mercredi 28 novembre 2018

VIANDE SÈCHE

MARTIN MALHARRO

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Traduit de l'espagnol (Argentine) par Delphine Valentin
Editions La dernière goutte
Grand format 281 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2012 (Argentine)
2016 (France)
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Enquête sur fond d'une société en décomposition.


"- Racontez-moi l'histoire Mariani.
- Un homme m'a chargé de chercher son oncle disparu sans prévenir. J'ai commencé à enquêter et des trucs louches ont surgi peu à peu.
- Du genre ?
- Le disparu est déclaré mort depuis 1983, il n'avait pas d'amis, ne recevait aucun courrier à son domicile, l'appartement était rangé comme s'il était parti acheter du pain et n'était pas revenu. Bref, il s'est volatilisé sans laisser la moindre trace."

L'argentin Mariani est détective privé à ses heures perdues. Et cet habitant de Buenos Aires a beaucoup, beaucoup d'heures à perdre: pas d'emploi fixe, pas de femme, pas d'enfant, pas un rond en poche. Et un logement qu'il partage avec ses deux vieilles tantes. Alors le mélancolique et désabusé Mariani traîne son spleen et sa misère dans les rues de la capitale argentine, sur fond d'une société en décomposition. Les jours se suivent et se ressemblent pour Mariani et son pote garagiste Demarchi, qui cherche désespérément l'amour dans une société sans repères et sans but, si ce n'est celui de la survie au jour le jour. Mais Mariani est bon pour retrouver les gens. Un boulot comme un autre, me direz-vous, le danger en plus.

Car Mariani est chargé de retrouver un vieil homme apparemment sans histoire. Apparemment, car notre détective privé n'est pas au bout de ses peines et de ses surprises. Mariani, accompagné de son acolyte Demarchi, ne se doute pas qu'il a mis les pieds dans une sale affaire qui dévoile tout un pan de l'histoire argentine. Le pan peu glorieux: la dictature militaire de 1976 à 1983. Un passé sanglant qui fait toujours partie du présent. Une époque terrible qui a marqué au fer rouge de nombreux argentins, et qui semble empêcher le pays et sa capitale tentaculaire d'avancer dans la modernité. Comme si Buenos Aires était figée dans le temps, enlisée dans les sables mouvants d'un déclin inéluctable.

J'ai beaucoup aimé Viande sèche, mélange réussi de polar d'enquête classique et de roman noir urbain. Un polar d'atmosphère mélancolique et violent à l'image de son décor: Buenos Aires, la ville du tango, mais surtout la capitale d'un pays en crise, une mégapole sale et polluée, rongée par les inégalités sociales. Le portrait qu'en a fait l'auteur dans son livre est globalement alarmiste, terrifiant. Malgré quelques touches de beauté par ci, par là. En outre, Viande sèche vaut surtout pour son personnage principal, Mariani, sorte de détective privé amateur que le regretté Martin Malharro a mis en scène dans plusieurs autres romans. Qui constituent une série intitulée "La ballade du Britanico", faisant référence au bar Le Britanico que fréquente assidument le pauvre Mariani. Sur la forme, la construction du roman est très classique, c'est une enquête qui dévoile petit à petit la vérité, et qui nous amène à un dénouement violent et sans concession, noir comme le cauchemar. Le style d'écriture est économe, simple, et direct, il y a beaucoup de dialogues, des réflexions souvent acerbes de Mariani sur son environnement social et urbain, et quelques descriptions de Buenos Aires, souvent implacables de réalisme, parfois oniriques. Globalement il flotte autour de cette histoire une aura poisseuse, une atmosphère glauque dans laquelle baignent des personnages en manque de repères et d'espoirs, spectateurs passifs et monotones d'une société à bout de souffle. Même si Mariani ira quand même jusqu'au bout de son affaire. 

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lundi 19 novembre 2018

L'ESSENCE DU MAL

LUCA D'ANDREA

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Traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza
Editions Folio
Poche 512 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2016 (Italie)
2017 (France)
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Une entrée fracassante dans le polar transalpin.


