mardi 7 juillet 2020

La sirène qui fume, de Benjamin Dierstein


"Et quand il dit ça, la porte de la chambre s'embrase d'un coup, les flammes montent au plafond, alors je cours, je fonce dans les escaliers, en criant sur Kertesz, en le traitant d'inconscient, de cinglé, mais il ne m'entend pas, il est dans sa tête, il ne court pas, il ne peut pas courir, il descend les marches comme un cadavre, et moi je cours, tant pis s'il prend feu, je n'ai pas que ça à faire, il y a une gamine à sauver, alors je cours, je dévale les escaliers, je rejoins ma voiture et je démarre en trombe." La Dierstein touch c'est ça, un style qui claque, incisif, taillé au couteau de chasse, nerveux, sans fioritures. 

Ha oui, pour son premier roman, l'auteur envoie du lourd, du très lourd, et surtout du hard, du très hard, âmes sensibles s'abstenir, ici on est dans le domaine du polar noir, très noir, sans concession, sans filtre. Du James Ellroy sous amphets. Un opéra policier avec un suspense hallucinant, je n'exagère pas. De toute façon, pour que Caryl Férey en personne recommande ce roman, et en fasse même la préface, là je me suis dit: il y a du potentiel, parce que Caryl Férey est une valeur sûre, je suis fan ce cet auteur très talentueux, donc si celui-ci recommande ce livre, je peux y aller les yeux fermés, c'est un gage de confiance.

Bien m'en a pris, car des polars, j'en lis, j'en lis beaucoup, mais franchement je n'ai jamais lu un truc comme ça, c'est complètement fou et génial. Benjamin Dierstein a trempé sa plume dans l'acide. La sirène qui fume est bien plus qu'un livre, c'est une expérience éprouvante. L'auteur peut commencer une phrase qui se terminera trois pages plus tard. Oui, trois pages plus tard, le temps que vous repreniez votre souffle, que vous puissiez récupérer de votre lecture. D'une scène choc qui vous retourne les tripes. Et des scènes chocs, il y en a beaucoup dans ce roman !

Je ne vous résumerai pas l'intrigue, je vous laisse le soin de la découvrir, mais je vous livre quelques mots clés, histoire de vous plonger un peu dans l'ambiance noire comme le cauchemar: Paris, 2011, meurtres sauvages de jeunes filles, enquête criminelle, mafia corse, prostitution, magouilles politiques. La sirène qui fume repose sur une intrigue complexe, touffue, aux multiples ramifications. C'est une histoire terrifiante mettant en scène de nombreux personnages très bien campés. C'est un mélange très épicé de roman noir urbain et de thriller politique impitoyable. L'auteur ne fait pas dans la dentelle, personne ne fait de cadeau à personne dans ce polar décapant...

... Porté par ses deux personnages principaux, le capitaine Prigent et le lieutenant Kertesz. De véritables bombes humaines prêtes à exploser, dans le mauvais sens du terme. Deux flics à la dérive, pour des motifs différents, obsédés par la même fille, pour des motifs également différents. Prigent et Kertesz qui vont tout faire, oui absolument tout, pour retrouver la jeune Clotilde Le Maréchal. Jusqu'au dénouement atroce, implacable. Au final, un polar obsessionnel de tout premier ordre, qui dégage une puissance sauvage. Un polar violent, épique, noir comme le cauchemar, inoubliable. Gros, non, énorme coup de coeur ! 

Le mot de la fin: le "Paris Confidential" de Benjamin Dierstein, un polar décapant qui renverse tout sur son passage. Frontal !

Benjamin Dierstein, La sirène qui fume, Points, 624 pages, sorti en 2018. 

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