mardi 31 mars 2020

Corruption, de Don Winslow


"Tu respires le parfum de la corruption depuis que tu as épinglé ton insigne sur ta poitrine. Comme tu as inhalé la mort en ce jour de septembre. La corruption ne flotte pas seulement dans l'air de cette ville, elle est dans son ADN. Et dans le tien.
Oui c'est ça rejette la faute sur la ville, rejette la faute sur New York.
Rejette la faute sur la police.
C'est trop facile, ça t'évite de poser la question qui tue.
Comment en es-tu arrivé là ? 
Comme on arrive n'importe où.
Un pas après l'autre."

"Là où tout a vraiment commencé, c'est chez les flics en civil.
Russo et toi, vous êtes entrés dans une planque, les types ont foutu le camp, et il y avait ce fric, là, par terre. Pas grand-chose, deux mille dollars environ, mais n'empêche, il fallait acheter les couches, rembourser le crédit, et peut-être que tu avais envie d'inviter ta femme dans un endroit où on mangeait sur des nappes. Russo et toi, vous vous êtes regardés, et vous avez raflé les billets. Vous n'en avez jamais parlé. 
Mais une ligne venait d'être franchie.
Tu ignorais qu'il y avait d'autres lignes."

Comment devient-on un flic ripou dans la plus grande ville américaine ? Vous le saurez en lisant Corruption, le nouveau chef d'oeuvre de Don Winslow, qui est actuellement le plus grand auteur américain de polars. C'est une peinture sidérante de tout un système pourri jusqu'à la moelle, celui de la loi et de l'ordre. C'est une analyse terrifiante, de l'intérieur, de la corruption policière qui règne dans la mégapole américaine. C'est un roman coup de poing qui raconte la descente aux enfers du flic le plus respecté et le plus craint de tout Manhattan North, l'inspecteur-chef Dennis John Malone.

"Malone, Russo, Billy O, Big Monty et les autres s'étaient approprié les rues, et ils y régnaient comme des rois. Ils les avaient rendues sûres et veillaient à ce qu'elles le restent, pour les honnêtes gens qui tentaient d'y vivre; C'était leur métier, leur passion et leur premier amour, et si pour cela ils devaient de temps en temps s'arranger avec les règles et truquer la partie, ils n'hésitaient pas." Mais au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire, on s'aperçoit que Malone et ses "frères" forment une organisation criminelle à part entière. Et il n'y a pas que les flics qui croquent dans le fruit pourri. Il y a aussi les avocats, les procureurs, les juges, la mairie, les promoteurs immobiliers, bref le système tout entier, de sa base jusqu'à son sommet.

Vous l'aurez compris, le bien d'un côté et le mal de l'autre n'existent pas ici, nous ne sommes pas dans un monde manichéen. La réalité du terrain est plus complexe, plus nuancée. Plus noire aussi.

Mélange explosif de thriller sociopolitique et de roman noir urbain, Corruption est une mécanique de précision qui emporte tout sur son passage. C'est aussi un vibrant hommage au regretté Bob Leuci, Le Prince de New York. Un inspecteur du New York Police Department qui a plongé dans la spirale de la corruption, à l'instar du personnage central de ce livre, Denny Malone. Bob Leuci, un flic ripou, qui finira pas dénoncer et combattre la corruption qui règne dans son service. Tout comme Denny Malone ? Je ne vous en dis pas plus, et vous laisse le soin de dévorer ce nouveau chef d'oeuvre de cet auteur culte qu'est Don Winslow.

Don Winslow s'inscrit dans le souci d'une narration réaliste et abrupte et dévoile les coulisses peu reluisantes de cette ville-monde qu'est New York. On retrouve dans cette histoire tout ce qui fait la force de cet auteur: une écriture incisive et musclée, au service d'une intrigue pure et dure, complexe, taillée au couteau, et tendue à l'extrême. Au final, Corruption est une histoire puissante, au rythme échevelé, mettant en scène des personnages hors normes. Un roman effrayant et triste, une vision grandiose de l'Enfer et de toutes les folies qui le bordent. Assurément, l'un des meilleurs polars américains de ces dernières années, à ne manquer sous aucun prétexte. 

Don Winslow, Corruption, Harper Collins, 560 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, sorti en 2017 (Etats-Unis) 2018 (France)

Du même auteur sur ce blog:
La griffe du chien ; Savages

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