vendredi 24 novembre 2023

Un dernier ballon pour la route, de Benjamin Dierstein

 

"- Ben alors, a dit Gwenolé en me balançant un coup de coude, tu dis pas bonjour à Josy ?"
- Josy ? 
- Ben oui, ma Josy, qu'il a dit en montrant une chèvre qui venait d'entrer dans la pièce. Comment ça va ma chérie ? 
Pour toute réponse la chèvre m'a bêlé dans les oreilles, et j'ai remarqué à ce moment-là qu'elle avait une alliance en or sur sa patte droite, ainsi qu'une coiffure au gel et du rouge à lèvres"

Benjamin Dierstein en totale roue libre dans ce roman complètement barré, du Carl Hiaasen sous acides. Je ne sais pas dans quoi l'auteur breton a trempé sa plume, mais ce qui est sûr c'est que ce n'était pas dans de la Vittel. Mais plutôt dans un mélange de ricard, de suze, de bière, de rouge. 

Je m'arrête là car la liste des substances liquides ingurgitées par les deux personnages principaux du livre est impressionnante. Sans parler de sa quantité. C'est bien simple, si je passais une seule journée en compagnie de Freddie et Didier, je finirais direct à l'hosto après être tombé dans un coma éthylique probablement fatal. D'ailleurs chaque chapitre de cet ovni littéraire débute par un proverbe de bistrot, celui-ci étant mon préféré : "L'alcool n'a jamais aidé personne à résoudre ses problèmes, c'est vrai. Mais le lait non plus."

Un dernier ballon pour la route est une sorte de parenthèse complètement destroy au milieu de la trilogie politique Echos des années grises. Bon, dans ces trois romans aussi ça déménage et ça dézingue à tout va, mais dans un registre bien différent. Et tout aussi passionnant mais beaucoup moins marrant. Pas marrant du tout. 

Dans Un dernier ballon pour la route, on se marre globalement du début à la fin, mais pas que. En effet, Benjamin Dierstein illustre brillamment une veine encore assez peu représentée dans le polar, le tragi-comique, par une histoire pleine de rebondissements tordus mais franchement noire, malgré son aspect déjanté. Que voulez-vous, on ne se refait pas, même si le duo infernal, qui porte ce roman, est entraîné dans un tourbillon d'aventures drôlissimes et complètement frappadingues. Avec toute une galerie de personnages improbables et tordus. Par exemple, Buffalo Binche. "On l'appelle comme ça pasqu'il descend les bières plus vite que son ombre."

Attention, il n'y a pas que de l'humour trash et des scènes chocs dans ce polar rural. Mais aussi de la tendresse et de la poésie. Un dernier ballon pour la route raconte avant tout l'histoire de Freddie, qui revient dans son bled natal après l'avoir quitté quatorze ans plus tôt. Un retour aux sources qui sera explosif, c'est le moins que l'on puisse dire, dans ce village perdu au fin fond de la Bretagne. 

Je ne vous en dis pas plus et vous laisse le soin de découvrir ce polar décapant, sorte de western rural à la fois hilarant, sanglant et noir comme le cauchemar. 

Benjamin Dierstein, Un dernier ballon pour la route, Points, 405 pages, sorti pour la première fois en 2021. 

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