vendredi 24 mars 2017

LES FILLES DES AUTRES

AMY GENTRY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Simon Baril
Editions Robert Laffont
Grand format
316 pages
Première publication:
2016 (Etats-Unis)
2017 (France)
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Un thriller psychologique déroutant !

Le blog Les conseils polars de Pietro ne contient que des articles sur des romans que j'ai aimés, et que je vous conseille donc de lire. Les déceptions, les polars que j'arrête de lire au bout d'une dizaine de pages, je n'en parle pas, et je n'en parlerai jamais. Le but de ce blog est de conseiller, pas de déconseiller. Je ne suis pas à l'aise avec le fait de descendre un polar, de le critiquer de manière purement négative. Je pars du principe que, dans tout oeuvre, il y a du positif et du négatif. Lorsque l'impression d'ensemble qui se dégage d'un polar est plus positive que négative, alors je publie un article sur ce blog. Tout ça pour dire que j'ai bien failli ne pas rédiger d'article sur ce thriller américain Les filles des autres, paru en janvier dernier. Ce sont clairement les cent dernières pages qui sauvent ce roman de la médiocrité. Qui donnent du sens à ce thriller, et apportent un éclairage sur les intentions de l'auteure. Mais avant d'arriver aux cent dernières pages de ce livre,  il y a de quoi se poser des questions: on ne sait pas trop si c'est du thriller commercial standard, calibré, vite lu et vite oublié, ou bien si c'est un roman plus complexe, qui porte un message, ou une réflexion sur des thèmes d'actualité.

Je vous résume l'intrigue: Julie Whitaker, une jeune fille de treize ans, est kidnappée en pleine nuit, sous les yeux de sa petite soeur Jane, dans la maison familiale. Huit ans plus tard, une jeune femme frappe à la porte de cette même maison: Julie. Julie est revenue, un vrai miracle. Mais cette jeune femme, qui semble avoir vécu d'atroces sévices, est-elle vraiment la fille de Tom et Anna Whitaker ? Le doute s'installe dans la tête d'Anna, d'autant qu'un ex-inspecteur, en charge de l'affaire à l'époque de la disparition, est certain, preuves à l'appui, que Julie est morte et enterrée depuis bien longtemps. Le roman s'articule autour de deux récits qui se chevauchent: un récit au présent qui raconte la quête de vérité d'une mère déboussolée par le retour de sa soi-disante fille ; Et un récit à rebours, qui nous plonge, de manière effroyable, dans le passé trouble et sulfureux, de cette jeune femme mystérieuse et tourmentée. Un peu gros vous ne trouvez pas ? Une intrigue improbable, tirée par les cheveux. J'ai failli m'arrêter au bout de cent pages. Mais je ne sais pas, ça paraissait tellement gros que, finalement, j'ai eu envie de savoir comment ça allait se terminer. Et aussi parce que ce double récit est plutôt bien mené, et le style d'écriture d'Amy Gentry est globalement agréable, fluide, percutant. Même si parfois, certains passages manquant de limpidité. Mais j'ai persévéré, et bien m'en a pris, car j'ai lu d'une traite les cent dernières pages du livre.

Ce thriller gagne en densité, en profondeur, en clarté. L'auteure s'est donc servi de cette intrigue à rebondissements pour aborder plusieurs thèmes d'actualité: le passage de l'enfance à l'adolescence, les conséquences physiques et psychologiques qui en découlent, le rôle des parents en tant qu'accompagnateurs de ces changements. Et cette question: connaît-on vraiment ses enfants ? Sait-on vraiment ce dont ils ont besoin pour combattre cette crise de l'adolescence ? Ensuite, quel est le rôle de la société en général ? Dans ce thriller glaçant, Amy Gentry imagine le pire scénario possible: la société américaine se décompose totalement, au niveau de ses valeurs et de ses principes. Un manque de repères viables qui pousse certains adolescents à se tourner vers la drogue, l'alcool, la religion, ou les relations virtuelles sur le Net. S'exposant ainsi au risque d'entrer en contact avec des pédophiles, qui exploitent notamment le phénomène de la cristallisation amoureuse pour attirer leurs proies. Phénomène abordé de manière terrifiante dans ce thriller finalement très noir. je n'en dirai pas plus, je vous laisse le soin de découvrir ce roman qui souffle le chaud et le froid. Pas un thriller inoubliable, pas un roman qui restera dans les annales du genre, mais qui mérite d'être lu pour son dénouement poignant.

Dans le même genre sur ce blog:
Fleur de cimetière, David Bell
Les quatre coins de la nuit, Craig Holden
Cours ma jolie, Lisa Unger
Au fil du rasoir, Karin Slaughter



lundi 20 mars 2017

PRIVÉ

JOE GORES

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guy Abadia
Poche 512 pages
Sélection Guide polar de Pietro 
Première publication:
1999 (Etats-Unis)
2005 (France)
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Le chef d'oeuvre de Joe Gores!


