vendredi 10 mars 2017

LE BÛCHER DES VANITÉS

TOM WOLFE

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Benjamin Legrand
Le Livre de Poche
918 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
1987 (Etats-Unis)
1988 (France)
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Un classique du roman noir américain !


Dans la catégorie des incontournables du roman noir américain, je demande Le bûcher des vanités. Un roman puissant, complexe, touffu, monumental (presque mille pages dans la version poche!), le chef d'oeuvre de cet auteur controversé qu'est Tom Wolfe. Lire ce livre vous procurera un certain nombre d'émotions contradictoires: amusement, colère, stupeur, embarras, tristesse et empathie. Oui, curieusement, une certaine empathie pour Sherman McCoy, le personnage principal. Je dis curieusement, car Sherman n'entre pas vraiment dans la catégorie des hommes qu'on admire, bien au contraire. Même à son pire ennemi, on ne souhaiterait pas ce qui arrive à Sherman McCoy dans ce livre. Car Sherman n'est pas un monstre, il n'est même pas coupable du crime pour lequel il est accusé. Sherman est coupable de sa propre bêtise, de ses préjugés, de son arrogance mal placée. Il est le produit d'un système impitoyable qui l'a mené à la fois vers les sommets et vers l'abîme. Un système extrémiste qui ne peut mener qu'à des excès en tout genre.

Le bûcher des vanités est donc un roman très noir, à la fois dramatique et satirique. Dramatique parce que l'histoire que raconte Tom Wolfe est franchement effroyable. Plus dure sera la chute pour Sherman McCoy! New York dans les années 80, Sherman représente l'idéal reaganien de la réussite: un riche golden boy de Wall Street, marié, bon père de famille, et qui vit dans un luxueux appartement de Park Avenue, le quartier le plus huppé de la ville. Une sorte de maître du monde, qui ne commet jamais d'erreurs, et à qui il ne peut rien arriver de mal. Bon, bien sûr, Sherman a aussi une maîtresse, qu'il va chercher à l'aéroport. Et là c'est le drame, Sherman va commettre une petite erreur qui aura par contre des conséquences fatales sur sa vie sociale parfaite: il se trompe de sortie d'autoroute, et se retrouve dans le Bronx, un quartier pauvre et dangereux de New York. Un malheur n'arrivant jamais seul, Sherman heurte un pneu gisant au milieu de la route, ce qui l'oblige à sortir de la voiture. Deux jeunes noirs viennent lui proposer leur aide. Sherman panique, pensant qu'il s'agit d'une tentative d'agression. Mais c'est bien le parvenu qui va agresser les deux jeunes, et remonter dans la voiture. La maîtresse qui se retrouve au volant va renverser l'un des deux jeunes. Celui-ci, avant de tomber dans le coma, va fournir la marque et une partie de la plaque d'immatriculation de la voiture qui l'a renversé. Signant ainsi l'arrêt de mort de Sherman, qui va subir un acharnement judiciaire et médiatique sans précédent. Faisant ressortir tous les dysfonctionnements de New York.

Satirique, parce que ce roman est avant tout un portrait au vitriol de l'Amérique des années Reagan. Un libéralisme total qui a créé beaucoup de richesses mais qui a aussi accentué les inégalités sociales, et accru la précarité. Et New York en est un triste échantillon représentatif, avec ses conflits raciaux, ses inégalités sociales, sa corruption, sa violence, son injustice, et ses dérives médiatiques. Au final, Le bûcher des vanités est une mécanique implacable, un sommet du roman noir, au dénouement inoubliable. Adapté au cinéma par Brian De Palma, avec notamment Bruce Willis, Tom Hanks, et Melanie Griffith dans les rôles principaux.

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