mercredi 13 novembre 2019

Ce qui se dit la nuit, d'Elsa Roch


"- Une dernière question alors. la sorcellerie, les jeteurs de sorts, bref, nos traditions millénaires, vous y croyez ?
- Pourquoi ?
- On va dire que c'est moi qui pose les questions.
- J'y crois quand ça m'arrange. Comme pour Dieu, je pioche, au besoin, à l'envie. Mais je ne vois pas le rapport avec notre histoire.
- Le rapport c'est que je tisse des liens, je relie ce que je trouve disséminé au gré du vent, volontairement ou non. Si la vérité est éclatée, j'oeuvre à sa reconstruction. Je l'apprivoise."

Sauf que dans un petit village du Centre de la France où tout le monde se connaît, faire éclater la vérité peut s'avérer très difficile, voire même dangereux. Le commissaire Marsac va en faire la douloureuse expérience lorsqu'il revient dans le village de ses origines. Une vieille dame que Marsac connaissait très bien est retrouvée morte chez elle, égorgée et tondue. Un crime atroce, sauvage, qui vient perturber en profondeur un endroit en apparence tranquille. Car c'est bien connu: chaque village a ses propres légendes, ses propres histoires, ses propres secrets... inavouables.

Le premier mot qui me vient tout de suite à l'esprit pour caractériser ce premier roman d'Elsa Roch c'est: originalité. Pourtant, au premier abord, Ce qui se dit la nuit est un roman policier à l'intrigue criminelle classique, il s'agit d'une enquête en milieu rural sur un meurtre. Mais l'atmosphère qui règne dans ce thriller est particulière, il flotte autour de cette histoire une aura sombre, étrange, à la limite du surnaturel. J'ai vraiment eu l'impression d'être plongé dans une sorte de huis clos de campagne, hors du temps. L'auteure a su restituer avec force et originalité tout un microcosme local, qui sert de toile de fond à son intrigue criminelle.

Le style d'écriture, les mots de l'auteure contribuent également à renforcer cette originalité qui se dégage de ce roman finalement assez court. Un style d'écriture particulier, détaillé, voire même sophistiqué, mais manquant parfois de limpidité. C'est le seul reproche que je peux faire à ce polar globalement réussi. Au final, un premier roman prometteur, une histoire à la fois stupéfiante et pétrie d'humanité, mettant en scène des personnages forts et plutôt bien campés. Et une auteure qui a vraiment son propre style, et une façon originale, particulière d'appréhender, de percevoir la réalité. Ou plutôt les réalités. Affaire à suivre...

Elsa Roch, Ce qui se dit la nuit, Le Livre de Poche, 284 pages, sorti en 2017. 

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