Décédé en 2011 à l'âge de 80 ans, l'écrivain américain de polars Joe Gores laisse derrière lui une oeuvre largement reconnue dans son pays, récompensée par de nombreux prix et distinctions littéraires. Joe Gores fait partie du club très fermé des auteurs à avoir reçu trois Edgar différents. L'Edgar étant l'équivalent américain de notre Grand prix de littérature policière. Hammett son polar le plus connu a notamment été adapté au cinéma. Privé, oeuvre partiellement autobiographique, est considéré comme son meilleur polar. Son chef d'oeuvre, un roman noir historique au dénouement inattendu, dramatique, et surtout inoubliable. L'auteur nous offrant un ultime rebondissement dans les toutes dernières pages du roman. Dans cette oeuvre éblouissante de sauvagerie, à la fois comique et dramatique, Joe Gores démontre la possibilité de mêler fresque historique, roman d'apprentissage, et enquêtes de détective privé, nous offrant son roman le plus abouti.

Tout d'abord fresque historique. Avec son style dense, pur, truffé de références culturelles, Joe Gores reconstitue de manière exceptionnelle, toute une époque, celle de l'Amérique des années 50. Une Amérique sociologiquement protéiforme. En effet, les différences de mentalités sont énormes, entre une Géorgie arriérée et raciste, qui pratique encore l'esclavagisme, et une Californie aux mœurs libérées, qui pratique déjà le culte de la beauté, mais qui prône aussi l'individualisme au détriment de la solidarité. C'est donc toute une atmosphère d'époque qui est précisément retranscrite dans ce polar. 

Ensuite, roman d'apprentissage, car Privé, oeuvre forcément très personnelle, car en partie autobiographique, raconte le passage à l'âge adulte de Pierce Duncan, sorte de double littéraire de Joe Gores. Pierce Duncan est un jeune homme curieux, vif d'esprit, et surtout généreux et dénué de toute méchanceté à l'égard de ses semblables. Pierce quitte son Minnesota natal pour faire son expérience de la vie. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que son expérience va débuter dans la douleur, puisque Pierce devient complice d'un meurtre dans un camp de travailleurs forcés en Géorgie. Un acte tristement fondateur qui va conditionner le reste de son existence. Le pauvre Pierce a le don de s'attirer les pires ennuis, et de se retrouver dans des situations dangereuses et improbables. Le jeune homme croisera sur sa route des personnages ambigus à souhait, et deviendra le témoin de ce que les hommes sont capables de s'infliger entre eux. Un apprentissage impitoyable qui ne sera pas sans conséquence sur son destin, comme si Pierce était le jouet de démons facétieux, et surtout cruels. Pauvre Pierce, qui finit par s'installer à San Francisco, pour occuper le métier de Détective privé.

J'en profite pour rectifier une erreur dans le résumé au dos du livre. Pierce ne devient pas détective dans la cité des anges (Los Angeles), mais bien à San Francisco. Le jeune homme est engagé par un individu sans foi ni loi, surnommé Buveur. Celui-ci aura au moins le mérite de lui enseigner les ficelles du métier. Des ficelles que Joe Gores connaît bien, puisque l'auteur a mené une carrière de détective privé. Ce qui lui permet d'avoir de la matière pour ses histoires. Pierce résoudra un certain nombre d'enquêtes, pour notre plus grand bonheur de lecteurs, jusqu'au final époustouflant. Privé: un chef d'oeuvre méconnu à découvrir d'urgence!

Dans le même genre sur ce blog:



vendredi 10 mars 2017

LE BÛCHER DES VANITÉS

TOM WOLFE

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Benjamin Legrand
Le Livre de Poche
918 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1987 (Etats-Unis)
1988 (France)
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Un classique du roman noir américain !


Dans la catégorie des incontournables du roman noir américain, je demande Le bûcher des vanités. Un roman puissant, complexe, touffu, monumental (presque mille pages dans la version poche!), le chef d'oeuvre de cet auteur controversé qu'est Tom Wolfe. Lire ce livre vous procurera un certain nombre d'émotions contradictoires: amusement, colère, stupeur, embarras, tristesse et empathie. Oui, curieusement, une certaine empathie pour Sherman McCoy, le personnage principal. Je dis curieusement, car Sherman n'entre pas vraiment dans la catégorie des hommes qu'on admire, bien au contraire. Même à son pire ennemi, on ne souhaiterait pas ce qui arrive à Sherman McCoy dans ce livre. Car Sherman n'est pas un monstre, il n'est même pas coupable du crime pour lequel il est accusé. Sherman est coupable de sa propre bêtise, de ses préjugés, de son arrogance mal placée. Il est le produit d'un système impitoyable qui l'a mené à la fois vers les sommets et vers l'abîme. Un système extrémiste qui ne peut mener qu'à des excès en tout genre.

Le bûcher des vanités est donc un roman très noir, à la fois dramatique et satirique. Dramatique parce que l'histoire que raconte Tom Wolfe est franchement effroyable. Plus dure sera la chute pour Sherman McCoy! New York dans les années 80, Sherman représente l'idéal reaganien de la réussite: un riche golden boy de Wall Street, marié, bon père de famille, et qui vit dans un luxueux appartement de Park Avenue, le quartier le plus huppé de la ville. Une sorte de maître du monde, qui ne commet jamais d'erreurs, et à qui il ne peut rien arriver de mal. Bon, bien sûr, Sherman a aussi une maîtresse, qu'il va chercher à l'aéroport. Et là c'est le drame, Sherman va commettre une petite erreur qui aura par contre des conséquences fatales sur sa vie sociale parfaite: il se trompe de sortie d'autoroute, et se retrouve dans le Bronx, un quartier pauvre et dangereux de New York. Un malheur n'arrivant jamais seul, Sherman heurte un pneu gisant au milieu de la route, ce qui l'oblige à sortir de la voiture. Deux jeunes noirs viennent lui proposer leur aide. Sherman panique, pensant qu'il s'agit d'une tentative d'agression. Mais c'est bien le parvenu qui va agresser les deux jeunes, et remonter dans la voiture. La maîtresse qui se retrouve au volant va renverser l'un des deux jeunes. Celui-ci, avant de tomber dans le coma, va fournir la marque et une partie de la plaque d'immatriculation de la voiture qui l'a renversé. Signant ainsi l'arrêt de mort de Sherman, qui va subir un acharnement judiciaire et médiatique sans précédent. Faisant ressortir tous les dysfonctionnements de New York.

Satirique, parce que ce roman est avant tout un portrait au vitriol de l'Amérique des années Reagan. Un libéralisme total qui a créé beaucoup de richesses mais qui a aussi accentué les inégalités sociales, et accru la précarité. Et New York en est un triste échantillon représentatif, avec ses conflits raciaux, ses inégalités sociales, sa corruption, sa violence, son injustice, et ses dérives médiatiques. Au final, Le bûcher des vanités est une mécanique implacable, un sommet du roman noir, au dénouement inoubliable. Adapté au cinéma par Brian De Palma, avec notamment Bruce Willis, Tom Hanks, et Melanie Griffith dans les rôles principaux.

Dans le même genre sur ce blog:
Ville noire ville blanche, Richard Price
Captain Butterfly, Bob Leuci

dimanche 5 mars 2017

CONCERTO POUR QUATRE MAINS

PAUL COLIZE

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Auteur belge francophone
Editions Fleuve
Grand format
480 pages
Première publication France:
2015
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Une histoire de braqueurs, d'avocats et de pianistes!

"Les zones d'ombre s'éclaircissent, les liens se tissent, les pièces du puzzle s'emboîtent." Il faudra que vous lisiez 364 pages du livre avant d'arriver à cette phrase. Et il vous restera un peu plus de 100 pages pour découvrir la vérité, terminer le puzzle. Car Concerto pour 4 mains c'est ça: un puzzle subtil, élégant, raffiné. Paul Colize entremêle les genres pour composer ce très bon roman noir: une histoire de braqueurs, d'avocats et de pianistes. Une oeuvre frémissante de beauté où les destins s'enchevêtrent. Où les univers se mélangent, avec notamment une comparaison osée entre un concerto de piano et la préparation minutieuse d'un casse!

Deux hommes, deux femmes, des diamants, de l'amour, de la haine, du mensonge, de la trahison, et pour finir quelques notes de musique. Beau programme, qu'en pensez-vous? Mais avec Paul Colize, comme chef d'orchestre, on peut s'attendre à tout sauf à être déçu. Concerto pour 4 mains contient tous les ingrédients du très bon roman noir: une intrigue complexe, crédible, et qui ne dévoile ses secrets que dans les toutes dernières pages du livre ; Des personnages fouillés, et intéressants ; De l'action, du suspense ; Une écriture limpide, un style fluide, percutant. 

Difficile pour moi d'être objectif quand je critique un polar de Paul Colize, tant je suis fan de cet auteur. Un conteur hors pair, qui sait captiver son lecteur, et qui s'appuie toujours sur un fonds documentaire solide. Concerto pour 4 mains est une plongée saisissante dans plusieurs univers: le fonctionnement (et les dysfonctionnements) de la justice belge, l'univers effroyable des prisons surpeuplées, les techniques ultra-perfectionnées utilisées par les braqueurs de fourgons, l'alpinisme, et enfin le piano. Bref, il y a de la densité, du caractère dans cette histoire stupéfiante, qui met en scène des personnages hors normes. 

Du même auteur sur ce blog:
Back up ; Un long moment de silence

mardi 28 février 2017

GUERRE SALE

DOMINIQUE SYLVAIN

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Auteure française
Editions Viviane Hamy
Grand format
350 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2011
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Un palpitant polar politique!


Guerre sale marque le retour du duo de choc Lola Jost, ex-commissaire de police et Ingrid Diesel, une expatriée américaine, masseuse le jour et streap-teaseuse la nuit. La pétillante et irrévérencieuse Lola va enfin pouvoir résoudre une affaire qui la hante jour et nuit depuis plusieurs années. Florian Vidal, avocat spécialisé dans les contrats d'armement et les relations franco-africaines, est sauvagement assassiné: brûlé vif aux abords d'une piscine, et surtout un pneu enflammé autour du coup. Or, cinq ans plus tôt, Toussaint Kidjo, de père français et de mère congolaise, a été assassiné de la même manière. Un crime jamais élucidé, qui a poussé Lola Jost vers la retraite anticipée. Car Toussaint Kidjo était l'assistant de Lola. Plus qu'un assistant: un fils de substitution. Entre en scène également Sacha Duguin, le ténébreux commandant de police, et ancien amant d'Ingrid Diesel. Lola, Ingrid, Sacha: de véritables bombes humaines au service de la vérité. Une vérité sordide, une véritable boule puante politique! 

Sur le fond, Dominique Sylvain signe un whodunit politique de tout premier ordre, une toile machiavélique qui s'étend de Paris jusqu'en Afrique. Guerre sale repose sur une intrigue complexe, qui ne dévoile ses secrets que dans les toutes dernières pages du livre. En effet, l'auteure ne lésine ni sur le romanesque, ni sur le suspense, ni sur les rebondissements, on en pour son argent. Avec en filigrane une réflexion crédible sur plusieurs sujets d'actualité: la complexité des relations franco-africaines, le financement douteux des campagnes présidentielles, l'opacité des arcanes du pouvoir politique.

Sur la forme, Dominique Sylvain confirme un talent immense pour échafauder des scénarios diablement efficaces, et camper des personnages forts et attachants. Des personnages tellement vrais qu'on a l'impression qu'ils vont sortir du livre à tout moment. J'adore également le style de l'auteure: une écriture pleine de vitalité, des dialogues savoureux, des citations truculentes, et de l'humour, beaucoup d'humour, à la bonne franquette quoi! Un métissage parfait entre comédie et polar qui traite de sujets graves. Enfin, l'auteure montre une maîtrise impressionnante dans la conduite et dans la construction de son récit. Guerre sale est une mécanique de précision parfaitement huilée, tout y est subtilement et efficacement contrôlé. Dominique Sylvain nous tient en haleine du début à la fin, brouillant les pistes, jusqu'à l'ultime rebondissement. Du grand art!

Dans le même genre sur ce blog:
L'honorable société, Manotti - Doa

mercredi 22 février 2017

LE SANG DES PIERRES

JOHAN THEORIN

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Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
Le Livre de Poche
528 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2010 (Suède)
2011 (France)
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Un suspense psychologique de tout premier ordre!


Aux jungles des grandes villes, le suédois Johan Theorin préfère l'île baltique d'Öland, et la beauté sauvage de sa nature, magnifiquement restituée par une écriture lumineuse. Autres marques de fabrique de cet auteur surdoué: une intrigue qui entrecroise habilement le passé et le présent, qui ne dévoile ses secrets que dans les toutes dernières pages du livre, et qui met en scène des personnages meurtris par la vie. En effet, il ne m'a pas fallu lire beaucoup de pages pour vite me rendre compte que je tenais entre mes mains un thriller pas comme les autres. Un thriller hors norme, fascinant, envoûtant, ce type de polar qui me rassure sur le fait que je ne pourrai jamais me lasser du roman policier. En effet, même le plus blasé des lecteurs de polars sera littéralement happé par ce huit-clos d'atmosphère, très bien écrit.

Peter Mörner et Vendela Larrson sont voisins, habitants d'un petit village niché au bord d'une ancienne carrière de pierres, sur l'île d'Öland. Peter est divorcé, et père de deux enfants, dont une fille qui est atteinte d'une grave maladie. Le pauvre Peter va se retrouver embarqué dans une sombre histoire de meurtres, rattrapé par le passé sulfureux de son père Jerry, ancien roi du porno suédois. Vendela, native de l'île d'Öland, est une femme fragile, mariée à un pervers narcissique de la pire espèce. Afin d'oublier un mariage désastreux, Vendela s'invente un monde imaginaire peuplé d'elfes, de trolls et de princesses. Mais elle aussi va être rattrapée par son passé familial chargé. Deux écorchés vifs qui vont s'unir sur une île magique.

