lundi 24 juin 2019

MARIACHI PLAZA

MICHAEL CONNELLY

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Le Livre de Poche
512 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2014 (Etats-Unis)
2016 (France)
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Deux Cold Cases épineux à résoudre pour le mythique inspecteur Bosch.


Michael Connelly fait depuis très longtemps partie des écrivains les plus prolifiques du roman policier. En moyenne, un voire même deux polars par an. Toute la redoutable efficacité du polar américain incarnée par ce maître du Whodunit qui continue de mettre en scène son personnage fétiche, l'inspecteur Bosch. Qui résout ses affaires avec sa ténacité habituelle, à un an de la retraite. Toute sa vie continue de tourner autour de son travail, Bosch consacre tout son temps et toute son énergie pour trouver des meurtriers, découvrir la vérité, rétablir des injustices. Alors évidemment, il lui reste peu de temps pour s'occuper de sa fille. Mais c'est comme ça, c'est Bosch, et l'on se demande vraiment comment notre inspecteur occupera ses journées lorsque sonnera le glas de la retraite.

Mais en attendant Bosch continue avec acharnement et dévouement à travailler sur des Cold Cases réputés insolubles. Et fait tout son possible pour partager et transmettre sa passion du métier à sa jeune coéquipière, la très prometteuse Lucia Soto, qui semble en tout cas posséder toutes les qualités requises. Dans Mariachi Plaza, le binôme mène de front deux enquêtes distinctes et périlleuses, sur fond de racisme et de magouilles politiques. D'un côté, le mariachi Orlando Merced qui vient de mourir des suites d'une balle reçue dix ans plus tôt. Il s'agit pour nos deux enquêteurs de retrouver la personne qui a tiré cette balle et de rendre justice à la famille du mariachi. De l'autre, un incendie criminel survenu dans le Los Angeles des années 90,  qui a coûté la vie à plusieurs personnes, dont des enfants. Lucia Soto fait partie des enfants qui ont survécu à cette terrible tragédie. Et a soif de justice. Mais d'un côté comme de l'autre, les pistes sont très très minces, mais ne vous inquiétez pas, aucune affaire, si difficile soit-elle, ne résiste au talent du mythique Bosch. Qui s'adapte comme il peut aux évolutions de son métier et de son institution. Mais sa hiérarchie est bien décidée à ne pas lui faire de cadeau, ce monde est impitoyable même pour les inspecteurs chevronnés.

Je trouve que globalement Michael Connelly parvient à maintenir une bonne qualité au niveau de ses productions. Pour moi, seuls les trois opus suivants se situent un ton en dessous de ces autres productions:  Wonderland Avenue, Echo Park, et Darling Lilly. Et encore, on ne peut pas parler de déceptions, puisque je les ai quand même terminés. Mariachi Plaza est un très bon cru, c'est une mécanique de précision parfaitement huilée, du cousu main pour les amateurs de romans policiers classiques et réalistes. Tout y subtilement et efficacement contrôlé de la part d'un auteur confirmé qui maîtrise totalement son art. Deux enquêtes rondement menées et pleines de rebondissements vous attendent. Au final, un très bon whodunit fort bien documenté et le portrait lucide d'une société américaine inégalitaire qui n'échappe pas aux magouilles politiques et au racisme. 

Du même auteur sur ce blog:
Le poète ; Le dernier coyote ; Dans la ville en feu

Dans le même genre sur ce blog:
Kind of Blue, Miles Corwin
Billy Straight, Jonathan Kellerman



vendredi 14 juin 2019

UN SAC

SOLÈNE BAKOWSKI

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Auteure française
Editions Bragelonne
Poche 268 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2017
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Une histoire noire comme le cauchemar.


Un sac appartient à ces romans noirs qui privilégient les atmosphères désenchantées et la dureté des rapports humains et qui, ce faisant, se distinguent des purs romans criminels. Il n'y a donc pas d'enquête policière dans ce roman, qui n'est pas non plus un thriller au sens strict du terme. Les personnages ne sont ni des flics ni des détectives privés. Un sac, c'est avant tout la rencontre de deux individus issus de milieux sociaux totalement différents. Tout d'abord, il y a Anna-Marie Caravelle, qui raconte cette histoire, son histoire. Un destin cruel, meurtrier, et surtout tragique. Une odyssée déviante dans un Paris crépusculaire. Anna-Marie n'est pas née sous une bonne étoile, c'est le moins que l'on puisse dire: un père qui se suicide six mois avant sa naissance, une mère déboussolée qui sombre dans la folie et qui accouche d'Anna-Marie dans l'appartement de la voisine, une vieille dame dépressive qui ne veut pas finir ses vieux jours seule. Et qui va faire interner la mère pour pouvoir élever Anna-Marie dans la clandestinité la plus totale. La petite fille ne sort jamais du petit appartement, en quelque sorte séquestrée, sans aucun contact avec l'extérieur. Anna-Marie finira par s'échapper dans de terribles circonstances pour vivre sa vie, et rencontrer Camille. 

Camille un sans domicile fixe qui a quitté une famille très riche pour vivre aussi sa vie d'artiste homosexuel. Anna-Marie tombe amoureuse de Camille, qui va tomber amoureux du beau Max. Un triangle amoureux malsain s'installe. Une histoire destructrice qui se terminera mal, très mal. Bref, vous l'aurez compris, on est dans le domaine du noir, du très noir. Solène Bakowski fait partie de ces écrivain(e)s qui nous obligent à regarder en face l'intolérable, qui nous dévoilent une réalité très dure, impitoyable. L'histoire d'Anna-Marie se double d'un portrait saisissant et surtout contrasté de la capitale française. Paris, ville lumière chargée d'histoire, remplie de monuments célèbres et magnifiques. Mais aussi Paris, ville polluée, déshumanisée, et inégalitaire, indifférente. 

Il y a certes une intrigue dans ce roman noir comme le cauchemar, des rebondissements, un fil conducteur. Mais ce que je retiendrai avant tout c'est son atmosphère. Les mots de Solène Bakowski, qui dégagent une certaine puissance, la finesse psychologique de l'auteure qui éprouve finalement une grande empathie pour Anna-Marie. La jeune femme a certes commis des actes atroces, dignes de psychopathes de la pire espèce. Mais Anna-Marie n'est pas un monstre déshumanisé, elle a grandi dans un environnement totalement déviant, elle a toujours vécu des situations anormales. Ses réponses aux problèmes rencontrés ne pouvaient finalement qu'être qu'anormales aux yeux d'une société dont elle ne fait pas partie. Mais la jeune femme a envie de vivre, d'aimer et d'être aimée, elle éprouve des sentiments purs, à son niveau. Solène Bakowski fait ressortir tout cela par la qualité de son écriture. Un style précis à la fois sur la forme et sur le fond. Une écriture soignée, puissante, indéniablement la marque d'une écrivaine de talent, qui réussit le tour de force de raconter une histoire très noire avec une certaine sensibilité, et sans perdre en crédibilité. 

Dans le même genre sur ce blog:
Aveu de faiblesses, Frédéric Viguier
La Maison, Nicolas Jaillet


jeudi 6 juin 2019

GANGSTERLAND

TOD GOLDBERG

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Zigor
Editions 10/18
Poche 456 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2014 (Etats-Unis)
2016 (France)
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Un mélange réussi de comédie grinçante et de roman noir.


Bienvenue à Gangsterland, au pays des truands, des mafieux, des magouilles politiques, de l'argent sale, et des meurtres. Beaucoup de meurtres souvent violents, sanglants. Alors si vous avez envie de vous y rendre, je vous conseille d'être accompagné par un bon tueur à gages qui saura protéger vos arrières. Fin des années 90, Sal Cupertine, l'anti-héros de cette histoire, est le meilleur tueur à la solde de la mafia de Chicago, dirigée par Ronnie, son cousin. Sal est une machine à tuer de sang-froid, avec quand même quelques principes: jamais d'enfants. Et pas d'agents du FBI non plus, c'est plutôt à éviter si Sal ne veut pas avoir d'ennuis avec la justice et avec La Famille. Sauf que lors d'une opération qui tourne très mal, le tueur en élimine trois d'un coup. Et n'a donc pas d'autres solutions que de fuir Chicago, de changer de visage et d'identité, et de se reconvertir en ... rabbin à Las Vegas, la capitale du péché. Une nouvelle vie pleine de surprises qui commence pour Sal, non pardon, pour David Cohen qui maîtrise mieux les chansons de Bruce Springsteen que le Talmud. Mais la mafia n'est jamais très loin. Le FBI non plus. Et l'agent Jeff Hopper est bien décidé à retrouver le tueur pour venger la mort de ses trois collègues. 

