jeudi 3 mars 2016

QUE LA MORT VIENNE SUR MOI

J. DAVID OSBORNE

__________________________________________


Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par 
Pierre Bondil
Editions Rivages
Grand format 272 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:
2013 (Etats-Unis)
2016 (France)
__________________________________________

Un portrait implacable de l'Amérique profonde



En ce début d'année 2016, ne passez surtout pas à côté de ce formidable roman noir, portrait réaliste, implacable mais aussi touchant de cette Amérique dont on ne parle pas souvent: l'Amérique profonde, le Centre Sud américain, équivalent de notre "diagonale du vide". L'action de ce roman noir se déroule dans l'état conservateur de l'Oklahoma, une région sinistrée, et dévastée par le chômage, la misère et la délinquance. 

Je ne vous parlerai pas de l'intrigue, ou plutôt des intrigues de ce roman qui privilégie la dureté des rapports humains et la dimension "sociale" à l'enquête policière pure. Les protagonistes principaux ne sont d'ailleurs pas des flics, mais des citoyens américains qui continuent de vivre, de mener tant bien que mal leur existence, malgré les nombreux coups du sort. Que la mort vienne sur moi est un portrait de ces "petites gens" abandonnées du rêve américain. Ce que j'ai aimé, c'est que l'auteur ne fait pas dans le caricatural, ne tombe pas dans les clichés du style "Rednecks". Non, son histoire est réaliste, et pétrie d'humanité. 

Sur la forme, l'éditeur présente Osborne comme une symbiose entre Raymond Carver et Daniel Woodrell, qui sont également deux auteurs de romans noirs ruraux. J'ajouterai volontiers l'immense Larry Brown au niveau de la puissance d'évocation des personnages. On sent que l'auteur aime ses personnages, qu'il éprouve une profonde empathie pour eux. Enfin le style d'écriture et la construction du roman contribuent énormément à la réussite de l'ensemble. L'auteur va à l'essentiel, toujours. Pas de gras, pas de fioritures, c'est classique, c'est efficace. Le style d'écriture est économe et laconique à l'extrême. Des phrases courtes, des chapitres très succincts. Pas de longueurs, pas de chichis. J'ai adoré!

Petit extrait pour vous mettre dans l'ambiance: "J'ai appris à manger vite. A me doucher encore plus vite. N'empêche, la chose la plus importante que j'ai apprise, c'est sûrement que tout est affaire de hasard. Tu comprends, tout ça c'est rien que des conneries. Les choses arrivent, point barre. Ce qu'importe, c'est comment tu vis avec.

- C'est drôlement profond.
- Ouais. mais je préfère crever qu'apprendre autre chose."

Dans le même genre sur ce blog:

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Très bon article puisqu'il parvient à rendre compte des moyens que se donne l'auteur pour parler de ses personnages et de leur vie plutôt que de dévoiler l'histoire et ses ramifications. Le lecteur doit se concentrer s'il veut tout comprendre mais il appréciera de superbes tranches de vie qui rendent le récit nuancé.
Cordialement

Pierre Bondil a dit…

Bonjour et merci pour cet article qui donne envie de lire sans rien révéler du récit lui-même. Un tour de force. Le décor est bien planté, les niveaux de lecture explicités. J'ajouterai juste que si le lecteur n'est pas attentif, ou prend le livre à la fin d'une journée de rude labeur, il doit savoir qu'il risque de ne pas suivre tout le fil de l'histoire. Beaucoup de choses passent uniquement dans les dialogues. Cordialement
Pierre Bondil