jeudi 30 septembre 2021

Les racines du mal, de Maurice G. Dantec

 

Publié pour la première fois en 1995, Les racines du mal reste et restera à jamais le chef d'oeuvre de Maurice G. Dantec, décédé en 2016. Je n'ai lu que trois romans de cet auteur atypique et controversé: La sirène rouge, Les racines du mal et Babylon Babies. Finalement ses trois premiers romans dans l'ordre chronologique Ensuite, je trouve que Maurice G. Dantec est parti dans des délires souvent trop incompréhensibles. En tout cas, trop compliqués, trop mystiques à mon goût. En revanche, Les racines du mal est l'un de mes polars préférés, c'est un incontournable du genre, un roman culte, monumental, terrifiant, maléfique, qui dégage une puissance hors du commun. Dans l'univers pourtant très riche du polar français, il y a clairement un avant et un après Les racines du mal


Avec ce fulgurant thriller, Maurice G. Dantec renouvelle totalement le genre du serial killer en mélangeant psychanalyse, sociologie, polar et science-fiction. C'est un roman haletant, d'une intelligence, d'un foisonnement et d'une maîtrise exceptionnels. Un techno-thriller littéralement hallucinant. Maurice G. Dantec laisse ici libre cours à la force de son imagination quelque peu dérangée, c'est le moins que l'on puisse dire. 

Les hostilités débutent dès la première phrase de ce roman: "Andreas Schaltzmann s'est mis à tuer parce que son estomac pourrissait". Entre autres. Car vous allez vite vous rendre compte que les raisons pour lesquelles Andreas s'est mis à tuer des animaux et des hommes sont nombreuses. Même si au final il n'y en a qu'une de raison, à la fois simple et complexe: Andreas un est un malade mental qui n'aurait jamais dû sortir de l'hôpital psychiatrique. Et Andreas aura malheureusement le temps de semer la terreur dans Paris et de s'enfuir à travers toute la France avant de finalement se suicider sur une plage du Cotentin. Suicide raté, Andreas s'en sort.

Après les faits terribles qui lui sont reprochés, vient le temps des explications, de l'analyse psychiatrique, effectuée par trois chercheurs brillants, dont Arthur Darquandier, le narrateur de cette histoire. Un scientifique surdoué, pluridisciplinaire, à la fois créateur et adepte des nouvelles technologiques. Darquandier est en train de mettre au point une machine surpuissante capable d'absorber et d'analyser tout type d'information et d'établir en un temps record un diagnostic précis de la situation. Un diagnostic sans appel: Andreas n'est pas coupable de tous les meurtres qui lui sont imputés. Cela veut dire qu'il y a un autre serial killer dans la nature... 

Je ne vous en dis pas plus et vous laisse le soin de dévorer ce chef d'oeuvre indispensable pour tout amateur de polars qui se respecte. Peut-être que le côté science-fiction en rebutera certains. Dommage, car je trouve que cela apporte une vraie valeur ajoutée au roman, surtout si vous le lisez maintenant, car le dernier chapitre, qui précède l'épilogue, est daté du 13 juin 2020. Or je rappelle que le roman a été écrit au début des années 90. Et l'essentiel de l'action se déroule entre 1993 et 2000. Maurice G. Dantec a donc imaginé comment se terminerait le siècle dernier. Et certaines des technologies décrites dans ce roman existent bel et bien aujourd'hui. 

Au final, un thriller majuscule, chef d'oeuvre incontesté de la littérature noire française, écrit dans un style musclé, spectaculaire, et qui atteint des sommets d'intensité dramatique rarement atteints dans le polar contemporain. Par contre, âmes sensibles s'abstenir, car certaines scènes sont très choquantes, l'auteur ne fait pas dans la dentelle ! 

Maurice G. Dantec, Les racines du mal, Folio policier, 768 pages, sorti en France en 1995. 

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