vendredi 2 octobre 2020

Il était une fois dans l'Est, d'Arpàd Soltész

 

"Au milieu des années quatre-vingt-dix, quand les migrants se mirent à affluer, Dod'o et le Général étaient prêts. Ils avaient sous leur coupe tous les postes-frontières et la frontière verte. Dans tous les villages frontaliers, des centaines de passeurs travaillaient pour eux, et ils avaient acheté tous les hommes en uniforme. Et lorsque le Général atteignit enfin les échelons les plus hauts de la hiérarchie policière, ils parvinrent à une position dont même Pablo Escobar n'aurait pas rêvé. Pour les gens du cru, ils étaient de loin l'employeur le plus important. L'argent qui arrivait ainsi dans la région était devenu un de ses piliers économiques. C'est eux qui décidaient qui surveillerait la frontière et comment, et les services secrets eux-mêmes les couvraient contre une rétribution  adéquate. Gangsta's Paradise, le tube de Coolio, était devenu l'hymne des familles."

Le paradis sur terre des gangsters sans foi ni loi. Bienvenue dans la Slovaquie post-soviétique: ses politiciens véreux, ses flics corrompus, sa justice pourrie, ses trafics en tous genres, ses meurtres. La devise, c'est un pour tous, tous pourris ! Moins vous aurez de scrupules, plus vous réussirez à vous en sortir ... ou pas. Car il faut se méfier de tout le monde dans ce pays impitoyable. Tout le monde est pourri jusqu'à la moelle. Enfin presque tout le monde. Deux flics et un journaliste vont tenter de rendre justice à une jeune femme qui a été enlevée et violée. Et qui devait ensuite rejoindre un bordel en Albanie. Nika a réussi à s'enfuir de l'appartement où elle était retenue prisonnière. La jeune femme veut que ses bourreaux soient punis. Mais ça ne marche pas comme ça en Slovaquie. Dur dur d'être un incorruptible au paradis des pourris !

Bon, je vais être honnête, j'ai failli arrêter au bout de cinquante pages. Morbleu, quel foutoir sans nom ce livre, ça part dans tous les sens, il n'y a pas une histoire, mais des histoires, avec beaucoup de personnages: des flics, des avocats, des juges, des gangsters, des agents secrets, des politiciens, des prostituées, des contrebandiers, je m'arrêterai là car la liste est longue. Un vrai bin's !

Mais j'ai bien fait de persévérer, car sinon je serais passé à côté d'un vrai bon roman noir politique. Dans la lignée du L.A. Confidential de James Ellroy. Car ce bin's que décrit l'auteur avec un réalisme à faire froid dans le dos, c'est la Slovaquie. L'auteur a écrit un livre complexe à l'image de son pays. Arpàd Soltesz a trempé sa plume acérée dans l'acide et dresse un portrait au vitriol des mœurs politiques et sociales de son pays. Un véritable chant funèbre sur un monde de démence et de sang. Assurément remonté contre les puissants de son pays, l'auteur ne mégote franchement pas sur la charge qu'il leur assène, tout en réussissant à ne pas tomber dans une vision trop manichéenne des choses. Le style d'écriture est tranchant, au service d'une intrigue qui se met petit à petit en place, et qu'on finit par suivre avec grand intérêt !

Au final, Il était une fois dans l'Est est un polar atroce, prenant et surtout implacable, impitoyable. C'est pire que le Far West américain. C'est sans concession, l'auteur nous décrit une effroyable réalité, celle d'un système pourri, d'une pyramide corrompue, de sa base jusqu'à son sommet. Terrifiant !

Arpàd Soltész, Il était une fois dans l'Est, Points, 418 pages, traduit du slovaque par Barbora Faure, sorti en 2017 (Slovaquie) 2019 (France)

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