Le sang des pierres est un suspense puissant qui se distingue clairement de la production standard. En effet, Le sang des pierres a tous les avantages du fast and furious book sans les inconvénients. Johan Theorin ne lésine ni sur le suspense, ni sur la tension qui grimpe inexorablement  jusqu'au final haletant. Mais l'auteur ne tombe jamais dans la facilité. On n'est pas du tout dans le thriller commercial, superficiel. Les personnages sont fouillés, et l'intrigue très subtile. Il y a de la profondeur, de la substance dans ce polar. Dans une oeuvre frémissante de beauté où les destins s'eenchevêtrent, l'auteur démontre la possibilité de mêler le magique, le sordide, et le psychologique. Car vous ne trouverez pas beaucoup de romans qui mélangent légendes des elfes, univers trouble de la pornographie, et relations humaines, notamment familiales.  Au final, un thriller riche et totalement abouti! 

Dans le même genre sur ce blog:
Casco Bay, William G. Tapply
Chair et sang, Jonathan Kellerman
Le prédicateur, Camilla Läckberg

mardi 21 février 2017

ROBERTO ZUCCO

BERNARD-MARIE KOLTÈS

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Auteur français
Les Editions de Minuit
Poche 140 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
1988/2001
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Quand le polar s'invite au théâtre !


Le polar est décidément un genre protéiforme, présent dans toute forme de littérature: roman, nouvelle, et pièce de théâtre. Certains auteurs de romans noirs ont également écrit des pièces de théâtre, comme par exemple Dennis Lehane et sa pièce Coronado. Bernard-Marie Koltès n'est pas un écrivain de polars, mais il a écrit en 1988 Roberto Zucco. Et pour la noirceur on est servis, croyez-moi! Inspirée de l'histoire du tueur en série italien Roberto Zucco, l'oeuvre provoqua un énorme scandale à sa sortie. Il se dégage de cette pièce une épouvantable noirceur que ne vient éclairer aucune lueur d'espoir. Une dimension tragique exacerbée par la violence de certaines scènes. Et une atmosphère digne des romans les plus noirs de David Goodis, Jim Thompson, ou plus récemment Jon Bassoff. Cette pièce est structurée comme une boucle: Roberto Zucco s'évade de prison puis sème la mort et la désolation partout où il passe, et enfin retourne en prison pour achever une vie tragique. Comme si tout était écrit à l'avance. Certaines scènes atteignent des sommets d'intensité dramatique. En outre, cette pièce est une réflexion très subtile sur le crime, la folie, et la misère. Et le personnage de Roberto Zucco est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.

Si vous êtes uniquement amateur de lecture noire, votre intérêt pour ce livre s'arrêtera là, car les deux "morceaux de pièces" qui suivent, ainsi que l'interview de Bernard-Marie Koltès n'ont rien à voir avec l'atmosphère qui se dégage de Roberto Zucco. La deuxième pièce Tabataba, très courte, est beaucoup plus légère. Il s'agit d'un dialogue truculent entre un frère et une soeur, qui se disputent, puis finissent par se réconcilier. Ensuite, Coco est une ébauche de pièce encore plus courte, qui raconte, de manière tragicomique et purement imaginaire, la fin de vie de Coco Chanel. Comme une dédicace inachevée à la grande créatrice de mode. 

Enfin, le roman s'achève par une interview de l'auteur, qui raconte la genèse et la mise en place d'une de ses pièces de théâtre, qui n'est ni Roberto Zucco, ni Tabataba, ni Coco. Ce que je trouve dommage. Il aurait été intéressant d'avoir le regard de l'auteur sur ses trois pièces, ou au moins sur Roberto Zucco, cette pièce si singulière, à la limite du mystique. Au final, je vous recommande de lire la première pièce Roberto Zucco, qui vaut vraiment le détour. Le reste peut être ignoré. Sauf, bien sûr, si vous êtes un fan inconsidéré de cet auteur atypique qu'était Bernard-Marie Koltès, mort du SIDA en 1989 à l'âge de 41 ans!

Dans le même genre sur ce blog:
Coronado, Dennis Lehane



vendredi 10 février 2017

TABOU

CASEY HILL

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Traduit de l'anglais (Irlande) par Anath Riveline
Editions 10/18
Poche 408 pages
Première publication:
2011 (Irlande)
2012 (France)
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Un serial killer thriller classique et efficace!

Peur sur la ville! Dublin, de nos jours, un serial killer sème la terreur dans les rues de la capitale irlandaise. Un fan de Freud qui tue ses victimes en les obligeant à transgresser les tabous: suicide, inceste, euthanasie... tout un programme, sordide à souhait. La chasse à l'homme est menée par Reilly Steel, qui a quitté le FBI et le soleil de la Californie pour superviser l'équipe médico-légale de la police de Dublin. Une américaine au passé familial trouble ; Chris Delaney, un inspecteur tenace, chevronné, mais en proie à de mystérieuses douleurs ; Et Daniel Forrest, un profileur mondialement connu, et mentor de Reilly. La traque peut commencer!

