lundi 13 juin 2016

SAVAGES

DON WINSLOW

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Freddy Michalski
Le Livre de Poche
408 pages
Première publication:
2010 (Etats-Unis)
2011 (France)
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Une bombe textuelle survitaminée!


"Chon avait toujours su qu'il existait deux mondes distincts: les sauvages. Et les moins sauvages. Le sauvage est le monde du pur pouvoir primitif, survie des mieux adaptés, cartels de la drogue et brigades de la mort, dictateurs et hommes de main, attaques terroristes, guerres des gangs, haines tribales, assassinats en masse, viols en masse. le moins sauvage est le monde du pur pouvoir civilisé, gouvernements et armées, multinationales et banques, choc et effroi en écrasant l'adversaire par une puissance de feu très supérieure, mort-venue-du-ciel, génocide, viol économique en masse. Et Chon sait que... c'est le même monde". Voilà qui donne le ton du livre, mélange hallucinant de polar décalé et de roman noir. Tour à tour drôle, triste, violent, cynique, tendre. Avec à la baguette un auteur survolté qui déménage.

Savages est donc une histoire de gangsters, version Californie Peace and Love. Enfin.. le Peace and Love, c'est au début de l'histoire seulement. Au début, tout va bien pour Ben, Chon et O (O est une fille!): Nos trois compères se la coulent douce sous le soleil. Ben et Chon sont comme deux frères. Ils partagent la même herbe et la même copine, en l'occurence O. Et surtout, ils produident et vendent la meilleure herbe de toute la Californie. Une success story à l'américaine, qui va prendre fin, quand un cartel mexicain décide de s'approprier l'herbe. Un deal à sens unique: vous travaillez pour nous, ou vous êtes morts. Histoire d'aider un peu plus Ben et Chon dans leur choix, le cartel kidnappe O. La guerre est déclarée. Et là c'est sauve-qui-peut. Le roman devient alors un chant funébre sur un monde de démence et de sang, jusqu'au final, noir comme le cauchemar. 

Savages est un livre à grand spectacle, une bombe textuelle survitaminée menée à un rythme d'enfer: des chapitres courts, qui ne laissent aucun répit au lecteur,  des dialogues à la fois laconiques et truculents, un style d'écriture branché, économe, cru, brut de décoffrage. Mais une histoire franchement noire malgré son côté déjanté. Et un auteur qui porte un regard acéré, voire désabusé sur son époque. En effet, Don Winslow ne nourrit plus aucune illusion sur l'espèce humaine en générale, et l'Amérique en particulier.

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