mercredi 22 avril 2020

Yeruldelgger, d'Ian Manook


Yeruldelgger fait partie de ces romans policiers dont j'entends parler depuis fort longtemps. Le genre de livre autour duquel s'est établi un consensus: beaucoup de critiques positives et très peu de critiques négatives. Un polar reconnu pour sa qualité supérieure tant sur la forme que sur le fond. Et donc devenu un ouvrage culte, un incontournable du genre. Alors forcément, j'ai abordé la lecture de ce pavé (plus de 600 pages dans sa version poche, en petits caractères) avec un niveau d'attente élevé. Généralement ça passe ou ça casse. Alors chef d'oeuvre ou pas ? La réponse est oui, chef d'oeuvre.

Dès les premières pages, j'ai senti que j'avais entre les mains un polar pas comme les autres. En effet, Yeruldelgger est aussi passionnant dans sa mécanique purement policière que dans son arrière-fond ethnoculturel. Enquête criminelle palpitante du début à la fin, immersion dans un pays méconnu, personnages inoubliables, tous les ingrédients sont réunis pour que vous passiez de formidables heures de lecture. Tout d'abord, Yeruldelgger séduit par son intrigue complexe, taillée au couteau, éprouvante pour les nerfs des personnages et des lecteurs. 

Yeruldelgger est commissaire de police à Oulan Bator, la capitale de la Mongolie, pays d'Asie délimité par la Chine et la Russie. Yeruldelgger est une sorte d'inspecteur Harry, un homme teigneux, brutal, ingérable, un électron libre brisé par la mort de l'une de ses filles. Sa femme est devenue folle, son autre fille ne lui parle plus. Heureusement, le commissaire peut encore compter sur sa partenaire Oyun et sur le médecin légiste Solongo. Yeruldelgger aura besoin de toute l'aide disponible pour découvrir qui a enterré une fillette avec son tricycle dans la steppe, et qui a exécuté trois chinois dans une usine près d'Oulan Bator.

L'auteur nous a concocté une intrigue riche en suspense et en rebondissements. Qui se doublent d'un portrait fascinant de la Mongolie, écartelée entre la corruption, la pauvreté, l'effacement progressif de son mode de vie traditionnel, et le pillage de ses ressources. Oui, Yeruldelgger n'est pas seulement un roman policier coup de poing, c'est aussi un vibrant hommage à ce pays, à sa culture nomade, à sa cuisine, à ses paysages sauvages magnifiquement retranscrits par l'écriture précise et limpide de l'auteur.

Car Yeruldelgger porte la marque d'un écrivain de talent, qui possède une grande puissance d'évocation. Il y a de la profondeur, de la densité, du coffre dans ce roman très bien écrit, dans un style sauvage, incisif, au service d'un récit fluide et charpenté. Au final, Yeruldelgger pose les bases d'une série policière dépaysante, originale, et sans concession. Alors pour toutes ces raisons, Yeruldelgger est un grand roman policier, qui dégage une puissance sauvage. Indispensable, puissant, bref, cultissime ! 

Ian Manook, Yeruldelgger, Le Livre de Poche, 630 pages, sorti en France en 2013 

Du même auteur sur ce blog:
Hunter, sous le pseudonyme de Roy Braverman 

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