"Tandis que je me penchais pour ranger mon appareil dans mon sac, je saisis des bribes de conversation entre Ilse et deux vacanciers âgés en short, Birkenstock et chaussettes blanches arrivant juste sous leurs varices bien visibles. Quelques mots seulement, mais parfois il suffit d'un rien.
Pour que le destin vous passe la corde au cou.
- C'était en 1985, madame.
- Vous en êtes certaine ?
- C'est l'année où je suis née. L'année du massacre du Bletterbach. Ma mère me le répétait souvent: "Tu es née l'année de cette terrible affaire, voilà pourquoi tu te comportes comme ça." Elle avait été traumatisée par cette histoire.
- Ils ont fini par trouver le responsable de cette boucherie ?
Une pause.
Un soupir.
- Jamais "

Jeremiah Salinger, seul et unique narrateur de cette histoire, est du genre obsessionnel. Ce réalisateur américain de documentaires a décidé à tout prix de découvrir la vérité sur des crimes abominables survenus en 1985 dans la région reculée du Tyrol du Sud. Trois jeunes gens retrouvés morts dans d'atroces circonstances dans la forêt du Bletterbach. Un lieu sauvage, hostile, maléfique, riche en légendes macabres de toutes sortes. Trente ans plus tard, le mystère demeure, et la plupart des habitants du coin n'ont pas envie de rouvrir cette profonde blessure. Comme si une malédiction planait depuis des décennies sur ces contrées lointaines, comme si la vérité allait dévoiler également les coulisses mortifères de villages rudes aux secrets inavouables. Mais le passé finit toujours par ressurgir, et attention ça peut faire mal. Et Jeremiah Salinger ne lâchera pas le morceau, quitte à mettre en danger sa santé mentale et la stabilité de sa famille. 

Sur le fond, à première vue, je me suis dit rien de nouveau sous le soleil, on est sur du polar classique, mélange de whodunit et de thriller sanglant. Un titre assez racoleur pour un cold case vieux de trente ans à élucider au coeur des Dolomites en Italie du Nord. Un thriller glacial et glaçant, âpre et vertigineux à l'image de son saisissant décor. Mais aussi un roman noir qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'un village italien perché dans les montagnes. Mais au fur et à mesure qu'on avance dans cette histoire très prenante, l'originalité prend le dessus. L'auteur nourrit son récit d'éléments historiques, géologiques, et paléontologiques, qui apportent de la densité, et maintiennent le suspense à un niveau élevé. Nous amenant petit à petit vers la vérité, et jusqu'au coup de théâtre final dans les toutes dernières pages du roman. 

Ce qui m'a également beaucoup plu, c'est le style d'écriture de l'auteur, et sa façon de raconter l'histoire, de brouiller les pistes, et de distiller les réponses au compte-gouttes. C'est bien écrit dans un style original, très direct, incisif, et non dénué d'humour malgré la grande noirceur de ce récit remarquablement construit, et à l'ambiance sombre qui frise parfois le surnaturel. Avec un personnage principal complexe et terriblement humain par certains aspects. Un homme tourmenté, qui se sent coupable d'un drame survenu en montagne, et qui va chercher la rédemption en se jetant corps et âme (c'est le moins que l'on puisse dire) dans une quête de vérité ultime. Au final, avec ce premier roman totalement abouti, Luca d'Andrea fait une entrée remarquée sur la scène du polar italien, qui regorge décidément d'écrivains talentueux. Un concurrent de tout premier ordre pour Donato Carrisi, Sandrone Dazieri et Ilaria Tuti.

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Monteperdido, Agustin Martinez
Au fond de l'eau, Paula Hawkins


jeudi 8 novembre 2018

L'ANNÉE DU LION

DEON MEYER

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Traduit de l'afrikaans et de l'anglais par Catherine Du Toit et Marie-Caroline Aubert
Editions Points
Poche 720 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2016 (Afrique du Sud) 2017 (France)
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Le chef d'oeuvre de Deon Meyer.


"Après Petrusville, je jette un coup d'oeil par mon judas à bâbord, je vois nos terrains d'irrigation, les champs qui s'étendent au bord du fleuve, les tournesols et le maïs, les légumes. Je vois les habitants d'Amanzi qui travaillent dans les champs, ces braves et bonnes gens. Je vois les pompes électriques, les tracteurs, les pick-up, un camion, la technologie que nous avons ressuscitée. 
Comment peut-il y avoir des mondes tellement disparates ? Comment expliquer le barbarisme des hommes qui ont poignardé Okkie et celui des Maraudeurs ? Et à côté, il existe cette oasis que mon père a su créer. 
Appartenons-nous à la même espèce ?" Se demande Nico Storm, principal narrateur de cette histoire puissante, stupéfiante, mettant en scène des personnages hors normes. Nico et son père Willem ont survécu à une pandémie qui a décimé la quasi-totalité de l'espèce humaine. Les Storm tentent de survivre dans une Afrique du Sud dévastée. Un monde post-apocalyptique qui rappelle La Route, 28 jours plus tard, ou encore Le Fléau.

D'un côté, Willem Storm décide de fonder Amanzi, une nouvelle colonie humaine destinée à vivre en complète autarcie. En harmonie avec la nature, et dans la paix. De l'autre, certains hommes ont plongé dans la barbarie la plus totale et survivent en pillant, en volant, et en tuant. Un monde en apparence manichéen, le bien et le mal. Mais la réalité est beaucoup plus complexe et nuancée, et Willem Storm sera assassiné dans de bien curieuses circonstances.

Je l'avoue, je ne suis pas spécialement fan de Deon Meyer, le plus connu des auteurs de polars sud-africains. J'ai plutôt bien aimé Jusqu'au dernier, Les soldats de l'aube, et L'âme du chasseur, beaucoup moins 13 heures, 7 jours, et Kobra, arrêté au bout de 50 pages. Mais avec L'année du lion, formidable polar post-apocalyptique, je crois qu'on tient là LE chef d'oeuvre de Deon Meyer. Une histoire poignante qui dégage une puissance hors du commun. Une fresque épique et violente. Une histoire qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher. Avec en toile de fond un message écologique fort. Une réflexion sur le devenir de l'humanité, et sur son rapport au monde.

"J'ai écrit L'année du lion avec ferveur. C'est une histoire qui m'a obsédé pendant cinq ans." Oui, je vous crois sans problème quand vous dites ça Monsieur Meyer. L'année du lion est plus qu'un livre c'est une expérience, un récit à plusieurs voix qui nous procure d'intenses émotions. C'est une mécanique de précision parfaitement huilée, il y a de l'action, du suspense, des rebondissements, de l'amour, de la haine, de l'amitié, bref c'est un récit pétri d'humanité pour le meilleur et pour le pire. L'année du lion séduit par la psychologie fouillée de ses nombreux personnages et par son intrigue captivante. En outre, j'ai été captivé par le quotidien de cette communauté Amanzi. Sa création, puis son développement agricole et industriel, les rouages économiques, technologiques, sociaux, et bien sûr politiques. Les conflits qui sont inévitables et inhérents à l'espèce humaine. Les guerres contre les barbares. Et enfin, les paysages magnifiquement retranscrits par l'auteur. Bref, vous l'aurez compris, j'ai dévoré ce livre de bout en bout, qui aura peut-être une suite.

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Dernier meurtre avant la fin du monde, Ben H. Winters
Nous étions les Hommes, Gilles Legardinier



lundi 29 octobre 2018

QUI JE SUIS

MINDY MEJIA

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Editions Mazarine
Grand format 400 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2017 (Etats-Unis)
2018 (France)
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Tragédie shakespearienne au fin fond de l'Amérique !