Vous aimez les polars hors normes, de fulgurants thrillers, puissants, qui transcendent le genre, le renouvellent, le dépoussièrent. De furieux page turners que vous dévorez littéralement, jusqu'au coup de théâtre final. L'ultime rebondissement que vous n'aviez pas vu venir. C'est ça que vous cherchez? Et bien, si c'est le cas, n'ouvrez surtout pas Tabou. Comme disait un célèbre comique, allez hop, circulez y a rien à voir! 

Vous l'aurez compris, ce sympathique serial killer thriller ne marquera pas l'histoire du polar, ne révolutionnera pas un genre déjà bien éprouvé. Tabou, c'est le thriller que vous emportez tranquillement à la plage, et que vous lisez pour vous vider la tête. Un suspense sanglant et psychologique, pas trop mal fichu: une écriture simple, limpide, des chapitres courts, un rythme assez soutenu, quelques rebondissements. Bref, ça casse pas des briques, mais ça se lit, sans prise de tête. Une mécanique bien huilée qui vous fera passer un bon moment. Un roman de gare sympa, écrit à quatre mains, vite lu et vite oublié. Un livre pas totalement abouti, dont la fin nous laisse un peu sur notre faim! Mais je n'irai pas jusqu'à le déconseiller aux lecteurs fans de serial killer thrillers, car ce n'est pas un mauvais polar non plus. 12/20 !

Dans le même genre sur ce blog:
Jeu d'ombres, Ivan Zinberg



samedi 4 février 2017

ENTRE HOMMES

GERMAN MAGGIORI

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Traduit de l'espagnol (Argentine) par Nelly Guicherd
Editions La dernière goutte
Grand format 372 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2013 (Argentine)
2016 (France)
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Un p..... de roman noir argentin!


"- Conduis et boucle-la, Almada, parce qu'avec la chiasse que j'ai, je me marre et je me chie dessus direct." "Parce que la vidéo appartenait à un mort que j'ai même pas respecté, parce que la télé et le magnéto sont chourés, parce que la came est en train de me ronger le cerveau, parce que je suis un perdant de plus d'une génération perdue, parce que..." Deux phrases résumant bien l'atmosphère qui règne dans ce polar argentin: humour et désespoir. Des scènes atroces qui alternent avec des passages franchement comiques, une intrigue échevelée, des personnages complètement barrés, que des hommes d'ailleurs, ce qui explique le titre du livre. Les tontons flingueurs version latino. Que des mecs avec des surnoms improbables: Almada le Timbré, Garmendia le Monstre, Diana le Boucher, Cortez le Tucumano, Zabala la Trombine, je m'arrête là, car la liste est longue. Tout ça ne vous rappelle rien? Mais si, on se croirait dans un bon vieux film de Quentin Tarentino. Si un jour ce livre tombe entre les mains du réalisateur américain... Car Entre hommes est un polar tarantinesque, donc violent, crépusculaire, halluciné et hallucinant. Mais ne vous y trompez pas. Malgré son côté déjanté, voire absurde, Entre hommes est une histoire noire comme le cauchemar. Un enfer métaphysique, un polar désenchanté et désespéré. Un constat terrible sur le monde en général, et l'Argentine en particulier. German Maggiori décrit une société désemparée, chaotique, au seuil de l'apocalypse. L'action du roman se déroule entièrement à Buenos Aires, la capitale de l'Argentine. Une mégapole crépusculaire, vertigineuse, une cité de la peur, rongée par la violence, la drogue et surtout la misère. 

Sur le fond, German Maggiori a imaginé une intrigue tordue, floue à l'image de l'atmosphère qui règne dans ce roman. Car il est difficile de faire la différence entre les bons et les méchants dans ce roman très noir: les flics sont aussi pourris que les voleurs. L'histoire est bien sordide: deux flics sont chargés de retrouver une vidéo, qui peut s'avérer compromettante pour des huiles de la haute société argentine. Cette vidéo montre une orgie de sexe et de drogue entre un sénateur, un juge, un banquier, deux travestis et une jeune prostituée. Problème: la prostituée meurt d'une overdose en pleine action. L'orgie a été organisée par un truand de la pire espèce, qui tue les travestis, et s'enfuit avec la vidéo qu'il doit normalement remettre à un individu appelé le Vengeur. Nouveau problème: le truand est retrouvé mort dans un immeuble en construction, et la vidéo a disparu. Bref, une histoire glauque et tordue à souhait!

