lundi 16 novembre 2015

THÉRAPIE DE CHOC POUR BÉBÉ MUTANT

JERRY STAHL

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Alexis Nolent
Editions Rivages
Grand format 304 pages
Première publication:
2013 (Etats-Unis)
2014 (France)
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L'Amérique selon Jerry Stahl


Entrez dans l'univers franchement secoué de Stahl, et le vôtre se mettra à tourner autrement. Lire ce roman noir décalé, c'est vivre une expérience troublante, parfois éprouvante, mais surtout singulière à plus d'un titre. En effet, résumer un roman de Jerry Stahl est une gageure tant cet auteur échappe complètement aux codes du genre policier. 

Ici, on est clairement hors des sentiers battus, il n'y a d'ailleurs pas vraiment de repères dans ce livre, puisque l'histoire est racontée par un looser accroc à l'héroïne! Ce roman reflète la psychologie et surtout la connerie du personnage. Un voyage à bord du cerveau sérieusement atteint de Lloyd, écrivain raté et surtout junkie. Car il y a longtemps que le capitaine a quitté le navire, qui dérive dans la quatrième dimension. C'est aussi et surtout une certaine vision de l'Amérique que nous livre Jerry Stahl à travers les déboires de son anti-héros. Une vision pas franchement optimiste, il faut bien l'avouer. Une nation qui sacrifie tout sur l'autel de l'entertainment et du profit, au détriment de l'humain.

Thérapie de choc pour bébé mutant raconte l'existence à la fois effrayante et délirante de Lloyd, une vie faite de mauvaises rencontres: rencontre avec la drogue dure, "le genre de défonce qui s'accompagnait d'un sifflement douloureux dans les oreilles. Vous étiez à moitié conscient que vous vous infligiez des dommages cérébraux, mais c'était tellement bon que vous vous disiez que ça valait le coup, du moment qu'il vous restait suffisamment de cerveau pour sentir la came qui vous causait ces dommages".


Rencontre avec Nora, "ma schizoïde nue, passionnée, ma beauté délirante, mon aspirante martyre, complètement folle et affolante". Sa muse fatale qui va l'entraîner dans un projet terrifiant. La narration à la première personne permet au lecteur de s'immerger totalement dans les délires de Lloyd. Et le style d'écriture de Jerry Stahl, sophistiqué et truffé de références culturelles américaines, retranscrit parfaitement les humeurs très changeantes d'un junkie, et le rapport que celui-ci entretient avec le monde. 


Mais au final, Lloyd, malgré son côté déjanté, reste lucide sur sa triste condition de junkie, cette phrase résume bien sa vie: ".., si vous voulez avoir une meilleure estime de vous, commencez par faire des choses estimables. Et vice-versa. Pour le meilleur ou pour le pire, beaucoup d'entre nous étaient beaucoup plus familiers du vice que du versa". Un roman à la fois délirant, provocateur, et philosophique.


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