ficelé.

Les rebondissements se doublent donc d'un portrait au vitriol, sans concession, de la recherche scientifique américaine dite officieuse, cachée. Ou quand les chercheurs jouent aux apprentis sorciers avec des cobayes humains non consentants, à l'instar de Melissa Stacker, jeune étudiante à Chicago, qui se retrouve embarquée dans une sombre machination. Dans un monde impitoyable où tous les coups sont permis, où les intérêts de la nation passent avant tout, notamment la vie humaine. Dans ce roman on tue de manière froide, clinique, des innocents car le grand public, le peuple, ne doit surtout pas être au courant de ce que ses dirigeants sont capables d'autoriser dans le seul but de renforcer la puissance militaire de l'Amérique.

Passionnée par les Etats-Unis, Suzanne Stock signe un thriller d'anticipation nerveux, tendu, implacable. Il y a vraiment un côté impitoyable dans ce roman qui ressort très nettement. Sur le fond, il faut bien le dire, rien de nouveau sous le soleil, c'est du déjà vu, un thème rebattu, une intrigue très classique, qui manque d'originalité. Certes, on ne s'ennuie pas à la lecture de ce polar plutôt bien écrit, dans un style simple, agréable, au service d'un récit bien construit, et compréhensible. Mais je trouve que ça manque de profondeur, de coffre. Au final, Zone 52 est un bon polar, mais pas un grand polar qui se distingue de la masse. 

Dans le même genre sur ce blog:
Dans le ventre des mères, Marin Ledun
Seul à savoir, Patrick Bauwen
Zodiac Station, Tom Harper

Nous étions les Hommes, Gilles Legardinier
Inflammation, Eric Maneval

lundi 26 août 2019

HUNTER

ROY BRAVERMAN

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Auteur français
Editions Pocket
400 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2018
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De l'action, de l'action, et encore de l'action.


Un auteur proteiforme que ce Patrick Manoukian, alias Ian Manook, le créateur du célèbre commissaire mongol Yeruldelgger, et alias Roy Braverman, le créateur d'une trilogie consacrée à l'Amérique profonde, dont Hunter est le premier volet. Et attention, ça envoie du lourd, l'auteur ne fait pas dans la dentelle, âmes sensibles s'abstenir. Ce thriller bien sanglant, tarantinesque, est une bombe textuelle survitaminée, un feu d'artifice d'action et de suspense, un livre à grand spectacle, un western moderne impitoyable, noir, oui, noir comme le cauchemar. Un huis clos haletant, pur et dur, sans concession. Plus qu'un livre, une expérience, accrochez-vous, ça déménage et ça dézingue à tout-va !

Hunter peut effectivement être considéré comme un huis clos car l'essentiel de l'action se déroule à Pilgrim's Rest, un bled paumé au coeur de l'Amérique profonde, plus précisément, si j'ose dire, dans une vallée perdue des Appalaches. Vous voyez U Turn Ici commence l'enfer, le film culte d'Oliver Stone tiré du livre non-moins culte de John Ridley. L'enfer en question, c'était Sierra, un bled paumé en plein milieu du désert américain. Peuplé de personnages plus dingues les uns que les autres. Et bien Pilgrim's Rest, c'est pareil, en remplaçant simplement la chaleur et le désert par le froid et la neige. Ha oui, petit conseil d'ami: ne vous attachez pas trop aux personnages, car la plupart d'entre eux ne restent pas vivants bien longtemps. Est-ce que ce sera aussi le destin de Freeman, en quelque sorte le personnage principal de ce thriller teigneux, de passer l'arme à gauche ?

"Pas sûr que Hunter apprécie ce qu'il va prendre, lui, contrairement à la chanson d'Arlo Guthrie. Douze ans de traque et il va enfin lui mettre la main dessus. Lui faire avouer où il a caché le corps de Louise. Sa Louise. Sa fille. Sa petite Lou. Son bébé. Dix-sept ans quand cette ordure l'a enlevée. Elle en aurait trente et un aujourd'hui, mais il préfère ne pas savoir." Une chasse à l'homme qui conduira l'ancien policier vers Pilgrim's Rest. Une quête de vérité et de justice qui va prendre une tournure très inattendue. Je ne vous en dis pas plus.

Hunter est le premier volet d'une trilogie qui fera certainement date dans le polar. Ecrit dans un style très visuel, cru, à la fois très précis sur la forme et sur le fond, Hunter est un thriller magistral, nerveux, tendu. Une histoire puissante au rythme échevelé, un pur shoot d'adrénaline. L'auteur montre une maîtrise impressionnante dans la conduite et dans la construction de son récit. Et la fin augure d'une suite plus que prometteuse. Frontal !

Dans le même genre sur ce blog:
Ici commence l'enfer, John Ridley
Pour adultes seulement, Philip le Roy
Il faut tuer Suki Flood, Robert Leininger