dimanche 15 mars 2015

LE PIÈGE DE VERNON

ROGER SMITH

_______________________________________


Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par 

Elsa Maggion
Le Livre de Poche
450 pages
Première publication:
2012 (Afrique du Sud)
2014 (France)
________________________________________

Noir majuscule


Après avoir refermé la dernière page de ce suspense très noir, très dur, tendu comme une lame de couteau, j'ai ressenti une impression d'inéluctabilité en ce qui concerne l'Afrique du Sud, un pays morcelé, communautarisé, sans classe moyenne: soit on naît très riche et on le reste en se barricadant dans des quartiers surveillés par des sociétés de sécurité, soit on naît très pauvre et on grandit dans la misère et une violence quotidiennes, comme c'est le cas pour Vernon Saul et Dawn Cupido; Et les pauvres étrangers qui ont le malheur de venir vivre dans ce pays y perdent leur âme, comme Nick Exley.

Vernon Saul a grandi dans les Flats, un ghetto du Cap, une ville dans la ville, où les repères du bien et du mal n'existent pas; Seule compte la survie, au détriment des autres. Abusé sexuellement par son père durant toute son enfance, Vernon est devenu un adulte sournois et violent, qui n'aspire qu'a dominer ou manipuler les autres; Un jour, il assiste à la noyade d'une jeune fille blanche, alors que son père, Nick Exley, est en train de se défoncer, et que sa mère est dans les bras de son amant; Cette pourriture de Vernon aurait pu sauver cette pauvre fillette, mais il la laisse mourir, fait semblant de la secourir, pour entrer dans la vie de cette famille déjà bien dévastée; Et le piège de Vernon va se mettre en place, pour le pire. 

Le surdoué Roger Smith mélange plusieurs thèmes tels que la douleur, la culpabilité, la virtualité, et bien sûr la violence qui régit un univers redoutable, sans pitié: l'Afrique du Sud. Ses personnages sont englués dans une société qui ne leur permet pas de prendre des décisions rationnelles; Le style d'écriture est précis, détaillé, chirurgical, notamment en ce qui concerne la modélisation 3D; Les mots de Roger Smith sont également durs, impitoyables, certaines scènes sont choquantes, telles des uppercuts qui vous arrivent en pleine face. Un récit à plusieurs voix, nerveux et sans concession, très bien construit. 

Dans le même genre:
A la trace, Déon Meyer