mercredi 26 février 2020

De loin on dirait des mouches, de Kike Ferrari


"Il jette le stylo par la fenêtre et observe dans le rétroviseur un camion rouler dessus, le faisant rouler en une myriade d'éclats. Il lui semble surréaliste d'avoir tremblé en le trouvant, quand il le voit maintenant - dans le rétroviseur - réduit en une multitude de débris; de loin on dirait des mouches. Des mouches devenues folles. Un peu gênantes sans doute, mais qui n'effraient personne."

Sauf que ce ne sont pas des mouches, mais bien des débris provenant d'un stylo trouvé sur un cadavre. Cadavre qui se trouvait dans le coffre de la voiture de Machi, le personnage principal de ce fulgurant roman noir argentin. Détail qui a son importance: ce n'est pas Machi qui a mis ce cadavre dans sa propre voiture. Alors est-ce un piège, une machination destinée à faire tomber le caïd argentin ? Oups pardon, excusez-moi, Machi n'est pas un caïd, enfin Machi ne se considère pas comme un truand, mais plutôt comme un self-made-man, un nouveau riche qui fait des affaires, légales un peu, illégales beaucoup. Et Machi est persuadé de ne pas avoir d'ennemis, mais beaucoup d'amis.

Pourtant au fur et à mesure qu'on avance dans ce roman, et qu'on découvre le passé et le présent de Machi, on s'aperçoit très très vite d'une chose: Machi a beaucoup, beaucoup d'ennemis. Parce que Machi est une pourriture de la pire espèce, qui n'hésite jamais à manipuler et à trahir son prochain. Et qui s'est enrichi en collaborant avec la dictature argentine. Alors plus dure sera la chute !

Gros, non plutôt énorme coup de coeur pour ce court roman noir que j'ai dévoré d'une traite. L'argentin Kike Ferrari dresse le portrait réaliste et surtout terrifiant d'un truand sans scrupules qui se prend pour un homme d'affaires méritant. L'auteur dépeint également une société de plus en plus inégalitaire.

De loin on dirait des mouches est une véritable claque, l'auteur mène son récit frontal à un rythme d'enfer, à coups de phrases courtes assénées comme des uppercuts. Un style d'écriture économe, incisif, teigneux, des chapitres courts qui ne laissent aucun répit aux lecteurs. Une intrigue taillée au couteau, et d'une ironie et d'un réalisme à faire froid dans le dos. Au final, un polar décapant et noir comme le cauchemar, de la part d'un auteur qui ne nourrit plus aucune illusion sur son pays.

Kike Ferrari, De loin on dirait des mouches, Le Livre de Poche, 216 pages, traduit de l'espagnol (Argentine) par Tania Campos, sorti en 2017 (Argentine) 2019 (France)

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