Avec ce roman décapant, l'américain Tod Goldberg illustre brillamment une veine encore peu représentée dans le polar, le tragi-comique, par une histoire pleine de rebondissements mais franchement noire, sombre et violente, malgré son aspect déjanté. Gangsterland est donc un mélange réussi de comédie cynique et de roman noir implacable. C'est la description d'un monde impitoyable, corrompu, composé d'individus qui font rarement de vieux os, c'est le moins que l'on puisse dire. L'auteur dresse notamment un portrait au vitriol de Las Vegas. Sur la forme, Tod Goldberg sait raconter une histoire, aucun doute là-dessus. C'est bien écrit, dans un style simple, direct, dynamique. Le récit est bien construit, l'histoire est prenante, et baigne dans une atmosphère à la Pulp Fiction. Sorte d'odyssée noire, sanglante et burlesque d'un tueur à gages. J'ai vraiment bien aimé. 

Dans le même genre sur ce blog:
Un stagiaire presque parfait, Shane Kuhn
Delicious, Mark Haskell Smith
Le Club des Macaronis, Steve Lopez
Pyromanie, Bruce DeSilva



mardi 28 mai 2019

DERRIÈRE LES PORTES

B.A. PARIS

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Traduit de l'anglais par Luc Rigoureau
Le Livre de Poche
352 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2016 (Angleterre)
2017 (France)
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Un suspense psychologique de tout premier ordre !

Derrière les portes: un piège diabolique, terrifiant, criminel, pervers à l'image de son instigateur, Jack Angel, peut-être l'un des personnages les plus abjects créés par une auteure de polars. Sous le masque de la normalité, se cache un psychopathe de la pire espèce, qui fait vivre un enfer quotidien à son épouse Grace. En apparence, Jack est un avocat admirable spécialisé dans la défense des femmes victimes de violences conjugales, un homme très apprécié de ses collègues et amis. Grace tombe très vite amoureuse de cet homme riche, beau et attentionné. Un véritable prince charmant qui va jusqu'à donner son accord pour que Millie, la petite soeur trisomique de Grace, emménage avec eux dans leur futur domicile conjugal. Mais le rêve va très vite se transformer en cauchemar, et ce dès la nuit de noces. Jack Angel, un ange de la mort et de la perversité qui nourrit de sombres desseins à l'encontre de Millie.

Dans Derrière les portes, c'est la victime, l'épouse Grace, qui raconte l'histoire, entre passé et présent. Et nous lecteurs, on tourne les pages de manière frénétique, on est là, à ses côtés, et on espère vraiment qu'elle va s'en sortir, et à chaque fois qu'une tentative d'évasion échoue, on souffre avec elle. Tellement la pauvre Grace vit un véritable calvaire au quotidien, minée, dévastée par la cruauté immense de Jack, créature maléfique totalement déshumanisée qui se délecte de la peur de sa victime. Alors Grace va-t-elle se sortir de ce piège machiavélique ? Vous le saurez en lisant, non, en dévorant ce furieux page turner impossible à poser avant son dénouement. Le premier thriller psychologique très réussi et donc très prometteur de l'anglaise B.A. Paris.

Certes B.A. Paris a choisi un thème récurrent dans la littérature policière. L'intrigue est finalement assez classique, c'est du déjà-vu: J'ai épousé un inconnu de Patricia Macdonald, Tu m'appartiens de Mary Higgins Clark, Toute la vérité de Karen Cleveland etc... Mais quel suspense omniprésent, quelle façon captivante de raconter l'histoire, quelle maîtrise impressionnante dans la conduite du récit, et quelle finesse psychologique dans la retranscription des émotions ressenties par Grace. Le style d'écriture est simple, limpide, au service d'un récit fluide et d'une intrigue taillée au couteau, tendue à l'extrême. Au final, un thriller psychologique de tout premier ordre que je vous recommande les yeux fermés.

Dans le même genre sur ce blog:
Toute la vérité, Karen Cleveland
Te laisser partir, Clare Mackintosh
La maison, Nicolas Jaillet



mercredi 22 mai 2019

CORPS-À-CORPS (METROPOL I)

MARTIN HOLMÉN

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Traduit du suédois par Marina Heide
Editions 10/18
Poche 357 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2015 (Suède)
2016 (France)
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Le premier volet de la trilogie Harry Kvist. 


"Mais quand le paiement tarde, j'interviens pour récupérer le vélo. Wernersson me verse un acompte de l'ordre de dix à trente pour cent par objet. Je reprends le cigare, tire quelques bouffées. Je ne manque pas de travail. Les gens sont démunis et désespérés, c'est là que je montre ma sale gueule et frappe du poing." Il y a du Jim Thompson, du David Goodis chez le suédois Martin Holmén, une noirceur épouvantable que ne vient éclairer aucune lueur d'espoir. Mais il faut dire que vivre, ou plutôt survivre dans le Stockolm de l'entre-deux-guerres n'est pas chose aisée. La Grande Dépression frappe de plein fouet la Suède, et sa capitale, gangrenée par le chômage, la misère, et la délinquance.