Qui est réellement Hattie Hoffman ? Qui a assassiné Hattie Hoffman ? Deux questions fondamentales qui forment la trame de ce thriller américain, mélange envoûtant de tragédie amoureuse et de roman policier. Un polar surprenant et intelligent qui aborde avec une acuité psychologique hors du commun des thèmes universels. Un récit à trois voix qui entrecroise habilement le passé et le présent, et qui ne dévoile tous ses secrets que dans les dernières pages du livre. Notamment l'identité du coupable du meurtre de l'adolescente.

Alors qui est, ou plutôt qui était réellement Hattie Hoffman ? Quelle était la part de sincérité et quelle est la part de duperie dans son comportement, dans ses actes ? Au premier abord, Hattie est une lycéenne américaine de 17 ans sans histoire. Une fille de fermiers qui vit dans un bled paumé au fin fond du Minnesota. La partie du Midwest américain faite de champs agricoles qui s'étendent à perte de vue. L'immensité du ciel, le grand vide, une vie rurale rythmée par les saisons et animée par les caprices de la nature. Hattie rêve de quitter cette région trop monotone à son goût pour aller vivre à New York. L'adolescente est comédienne dans une troupe de théâtre locale  et joue notamment le rôle de Lady Macbeth, célèbre personnage d'une pièce de Shakespeare. Oui Hattie aime jouer la comédie, et se mettre dans la peau de plusieurs personnages, que ce soit sur une scène ou dans la vraie vie. Un jeu excitant mais aussi dangereux, très dangereux. Hattie est retrouvée morte dans une grange abandonnée au bord d'un lac, son corps atrocement poignardé, son visage entièrement défiguré. 

Qui a assassiné Hattie Hoffman ? L'adolescente est-elle la victime d'une étrange malédiction semblant frapper les comédiennes qui jouent le rôle de Lady Macbeth ? Del, le shérif de la ville, n'y croit pas du tout. Le shérif de la ville, qui connaît très bien les parents de l'adolescente, va se lancer dans une enquête âpre et éprouvante afin de débusquer le coupable. Le policier va très vite s'intéresser au professeur de lettres de l'adolescente, l'énigmatique Peter Lund. Passionnée de théâtre, Mindy Mejia transpose une pure tragédie shakespearienne dans l'Amérique profonde. Un pari osé et réussi. Il y a de la substance, de la densité, dans cette oeuvre chargée d'émotion humaine et d'atmosphère. Avec un décor saisissant, oppressant, des paysages très bien décrits par cette auteure au style d'écriture tranchant et audacieux. Une écriture de qualité au service d'un récit très bien construit, mettant en scène des personnages forts, fouillés. Bref, une auteure talentueuse qui me fait penser à Gillian Flynn, et qui signe une histoire poignante, bouleversante, et terriblement humaine.

Dans le même genre sur ce blog:
Au fond de l'eau, Paula Hawkins
Après la nuit, Chevy Stevens



lundi 22 octobre 2018

PYROMANE

WOJCIECH CHMIELARZ

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Traduit du polonais par Erik Veaux
Le Livre de Poche
448 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2012 (Pologne)
2017 (France)
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Un polar décapant !


"- C'est du délire ! hurla-t-il à l'adresse du procureur. On marne jour et nuit depuis samedi pour mettre la main sur ce pyromane, on suit chaque piste, et tu viens me faire la leçon ? On t'a vu combien de fois dans l'enquête que tu es censé diriger, hein ? Combien? Zéro! Zéro fois! Tu ne m'as même pas téléphoné! Et tu sais pourquoi ? Parce qu'un incendie volontaire avec des morts, ce n'est pas assez sexy pour toi, espèce de carriériste !"

Comme vous pouvez le constater, l'inspecteur Jakub Mortka, surnommé le Kub, est en colère. Il faut dire qu'il est difficile d'exercer le métier de policier à Varsovie, la capitale polonaise. Les forces chargées du maintien de l'ordre ont de moins en moins de moyens humains et matériels, et de plus en plus de pression hiérarchique. Seuls les chiffres comptent, il faut résoudre une affaire, quitte à la bâcler. Le tout étant englué dans une lourdeur administrative sans fin. Un constat édifiant et déprimant pour le Kub qui traverse une bien mauvaise passe. En effet, notre inspecteur doit absolument mettre fin aux agissements d'un insaisissable pyromane qui sème la terreur et la mort sur son passage. En même temps, le Kub doit gérer un divorce qui se passe mal, cohabiter avec des étudiants louches qui vont finir par lui attirer bien des ennuis, et composer avec un adjoint alcoolique dont la femme présente des signes évidents de violence conjugale. Pauvre inspecteur. Mais on peut également se faire la réflexion suivante: si le Kub n'avait pas un caractère de cochon, peut-être se trouverait-il dans une situation un peu moins tendue ? Je pose la question, je ne formule aucun jugement. Faites-vous votre propre opinion en lisant ce très bon polar pur et dur.

J'ai beaucoup aimé ce roman policier polonais, un polar décapant qui inaugure une série policière très prometteuse mettant en scène l'attachant inspecteur Jakub Mortka. Pyromane a du coffre, du caractère, de la densité, c'est très bien écrit dans un style percutant, alerte, efficace. J'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce polar à l'intrigue haletante et à l'atmosphère sombre. Avec en toile de fond une critique acerbe de la société et des institutions polonaises. Et on suit avec intérêt les déboires de cet inspecteur Harry polonais, un flic tenace, obstiné, qui vit uniquement pour son travail au détriment d'une vie privée partant forcément à vau-l'eau. Un homme qui hait les injustices, et qui parviendra, malgré les nombreuses difficultés, à résoudre son affaire, et à débusquer une sordide vérité.

Au final, Pyromane est un très bon polar qui se distingue nettement de la masse par la psychologie très fouillée de ses personnages, et par son intrigue captivante et réaliste. Je le recommande tout particulièrement aux fans de la série suédoise Kurt Wallander du regretté Henning Mankell, que l'auteur cite d'ailleurs dans son histoire. Je suis impatient de découvrir le second volet, et curieux de savoir comment le Kub va gérer le comportement de son adjoint. 

Dans le même genre sur ce blog:
Kind of Blue, Miles Corwin
Le Bourreau de Gaudi, Aro Sainz de la Maza
Labyrinthe de miroirs, William Bayer
Code 93, Olivier Norek



samedi 13 octobre 2018

EMMA DANS LA NUIT

WENDY WALKER

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère
Editions Sonatine
Grand format
312 pages
Première publication:
2017 (Etats-Unis)
2018 (France)
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Un deuxième roman globalement réussi.


Le plus dur pour un auteur, c'est de confirmer. Et la difficulté est souvent proportionnelle au succès du premier roman. Tout n'est pas perdu, un thriller bluffant sur les mécanismes de la mémoire et du syndrome post-traumatique a rencontré un très grand succès. Un bestseller dans le monde entier qui sera prochainement adapté au cinéma. Wendy Walker était donc attendue au tournant lors de la parution de son deuxième thriller psychologique Emma dans la nuit. Pari gagné ou perdu ? Pour moi, c'est pari gagné, même si j'ai préféré Tout n'est pas perdu. Mais on retrouve dans Emma dans la nuit tout ce qui fait la force de cette écrivaine américaine: un style d'écriture limpide et tranchant, au service d'un récit remarquablement construit et centré sur la psychologie des personnages. 

Implacable suspense, Emma dans la nuit raconte en gros l'histoire d'une famille psychologiquement perturbée. Au travers d'une intrigue riche en suspense et en rebondissements, l'auteure analyse la violence de la dynamique familiale, le mal être adolescent, et le trouble de la personnalité narcissique. Une nouvelle fois, Wendy Walker nous entraîne dans les méandres tortueux de la psyché humaine avec une finesse et une intelligence hors du commun. Et la construction du récit permet à l'auteur de tisser une toile diabolique, de distiller un suspense d'une rare efficacité, et de dévoiler petit à petit une vérité inattendue et insoutenable. 

