lundi 24 février 2020

Avant la chute, de Noah Hawley


"Oui, j'ai bien dit meurtre. Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? Deux des hommes les plus puissants d'une ville qui ne l'est pas moins périssent à bord d'un avion au-dessus de l'Atlantique. L'appareil a subi une visite de contrôle la veille. les pilotes, triés sur le volet, n'ont signalé aucun problème. Pourtant, l'avion a disparu des radars dix-huit minutes après son décollage. Et maintenant, regardez-moi bien en face: personne ne me fera croire qu'il n'y a pas anguille sous roche. " 

Seules deux personnes survivront au crash en plein océan du jet privé de David Bateman, magnat de la presse à sensation: L'artiste peintre Scott Burroughs et le fils des Bateman, JJ, quatre ans. Scott réussit à nager jusqu'à la côte, le petit sur les épaules. Un exploit, un miracle. Pour l'artiste, pour le petit garçon, et pour bien d'autres personnes, il y aura clairement un avant et un après la chute. Avec cette question lancinante: accident ou meurtre ?

Avant la chute a reçu l'Edgar Award du meilleur roman policier américain de l'année 2017. L'équivalent de notre grand prix de littérature policière. Ce n'est pas rien. Alors est-ce mérité pour moi ? La réponse a été oui durant 300 pages. J'ai été captivé par l'histoire dès les premières pages, le scénario mis en place, les personnages, la construction du récit qui entremêle habilement le passé et le présent. Avant la chute et après la chute. Un mélange surprenant et intelligent de polar d'enquête et de roman existentialiste.

En effet, l'auteur parvient avec talent à brouiller les pistes sur l'origine exacte du crash. On a vraiment envie de savoir si c'est un accident ou un meurtre. Et plus on découvre le passé des passagers, et plus on se dit que tout est possible, il y a un fort potentiel romanesque. Sauf que pour moi, ce fort potentiel ne s'exprimera pas vraiment, je reste un peu sur ma faim. Je vous rassure vous saurez exactement le fin mot de l'histoire, mais personnellement je m'attendais à mieux.

Après, écrire un livre signifie aussi faire des choix pour l'auteur. Noah Hawley a privilégié le pur réalisme de sa narration au détriment du romanesque. Pour moi, l'intrigue offrait de formidables possibilités romanesques, mais au final la vérité est d'une bien triste réalité. Je suis donc un peu déçu de la direction prise par ce roman. Mais L'auteur s'est inscrit dans le souci d'une narration très réaliste, c'est comme ça, c'est son choix. Son récit très crédible, il faut le reconnaître, se double d'un portrait au vitriol de nos sociétés modernes, en général, et de la presse à sensation, en particulier. La deuxième partie du roman est donc plus cérébrale, et je trouve que cela nuit au rythme du récit. J'aurais préféré que l'auteur se concentre sur l'intrigue criminelle. Je n'espérais pas non plus une intrigue totalement rocambolesque, j'aime quand l'histoire tient la route, mais là je trouve que ça tient trop la route. 

Certes, les réactions psychologiques, comportementales des deux survivants au crash sont intéressantes, et l'observation de la société américaine donne à réfléchir. Le style d'écriture est limpide, précis, parfois un peu trop. Au final, Avant la chute est plus un roman existentialiste qu'un thriller psychologique au sens strict du terme. Un roman assez riche et complexe, donc plutôt réussi. Mais je m'attendais à mieux côté intrigue, je m'attendais à plus de suspense, et de rebondissements. On a donc une première partie à la fois intelligente et surprenante. Et une deuxième partie encore plus intelligente mais beaucoup moins surprenante, c'est un peu dommage ! 

Noah Hawley, Avant la chute, Folio, 528 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Antoine Chainas, sorti en 2016 (Etats-Unis) 2018 (France)

Je vous conseille aussi:
Le bûcher des vanités, Tom Wolfe 
Tant pis pour le Sud, Philippe Rouquier


Aucun commentaire: