jeudi 29 septembre 2016

TROIS GOUTTES DE SANG ET UN NUAGE DE COKE

QUENTIN MOURON

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Auteur suisse
Editions 10/18
Poche 216 pages
Première publication France:
2015
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Un premier roman noir prometteur



" McCarthy ne donne guère de crédit aux grandes oppositions - "fantasques, hollywoodiennes"- entre le Bien et le Mal. "Abstraitement, cela se tient. Mais sur le terrain de l'homme, on les retrouve pêle-mêle, imbriqués, lovés l'un dans l'autre. Et alors, qui est bon? Qui est mauvais? La plupart des hommes ne sont ni l'un ni l'autre ; Ils vivent à la faveur des circonstances qui les dépassent, les ploient. Alors ils agissent, et les politiciens, les prêtres et les flics viennent ensuite découper dans leurs actions des tranches, qu'ils classent bonnes ou mauvaises."

Le shérif McCarthy représenterait le bon, le flic intègre, droit, croyant, un père de famille respecté qui vit dans un quartier tranquille, le rêve américain, la maison avec le jardin, la sécurité. Franck serait son double maléfique, le mauvais, un détective privé cocaïnomane et philosophe. Un individu déconcertant et franchement tordu. Le Yin et le Yang, sauf que tout n'est pas si simple en ce bas monde. Ces deux personnages vont enquêter, chacun à sa manière, sur le meurtre sauvage d'un jeune retraité dans une ruelle de Boston. Ils croiseront sur leur route des personnages insolites et inquiétants dans un Boston crépusculaire. Des individus représentatifs d'une certaine époque troublée, en manque de repères. Une Amérique en pleine crise des subprimes, désemparée, chaotique, au bord de l'apocalypse.

Sur le fond, Trois gouttes de sang et un nuage de coke fait partie de ces romans dits inclassables. On n'est pas dans le thriller classique à la Harlan Coben ou Lisa Gardner. Ou dans le polar d'enquête qui privilégie l'intrigue criminelle, avec un coupable à démasquer à la fin du livre. On se situe plutôt dans le roman noir qui met l'accent sur une atmosphère, et la dureté des rapports humains. Un roman philosophique qui pose des questions sur l'homme, et sur l'état de nos sociétés. Sur la forme, Quentin Mouron a un style très marqué, c'est indéniable. Une écriture à la fois simple et sophistiquée. Un mélange singulier de plusieurs auteurs: Jim Nisbet au niveau du style d'écriture sophistiqué, et truffé de références culturelles. David Goodis, pour l'ambiance très glauque, très noire. Et Jack O'Connell pour le côté philosophique du récit. Au final, un premier roman plutôt réussi, au ton singulier, parfois acerbe, critique. Je le conseille aux amateurs de polars noirs, qui sortent un peu des sentiers battus.

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