Un contexte terrifiant au sein duquel évolue Harry Kvist, l'anti-héros de cette histoire noire comme le cauchemar. Ancien boxeur célèbre dans son pays, ce trentenaire usé par la vie utilise désormais ses poings pour recouvrer des dettes ou récupérer des biens qui n'ont pas été rendus. Alors que Noël approche, et que le froid et la neige s'installent dans la capitale, l'un des débiteurs de Kvist est brutalement assassiné. Et qui représente aux yeux de la police le coupable idéal ? Kvist, bien sûr, qui n'a pas d'autres solutions que de prouver lui-même son innocence en retrouvant le témoin principal du meurtre. Une plongée à risque dans les bas-fonds et les hauts-fonds d'une ville froide, glauque, sous tension, violente.

Martin Holmén s'inscrit dans le souci d'une narration réaliste et dévoile les coulisses d'une ville mortifère, piégée dans le froid, la misère et l'intolérance. Et l'immersion est totale, on a vraiment l'impression que le narrateur de cette histoire a une caméra embarquée sur lui, permettant de visualiser le moindre détail. Et permettant ainsi la reconstitution précise de toute une époque : la topographie du Stockolm des années 30, le quotidien des gens, l'architecture extérieure des habitations mais aussi leurs décors intérieurs, la montée du nazisme, les inégalités sociales, le grand banditisme. Le style d'écriture est donc très descriptif, très détaillé, obligeant à une vigilance constante de la part des lecteurs. Mais quelle puissance d'évocation, quelle atmosphère, on s'y croirait ! 

Martin Holmén n'oublie pas les fans d'intrigues policières bien ficelées, il y a bien une enquête et un coupable à découvrir, mais pour moi Corps-à-corps est avant tout un roman noir historique, qui restitue avec précision cette époque trouble de l'entre-deux-guerres. Il flotte autour de cette histoire une aura sombre. Une noirceur, une violence, une férocité incarnées par son personnage principal, un homme ambivalent dans son attitude, qui a déjà vécu plusieurs vies, et subi de nombreux échecs. Un homme à l'image de son époque, qui tente de survivre tant bien que mal avec le peu d'humanité qui lui reste. Car il lui en reste de l'humanité,  et une certaine combativité, bref une petite lueur d'espoir dans un océan de noirceur. Au final, le premier volet réussi d'une trilogie historique prometteuse.

Dans le même genre sur ce blog:
Sans espoir de retour, David Goodis
L'homme aux lèvres de Saphir, Hervé Le Corre
Dans l'ombre, Arnaldur Indridason
Viande sèche, Martin Malharro
La Pension de la Via Saffi, Valerio Varesi

mardi 14 mai 2019

UNITÉ 8200

DOV ALFON

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Traduit de l'anglais par Françoise Bouillot
Editions Liana Levi
Grand format 385 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2016 (Israël)
2019 (France)
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LE roman d'espionnage de ce début d'année 2019.


Avis aux fans de John le Carré, Robert Ludlum, Ross Thomas et autres Lee Child et Ken Follett... Surtout ne passez pas à côté de cette bombe littéraire, LE thriller politique de ce début d'année 2019 qui vient de paraître aux Editions Liana Levi. Un livre à grand spectacle, un feu d'artifice d'action, de suspense et d'humour, une bombe textuelle survitaminée qui fonce plein gaz et balaie tout sur son passage. Une mécanique de précision parfaitement huilée, on se croierait dans une nouvelle saison de 24 heures chrono. Déjà, toute l'action se déroule en à peu près 24 heures (28 heures précisément), et on a vraiment l'impression que l'histoire relate en temps réel les journées des différents personnages engagés dans une course-poursuite haletante: un commissaire français ronchon, un officier israélien désavoué par ses pairs et son adjointe courageuse mais imprévisible, un gang chinois prêt à tout pour parvenir à ses fins, et toute une tripotée de dirigeants politiques tous plus retors les uns que les autres... et au coeur de cette intrigue internationale, il y a l'Unité 8200, le plus secret des services secrets israéliens. Alors, vous êtes prêts pour le grand voyage, entre Paris, Tel-Aviv, Macao et Washington ?

Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé ce roman d'espionnage très moderne, fort bien documenté, à la fois très précis sur la forme et sur le fond. C'est clair, il va falloir désormais compter sur Dov Alfon. Quand ce nouveau maître du thriller politique raconte une histoire, on est visiblement assuré de ne pas s'ennuyer et même d'apprendre pas mal de choses croustillantes, car Dov Alfon qui a longtemps travaillé pour les services de renseignement israéliens est toujours bien informé. Cela nous donne un polar décapant, qui sent le vécu et l'expérience. Un furieux page turner riche en suspense et en rebondissements. Tout est subtilement et efficacement contrôlé de la part de Dov Alfon. Qui a concocté une intrigue subtile, complexe, et crédible. Au final, Unité 8200 est vraiment une histoire stupéfiante mettant en scène des personnages hors normes. Les rebondissements se doublent d'une réflexion intéressante sur la manipulation du renseignement par les dirigeants politiques. Un portrait lucide et sans concession du monde de l'espionnage dressé par un auteur qui ne nourrit plus aucune illusion sur les intentions des puissants.  

Dans le même genre sur ce blog:
La prophétie de Langley, Pierre Pouchairet
L'honorable société, Manotti - DOA
Un monde sous surveillance, Peter Temple


dimanche 5 mai 2019

DERNIER REFRAIN À ISPAHAN

NAÏRI NAHAPÉTIAN

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Auteure franco-iranienne
Editions Liana Levi
Grand format
220 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication France:
2012
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Une enquête policière haletante doublée d'un portrait subtil de l'Iran !


D'un côté il y a Mona Shirazi, qui exerce le métier de sage-femme dans le dispensaire d'une banlieue pauvre d'Ispahan, troisième ville la plus peuplée d'Iran. De l'autre, il y a Narek Djamshid, un journaliste français de retour dans son pays d'origine, L'Iran, pour prendre le pouls de la situation au lendemain de la réélection de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad  au poste de président de la République islamique. En 2009, le président sortant a été reconduit dans ses fonctions suite à une fraude électorale massive, provoquant la colère de millions d'iraniens qui sont descendus dans la rue avec des banderoles vertes Where is my vote. Où est passé mon vote en faveur du candidat adverse Mir-Hossein Moussavi qui en réalité aurait dû remporter ces élections, avec la promesse de mettre fin au régime totalitaire de Mahmoud Ahmadinejad. Mona, avec sa vision de l'Iran de l'intérieur, et Narek avec son regard extérieur, se lancent pour des raisons différentes sur les traces d'un tueur qui sème la terreur à Ispahan, en s'en prenant à des femmes qui ne respectent pas l'islam. 

Dans Dernier refrain à Ispahan, il s'agit moins pour Naïri Nahapétain de trouver le tueur que de se livrer à un examen sans concession du régime de Mahmoud Ahmadinejad, sa corruption, ses inégalités sociales, ses interdits, ses violences et sa répression. Mais pas seulement. L'auteure dresse également un portrait fascinant de la ville d'Ispahan, de son architecture, de sa richessse artistique, de sa cuisine, et des étendues désertiques qui l'entourent. Mais il est vrai que ce court roman noir social est un requisitoire cinglant contre les dirigeants iraniens qui répriment dans la violence tout mouvement de contestation, font "disparaître" des opposants, et continuent chaque jour de restreindre la liberté des femmes. En outre, l'auteur met en scène des habitants d'Ispahan qui se réunissent clandestinement pour boire de l'alcool, consommer des drogues dures, et avoir des rapports sans protection. Des gens déboussolés qui font tout pour oublier la terreur permanente. Et ce malgré les risques encourus. 

Dernier refrain à Ispahan possède tous les atouts nécessaires pour transporter aussi bien l'amateur de whodunit bien ficelé que de roman noir social et géopolitique. Ce livre est une véritable mécanique policière de précision parfaitement huilée, dans la plus pure tradition du whodunit. Et c'est également un roman noir saisissant qui raconte de l'intérieur l'Iran réel, dans toute sa complexité. Sur la forme, c'est bien écrit, dans un style limpide, alerte, précis sur la forme et sur le fond. Avec des dialogues enlevés au service d'un récit bien construit. Très utile en fin de roman: un glossaire sur les termes en persan et en arménien, ainsi que les personnalités citées, suivi d'une chronologie de l'Iran.  J'ai beaucoup aimé. 

Dans le même genre sur ce blog:
Morituri, Yasmina Khadra
Entre hommes, German Maggiori
Les hamacs de carton, Colin Niel
La tuerie d'octobre, Wessel Ebersohn
Meurtre dans un jardin indien, Vikas Swarup