Je vous résume l'intrigue: Emma et Cass Tanner, deux adolescentes âgées respectivement de 17 et 15 ans, qui vivent sous la coupe de leur mère psychotique Judy, disparaissent le même jour. Trois ans plus tard, seule Cass revient à la maison. Et raconte à la psychologue Abigail Winter son incroyable histoire. Mais Abigail, qui a également été victime d'un mère narcissique, s'intéresse de très près à Judy Tanner. Il y a des fruits pourris dans toute la famille. Cass et Abigail, deux voix pour une même histoire, deux récits qui alternent de chapitre en chapitre, deux points de vue différents, deux perceptions de la réalité; Cassandra Tanner qui, de l'intérieur, dépeint une famille dysfonctionnelle dirigée par une mère pratiquant le chantage affectif. Et Abigail qui donne son point de vue extérieur sur cette famille et apporte un regard lucide et expérimenté permettant de déceler la vérité effroyable. Au final, Emma dans la nuit est un suspense psychologique de bonne facture, très bien écrit, et qui confirme tout le talent de Wendy Walker pour raconter des histoires sombres et fortes.  

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Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, Celeste Ng
La fille de Narcisse, Craig Holden
Les filles des autres, Amy Gentry
Fleur de cimetière, David Bell
Punis-moi avec des baisers, William Bayer

dimanche 7 octobre 2018

REDEMPTION ROAD

JOHN HART

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Kiefé
Editions JC Lattès
Grand format 510 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2016 (Etats-Unis)
2017 (France)
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Un roman noir comme le cauchemar.


Redemption road, la route de la rédemption, chaotique, tortueuse, dangereuse, maléfique. Vous qui empruntez cette route, laissez toute espérance, et attendez-vous à entendre un chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Un monde ou plus précisément une ville située en Caroline du Nord, une cité de la peur débordante de tension et de violence, et remplie de secrets et de trahisons. Mais peut-être existe t'il un espoir en de meilleurs lendemains pour les deux personnages principaux du nouveau thriller de l'américain John Hart, qui dévoile les coulisses mortifères d'une ville frappée de plein fouet par la crise économique.

Redemption road est donc un mélange de thriller psychologique et de roman noir, mettant en scène deux personnages hors normes embarqués dans une histoire pure et dure. Adrian Wall qui sort tout juste de prison après avoir purgé une lourde peine pour un crime qu'il n'a peut-être pas commis. Un quadragénaire brisé au corps recouvert de cicatrices, qui a été torturé par le terrifiant directeur de la prison et ses sbires. Des pourritures de la pire espèce qui vont continuer à le traquer, bien décidés à le faire parler. Car Adrian serait détenteur d'un secret qui vaut de l'or. Et Elizabeth Black, une femme solitaire et torturée qui vient d'être démise de ses fonctions de flic pour avoir tué deux homme. Liz et Adrian, deux écorchés vifs embarqués dans un engrenage infernal, qui semblent diaboliquement liés à un redoutable tueur en série de femmes. Il y a des fruits pourris dans toute la ville !

John Hart écrit peu mais écrit bien, j'adore son style sauvage, spectaculaire, dense, son sens du détail, son art des dialogues incisifs, et sa capacité à créer des atmosphères angoissantes et suffocantes. Son dernier roman Redemption road démontre une nouvelle fois le talent de John Hart pour échafauder des scénarios très élaborés, diablement efficaces, et camper des personnages forts. Ce roman vous prend à la gorge dès les premières pages, et vous procure des émotions pures et dures. Le récit est âpre, éprouvant, et surtout noir comme le cauchemar, il s'en dégage une tension hors du commun, jusqu'au dénouement "corral". John Hart est une valeur sûre du thriller noir américain, il est quand même l'un des rares auteurs à avoir remporté deux fois l'Edgar Award, qui est l'équivalent américain de notre grand prix de littérature policière. 

Du même auteur sur ce blog:
L'enfant perdu ; La maison de fer

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Les quatre coins de la nuit, Craig Holden
Quand la neige danse, Sonja Delzongle