Sur la forme, le style de l'auteur est percutant, cru, brut de décoffrage. Des dialogues enlevés, qui fusent, tels des uppercuts que vous vous prenez en pleine face. Une atmosphère digne des meilleurs romans de James Ellroy, David Goodis, ou encore Robin Cook. C'est spectaculaire, sauvage, sombre. J'ai aimé aussi le côté philosophique, avec notamment un passage hallucinant qui expose la théorie de l'Homo toxicus. Terrifiant! Au final, Entre hommes a été qualifié par la presse de "meilleur polar argentin de tous les temps". J'ai lu très peu de polars argentins, donc je ne sais pas si Entre hommes mérite vraiment cette distinction. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que c'est un très bon roman noir. 

Dans le même genre sur ce blog:
Trois gouttes de sang et un nuage de coke, Quentin Mouron
Profession balance, Christopher Goffard
Un jambon calibre 45, Carlos Salem
Le point limite, John Wessel
Comment j'ai trouvé un boulot, Jim Nisbet

vendredi 27 janvier 2017

LA TRISTESSE DU SAMOURAÏ

VICTOR DEL ARBOL

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Traduit de l'espagnol par Claude Bleton
Editions Babel
Poche 480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2011 (Espagne)
2012 (France)
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Un roman noir historique impitoyable


"Viendra même un temps où les proches de cette famille maudiront l'homme pendu au gibet. Pourquoi avait-il fallu qu'il s'éprenne de la femme d'un chef de la Phalange? Que s'était-il imaginé? Avec une fasciste, avec la femme d'un fasciste, avec la mère d'un fasciste. La vérité n'intéressera personne". L'homme pendu au gibet, c'est Marcelo Alcalà, un instituteur de campagne modeste qui a eu le malheur de tomber amoureux d'Isabel Mola. Une femme battue par son mari fasciste, qui finira assassinée par son amant, Gabriel Bengoechea. Le pauvre Marcelo n'est pas l'amant, non. C'est le pauvre bouc émissaire, le coupable idéal, un innocent qui finira pendu en prison. Le véritable commanditaire n'étant autre que le mari d'Isabel, manipulé par son bras droit Publio. Une pourriture de la pire espèce, un des personnages les plus abjects jamais créé par un auteur de roman noir. Et toute cette tragédie si terriblement humaine aura des conséquences dramatiques sur les descendants de Marcelo, d'Isabel, et de Gabriel. Comme une malédiction qui s'abat sur un monde loin d'être manichéen !

La Tristesse du Samouraï est un roman atroce, prenant, implacable. Impitoyable. Oui, impitoyable est vraiment le terme qui qualifie cette épouvantable histoire racontée par un écrivain de talent. Car il fallait un sacré souffle pour écrire ce roman dur, très dur, éprouvant. Certaines scènes sont très crues, à la limite du supportable. L'auteur a mélangé avec virtuosité plusieurs genres: Roman noir, polar historique, thriller sanglant, et suspense psychologique, voire même philosophique, existentialiste. Un tour de force qui s'achève dans un dénouement épique, sanglant et noir comme le cauchemar. Mais à époque dure, roman dur. En effet, l'histoire se déroule sur deux périodes bien distinctes: l'Espagne franquiste pendant la seconde guerre mondiale, et le début des années 80, alors que le pays sort tout juste de la dictature du général. Des décennies passées à vivre dans la terreur, qui ont complètement détraqué le psychisme de toute une population. Cela ressort vraiment dans la psychologie des personnages de ce livre.

La Tristesse du Samouraï repose sur une intrigue complexe, subtile, et taillée au couteau. Ou plutôt au sabre! Le sabre du Samouraï. C'est une histoire poignante d'amour et de haine, de jalousie et de vengeance, de trahisons et de mensonges, de pouvoir et de manipulation. Un chant funèbre sur un monde de démence et de sang, une fresque épique et surtout très violente, une toile machiavélique tissée par un auteur surdoué. En effet, pour son premier roman, Victor Del Arbol montre une maîtrise impressionnante dans la conduite de son récit. L'auteur ne tombe jamais dans la façilité, et parvient à rendre limpide une histoire complexe qui suit trois générations d'espagnols. Le style est riche, sophistiqué, mais très clair. Bref, un thriller très noir totalement abouti, qui révèle un auteur talentueux. 

Dans le même genre sur ce blog:
Crépuscule sanglant, James Carlos Blake
Un long moment de silence, Paul Colize



samedi 21 janvier 2017

DANS LA VILLE EN FEU

MICHAEL CONNELLY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Le Livre de Poche
480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2012 (Etats-Unis)
2015 (France)
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Un très grand Connelly


Michael Connelly est un auteur connu, reconnu, un des maîtres incontestés du roman policier américain. Un écrivain qui écrit comme il respire. Du coup, parfois, c'est bon, parfois c'est moyen, et parfois c'est très très bon. Dans la ville en feu entre dans la catégorie "très très bon", à l'instar des grands romans de l'auteur comme Le poète, Le dernier coyote, ou encore Créance de sangDans la ville en feu est une enquête passionnante, palpitante, pleine de suspense et de rebondissements. On y retrouve tout ce qui fait la force de Connelly. La Connelly touch: rigueur et qualité de l'intrigue, dialogues enlevés, et une maîtrise impressionnante dans la conduite du récit. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de l'auteur qui nous tient en haleine jusqu'au dénouement final, haletant. Les indices sont savamment distillés dans ce polar, jusqu'à la découverte de la vérité.

Et bien sûr, le grand personnage de ce roman, c'est Harry Bosch, figure désormais mythique de la littérature policière américaine. Harry Bosch, pour moi, c'est l'inspecteur Harry en plus cérébral, et plus politiquement correct. Mais un inspecteur Harry quand même: un flic tenace, besogneux, acharné, une véritable bombe humaine au service de la vérité, qui ne reculera devant rien pour retrouver les assassins d'Anneke Jespersen. Et tous les moyens sont bons pour résoudre l'affaire, et ce n'est pas un supérieur zélé qui va empêcher notre Bosch de venger la mort d'une jeune femme.

"Deux jours plus tôt, les fractures raciales, sociales et économiques qui agitaient la ville avaient brisé sa surface avec une intensité proprement sismique." "Bientôt, tout L.A. était en feu, et la situation était devenue incontrôlable." 1992: Harry Bosch patrouille dans les rues d'une ville désemparée, chaotique, au bord de l'apocalypse, en proie à des émeutes d'une rare violence. Cette tournée des meurtres amène notre inspecteur chevronné à découvrir le cadavre d'Anneke Jespersen, une jeune journaliste danoise abattue froidement d'une balle dans la tête, et abandonnée dans une ruelle sordide. Bosch ne peut pas s'attarder sur la scène de crime, il doit vite en rejoindre une autre. Vingt ans plus tard, Bosch est toujours hanté par cette jeune femme, et décide de rouvrir l'enquête. Qui a tué Anneke Jespersen et pourquoi ? Vous le saurez en dévorant ce formidable polar, une histoire stupéfiante mettant en scène un personnage décidément hors norme. Pour notre plus grand bonheur!

Du même auteur sur ce blog:
Le poète ; Le dernier coyote

Dans le même genre sur ce blog:
Storyteller, James Siegel
Meurtres en bleu marine, C.J. Box
Suspect, Robert Crais

samedi 14 janvier 2017

BAAD

CÉDRIC BANNEL

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Auteur français
Editions Robert Laffont
Grand format 480 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2016
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Un thriller époustouflant !


Quelle claque ce polar! Spectaculaire, terrifiant, intéressant, et surtout époustouflant! Il fallait un sacré souffle pour écrire Baad, mélange explosif de roman noir, thriller politique, et suspense sanglant. Un roman puissant dont l'action se déroule principalement en Afghanistan.

C'est à une excursion aux allures de voyage au bout de l'enfer que nous convie cette ténébreuse enquête dans un pays à la fois grandiose et effrayant. Le menu est chargé! Un serial killer kidnappe et assassine sauvagement des fillettes dans les rues de Kaboul, la capitale du pays. Le qomaandaan Kandar, un flic tenace et incorruptible, va traquer l'assassin tout en évitant de se faire tuer par ses nombreux ennemis. Nicole Laguna, ex-agent des services secrets français, doit retrouver un chimiste en fuite, inventeur d'une nouvelle drogue de synthèse. Nicole n'a pas le choix: son mari et ses enfants ont été enlevés par la mafia italienne, qui veut mettre la main sur cette drogue très lucrative. Sauf que le chimiste en question est protégé par le parrain afghan de la drogue, qui vit reclus dans une véritable forteresse, perdue dans les montagnes impénétrables du Badakhchan.

Misère, drogue, violences, meurtres, terroristes, gouvernement corrompu: un cocktail explosif pour un roman épicé! Un thriller à multiples visages, une oeuvre effrayante de beauté où les destins s'enchevêtrent. D'un côté, Cédric Bannel dresse un constat alarmant d'un pays dévasté par la misère, la corruption, le terrorisme et la drogue. De l'autre, l'auteur parvient à nous transmettre son amour pour un pays grandiose, aux paysages majestueux parmi les plus beaux du monde. Baad est une plongée fascinante dans la culture et les coutumes d'un pays complexe.

Au final, un thriller épique et violent, très bien écrit, dans un style simple, percutant, et spectaculaire. Le récit est fluide, sans temps mort, plein de suspense et de rebondissements. Attention âmes sensibles s'abstenir, certaines scènes sont à la limite du supportable. Baad est une histoire stupéfiante, éprouvante, mettant en scène des personnages hors normes. Un thriller littéralement hallucinant!

Dans le même genre sur ce blog:
Condor, Caryl Férey
La ligne noire, Jean-Christophe Grangé
Noir désert, Marc Ruscart
Tonton Clarinette, Nick Stone