mercredi 24 mai 2017

LES MILICES DU KALAHARI

KARIN BRYNARD

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Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet
Editions Seuil
Grand format 576 pages
Première publication:
2009 (Afrique du Sud)
2016 (France)
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Un premier roman prometteur !

"On ne fait pas de cadeau aux fermiers, vraiment. Ça a toujours été un métier où la politique pèse lourd... dans ce pays tout du moins. Il symbolise tous les scélérats de l'apartheid. Pas étonnant que le slogan le plus populaire dans les manifs soit Kill the Boer, kill the farmer." Si vous décidez de devenir fermier en Afrique du Sud, réfléchissez-y à deux fois avant de vous lancer. Car visiblement l'espérance de vie d'un agriculteur dans ce pays est très courte. Vols de bétail, cambriolages, manœuvres d'intimidation, et torture suivie de mort. Voilà le programme qui vous attend. Terrifiant non? 

Dans la province du Cap-Nord, les crimes de fermiers se multiplient. Mais le double meurtre sanglant de Freddie Swarts, une artiste peintre, et de Klara, sa petite fille adoptive, découvertes toutes les deux la gorge tranchée, dans la ferme familiale, est la goutte d'eau qui va faire déborder le vase. Les habitants, excédés par l'impuissance des autorités à arrêter les tueurs, décident de se faire justice eux-mêmes, en créant des milices d'autodéfense. Mais les crimes continuent, la tension monte au sein de la population locale, le feu couve sous la cendre. Mais pour Sara, la sœur de la victime, qui n'a pas remis les pieds à la ferme depuis deux ans, à cause d'une dispute avec Freddie, ce double meurtre cache autre chose. Mais quoi? L'inspecteur Beeslaar, venu de la ville, et ayant bien du mal à s'acclimater aux us et coutumes locales, va tenter de découvrir la vérité. Commence alors une enquête étouffante, sous une chaleur accablante, pleine de rebondissements et de coups tordus. Tandis que la révolte gronde de plus en plus. Beeslaar sait qu'il va devoir faire vite: il y a des fruits pourris dans toute la région. 

Un polar décapant, qui sent la poudre et l'atmosphère viciée d'une petite ville perdue dans le bush sud-africain. Les milices du Kalahari repose sur une intrigue complexe, touffue, qui entremêle enquête criminelle, polar politique, et roman noir social sur fond de légendes ancestrales et de géographie historique. Car il s'agit moins pour l'auteure de trouver le coupable des meurtres de Freddie et de Klara que de se livrer à un examen sans concession de l'Afrique du Sud, ses injustices, ses violences, et son communautarisme exacerbé. Un pays divisé, qui n'a toujours pas réglé ses comptes avec son passé. Sur la forme, il s'agit d'un premier roman plutôt réussi, écrit dans un style concis, vivant, et non dénué d'humour, malgré la gravité des sujets abordés . Même si j'ai trouvé que le récit comportait quelques longueurs, et manquait parfois de limpidité. Mais globalement, le positif l'emporte sur le négatif. Pas un chef d'oeuvre, mais un premier roman prometteur, et une auteure à suivre.  

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