jeudi 5 novembre 2015

LA TUERIE D'OCTOBRE

WESSEL EBERSOHN

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Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) 
par Fabienne Duvigneau
Editions Rivages
Poche 416 pages
Sélection Guide polar de Pietro 
Première publication:
2011 (Afrique du Sud)
2014 (France)
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Un constat sans concession de l'Afrique du Sud d'aujourd'hui


Wessel Ebersohn fait partie de ces écrivains qui ont longtemps été censurés dans leur propre pays. Son premier roman paru en 1979, le terrifiant Coin perdu pour mourir, lui a valu de sérieux ennuis avec la justice sud-africaine, car c'était une critique implacable et lucide du système de l'apartheid, encore en place à cette époque. Son second roman La nuit divisée, paru en 1981, raconte le combat d'un psychiatre pour faire emprisonner à perpétuité un épicier raciste, qui fait exprès de laisser son magasin ouvert la nuit pour pouvoir abattre des personnes de couleur. Puis l'apartheid disparaît officiellement en 1994, avec la tenue des premières élections nationales et non raciales au suffrage universel. Nelson Mandela devient le premier président sud-africain noir. C'est la victoire du célèbre ANC (African National Congress). 

La tuerie d'octobre a été publié en 2011, mais l'histoire se passe en 2005, soit onze ans après la fin de l'apartheid. L'occasion pour l'écrivain de dresser un premier bilan lucide et sans concession de cette nouvelle Afrique du Sud. Le terrifiant système d'oppression a disparu, mais le nouveau gouvernement a encore du pain sur la planche, aucun doute là-dessus. L'écart entre les riches et les pauvres s'est creusé, et il y a toujours un fort taux de criminalité, qui oblige les classes aisées à se barricader derrière des barbelés. Et les bidonvilles, les tristement célèbres "townships", ne désemplissent pas. 

Sur le fond, La tuerie d'octobre est un passionnant thriller politique écrit par un grand écrivain de polars. On retrouve dans ce roman le personnage fétiche de Wessel Ebersohn, le psychiatre Yudel Gordon. Celui-ci traque un redoutable tueur qui supprime les uns après les autres des militaires de l'ancien gouvernement. Des soldats qui avaient perpétré en octobre 1985 un massacre contre des militants anti-apartheid. Avec dans le lot bien sûr des civils innocents! Sur la forme, Ebersohn est un conteur hors pair, un grand meneur d'intrigues, capable de tenir son lecteur en haleine jusqu'à la fin. Le style est simple, nature, sans gras, sans longueurs. Les personnages sont fouillés et attachants. Bref un polar d'atmopshère réussi avec un message clair: le dicton "du passé faisons table rase" ne va pas de soi dans un pays où le spectre de l'apartheid est toujours présent dans les têtes. 

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