jeudi 22 avril 2021

Tant de chiens, de Boris Quercia

 

Oui, il y a tant de chiens dans la capitale chilienne Santiago, et, de plus, ce sont souvent des chiens méchants, enragés. On dit que le chien est pourtant le meilleur ami de l'homme, mais l'homme est-il le meilleur ami du chien ? Pas sûr. Ce qui est certain, c'est que Santiago Quinones, l'anti-héros de cette enquête à hauts risques, n'en a pas beaucoup d'amis, ni parmi les chiens, ni parmi les hommes. 

"Depuis le début je ne le sentais pas. Je devrais être de permanence au bureau, pas dans ce trou à rats qui va exploser d'un moment à l'autre. Jiménez est à deux mètres de là, une balle lui a traversé la cuisse et il se tord par terre. Du dehors, on lui crie de ne pas bouger mais Jiménez est fou de douleur." Une descente de police qui se termine très mal pour Jiménez qui meurt dans l'ambulance en route pour l'hôpital.

Au mauvais endroit au mauvais moment ? Malheureusement les risques du métier de flic dans une mégalopole sud-américaine ? Santiago Quinones n'y croit pas un instant, et découvre très vite que la mort de son partenaire arrange beaucoup de personnes. Il faut dire que ce flic désabusé, mélancolique, si profondément humain ne nourrit aucune illusion sur le Chili d'aujourd'hui. 

Sur une trame classique, Boris Quercia dénonce une société dominée par les associations criminelles, la violence et la corruption. L'auteur chilien s'inscrit dans le souci d'une narration réaliste et dévoile les coulisses d'un Chili mortifère. 

Tant de chiens séduit aussi et surtout par le comportement souvent inattendu, voire déconcertant de son personnage principal. Un flic usé par son métier et par son hygiène de vie déplorable, mais qui a encore envie d'aimer, et d'y croire. Un chien parmi les chiens, en mode survie, à la fois désabusé et révolté par l'injustice qui règne dans son pays. Un chien dont il faut se méfier, car ses réactions peuvent être imprévisibles, disproportionnées, violentes. Un mélange de lucidité et de folie !

Au final, un roman noir implacable, impitoyable, qui prend à la gorge. Le style d'écriture est économe, incisif, échevelé, à l'image de ce fulgurant récit qui ne fait pas dans la dentelle. Pas de gras, pas de fioritures, l'auteur va droit au but, à l'essentiel, pour notre plus grand plaisir. Grand prix de littérature policière 2016. Amplement mérité !

Boris Quercia, Tant de chiens, Le Livre de Poche, 222 pages, traduit de l'espagnol (Chili) par Isabel Siklodi, sorti en 2015 (Chili et France)

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