mardi 30 juin 2015

UN DERNIER VERRE AVANT LA GUERRE

DENNIS LEHANE

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Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Mona De Pracontal
Editions Rivages
Poche 368 pages
Sélection Guide polar de Pietro
Première publication:

1994 (Etats-Unis)
1999 (France)
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Un roman très noir mais non dénué d'humour


Un dernier verre avant la guerre est la première enquête du duo mythique Kenzie-Gennaro, et cela reste à ce jour mon préféré devant le terrifiant Ténèbres prenez-moi la main, et le troublant Gone baby gone. Patrick Kenzie, toujours prisonnier du fantôme d'un père despotique et violent, et Angela Gennaro, victime d'un mari aigri et violent: deux écorchés vifs, à qui la vie ne fait pas de cadeau, qui mènent leurs enquêtes dans un Boston crépusculaire au bord de l'implosion sociale, LA ville de Dennis Lehane. 

Sur le fond, ce thriller engagé est un magistral roman noir qui dénonce le racisme, la maltraitance infantile, et l'hypocrisie politique. Un roman dérangeant qui a le mérite de poser les questions qui fâchent, sans tomber dans la facilité. La description de Boston fait froid dans le dos, l'auteur fait parfaitement ressortir les inégalités sociales omniprésentes dans une grande ville américaine. Les riches vivent dans l'opulence la plus totale, tandis qu'à deux pas de chez eux, c'est le tiers-monde: misère, crack, et guerre des gangs. Et tant que les balles meurtrières ne traversent pas les beaux quartiers, les politiques n'agissent pas. 

Sur la forme, Dennis Lehane s'affirme déjà comme un meneur d'intrigue hors pair, capable de vous embarquer dès la première page, et d'imprimer à son récit une tension dramatique de tous les instants. Tout y est: enquête subtile, action, dialogues percutants, réflexion, et émotions fortes. Et on s'attache tout de suite à ces deux détectives de choc qui semblent tellement vrais qu'on a l'impression qu'ils vont, à tout moment, sortir du livre. 

Bien sûr le romanesque est présent, notamment dans les rapports "ambigus" entre nos deux détectives. Et même si l'intrigue est franchement noire, l'humour est toujours présent aussi, ce qui permet un peu de dédramatiser l'ensemble. Car certains passages du livre sont franchement durs, tendus, l'auteur n'occulte en rien la réalité d'une ville qui n'a toujours pas résolu ses problèmes sociaux. 

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