mercredi 29 juin 2016

ODESSA BEACH

BOB LEUCI

___________________________________________

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Annie Hamel
Editions Rivages
Poche 368 pages
Première publication:
1985 (Etats-Unis)
1994 (France)
___________________________________________

Une bonne histoire de flics et de gangsters


L'immense Bob Leuci est mort en octobre dernier, et laisse derrière lui trois chefs d'oeuvre de la littérature policière américaine: L'indic, Captain Butterfly, et Odessa Beach, que je viens de terminer. Une histoire puissante de flics et de gangsters dans le New York crépusculaire des années 80. Une fiction terrifiante que l'auteur nourrit d'une réalité qu'il a côtoyée de très près. En effet, Bob Leuci a longtemps été inspecteur dans un service d'élite qui s'occupait du trafic de drogue. Un long vécu qui lui a permis ensuite de pouvoir raconter des histoires plus vraies que nature. Mais Bob Leuci est également un écrivain de talent, qui sait captiver son lecteur, camper des personnages forts, et échafauder des scénarios percutants et diablement efficaces. Le style d'écriture est cru, frontal, économe, et alerte. L'auteur raconte ses histoires criminelles comme un type qui entre dans un bar et défonce la porte à coups de battes de baseball.

Odessa Beach raconte l'ascension d'un gangster russe émigré à New York. Cette histoire à la Scarface permet à l'auteur de rendre compte de la mutation du quartier juif de Brooklynn, surnommée Odessa Beach après la vague d'immigration soviétique. Ce que j'ai aimé, c'est que l'auteur ne verse jamais dans le cliché, ou dans le manichéisme. Bob Leuci dresse un constat cru et sans concesssion d'un monde impitoyable, où l'argent est roi. Enfin, ce roman très noir séduit par le portrait d'Alex Simon, le double littéraire de l'auteur: un flic habité par son métier, qui porte un regard lucide et désenchanté sur un environnement complexe, où la frontière entre le bien et le mal est de plus en plus floue, qu'on soit du côté des policiers ou du côté des mafieux. La fin - Gagner de l'argent, et survivre - justifie tous les moyens: magouilles, chantages, trahisons, meurtres, deal avec le FBI. Tout ça n'est qu'un jeu dangereux ... et truqué bien sûr! 

Odessa Beach est donc une histoire effrayante, tragique, mettant en scène des personnages plus vrais que nature. Un véritable chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Le portrait sans concession d'une grande ville américaine gangrenée par la drogue, la misère et la violence. Certaines scènes du livre atteignent des sommets d'intensité dramatique. Petit extrait, histoire de vous metttre dans l'ambiance: " - Un jour, ils vont venir pour vous. Peu importe ce qu'ils ont promis, peu importe ce qu'ils ont dit, au bout du compte ils s'allieront et ils viendront pour vous. Ils se retournent les uns contre les autres, ils se mentent, ils se trahissent les uns les autres, alors vous, ils n'auront aucun scrupule à vous tuer."

Du même auteur sur ce blog:
Captain Butterfly

Dans le même genre sur ce blog:
Sous la menace, Reggie Nadelson
Le ventre de New York, Thomas Kelly

Aucun commentaire: